• A rebours aussi de ces pratiques de classe qui se répandent en ce moment et qui mettent la pratique des rituels au programme du démarrage de classe : petits rituels de mathématiques ou de français, que j'ai observés chez des collègues, qui mettent tout de suite les élèves en activité, alors que je considère au contraire nécessaire de faire du début de journée un sas entre la maison et l'école, un moment pour s'approprier l'espace de la classe, ses camarades, l'enseignant, les projets en cours.

    Voyez comment ça peut se passer :


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  • Tous les jours, à notre arrivée en classe, démarre le temps libre de l'accueil. Un temps que je considère comme un sas entre la maison, précieux pour se réapproprier l'espace scolaire comprenant les autres élèves, la journée de travail à venir, mais aussi l'enseignant. Un moment de quinze minutes totalement libre - mais où le chuchotement est la règle - dans lequel je me tiens à disposition pour faire l'oreille qui écoute, l'oeil qui regarde les uns et les autres, les sens en éveil.

    Prenons notre "regard caméra" pour saisir ce qui se passe pour chacun  :

    P et A s'emparent du Jeu de l'oie, parcours, dé, et s'installent par terre. Ils sont en CP, ce qui les fait travailler sur les déplacements sur la bande numérique.

    S poursuit ses illustrations pour J Magazine. Elle prend les pastels et c'est parti.

    D, A, L et S discutent de leur fan actuelle, Violetta. A a apporté un poster qu'elle présentera au "Je fais partager"

    M, V et G poursuivent leur rallye lecture sur l'Afrique.

    F a sorti son ardoise mais ne sait pas trop quoi faire. Il a sans doute besoin de mon coup de pouce.

    A écrit un nouveau texte dans son cahier d'écrivain.

    M et J m'ont demandé des calculs en colonnes à réaliser sur leur ardoise. "Des difficiles !" me demandent-ils.

    C, E, K et J font des dessins sur une feuille.

    I et S préparent une couverture d'album imaginaire pour la présenter au "Je fais partager"

    Y et L s'occupent de la date du jour à inscrire au tableau. C'est leur responsabilité de la quinzaine.

    L me présente un mot de sa mère du cahier de liaison.

    A, lui, attend sagement le "début" de la classe.

    Il est 9h45-50 environ. Je prends le tambourin, l'agite et chacun s'installe à sa place. Je vais faire l'appel puis les deux responsables de l'emploi du temps, que j'ai affiché au tableau, vont nous le présenter.

    Au cours de ce temps de démarrage, dit d'Accueil, il ne s'est rien passé de ce qu'on attend de l'école, travail, exercices, transmission, et en même temps, il s'est passé une foule de choses qui valent largement leur quart d'heure.


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  • Dès le début de l’année, dans ma classe de CP-CE2, une des responsabilités de la classe est de pointer les enfants à la cantine, aux ARE et à l’étude. C’est une lourde responsabilité car remplir ce tableau à double entrée est tout sauf une chose aisée.

    Une élève de CE2, C., est responsable de cette tâche. Au moment du temps libre, le matin, alors que chacun vaque à ses occupations, C. lance au groupe des CE2 « Qui ne reste à pas à la cantine ? Qui ne reste pas aux ARE ? Et qui reste à l’étude ? » Ceci se fait rapidement, ils sont habitués. Là où cela devient compliqué, c’est pour les CP qui souvent ne savent même pas trop ce que c’est que l’étude, ce que c’est que la cantine, ce que c’est que l’ARE, s’ils restent ou s’ils ne restent pas.

    Alors C. passe voir chaque CP et leur demande ce qu’ils vont faire dans la journée. Parfois quand il n’y a pas de réponse, elle demande à regarder dans le carnet de correspondance. C’est un choix qu’elle a fait elle-même pour avoir une réponse pertinente, car elle s’est rapidement aperçue qu’elle n’arrivait pas à attirer l’attention des CP quand elle posait la question au groupe.

