• Un de mes loulous de CE1 ne vient pas du tout à l'école depuis l'année dernière pour une raison hallucinante : il joue aux jeux vidéos toute la nuit et sa maman qui l'élève seule nous dit qu'il ne veut pas l'écouter pour lui donner son écran.

    Surréaliste !

    Signalement, d'où accompagnement éducatif, mais toujours pas de loulou à l'école. Dix jours de présence sur sept mois d'école. 

    Donc, mon loulou arrive le lundi matin au car pour le départ en classe verte. Soulagement ! Il est là.

    Il se régale toute la semaine, s'endort sans problème le soir et participe à tout de façon extrêmement adaptée. 

    Le dernier matin, contrairement aux autres matins, pas de réveil échelonné. 

    En ouvrant les yeux, il me regarde avec une grande sérénité et une sacrée détermination :  "Maîtresse, en arrivant à la maison, je vais dire à maman de vendre ma tablette et ma Switch pour acheter des jeux de construction comme les Légos avec les sous."

    Il m'a fait un gros câlin et j'ai failli verser une larme. 

    Fabuleux.

    Je n'aurai pas donné toute cette énergie pour rien !

    Pascale H.

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1) Le site de Serge Tisseron

    https://www.3-6-9-12.org/manifesto-notre-combat/

    2) Emancipation numérique (Nouvel Educateur)

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/62041

    UNE QUESTION

    Qu'est-ce qui peut faire "déclic" dans ce que nous proposons en classe ou à l'école ? 


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  • L'aide relationnelle RASED se fait principalement avec des enfants en individuel ou en petit groupe à partir de temps d'échange (de concertation) avec l'enseignant(e) de cet(te) élève, et avec ses parents. 

    Mais, il m'arrive aussi assez souvent d'intervenir en classe entière ou avec une demi-classe pour faire réfléchir l'ensemble des élèves sur le climat scolaire, mais aussi sur ce qui agit intérieurement sur les apprentissages, car je suis convaincu que les facteurs agissants sont multiples, et pas seulement cognitifs. 

    Cette année, je m'appuie beaucoup, pour ce faire, sur deux sites que j'ai conçus avec des partenaires, autour, le premier, de ce qui provoque des "empêchements à apprendre" chez certains élèves (Les empêchements à apprendre), le second, de ce qui intérieurement participe à la vie de l'enfant et à son bien-être (Ma vie du dedans

    Aussi, suis-je intervenu à plusieurs occasions dans des classes de cycle 3 sur le thème de "Comment je suis avec les autres". Cette thématique a été souvent choisie par les enseignants, constatant la forte influence des relations entre élèves sur le quotidien de leur classe. 

    J'ai conduit ma séance en deux temps :

    1) Nous visionnons la vidéo sur cette question ("Ma vie du dedans") qui met en jeu quatre clowns ayant chacun une façon bien à lui de vivre sa relation aux autres. Puis, les élèves s'appuient sur les paroles clownesques pour eux-mêmes - pour ceux qui le souhaitent - partager oralement leurs façons d'être en relation. 

    2) Ensuite, chacun, individuellement, écrit, dessine, invente une histoire, relate son vécu sur une feuille autour de cette thématique. 

    Toutes ces séances sont très fortes. Fortes dans l'atmosphère de la classe, comme en témoignent les enseignants qui, lors de la séance, restent en retrait (sachant que mon objectif est qu'ensuite, ils poursuivent ces temps sans moi). Comme si cette occasion d'aborder ces questions était tellement rare que la plupart des élèves s'en saisissaient avec avidité.

    Bien entendu, la parole et l'expression sont libres, sans obligation, et nous ne psychologisons surtout pas à partir de ce qui émane. Il s'agit d'abord d'un moment où l'on peut s'exprimer, où l'on peut entendre, où l'on peut se nourrir, où l'on peut parfois se sentir moins seul(e) dans ses ressentis intérieurs.

    Et voici quelques exemples d'écrits (CM1) : 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Daniel Gostain

    Maître G en RASED


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  • A. est une élève de CM2, une élève qui nous est signalée en difficulté scolaire chaque année depuis le CP : des difficultés d'apprentissages, notamment en mathématiques, en histoire, en anglais, et des difficultés dans la gestion de ses émotions : elle peut facilement se mettre en colère ou se recroqueviller en classe. 

    J'ai commencé à la suivre en "aide relationnelle" (une des missions du RASED) en CM1 au sein d'un petit groupe et j'ai découvert une jeune fille particulièrement attachante, se saisissant de ce temps particulier avec un certain plaisir. Loin de ma perception, l'élève qui m'était dépeinte en classe.

