• Dans ma classe de CM1, un axe de travail récurent est l'égalité fille-garçon. Nous lisons des albums, des romans, des biographies de femmes célèbres ou oubliées...

    Cette semaine, j’ai lancé un défi : pour les garçons de ma classe, de venir avec du rose dans leurs vêtements, et pour les filles, de venir habillées sans rose.

    Le défi a donc démarré. Quelques garçons et filles ont réussi tout de suite. Le défi a duré toute la semaine pour que ceux qui n’avaient pas réussi puissent ré-essayer.

    Dans le « Quoi de neuf ? » de ce matin, nous en avons parlé et ils se sont félicités mutuellement d’avoir réussi.

    Plaisir VECU 9 : Rose ET bleu à la fois

    J’ai noté des réflexions intéressantes de deux filles :

    1) « C’est extrêmement difficile de ne pas mettre de rose, il y en a dans tous nos vêtements, dans tous nos accessoires. »

    2 ) « Ce matin, c’est ma mère qui a préparé mes affaires. Il y avait du rose partout. Je me suis battue contre elle pour trouver des affaires grises, blanches, etc. »

    Tous les enfants ont acquiescé, comprenant bien ces réflexions.

    Des garçons ont eux aussi dit qu’il était difficile pour eux de trouver du rose car ils n'en ont pas dans leurs placards. Certains ont dû emprunter des vêtements.

    Ce qui fait que c'est un moment fort à mes yeux, c'est que les enfants ont pu expérimenter cette réalité et s'apercevoir concrètement que leurs choix et leurs goûts sont modelés malgré eux, que les petites filles ont appris a aimer le rose car elles n'ont pas vraiment eu le choix, et inversement pour les garçons.

    A la fin du défi, seul un élève a refusé de jouer le jeu (mais il est dans le refus permanent). Tous les autres ont réussi au moins une journée à relever le défi, et la plupart étaient très fiers. Ils n'ont pas caché leur t-shirt rose dans la cour. Ils en ont parlé aux autres classes. Une élève de CE2 a proposé à son maître de lancer ce même défi dans leur classe.

    Par la suite, un de mes garçons a eu un nouveau manteau, bleu ET rose, personne ne lui a fait la moindre remarque. Et ils n'échangent plus le matériel (nos ciseaux et compas de classe sont soit rose soit bleu...) quand je leur fais distribuer.

    Cécile Garnier


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  • Classe unique en Haute-Savoie, vendredi matin, moment de la "météo du matin intérieure", expérience tentée après des ateliers de communication non violente que j'ai expérimentés puis mis en place dans la classe depuis le début de l'année.

    Une CM2 prend la parole pour expliquer comment elle se sent : "Je me sens déboussolée ce matin car cela fait une semaine que je me suis disputée avec ma copine (autre CM2). Nous ne nous sommes pas réconciliées depuis vendredi dernier (je ne travaille que le vendredi dans cette classe, météo et autre moment de retour sur soi effectués seulement le vendredi).

    Nous accueillons donc cette émotion. Et elle dit : "J'aimerais lire quelque chose." Nous l'écoutons. Elle avait écrit un poème à sa copine qu'elle a lu devant toute la classe. Elle commence à lire et se met à pleurer. Les deux copines se prennent dans les bras. Toute la classe avait les larmes aux yeux et la maîtresse aussi (moi !)

    J'adore S. c'est mon idole,
    Mais parfois on se chamaille.
    C'est souvent, mais je l'adore.
    Si un jour vous croisez cette fille
    C'est que la chance vous sourit.

    Mais faites attention car vous serez
    Attiré par elle, donc vous ferez des bêtises.
    C'est ce que j'ai fait et je crois bien
    Qu'elle ne me pardonnera jamais
    Mais si quelqu'un la croise, dites lui
    Que je l'adore particulièrement.

    Ces émotions ont inauguré une belle journée placée sous le signe de l'empathie et la bienveillance ! Incroyable !

    Marie Delarue


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  • Imaginez deux élèves face à face, l'un - Et Tic ! - défendant la lecture à haute voix, l'autre - Et Toc ! - préférant la "lecture dans sa tête", chacun exposant ses arguments.

    Envisagez cette confrontation dans le domaine des apprentissages comme dans celui du fonctionnement de la classe. 

    Un moment court intitulé "Et Tic ! Et Toc !", qui peut être proposé par l'enseignant, mais aussi par les élèves, et qui permettrait de questionner les choix pédagogiques de classe.

    Des exemples déjà expérimentés :

    - Un "Et Tic ! Et Toc" entre "apprendre seul" et "apprendre à deux"

    - un autre sur "vivre dans une maison" et "vivre dans un immeuble", comme sur l'image suivante, où N. défend la maison

    Plaisir A VIVRE 805 : Et Tic ! Et Toc !

