• Depuis ce début d'année scolaire, une drôle de chose se passe dans la classe, une sorte de circulation "naturelle" qui me ravit.

    J'ai une classe de CE1, plutôt pleine d'allant, qui s'empare de tous les temps que je propose (d'où les guillemets mis à "naturelle", car la part du maître est bien présente), avec des élèves qui ne cessent de proposer, de s'engager, et, souvent de me surprendre. Comme si mon rêve formulé en fin d'année dernière se matérialisait !                                                                      http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-a-vivre-768-perspectives-de-rebondissements-a126269442

    Des exemples :

    - Nous travaillons sur l'album "Le mystère Ferdinand" à base de lectures faites soit par moi-même soit par les élèves, d'échanges sur les motivations des personnages, et sans que je l'aie le moins du monde demandé, cinq élèves ont préparé en catimini une scène de théâtre reprenant l'histoire, qu'ils ont présentée à la classe et qu'ils vont montrer aux autres classes de l'école.

    - Le temps d'Eurêka (Eurêka), pendant lequel des enfants volontaires font partager ce qu'ils ont aimé apprendre, a déjà débouché sur des ateliers d'origami, de maquettes, et sur la préparation de présentations de livres.

    - Après avoir regardé une scène de clowns sur les empêchements à apprendre (Les empêchements), plusieurs élèves se sont mis à créer eux-mêmes des scènes de clowns.

    - Le "Je fais partager" (JFP) est très fréquemment le point de départ de situations d'apprentissage naturelles, issues de paroles spontanées d'enfants. Par exemple, à l'occasion du JFP du 14 novembre pour lequel cinq élèves sont intervenus, nous avons constaté en classe que grâce à Raphael (il nous a parlé de sa famille) et à Alice (elle nous a présenté un livre d'Histoire), nous avons questionné le Temps, grâce à Marie (elle nous a parlé de sa visite au Musée du chocolat en Vendée) et à Louise (elle nous a parlé de son école d'avant en Inde), nous avons questionné l'Espace, et grâce à Arsène (il nous a fait partager une expérience sur la fabrication de cristaux de sel), nous avons questionné la Matière. Nous n'avons pas manqué de prolonger ce temps par une étude sur les arbres généalogiques de certains élèves, et des enfants se sont lancés dans de nouvelles expériences scientifiques.

    Il y a là une vraie circulation entre les temps d'expression et de partage, de penser ensemble, de projets et de présentations de ces projets. Mais pour que ce soit rendu possible, il faut impérativement offrir du temps disponible aux envies de chacun, un temps inscrit dans le programme de la journée, et surtout pas réservé à ceux qui ont fini le travail individuel. Il faut donc se détacher du programme à faire, car en s'en détachant et en donnant la priorité à l'émergence d'expressions, de projets, et de partages, le programme, nous n'en faisons au final qu'une bouchée !

    Et c'est tellement agréable à vivre !

    Daniel Gostain


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  • Le vendredi précédant les vacances de Toussaint, je décide d’acheter des places pour le concert de "Boulevard des airs" au théâtre de Denain. Par la même occasion, j’envoie un message via Facebook au groupe, indiquant que notre chorale avait repris le titre « Emmène-moi » l’année dernière et que les élèves l’avaient adoré. Culotté, je demande un entretien pour « parler musique ». A ma grande surprise, après quelques courriels échangés avec le régisseur, une rencontre est organisée.

    Ce vendredi 4 novembre, les élèves de l'accompagnement éducatif chorale (composé d’élèves du CP au CM2 se retrouvant une heure par semaine hors temps scolaire) ont donc eu la chance de participer à un échange avec les deux chanteurs du groupe "Boulevard des airs" au Théâtre municipal de Denain. S’agissant d’un projet interclasse, mon directeur et les enseignants de l’école ont accepté de modifier l'organisation initiale de la journée. En effet, il me fallait du temps pour permettre aux enfants de se retrouver et de réfléchir aux questions à poser. (Il faut dire que pour ne rien arranger, c’était le jour des photos de classes.)                                                                                      

    Le déplacement a été effectué à pied. Une fois arrivés au théâtre, nous avons posé les questions rédigées le matin. Cinq élèves (CM1 et CM2) prenaient en note les réponses. Puis, les membres du groupe ont laissé la parole circuler parmi  les élèves et enfin se sont prêtés au jeu des photos.

