• Tous les jours de classe, après le moment de l'Accueil et quelques formalités comme l'appel et la présentation de la journée, vient un moment essentiel pour moi et pour les élèves, le "Je fais partager".

    Pendant quinze minutes, des enfants volontaires viennent "au tableau" faire partager un événement, une réalisation, un travail, un livre, une lecture préparée, un texte libre, etc.

    Revivons un de ces moments ensemble :

    8h45 : Le responsable du "Je fais partager" (pour deux semaines) s'installe au tableau et prononce la phrase rituelle : Qui veut s'inscrire au "Je fais partager" ? J'inscris les prénoms des volontaires (ma classe étant un CE1, c'est moi qui le fais)

    La première inscrite est L. Elle vient nous présenter une lecture d'album, lecture préparée à un autre moment essentiel de la journée de classe, le Travail personnel.
    L nous lit quelques pages à voix haute et nous présente les illustrations. Puis après quelques pages lues, le responsable prononce sa seconde phrase rituelle : Qui a des questions ou des réactions ? Je limite à deux-trois questions-réactions pour une question de temps. Exemple de QR : "J'aime bien ta lecture mais on n'entend pas toujours." ou alors "Tu montres trop vite les illustrations." ou "Pourquoi tu aimes bien cet album ?" A l'issue de cette présentation, la classe vote pour décider si la lecture de L. est prêt à être présentée à une autre classe de l'école : ROUGE, c'est non, ORANGE, ce n'est pas tout à fait, VERT, c'est oui.

    Deuxième inscrit, appelé par le responsable, G. qui vient nous présenter un texte libre écrit dans son Cahier d'écrivain. Il lit son histoire (je l'aide éventuellement), nous montre son illustration. Questions-réactions sur le texte : "Est-il clair ?" ; "Est-il cohérent ?" ; "Est-il fini ?". On vote ensuite pour savoir s'il est prêt à être mis dans le journal des écrits de la classe, "Les Petits soleils"(cf billet du 3 février). Je réserve mon accord si le texte n'a pas été corrigé sur le plan orthographique, ce qu'on veillera à faire, l'enfant et moi, ultérieurement.

    Est appelé V. Il veut nous montrer une création en pliage préparée lors du Travail personnel de la veille. Il nous explique comment il l'a réalisé. Les regards impressionnés des enfants sont tous fixés sur la création et à la fin, V. propose de l'enseigner à un ou deux élèves lors du Travail personnel de l'après-midi. Les volontaires sont nombreux. Il faudra l'organiser.

    Nous achevons le "Je fais partager" du jour car il est bientôt 9 heures. Les enfants qui n'ont pu passer seront prioritaires le lendemain. La dernière à passer aujourd'hui est S. Elle va nous raconter ce qu'elle a fait le week-end passé : elle est partie dans le Pas-de-calais chez ses grands-parents. On essaie de localiser leur lieu d'habitation sur une carte de France.

    9h : Dernière phrase rituelle du responsable : Le "Je fais partager" est fermé.

    J'envisage de prolonger ce moment par une question du style : Il y a-t-il des projets, exposés, créations, que vous aimeriez mener, suite à notre "Je fais partager" ?. Et je noterais les idées.


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  • Tous les vendredis de 13h 30 à 14h, c’est « Présentations » pour cinq classes de notre école : deux classes de CP, deux classes de CM2 et une classe de CE1 qui vient de nous rejoindre. Les enfants présentent des textes ou des exposés .

    Dans ma classe de CP, un enfant est responsable de l’inscription et note chaque semaine les prénoms des enfants volontaires  devant le nom des classes où ils veulent présenter.

    Aujourd’hui, Z. a été lire aux CPB  un texte intitulé "Le vaccin" (le médecin est venu mardi pour les vaccinations et Z. a écrit un texte en tutorat avec un CM2). E. a souhaité aller lire aux CM2 un texte qu’elle avait écrit il y a deux mois sur "Je suis Charlie". L. pourtant très timide, mais en confiance, s’était inscrite pour aller lire son histoire de fées aux CM2A. M. a présenté elle aussi une histoire de fées aux CE1.

    Les lecteurs encore hésitants peuvent demander une aide des lecteurs plus experts.

    A 13h 35, nos quatre présentateurs sont partis dans les autres  classes et nos quatre invités sont arrivés en même temps. Le programme était varié : un CE1 nous présentait un exposé sur les loups, un CM2 sur Cuba, les deux autres enfants du CP et du CM2 ont lu un texte de leur cahier d’écrivain.