    - écrire un texte court ou un texte long

    - plan de travail à domicile et plan de travail classique

    Cette idée, que nous vous proposons d'expérimenter, Nastasia Tarento et moi-même, nous est venue à la suite d'un échange sur les débats que nombre d'enseignants proposent souvent en cours d'Histoire : royauté/tiers-état ; girondins/jacobins ; fascisme/démocratie ; Danton/Robespierre,  etc. 

    Poursuivant notre échange, nous nous sommes demandé si ces débats, nous pourrions les transposer sur tout ce qui constitue la vie de classe. En effet, nombre de projets, d'activités, de fonctionnements vécus par les élèves sont initiés par l'enseignant sans être rendus explicites. 

    Le "Et Tic ! Et Toc !" pourrait être un moyen de faire réfléchir au pourquoi des choses, ce qui fait qu'on fera lire d'une façon ou d'une autre, qu'on travaillera seul ou en équipe, qu'on étudiera d'abord les figures géométriques ou qu'on les tracera en premier, qu'on ira au cinéma ou au théâtre. Les idées de débats sont infiniment larges ! 

    Et voici le dispositif que nous avons imaginé et que nous allons suivre, tout en le peaufinant peu à peu : 

    1) Un "Et Tic ! Et Toc !" est proposé au groupe. Deux enfants volontaires s'installent face à face, prêts chacun à défendre une des deux positions. 

    2) La confrontation est lancée, chacun pourra proposer trois arguments. A son issue, les deux protagonistes s'arrêtent en statues. Proposition est faite à d'autres enfants de remplacer l'un ou l'autre pour développer un nouvel argument. Les remplacements sont effectués. 

    3) Une fois le débat achevé, les élèves cherchent en collectif ou en équipe à dire les arguments qui leur ont semblé les plus convaincants pour chacune des causes. Une synthèse écrite sera faite. 

    A noter, qu'un nouvel "Et Tic ! Et Toc !" sur le même thème pourrait être mené ultérieurement, alimenté par une recherche documentaire faite entre temps. 

    Et pour les plus âgés (cycle 3 et secondaire), ça peut aussi passer par de l'écrit, comme en témoigne le texte suivant d'un élève de CM2 sur l'alternative "débuter par une Réunion ou par des Ateliers"

    Plaisir A VIVRE 805 : Et Tic ! Et Toc !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Daniel Gostain et Nastasia Tarento


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  • Il n'y a pas à s'en cacher, professeur des écoles n'est pas forcément un métier très facile et... « Et voilà encore une fonctionnaire qui se plaint ah bah ça faisait longtemps tiens ! »

    Eh bien oui et j'assume, parce que promis ça ne va pas durer... juste quelques lignes tout au plus, c'est promis. 

    Le travail entre et avec êtres humains est complexe, délicat, pas besoin d’agression physique pour être mal, parfois les paroles ou les non-dits sont bien plus puissants pour nous pousser vers le bas. Et après, que faire pour remonter ? 

    Beaucoup ont s'en doute vécu ces moments de doutes, de ras-le-bol pour x ou y raison, hiérarchie, administration, parents, collègues, élèves, matériel et que sais-je encore... 

    Mais par chance, parfois, il suffit de pas grand chose (du moins en apparence) pour reprendre du poil de la bête et afficher un sourire rayonnant. 

    Le secret ? C'est Daniel Gostain qui me l'a offert. Non, je n'ai pas été payée pour écrire cela, je rends à César ce qui lui appartient. Daniel a simplement pris le temps un samedi midi de janvier de m'expliquer ce qu'était la classe-plaisir et les "moments champagne".

    Ça peut sembler être une idée toute simple ou très « monde des Bisounours » pour les rabats-joie et pourtant quelle douce efficacité...

    Cette année, je travaille dans une structure spécialisée où de nombreux professionnels se croisent, pas que des instits mais des gens venus d'univers différents, avec des parcours et des vécus personnels riches mais ce n'est pas toujours simple de faire cohabiter harmonieusement toutes ces expériences. 

    Alors malheureusement, telles dans une cocotte minute, les tensions s'emmagasinent sur des désaccords, des opinions divergentes au regard d'une pratique, d'un accompagnement ou d'une absence de communication et il ne manque plus grand chose avant l'explosion...

    Ainsi l'ambiance peut parfois être pesante mais chacun prend sur soi, se dit que ça va passer, que c'est comme ça.

    Après une nouvelle journée où collectivement on avait réussi à creuser un peu plus, il semblait nécessaire de trouver une solution, de réagir et autant que possible avec douceur... 

    J'avais dans ma besace, cette nouvelle graine à semer, généreusement confiée par Daniel, il suffisait juste d'attendre le moment opportun pour la mettre en terre... 

