• L'écriture de textes libres est une activité centrale pour moi, d'abord parce qu'elle est au coeur d'une vraie culture de classe, d'autre part parce qu'elle en lien avec toutes les disciplines de la langue française.

    Elle est au coeur d'une culture de classe fondée sur les nombreux moments de partage et d'échange entre les enfants. A partir du moment où les enfants se font découvrir leurs passions, leurs projets, leur imaginaire, le désir d'écrire naît.
    Par exemple :
    - Ecrire une poésie comme ce qu'a fait la copine, la semaine précédente.
    - Poser par écrit quelque chose qui est arrivé dans sa jeune vie.
    - Prolonger par l'écriture une lecture faite en classe ou présentée par quelqu'un d'autre.
    Surtout si ces écrits trouvent un issue dans un journal de classe ou d'école, dans un petit livre, ou dans une correspondance avec une autre classe.

    Journal de classe

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    L'écriture de textes libres est en lien avec toutes les disciplines du français, car à partir de ces textes écrits, des actions de travail sur la langue (orthographe, syntaxe et vocabulaire), des temps de lectures diverses pour nourrir son jeune savoir d'écrivain, des moments de lecture à haute voix et expressive pour faire découvrir son écrit, prennent naturellement leur place.

    Je suis un partisan de l'Ecrilire, le lien le plus étroit entre écrire et lire : Ecrire pour être lu, lire pour enrichir l'écriture (et pour le plaisir évidemment), travailler la langue pour faire de son écrit un "chef-d'oeuvre".

    Plus on écrit tôt, dans la liberté la plus grande, sans la pression initiale du "bien écrire sans faute", plus le travail de lecture s'en trouve facilité, car prenant tout son sens.


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  • Découvrir un texte d'album de lecture en CP avec des lecteurs et non-lecteurs est un vrai problème.

    En effet, comment concilier l'attente des lecteurs, pressés de lire comme des grands le nouveau texte, et forcés de se taire pour ne pas déflorer l'histoire et le temps de la découverte, et la difficulté des non-lecteurs, ayant face à eux un texte composé de mots encore complexes, s'il s'agit bien sûr d'un vrai texte d'album et non d'un texte artificiel de manuel.

    Alors, j'ai trouvé l'idée du Texte-Initiales.

    1) Le nouveau texte est au tableau, mais seulement avec la première lettre de chaque mot et un trait pour représenter la suite du mot.

    2) Nous découvrons ensemble l'album dans sa matérialité pour entrer dans son contexte : personnages, début de l'histoire, illustrations.

    3) C'est ensuite aux enfants de reconstituer peu à peu le texte du tableau, en s'aidant de la première lettre, de la longueur des mots, d'hypothèses sur l'histoire. Et puis, le texte qui se reconstitue peu à peu va donner des indices... Les bons lecteurs s'attaqueront aux mots longs, ceux que l'on doit deviner en faisant des hypothèses. Les lecteurs plus hésitants, eux, pourront commencer par les petits mots, souvent déjà rencontrés auparavant.

    Je mène cette pratique avec un petit jeu à points, mais ce n'est pas du tout nécessaire. D'ailleurs, je ne le fais pas souvent ainsi.

    Voilà une vidéo concrétisant l'idée :

     


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  • Dans nos classes de CP-CE1 et de CM1-CM2, des temps sont consacrés à une lecture-plaisir, une lecture qui se suffit à elle-même, sans questions de compréhension, sans évaluation, sans lecture à haute voix à la classe, etc.

    Les dispositifs différent bien sur entre les niveaux de classe :

    - En CP-CE1, sont disposées en deux colonnes au tableau les étiquettes aimantées de tous les enfants  : une colonne avec ceux qui sont déjà de bons lecteurs et une colonne de lecteurs plus débutants (ce qui ne se confond pas nécessairement avec une colonne CP et une colonne CE1). Un tirage au sort est fait pour constituer des binômes d’enfants : un de chaque colonne. Une fois les binômes constitués, chaque duo se choisit un livre dans la bibliothèque de classe, s’installe, puis libre à chaque duo de lire à sa guise : partage des paragraphes ; un enfant qui lit et l’autre qui écoute, un enfant bon lecteur qui aide l’autre enfant à lire, etc. Ce temps hebdomadaire dure environ 20 minutes.

    - En CM1-CM2, les enfants choisissent chaque quinzaine le livre qu’ils vont lire. Ce livre provient soit de la bibliothèque de classe, soit de la maison, soit a été prêté et conseillé par un camarade. Deux fois par semaine, en remontant de la récréation, le calme s’installe, et chacun dispose de quinze minutes pour s’installer où il le souhaite et poursuivre sa lecture. De mon côté, je m’installe confortablement et lis en même temps qu’eux.

    Dans nos deux classes, après le partage de nos expériences, nous avons constaté qu’il existe beaucoup de points communs.

    D'abord, il s’agit d’un moment extrêmement calme et investi (mais avec quelques règles que nous avons définies pour permettre la réussite de ce moment : Je lis silencieusement ; Une fois que j’ai trouvé ma place je ne bouge plus ; Une fois que je choisis mon livre, je n’en change pas.)

    Chez les « petits », on observe une vraie coopération entre pairs, l’un aidant souvent spontanément l’autre, tous les deux cherchant à aller jusqu’au bout de leur lecture. De la vraie coopération !