    Plaisir VECU 177 : Une rencontre musicale interclasse

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pourquoi cette rencontre est, selon moi, un moment unique ?

    Je ne vais pas détailler tous les avantages pédagogiques de cette rencontre. Il suffit de lire les programmes pour relier facilement ce projet aux compétences liées aux différentes formes de langages (oral, écrit…), aux apports culturels, à la lecture… Ce qui m’a davantage touché est le point de vue humain de cette journée. Notre chorale s’est retrouvée une journée pour un but commun. Les élèves se sont entraidés : les grands ont aidé les petits à lire leurs questions, à les rédiger, à les hiérarchiser. Les petits ont pris des responsabilités quant à la gestion de la parole, des rangs (lors de notre déplacement). Par cet apport culturel, les enfants ont vécu une expérience à la fois stressante (beaucoup d’élèves m’ont fait part de leurs craintes), mais aussi stimulante. Ils ont écrit pour être lus, ils ont été écoutés par des artistes qui passent à la télévision, voire mieux : sur Youtube ! L’ordre des choses a été, durant un instant, inversé : les artistes écoutaient (avec attention et bienveillance) le travail des enfants.

    Ils ont travaillé en classe et chez eux, de manière volontaire afin d’être opérationnels en une seule journée ! (vacances scolaires obligent)

    Pour prolonger  le plaisir, certains élèves ont maintenant la tâche de rédiger des comptes-rendus de la sortie, afin d’alimenter le blog pour certains, le journal de classe pour les CE1 ou encore les textes dédiés à l’apprentissage de la lecture pour les CP. 

     Damien Bocquet

    « Maître + », Ecole Maurice Thorez,

    Wavrechain /s Demain 


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  • Voilà quelques chouettes petits moments vécus à mon école durant la période écoulée.

     Jour de la rentrée :
    Nous passons toute la journée de la rentrée dehors, ponctuée de moments de réflexions, d'échanges de savoirs, d'expériences, de jeux...
    Alors que nous échangeons, assis en cercle sur une pelouse, sur la question de savoir pourquoi nous venons à l'école, C. (7 ans) dit "Nous sommes comme des petites chenilles et nous allons nous transformer en beaux papillons."
     
     Conseil du 21 septembre.
    A la question de savoir ce qui se passe bien dans notre classe, E. dit "Ici on peut faire des choses que normalement ce sont seulement les grands qui ont le droit de le faire."
    (E. a le métier de répondre à l'interphone.)

      Au jardin de l'école.
    Les enfants ont sorti les pommes de terre, plantées ce printemps, et dont on voyait à peine encore les traces des plants.
    A leur découverte, ce ne furent que des Ah ! des Oh ! des explosions de joie dignes de la découverte d'un trésor.  
    Le choix de la recette pour les cuisiner, les échanges sur une alimentation saine, la réalisation et la dégustation de la purée de pommes de terre, sont restées dans toutes les mémoires !

    Michèle Comte


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  • Dix-huit heures, je distribue des tracts en gare de Juvisy, des flots de voyageurs passent par vagues d’arrivée des RER. Depuis le début du mois, les arrêts de bus ont été déplacés quelques centaines de mètres plus loin. Les voyageurs ne courent plus, ils marchent d’un pas rapide, mais calme. Aujourd’hui, certains s’arrêtent pour parler, questionner le militant distributeur, ce qui n’arrivait presque jamais… quand les moteurs des bus les appelaient à ne pas traîner.