    Et c'est arrivé. Ce soir, réunion d'équipe, comme à chaque fois on énumère les projets à venir, les réunions, les dernières nouvelles, un peu comme un JT de 20h, et la conclusion approche, regards sur la pendule, encore un quart d'heure... C'est alors qu'arrive le flash spécial !

     « Ça vous dirait un moment champagne ? » 

    Non, je n'ai pas ramené de bouteilles, juste l'envie de faire goûter des petites bulles de bonheur et de bonne humeur. J'ouvre le bal et découvre avec plaisir que les collègues ne se font pas prier pour en faire autant : d'une parole positive un peu timide, deux ou trois s'enchaînent accompagnées de rires et de joie. Pari réussi ? Je ne sais pas, mais une chose est sûre aujourd'hui, malgré le froid, la neige, le gel, quelque chose a germé. A nous maintenant d'en prendre soin...

    Depuis, on arrive à respecter ce moment, une fois tous les 15 jours, quelques minutes pour se faire du bien pour conclure une réunion.

    Merci Daniel et merci aux collègues qui font vivre ça à leurs élèves. Vous faites beaucoup de bien.

    Isabelle Perreau


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  • Ça y est, je me suis lancée dans les « créa-maths » pour la première fois !

    Ma collègue Marie, qui les pratique dans sa classe, m'en parlait depuis le début de l'année, mais je ne me sentais pas encore prête.

    Et puis, elle m'a fait suivre un lien pour regarder un documentaire sur l'école de Mons-en-Baroeul, qui fonctionne entièrement en pédagogie Freinet, et que j'avais visitée il y a quelques années. Dans ce film, il y a une séquence que j'ai trouvée exceptionnelle, où à un moment, un petit garçon se met à comprendre ce que l'un de ses camarades vient d'expliquer lors de la présentation de sa création mathématique. Ça se passe en plusieurs temps : d'abord il ne comprend pas, puis l'enseignante demande à sa voisine (qui a compris) de le lui expliquer. Il semble ne pas mieux comprendre. Puis il recommence son calcul et on le VOIT comprendre. Il dit à mi-voix, d'ailleurs : « J'ai compris ! ». Et son visage s'illumine. Il rayonne de joie : magique !

    Enfin, autre déclencheur de motivation : j'ai lu le « moment champagne » paru dans ce blog de Philippe Gilg, « Les mathématiques... ou le plaisir de chercher », qui parlait aussi de créations mathématiques et du plaisir qu'elles avaient procuré... aux élèves comme aux enseignants 

    Stimulée par ces différentes sources d'inspiration, je me suis dit qu'il fallait que j'essaie.

    Le lundi, j'ai ma classe de CM1 en demi-groupe pendant une heure, et d'habitude, j'utilise ce moment pour faire de l'informatique et des textes libres. Le week-end dernier, j'ai donc décidé de remplacer l'informatique par un moment de « créa-maths ». Pour le tester, sans me mettre la pression, juste pour donner plus de sens aux enseignements en mathématiques, dont je ne suis jamais très satisfaite. Je suis une littéraire et j'avoue qu'en maths, j'ai parfois l'impression de « perdre » certains élèves plutôt que de leur apporter de l'envie et de la compréhension...

    Je me suis dit que j'allais essayer « à petite dose », comme un plus à ce que nous faisons avec le manuel (qui me rassure... et m'angoisse en même temps car j'ai l'impression de ne pas aller assez vite !)

    J'ai donc évoqué la présence de cette nouveauté lors de la présentation du programme de la journée aux élèves. Au début de la séance, j'ai distribué à chacun une feuille blanche et leur ai demandé d'« inventer quelque chose de mathématique en utilisant des chiffres, des lettres, des signes mathématiques, les lignes, des points ». Ils m'ont regardée avec des yeux interrogateurs. Je leur ai répété la consigne et leur ai dit de se lancer, comme en texte libre... Je leur ai annoncé que je ramasserai leur production dix minutes plus tard. Certains ont commencé à écrire. J'ai circulé parmi eux pour les encourager, regarder leurs idées. En ramassant les feuilles, je leur ai expliqué que nous allions regarder de plus près une création, que j'allais afficher au tableau, et qu'ils allaient la commenter, à l'exception de son auteur, qui expliquerait en dernier ce qu'il avait voulu faire.

    Les échanges ont été vraiment passionnants, intéressants, questionnants. Nous n'avons eu le temps d'observer et de commenter que deux productions (dont une, ci-jointe en photo). Je pense que je les photocopierai, pour que ceux qui le désirent puissent poursuivre leurs recherches dessus...

     

     

     

     

     

     

    Ce nouveau moment m'a semblé comme une pépite. Je ne sais pas encore comment il évoluera, ce qu'il deviendra dans la classe cette année, l'an prochain... mais je sens déjà que les maths prennent une autre saveur !

    Charlotte Marin


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