    Le système est rôdé depuis 6 mois qu’il fonctionne : écoute attentive, applaudissements, questions, remarques, propositions. Les remarques des enfants sont toujours bienveillantes et constructives : « Tu n’as pas lu assez fort » ou  « Tu as lu trop vite »  pour les CM2 qui doivent adapter leur lecture aux CP. «  C’est vrai ou c’est imaginaire ton histoire ? » a demandé un CP au CM2 qui lisait une histoire de monstre ...

    14h 05 : chacun retrouve sa classe, rapide bilan collectif… Rendez-vous  la semaine prochaine !

    Cette ouverture entre les classes est riche et stimulante, les écrits et les savoirs circulent, provoquent envie d’écriture, de lecture,  grands et petits apprennent à se connaître.


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  • Le "Je fais partager". Quatre enfants de CP se sont inscrits pour présenter quelque chose et il se trouve qu’ils ont tous un livre à présenter.

    Trois livres sur le corps d’abord. Il faut dire que l'après-midi de ce jour-là, nous répondrons à la question choisie la semaine précédente par la classe : « Comment le corps fait-il pour tenir droit ? »

    Et puis, arrive le passage d’E. Il a un mini-dictionnaire Larousse d’un autre temps dans les mains. Il a l’air d’en être fier.

    Je vous présente le plus petit Larousse de tonton Marcel. Tonton Marcel est vieux, il est allongé chez le docteur en ce moment (en fait, il est « dans une maison pour les vieux », m’a-t-il précisé plus tard). Il a plein de vieux objets chez lui. Ma maman lui a demandé si elle pouvait prendre ce mini-dictionnaire. Alors, je me suis dit que je pouvais le présenter au « Je fais partager ». Ce dictionnaire est très ancien, il est tout petit et je vais vous lire deux mots qu’il y a dedans : « narquois » et « lorsque.»

    Il nous lit : « Narquois », c'est moqueur, malicieux rusé. « Lorsque », c'est quand.

    Le responsable du JFP demande s’il y a des questions ou réactions venant de la classe. Alors, lorsqu'arrive mon tour, je demande l’âge de ce dictionnaire.

    Il faut déjà chercher quand il a été publié. On trouve 1946.

    Nous commençons à mener toute une recherche mathématique sur comment trouver l’âge du dictionnaire. Pour que ce soit accessible aux CP de la classe, nous procédons par ajout de dizaines : 1956, 1966, 1976, 1986, 1996, puis changement de millier, moment de difficulté résolu par les CE1, 2006, 2016, zut, c’est trop, on recule d’un an. On trouve 69 ans. « Ouah ! C’est vieux ! »

    Voilà comment un objet présenté par un enfant débouche sur la recherche de la définition de mots, d’écart entre deux nombres, et même un début de travail sur les objets d’autrefois.

    Plein de possibilités de prolongements, ou alors de créations de pochettes à savoirs .


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  • J'ai une classe de CM1/CM2 dans un quartier populaire où les difficultés d'enseigner ne manquent pas.

    Heureusement, les occasions de "plaisir de ma classe" existent. En témoigne cet article : http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-vecu-28-je-peux-l-emmener-a-la-maison-a112801444

    Et puis, arrive cette surprise que je vais vous raconter :

    Au début de cette année, j'avais mis en place le désormais traditionnel "Quoi de neuf ?", moment précieux de partage entre élèves, pendant lequel ils peuvent faire partager leurs événements de vie, leurs réalisations, leurs projets.

    Malheureusement, ce temps a vite tourné en rond dans ma classe, l'essentiel des passages se bornant à raconter les matchs de foot et jeux vidéos ou les petites histoires du quartier (comme "J'ai vu ta cousine au parc"). Bien entendu, ils ont leur place dans le "Quoi de neuf ?", mais avec la limite qu'au bout d'un moment, il n'y a plus grand chose à découvrir et à apprendre, et donc peu de possibilités de rebondissements. J'avais donc décidé d'arrêter le "Quoi de neuf ?" en février.

    Et puis, récemment, j'ai fait le choix de le remettre dans l'emploi du temps, mais sous une nouvelle appellation : "Présentations". Evidemment, ça modifie quelque peu l'esprit de ce temps d'expression, mais mon but était qu'on ait davantage de concret dans le contenu, et ça a bien changé les choses.