    Vendredi à 15h, nous arrivons en bas de l’escalier, et le petit J., un élève de CP se retourne vers moi, complétement perdu et me pose la question : « Et qu’est ce que je fais maintenant ? ». Je me pose moi même la question. Heureusement Ch., elle aussi en CP, lui répond immédiatement : « Mais si, tu restes aux ARE, C. te l’a dit ce matin. » Et là tout est résolu. J. part avec le sourire avec Chloé. Je suis sauvée !

    Je pense que le fait qu’il y ait un lien personnel entre pairs marque davantage leur esprit. Certes J. ne sait toujours pas s’il reste ou pas, et il lui faudra sans doute encore un peu de temps, mais cette petite histoire montre une nouvelle fois que l’apprentissage est une association entre un savoir, un lien affectif, une possibilité d’être en relation avec l’autre, et pas simplement une transmission froide et impersonnelle.


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  • Désormais, chaque réunion matinale se termine par une séance de rire « Santé mentale » dans notre petite-moyenne section. La première fois, le fou-rire collectif a surgi, impulsé par Yasmine et Leyla, suivies de près par Noa1.

    Leyla, d'origine Kurde, ne parle pas français. Elle a eu la chance de découvrir, pour sa première entrée en collectivité, une bonne copine. Mieux, une amie. C'est simple, alors qu'elles ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam, au lendemain de la rentrée, elles sont tombées dans les bras l'une de l'autre. Dès lors, elles sont toujours fourrées ensemble, assises côte à côte en réunion, choisissant les mêmes ateliers, se baladant main dans la main en récréation.

    Yasmine a une santé fragile due à des problèmes gastriques de naissance. D'origine maghrébine, ses grands-parents s'étaient expatriés en France en quête d'une vie meilleure. Tout comme, aujourd'hui, les parents de Leyla ont eu pour seule option de s’exiler pour fuir la guerre.

    Le troisième larron, Noa, de grands yeux bleu-azur éclairent son visage enfantin. Il a quitté, avec son père, les USA où ils vivaient jusqu'au décès subit de la maman par AVC, il y a un an. Après un séjour parisien, Noa vient de s'installer à Marseille en quête d'un climat mieux adapté à ses bronches.

    En ce début d'année scolaire, la troisième réunion fut donc interrompue par un fou-rire généralisé et entretenu par le trio. Leur rire tonitruant s'est communiqué comme une traînée de poudre à tout le groupe assis en cercle. Même les adultes n'ont pu résister ni au rire en cascade de Yasmine et Noa, ni à la grimace d'hilarité de Leyla. Nous avons tous ri de bon cœur jusqu'à épuisement de l'envie ou du besoin de rire. Comme nous nous sentions bien après cette thérapie collective spontanément improvisée par Yasmine (3 ans 3 mois), Leyla (2 ans 9 mois) et Noa (3 ans 2 mois). Comme cela a donné force intégrative à Leyla qui, bien que ne maîtrisant pas la langue française, a accepté, au huitième jour d'école, de prendre la parole en réunion pour dire quelque chose au groupe dans sa langue !

    Maintenant, lorsqu'elle arrive en classe, Leyla est pleine d'assurance, et c'est sur le pas de la porte qu'elle signifie à sa maman de partir immédiatement, par un au revoir de la main et un sourire rassurant. La maman, légèrement déconcertée, me lance un regard complice, notre seul mode de communication car nous ne disposons d'aucune autre langue commune.

    Depuis, nous terminons toutes nos réunions matinales par un fou-rire collectif. Après avoir distribué la parole à chaque enfant, je l'accorde au trio en lui demandant de nous faire rire. Et ça part au quart de tour. Une façon de commencer la journée bon pied bon œil. Bien à l'intérieur de soi et heureux d'être avec les autres.