    Chez les plus grands, l’envie de faire partager ses perles, de faire découvrir un héros, un texte ou encore un auteur permet aux autres d’anticiper leurs prochaines lectures et fait naître un réel désir de lire (et chez le maître, aussi, souvent). Du vrai partage !

    Il y a d’autres bénéfices à ce temps.

    Par exemple, chez les CP-CE1, comme les duos changent toutes les semaines, ils apprennent à découvrir l’autre.

    Chez les plus grands, ces temps de lecture individuelle ou de partage, ont un impact certain sur les temps d’expression. Les enfants s’inspirent de leur lecture ou de celles des autres pour créer à leur tour.

    Ce temps de lecture plaisir est un temps précieux, au même titre que le « Je fais partager » (http://laclasseplaisir.eklablog.com/le-je-fais-partager-a108196376) ou les moments de réflexion collective (http://laclasseplaisir.eklablog.com/les-temps-de-reflexion-collective-c24533128), dans lesquels le « pourquoi » des choses (le sens) nourrit tous les moments plus traditionnels de « comment on fait » (la technique).

    Nous vous le conseillons.


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  • Pour donner du sens aux textes que nous écrivons, j'ai proposé à mes élèves de CE1-CE2 de les lire aux GS de l'école voisine afin de leur montrer la richesse, le plaisir que l'on gagne en apprenant à lire (et surtout à écrire !).

    C'est un dispositif qui existe depuis longtemps dans notre école et qui permet aux GS de venir se familiariser avec la « grande » école. Habituellement, les CE1 ou CP lisent une histoire d'un livre qu'ils ont saucissonnée (que l'adulte a saucissonnée plutôt) et dont chacun lit laborieusement sa partie. Autant dire que l'objectif de donner le goût de la lecture aux non lecteurs n'est pas tout à fait atteint !

    J'ai changé cela pour ma classe en arrivant dans l’école. Les deux premières années, je leur ai proposer de choisir un JMagazine (JMagazine) seul ou à deux et den lire une histoire ou un poème. Avec séances de critiques du groupe pour être intéressant en public. Et cette année, leurs textes libres sont tellement riches, variés, dynamiques que je leur ai proposé de les partager.
    Le dispositif est le même depuis trois ans : des petits groupes de 4-5 élèves de GS tournent sur les groupes de CE1-CE2 (4-5 aussi) répartis dans différents lieux accueillants (coin regroupement, BCD, etc). On s'appuie sur les adultes disponibles : 2 enseignantes, 1 ATSEM, et 2 services civiques (ils prennent un groupe à eux deux) ou lAVS. Les GS entendent donc les 21 CE1-CE2 en se déplaçant d'une salle à l'autre et les grands lisent 4 fois leur création. C'est très dynamique, et adultes comme enfants se régalent à chaque fois.

    Depuis quelques jours, nous travaillons la lecture-mise en scène.

    Un enfant a même, contre ma consigne (c’était la veille de la lecture !), écrit un nouveau texte car les autres ne lui convenaient pas. D'une richesse remarquable pour cet enfant d'imagination d'ordinaire timide. Il a bien eu raison.

    Aujourd'hui c'était la dernière séance de critiques par le groupe avec les critères élaborés ensemble. J'étais, comme eux, très émue. Poèmes, histoires ou émotions personnelles étaient au rendez-vous.
    Par l'écriture de textes libres le programme, que d'aucuns disent ne pas être traité en pédagogie Freinet, est largement dépassé en français, et avec bonheur et fierté !

    C'est vraiment délicieux de voir le bonheur des enfants partageant leur création. Ils aiment la proposer à entendre et à voir, souvent lue avec leurs camarades préférés. Les dialogues prennent ainsi une couleur sensible, douce ou énergique. Et le trac diminue !

    Voir les yeux des enfants briller à la lecture de leur création ou les entendre éclater de rire au détour d'une petite phrase lue est magique pour tous. "C'est moi qui les ai fait rire ? Ils ont donc aimé ce que j'ai écrit ?" Ils se sont relancés passionnément dans l'écriture ! Et les maternelles attendent les nouvelles créations en demandant à lenseignante d’écrire leurs propres textes !

    Pascale Henquinez


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  • Mois de février 2016, classe urbaine de CP. J'ai demandé à un petit gars de me lire quelques lignes d'un documentaire. Il a lu les phrases, impeccable, et reformulé ce qu'il avait lu. Et je lui dis : "Tu te rends compte que ça y est, tu sais lire ? »
    - Ah ? bin en fait j'ai du mal à me rendre compte.
    - Là tu viens de lire ce qui est écrit, et tu as compris ce que ça veut dire !
    - Ah." (avec un sourire un peu fier, malgré une sorte de stupeur).

    Moi, j'avais un sourire énorme. Je suis contente, j'ai dit. Une minute après, ce gars-là attrape son petit pote, qui rame pas mal, par le cou d'une main, un bouquin dans l'autre main, et lui dit : "Viens, je vais faire comme la maîtresse, je vais t'apprendre à lire".

    Y en a un qui a dit "c'est sur votre visage que l'enfant se lit vainqueur"... je ne sais plus qui c'est.

    Pourquoi, comment c'est possible ? Laisser le temps à chacun ? Prendre du temps pour chacun ? Inviter à l'entraide ? C'est la fleur qui éclot enfin, et qui sent bon, grâce à un terreau et un compost invisiblement entretenus ? Et dont je ne suis jamais sûre qu'il va permettre cette éclosion ?

    Mélanie Tanous


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