    En ce début d'année scolaire, A. nous était encore décrite par son enseignante comme une élève qui l'inquiétait, et pour laquelle des interrogations sur son niveau scolaire se posaient. J'ai pu lors de la concertation donner mon ressenti sur A., ce qui, je le sus plus tard, modifia le regard de l'enseignante.

    A. était en fort demande d'aide, mais je n'envisageais pas alors  de prendre des CM2, priorité étant donnée aux enfants plus jeunes, donc de maternelles ou CP/CE1. 

    Et puis, j'ai réfléchi et je me suis vraiment interrogé sur tous ces enfants un peu plus âgés, traversant depuis deux ans les turbulences du covid, en besoin d'écoute et de soutien.

    Alors, je me suis débrouillé pour libérer deux temps sur la semaine :

    - un premier temps pour mener trois "ateliers empêchements" avec quelques élèves de CM1/CM2 sur trois écoles de ma circonscription

    - un second temps pour proposer une aide individuelle avec certains élèves de CM2, qui nous semblaient susceptible d'en bénéficier favorablement. 

    A. était de ceux-là.

    Chaque lundi, à 15h, nous avons eu rendez-vous, elle et moi, pour 45 minutes d'aide relationnelle. A. s'est tout de suite impliquée, notamment sur ses propositions de médiations : invention d'histoires, écriture, y compris à la maison, partage de sentiments assez personnels. Et peu à peu, j'ai assisté à une transformation, une transformation faite principalement de verticalité. A. s'affirmait de plus en plus, notamment après les vacances de Noël. J'assistais, presque sans rien faire, à une sorte de métamorphose, et, ce qui était d'autant plus formidable, c'est que sa maîtresse témoignait d'un certain transfert sur la classe : plus de calme, plus de concentration, plus d'implication. 

    17 janvier : Je lui annonce qu'il serait juste d'envisager la fin de l'aide, par exemple pour les vacances de février, car il me semblait qu'elle avait pleinement évolué pour pouvoir maintenant poursuivre ce travail toute seule. Elle acquiesce mais ajoute : "J'aimerais quand même avoir une séance le lundi de la rentrée, car pendant les vacances, je pourrais avoir des émotions à faire partager à mon retour (A. a une vie familiale compliquée, faite de ruptures et réconciliations entre les parents)". Je donne mon accord, étonné par cette parole pleine de maturité. La séance se poursuit par une proposition de ma part : tracer son parcours scolaire du CP au CM2, tel qu'elle le ressent. Voici son illustration, avec écrit au centre, "du stress, de la colère, de la passion, de la tristesse, joie".

    Le chemin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Et elle finit par : "En revoyant le tableau, ça me fait rire, et je me dis aujourd'hui, qu'il y a des choses que je ne ferais pas".

    24 janvier : Pour cette séance, je propose à A. une activité particulière : que nous inversions nos rôles, donc qu'elle mène la séance comme je pourrais le faire et que je me mette à sa place. Une façon de se décentrer et de se découvrir  autrement. D'ailleurs, j'avais dès son entrée dans la salle changé de place par rapport à d'habitude. 

    Elle est tout à fait d'accord. 

    Je vous fais partager trois moments audio de ce temps (avec son accord)

    1) Le temps 1 de la parole (je suis A., elle est moi)

    Enregistrement 1

    2) Le choix du jeu de société (formulé par A.) : le jeu "Qui est-ce ?", suivi du temps 3, temps de retour sur l'activité

    Enregistrement 2

    3) Le regard d'A. sur le jeu de rôle que nous avons mené

    Enregistrement 3

    POUR FINIR (provisoirement) :

    Ce récit d'une aide relationnelle n'est bien entendu qu'un exemple de ce qui peut s'y passer. Ici, il s'agit d'un travail très positif, mais je vis bien entendu plein d'autres moments où l'avancée est bien plus problématique. C'est là le grand intérêt (et la difficulté) de ce travail. 

    Daniel Gostain

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1) La Fédération nationale des enseignants en aide relationnelle/rééducative

    https://fnaren.fr

    2) Mon padlet 

    https://padlet.com/danielgostain/G

    UNE QUESTION

    Comment ne pas "perdre" tous ces élèves trop vite étiquetés, trop vite abandonnés, car bénéficiant de trop peu d'occasions de  reconnaissance ? 


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  • Depuis la fin du confinement, j’ai fait le choix de ne rien exiger des enfants l’après-midi. Bien évidemment, ne rien exiger des enfants, ça veut dire qu’ils choisissent ce qu’ils vont faire.

    Et il y a quelques semaines, avec l’argent de la classe, ils avaient acheté une dizaine de rubik’s cubes. Donc ils étaient toujours quelques-uns à bidouiller le cube, et les plus organisés sont arrivés, en regardant des vidéos avec les tablettes de la classe, à les résoudre. 