    La semaine dernière, trois enfants s'étaient inscrits pour ce moment, deux pour des exposés et la dernière pour nous présenter quelque chose, mais je ne savais pas quoi.

    Appelons cette élève  D.

    D : "Je voudrais vous parler de ce que je fais avec mon orthophoniste. Je vais la voir depuis le début de l'année, car je confonds de nombreux sons entre eux, le <t> et le <d>, le <ch> et le <j>..."

    Et là, D. s'est mis à raconter quand elle était suivie dans la semaine, ce qu'elle faisait avec l'orthophoniste, aidée dans sa présentation par une une fiche qui montrait le travail effectué avec elle."

    Et D de commenter avec précision la feuille, soudainement fière de ce qu'elle était en train de faire, la classe totalement silencieuse et à l'écoute, comprenant tout d'un coup pourquoi elle avait des difficultés en orthographe - alors qu'habituellement, de nombreux élèves ne se privaient pas de se moquer d'elle pour ses erreurs - et moi, stupéfaite par ce qui était en train de se passer, même si régulièrement, je parlais avec elle de son travail en orthophonie.

    En y réfléchissant à nouveau, je me souviens que la veille de son passage, un enfant s'était moqué d'une confusion de son qu'elle venait de faire et D. avait eu les larmes aux yeux. Elle voulait le jour de la présentation me montrer sa fiche de sons, mais là, avec les possibilités qu'offre ce temps de Présentations, elle s'est sentie autorisée à la présenter à toute la classe, et pas seulement à moi, ce qui a changé beaucoup de choses dans le regard porté sur elle.

    A noter qu'ensuite les élèves se sont mis aussi spontanément à chercher des exemples de confusions de sons (comme "cheveux" et "je veux"), prenant ainsi tout cela au sérieux.


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  • Lundi 7 décembre, une journée de classe de CE1 qui démarre comme pour les autres semaines par un "Je fais partager" (Le "Je fais partager"). Douze enfants s'inscrivent pour présenter un livre, un texte d'écrivain, raconter un vécu personnel, etc. Donc quatre passeront ce lundi, quatre mercredi, quatre vendredi.

    - A. nous a apporté un livre sur les chevaux. C'est sa passion. Elle a préparé sa présentation, puisqu'elle a même sélectionné certaines pages à l'aide de post-it.

    - E. nous a parlé de son week-end avec les Eclaireurs Israélites. Ils ont confectionné des cadeaux pour les enfants des familles ayant peu d'argent. Il nous a parlé aussi de la fête de Hanoukah, de l'allumage des bougies et nous a écrit Hanoukah au tableau en hébreu.

    - I. nous a présenté son livre "Le bossu de Notre dame" qu'elle est en train de lire.

    - L., qui est arrivée ce matin-là avec des béquilles, nous a parlé de son entorse, ce que c'était et ce que ça impliquait pour elle pour les semaines à venir.

    Ces quatre passages ont passionné les enfants de la classe, je l'ai tout de suite senti. Alors, porté par une subite impulsion, j'ai proposé aux quatre enfants un rendez-vous à 11h30 pour me parler de ce temps de "Je fais partager".

    Je vous livre ci-dessous l'essentiel de ce qu'ils ont dit, en essayant de conserver leur expression. J'ai été séduit par leur pensée, et conforté dans l'idée que l'enseignement par le maître n'était vraiment pas la voie d'apprentissage la plus efficiente (ce qui ne veut pas dire que notre part dans les apprentissages soit secondaire !)

    "Ça sert à quoi le « Je fais partager » ? 

    - Ça sert à faire partager ce qu’on a appris ou ce qu’on a fait. Comme ça, on peut apprendre des choses aux autres. C’est bien de faire partager, car comme ça, les autres, ils en savent plus sur nous, sur ce qu’on aime, sur ce qu’on présente.

    Pourquoi est-ce important qu’ils sachent ce que tu aimes, toi ?  

    - C’est pas important, mais ça peut leur apprendre.

    - Si elle leur fait connaître ce qu’elle aime bien, peut-être que si ensuite elle les invite pour son anniversaire, ils sauront ce qu’elle aime pour les cadeaux.

    - Oui, ça peut apprendre, ça peut bien aider, par exemple un enfant qui ne sait pas du tout ce que c’est que l’hôpital, qui n'y est pas allé, moi, si je lui expliquais, il saurait un peu plus.