    1 Les prénoms sont des pseudonymes


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  • Suite à une phrase de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, sur la méditation : " Il vaut mieux en faire 10 secondes par jour plutôt que 2h tous les 15 jours.", j'ai choisi d'instaurer à chaque entrée en classe (c'est à dire à l'entrée le matin, puis au retour de chaque récréation), 1 minute de méditation. Je n'appelle pas cela méditation car je trouve le terme un peu pompeux, mais "la minute de retour à soi".

    Mes objectifs sont d'apprendre aux enfants à se centrer sur eux, à être à l'écoute de leur corps, de leurs émotions et à être pleinement conscient du moment présent. Parce que savoir être chez soi, avec soi, permet de mieux gérer ses émotions, d'être à l'écoute de soi et par voie de conséquence de l'autre, de savoir se concentrer, gérer des moments de stress ou d'émotions intenses...

    Cette minute est ritualisée et très cadrée.

    Trois règles à respecter scrupuleusement :
    1) je libère mes mains
    2) je fais silence
    3) je ne suis en lien avec rien ni personne : c'est à dire que je ferme les yeux si je peux, ou que je fixe un point sur le table ou par terre.
    Je rappelle ces règles lorsqu’on se prépare à la minute de retour à soi. Après le rappel de ces règles, je dis aux enfants de s'installer confortablement et de réfléchir s'ils préfèrent fermer les yeux ou fixer un point. Cela permet à chacun de se préparer. Ensuite je fais un petit dong avec mes crotales et je tourne un sablier. Moi aussi, je fais cette minute en me recentrant et ça m'apaise également. Pendant cette minute, j'invite les enfants à ressentir leur respiration, car c'est ce qui permet d'être dans son corps, à sentir leur corps, si il y a une partie qui bouge de lui dire de s'arrêter, à trouver un mot qui peut dire comment je me sens là maintenant (ce qui suppose d'avoir travaillé au préalable sur le vocabulaire des émotions, of course).
    Il est important de ne pas trop parler pour qu'il y ait du silence, pour que l'enfant sache aussi l'appréhender.

    Quand le sablier de 1mn est terminé, je refais un dong avec mes crotales et tout le monde rouvre les yeux. Les enfants qui veulent partager leur ressenti peuvent le faire, ce n'est pas une obligation. Il est très intéressant de faire partager le mot que les enfants ont choisi pour désigner leur météo intérieure, ça donne du vocabulaire, ça permet d'avoir un peu le thermomètre émotionnel de sa classe et aussi d'entendre ceux qui sont énervés ou tristes. Par contre, je ne demande pas d'explication à leur état émotionnel, ce n'est pas le but, et souvent ils n'ont pas envie d'expliquer pourquoi ou de la partager, mais sont simplement contents d'avoir pu le dire. De toutes façons si l'émotion est trop forte, ils peuvent aller dans le coin appelé "Je calme mes émotions (je vous en parlerai dans un autre article;-)).

    Quel plaisir d'entendre les enfants dire je me sens apaisé, relaxé, tranquille. Certains parents m'ont partagé que les enfants aimaient beaucoup ce temps, que ça leur faisait beaucoup de bien.
    Ce que cette minute apporte à ma classe, c'est un moment de connexion, d'apaisement et de silence. ensuite on est tous calmes pour se mettre au travail. Un jour, j'avais oublié de la faire car nous étions dans un projet, et bien ils étaient excités comme des puces, en train de gigoter partout, de bavarder... Je ne comprenais pas et je me suis dit  : "Ah ben oui voilà, j'ai oublié de faire ma minute de retour sur soi." Depuis , je ne l'oublie plus.

    Cette pratique demande une régularité et d'être exploitée sur un temps assez long, car beaucoup d'enfants ont du mal à lâcher prise, à fermer les yeux (il ne faut jamais l'obliger, car c'est une coupure avec le monde extérieur et ça peut représenter une grande insécurité pour l'enfant !!), et ce n'est qu'en étant rassuré que l'enfant pourra commencer à lâcher et à se centrer sur lui.

    Mylène de Sainte Marie


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