• Je suis une professeure des écoles qui voyage, une brigade banalisée. Chaque jour je suis au contact d'instits différents, motivés, passionnés, investis, chacun à leur propre manière. Tout type de profil se côtoie. Rien de nouveau sous le soleil.

    Cependant, souvent un même constat depuis quelques temps : la place grandissante de la sécurité, de la restriction, de l'interdit. Il ne faut plus prendre aucun risque. Un problème se présente ? Interdisons, sanctionnons, posons une nouvelle barrière. Ce cadre d'action de plus en plus étroit en devient oppressant autant pour nous que pour les enfants à accompagner. Où est passée la liberté ? Elle ne semble plus être que quelques lettres gravées sur les frontons d'anciennes écoles ou de mairies, un vague souvenir, un sentiment de nostalgie, une douce utopie...
    Pourtant, notre mission n'est-elle pas encore - et plus que jamais - de former les citoyens de demain ? Des libres penseurs capables d'esprit critique ? Capables de choisir en connaissance de cause ?
    Cette culture de la peur engendre un climat dans lequel il devient difficile de s'épanouir.
    Je suis enseignante, pas gardienne de prison. J'ai voulu ce métier pour échanger, transmettre, éveiller la curiosité, la créativité et non pour opprimer.
    Aujourd'hui j'ai le rêve que ma vision de mon travail soit encore réalisable. Grâce à mon statut, au cours d'une énième journée à voyager, j'ai pu toucher du bout des doigts cet idéal, ce doux de rêve de liberté.

    Ce matin là, je suis arrivée de bonne heure dans une école un peu reculée du stress des grandes villes, les grilles étaient ouvertes, le cadre bienveillant, l'accueil chaleureux.
    Après quelques échanges détendus, sans jugements, les enfants sont arrivés, se sont mis à jouer et à évoluer dans cet espace qu'ils s'étaient appropriés. Les enseignants parlaient de leurs façons d'être et de faire. Tout me semblait parfait. Les élèves progressaient dans le cadre des textes institutionnels mais avec la pression que beaucoup trop peuvent connaître en moins.
    Oui, c'est possible...

    La journée de classe se passe dans le calme, les élèves sont autonomes, respectueux, s'entraident et savent qu'ils peuvent compter sur l'enseignant dès qu'ils en ont besoin. Je suis là pour eux, le contrat est clair. Les temps de pause sont également vécus en fonction des besoins, passage aux toilettes, jeux dans la cour, repos dans la classe, c'est autorisé mais toujours avec ce même respect, cette même confiance. Oui, des élèves peuvent rester en classe pour dessiner, terminer un travail et non, tout ne sera pas retourné en trente secondes. Quel bonheur de travailler ainsi, être présente, servir de référent et non de gendarme.

    Les échanges avec les collègues ne révéleront aucune formule magique, aucune recette miracle, juste une façon d'être, un regard bienveillant envers l'être humain et une croyance dans les talents de chacun. Une influence Freinet est passée par là, pas de honte à le reconnaître, bien au contraire.

    Bien sûr le tableau n'est pas parfaitement rose et des difficultés arrivent, personne ne peut être totalement épargné. Néanmoins, ce jour là, je suis repartie avec la ferme conviction que oui, c'était encore possible. Alors merci, merci à ces enseignants qui ont permis de me rappeler pourquoi j'avais choisi ce métier, pourquoi je me levais chaque matin. Je sais que rien n'est gagné et mes autres « voyages » ont tendance à me ramener à une réalité moins dorée. Les mauvaises ondes continuent à polluer plus ou moins discrètement notre quotidien et même avec la meilleure volonté du monde y résister est parfois difficile. Pourtant, ici et là, dans des endroits où l'on ne s'y attendrait pas forcément, des colibris luttent et essaient encore de faire leur part pour semer quelques graines de bien-être dans leur environnement et un peu de confiance dans l'avenir.

    Alors moi, aujourd'hui, quelque soit l'endroit où je suis envoyée, quelque soit ma hiérarchie, j'ai plus que jamais envie d'y croire, envie moi aussi d'être en classe un colibri...

    Isabelle Perreau

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1/ Les droits de l’enfant

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/43431

    2) Nouvel Educateur : Etre en sécurité

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/13220

    UNE QUESTION

    L’insécurité est-elle d’abord celle des élèves ou celle de l’enseignant ?


    3 commentaires
  • Ouvrir un peu plus l'école aux parents, ça faisait longtemps que j'y pensais !

    Cette année, c'est fait, avec mes collègues nous avons banalisé une semaine pour proposer aux parents d'intervenir au cours d'ateliers mis en place dans nos classes. Cela a eu un grand succès avec une belle mobilisation des familles.

    Ma demi-journée a eu lieu ce vendredi 14 décembre avec mes CM1-CM2. Neuf mamans et un papa ont réussi à se libérer pour venir. Ça m'a fait très plaisir pour les enfants qu'autant de parents aient fait ce choix !

    Ayant prévu quatre ateliers tournants (constructions en géométrie, agamographe, jeu de l'omelette en maths et jeu de plateau en français), j'ai réparti les parents en deux temps pour ne pas se marcher dessus dans notre petite classe. J'ai expliqué à chacun son rôle, rassurée aussi car je tournais de toute façon dans tous les ateliers.

    Pour voir quelques photos, il suffit d'aller ici : https://twitter.com/CMChampagneux

    En circulant, j'ai pu observer un peu, prendre de la distance, et comme les ateliers étaient clairement définis, j'ai pu constater des visages souriants, des parents disponibles et bienveillants... et des enfants ravis de faire de leur mieux. J'ai dépanné certains moments plus compliqués pour expliquer à un tel en difficulté, une telle qui ne comprenait pas, mais dans l'ensemble les parents ont été au top !

    Un papa était ravi d'avoir maitrisé à la fin le jeu de l'omelette, une autre soulagée que son appréhension se soit envolée. 

    Certains parents ont quand même avoué à la fin :

    "C'était super mais je ne sais pas comment vous faites seule toute la journée. Ils sont bien dynamiques !"

    Oui, c'est sûr, ils sont dynamiques mais franchement, une demi-journée comme ça, je recommence volontiers !

    Pourquoi j'ai trouvé ce moment génial ?

    - parce que les enfants ont été heureux de partager un temps de travail avec les parents dans leur classe.

    - parce que j'ai vu des parents passer du stade de "stress" au stade de "soulagement", "joie", "ravissement" d'être venus.

    - parce qu'ouvrir sa classe en montrant des vidéos c'est bien, mais le vivre avec eux, c'est mieux.

    Pourquoi ça a bien fonctionné ?

    - parce que nous essayons dans l'école, moi en tant que directrice et mes collègues tout autant, de favoriser la communication avec toutes les familles, ce qui n'est pas aisé dans un RPI éclaté de plusieurs km.

    - parce que je suis convaincue que plus l'école est transparente, plus les parents comprennent.

    - parce que nous avons organisé la semaine en amont : annonce en fin d'année, choix d'ateliers permettant un vrai travail des enfants mais aussi une facile appropriation des parents.

    Romance Cornet à Champagneux en Savoie

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1)ouvrir l’école aux parents

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/55615

    2)partager des moments avec les parents

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/55611

     UNE QUESTION

    Peut-on ouvrir l’école aux parents dans le second degré 


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