    - Je trouve que c’est très important de connaître ses qualités, ce qu’on aime, car après, ça peut te donner des idées. Je pourrais me dire, tiens, je pourrais bien aimer les chevaux, moi aussi.

    - C’est bien parce que quand on a appris des choses, on peut les apprendre aux autres. E., par exemple, il aime bien les clowns, et quand on a fêté son anniversaire, les personnes qui lui ont fait un cadeau pouvaient savoir et lui faire un dessin, par exemple un singe qui fait des acrobaties.

    - Quand on a fêté l’anniversaire d’E., sur le « Joyeux anniversaire », j’avais dessiné un clown. 

    Imaginez que demain matin, je vous fasse un exposé sur le cheval ou sur l’hôpital. Que voyez-vous comme différence avec le « Je fais partager » ? 

    - C’est mieux qu’on écoute des enfants, qu’on s’écoute entre nous. Toi, c’est bien aussi, mais je pense que c’est mieux d’enfants à enfants. Toi, on sait que tu sais beaucoup de choses. Je pense que c’est mieux de savoir des choses sur les autres.

    - Si tu parles du cheval et qu’après tu parles tout de suite de l’hôpital puis du « Bossu de Notre Dame », et enfin de Hanoukah, ça n’a rien à voir entre eux. Le problème, c’est qu’il y a la même distance entre les quatre.

    - C ’est mieux que ce soit les enfants qui présentent, parce que si toi, tu présentes quelque chose sur le cheval, on sait que les adultes connaissent beaucoup de choses, et nous, on en connait moins. Moi, quand je présente quelque chose sur le cheval, j’ai beaucoup de sourires, et vu que j’adore les chevaux, j’aime bien le présenter. Alors que mes parents ou souvent les adultes, ça ne les intéresse pas trop.

    - Quand nous, on présente quelque chose comme un livre, c’est parce que on l’aime bien, ça nous a fait du plaisir quand quelqu’un nous l’a acheté, alors que les adultes, par exemple toi, quand tu présentes, des fois, t’es pas super content. C’est pas toi vraiment qui as envie de le présenter. C’est aussi des gens qui décident : « Dans la classe, on va faire ça en premier, après c’est la récréation, puis cela ». C’est pas toi qui décides vraiment ce qu’on va faire. C’est plus amusant pour nous de présenter. Et aussi, ça nous apprend à s’écouter entre nous. C’est déjà pas mal.

    - C’est mieux d’écouter les plus petits, car les plus grands, ils vont savoir plus de choses que nous, ils vont nous corriger, et il y a des enfants qui n’aiment pas du tout ça. C’est pas grave s’ils ne disent pas exactement la bonne phrase.

    - J’ai un peu changé d’avis, parce que c’est aussi intéressant de t’écouter, parce que c’est quand même toi qui nous apprends. Tu dois quand même nous corriger. C’est aussi intéressant, mais un petit peu moins que quand c’est entre enfants.

    - C’est bien que les enfants expliquent des choses car des fois, il y a des personnes qui se moquent, quand on leur pose une question : « Tu vas pas savoir ! C’est trop compliqué pour toi ! » Des fois, au « Je fais partager », quand on leur montre des choses, les personnes qui se moquaient se moquent moins, parce qu’elles ne savaient pas, ça. Alors que la personne qui montre au « Je fais partager » savait. Ça nous montre qu’il ne faut pas se moquer des autres. Des fois, on sait des choses que l’autre personne ne sait pas, et des fois, le contraire.

    - Faut pas se moquer des autres, car les petits peuvent apprendre aux grands. Par exemple, il y a tellement de pays que personne ne sait parler toutes les langues. Il y a donc peut-être des enfants qui apprennent le latin et qui l’apprendront à leurs parents.

    Est-ce qu’il y a des moments où vous m’apprenez des choses ?  

    - Quand je t’ai présenté mon livre, peut-être que tu ne le connaissais pas. Quand A. a présenté son livre sur les chevaux, peut-être que tu ne savais pas tout ce qu’elle a expliqué. Et même à la maison, tu peux apprendre des choses à tes parents. La dernière fois, quand on est allé à la Cité de l’architecture, le soir ou le lendemain, j’ai expliqué à maman toutes les légendes qu’on avait apprises.

    - Des fois, quand tu oublies quelque chose, on te le rappelle.

    - Oui, c’est possible, parce que moi, quand je t’ai présenté Hanoukah, j’ai eu l’impression que t’as dit des choses que t’as remarqué et que tu ne les savais pas."


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