    Cette après-midi, alors que nous terminions nos pages du journal, A. est venue me voir avec C. « Tu dois nous montrer comment on crée un QRCode, parce qu’on veut mettre dans nos pages du journal une vidéo pour expliquer comment on résout un rubik’s cube. Silence religieux quand je leur ai montré comment on met une vidéo en ligne.

    Les voilà parties avec une tablette, pour partager un peu de leur connaissance avec le Monde. « Comme ça, les copains des autres classes apprendront à les résoudre »... « et aussi les correspondants ».

    Le Monde d’après sera coopératif, et notre salle de classe sera la Terre. Et chacun de nous, quand il le faudra, pourra apprendre aux autres. Regarde, ça a déjà commencé…

    https://www.youtube.com/watch?v=mcmmmksbry8

    Hervé Allesant, en classe unique (CP au CM2)

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1) Organisation d'une classe Freinet

    https://www.classe-de-demain.fr/accueil/cest-vous-qui-le-dites/temoignage-dherve-enseignant-en-cp-ce2-methode-freinet

    2) La Coopération

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/recherche-cooperation

    UNE QUESTION

    En quoi laisser choisir les activités est une forme d'exigence ? 


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  • Première séance de travail en aide relationnelle RASED, avec A., élève de CM2, en grande difficulté scolaire, en forte « délicatesse » avec l’école aussi, délicatesse aussi familiale. A. fait souvent des crises fortes dès qu’une frustration se manifeste.

    Après un temps de parole assez rapide – A. reste méfiant, ce qui est assez logique – je lui propose de me dire ses envies pour la séance. Nous prenons appui sur la salle et son matériel (maquettes et figurines, jeux de société) et je lui fais aussi des propositions.

    Je m’attends à ce qu’il s’oriente vers un jeu de société, ce qui aurait été plus neutre affectivement comme première médiation. A ma surprise, il choisit d’inventer une histoire avec figurines, en s’aidant d’une maquette de maison qui se trouve dans la salle.

    Le temps de l’activité démarre : il choisit soigneusement les personnages et les dispose à côté de la maison. Ils sont clairement répartis en deux familles, allant du bébé au plus âgé, l’une blanche, l’autre noire. Il est prêt, je mets le minuteur sur 15 minutes et il se lance. Il est concentré, bien présent, mais le fait sans aucun son. Au bout de deux-trois minutes, je fais une pause et lui rappelle qu’il peut faire parler ses personnages. Il me répond qu’ils parlent dans sa tête. D’accord, c'est son choix. Il poursuit son récit, allant une ou deux fois chercher une nouvelle figurine.

    Les 15 minutes sont écoulées. Nous rejoignons l’espace de parole pour le troisième temps, celui du regard sur ce qui s’est passé. A. semble bien, détendu. Alors, je lui propose de me raconter son histoire :
    « C’est un père, noir, qui est marié à une femme, noire, mais il veut rencontrer une femme, blanche, car comme ça, ils auront des enfants métisses. Il incite aussi son fils à épouser une femme blanche pour la même raison : avoir des enfants métisses. Mais son épouse découvre qu’il la trompe et demande le divorce. »

    A la fin de son récit, je lui confie mon étonnement sur ce silence de 15 minutes, silence guère habituel à l’école, surtout quand il est choisi par l'élève et qu'il n'est pas celui imposé par les évaluations, par exemple. Il me répond qu’il n’a jamais vécu un temps de silence aussi long, que c’était calme, que c’était bien. Il me précise aussi qu’il s’est inspiré de ces footballeurs très connus qui ont pour compagne des femmes blanches, souvent très belles. Un signe de réussite, semble-t-il, pour lui.

    Si j’ai voulu relater cette séance, c’est pour souligner à quel point ces temps particuliers, que nous proposons à des élèves en assez grande rupture avec les exigences scolaires, ont quelque chose de rare, donc de précieux : du calme, de l’écoute, de la liberté dans un cadre précis, qui manquent à un grand nombre d’enfants, que ce soit à l’école ou dans le cercle familial. Une façon de se réconcilier un tout petit peu avec l’institution scolaire et, qui sait, à se ménager un début d’accès aux apprentissages.

    Daniel Gostain

    POUR ALLER PLUS LOIN 

    1) Le site de la Fédération Nationale des Associations des Enseignants en Aide relationnelle

    https://fnaren.fr

    2) Des pistes d'activité

    https://padlet.com/danielgostain/G

    UNE QUESTION

    Comment faire bénéficier à l'ensemble des élèves des écoles de temps de réflexion, de liberté, et d'écoute de ce qu'ils sont ? 


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