    Tout à coup, j’entends « Madame Chabrun ! », je me retourne, « Vous me reconnaissez ? »  Eh oui, je reconnais M., une ancienne élève, enfin je devine, car le changement vous vous en doutez… Devant moi se tient une magnifique jeune femme de 24 ans. Je lui dis mon étonnement qu’elle me reconnaisse ainsi après tant d’années, car si elle a changé… moi donc ! Elle me dit « une maîtresse comme vous, ça ne s’oublie pas, et avec mes sœurs – anciennes élèves également – nous en parlons encore ». M. et ses sœurs venaient du Cap-Vert, elles habitaient deux toutes petites pièces en face de la boulangerie, des conditions de vie difficiles, des résultats scolaires très moyens… les raisons habituelles pour qu’elles soient affectées dans ma classe. Comme je gardais les enfants au moins deux ans (cours double), mes collègues pensaient qu’elles pourraient y progresser, surtout avec ma « façon d’enseigner ». Ainsi de nombreuses fratries sont passées dans ma classe. Ce qui m’a fait toujours sourire : un moyen de reconnaître les vertus d’une pédagogie pourtant méprisée. D’ailleurs pendant mes années de CP/CE1, j’ai eu tous les enfants de mes collègues dans ma classe… ce qui m’a permis une certaine reconnaissance des parents d’élèves de l’école. 

    M., je l’ai eue quatre ans sur cinq, d’abord en CP/CE1 et quand j’ai changé de niveau pour un CM1/CM2, elle s’est retrouvée de nouveau dans ma classe. Normal donc qu’elle se souvienne !

    Ce qui m’a le plus touchée – surtout en tant que pédagogue –, c’est ce dont elle se souvient : le temps donné au travail personnel avec autant d’aide que nécessaire aussi bien de ma part que de celle de ses camarades, le droit de se tromper et de refaire (y compris les évaluations !) les entretiens du matin où l’on pouvait rapporter quelque chose de la maison, les correspondants et bien sûr les classes transplantées… Elle a eu aussi l’impression d’une reconnaissance de sa famille, sa maman aide-soignante travaillait beaucoup et à des heures peu compatibles avec les horaires scolaires, mais nous arrivions à parler ensemble, même si c’était hors de l’école. Tout l’avantage de vivre dans le même quartier : courses dans le même magasin (je ne voyais certaines mamans que dans les files d’attente à la caisse), transport en commun, etc.

    Avec une voix douce et chaleureuse, elle me raconte : aujourd’hui, c’est une jeune maman qui revient à Juvisy après quelques années à Bordeaux, car elle vient de retrouver du travail (sécurité dans un ministère), mais son rêve c’est de travailler dans un hôpital, auprès des malades, elle ne désespère pas et compte se former pour, mais en attendant, travailler est le plus important.

    Nous nous embrassons émues toutes les deux, elle rejoint la marche des voyageurs vers les bus et moi je reprends la distribution des tracts, peut-être un peu plus rêveuse.

    Hier soir, c’est un jeune homme qui m’interpelle à l’arrêt de bus. Intimidé, mais fier, il me raconte, ce qu’il fait aujourd’hui. Un ancien élève encore…

    Catherine Chabrun


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  • Cela fait maintenant plusieurs jours (semaines déjà ?) que je pratique l'accueil échelonné avec mes élèves de CE2/CM1.

    L'accueil échelonné dans ma classe a lieu les jours où je ne suis pas de service de cour à 8h20 : les mardis, mercredis, jeudis. Je suis la seule de l'école à le pratiquer grâce au soutien du directeur et de la collègue de la classe voisine de la mienne qui accepte de remonter avec son rang tous mes élèves arrivés à la sonnerie de 8h30 et ceux qui ont envie de rester dans la cour. Les enfants montent seuls au troisième étage, entrent en classe, viennent me dire bonjour (spontanément, je n'ai rien demandé à ce sujet) choisissent une activité, un jeu, un livre, un dessin à finir... ils sont totalement libres. A 8h55, (maintenant), le maître du temps ou moi sonnons la clochette qui marque le temps de ranger les jeux pour démarrer le travail à 9 heures. Ce temps est calme, je ne suis intervenue qu'une fois au sujet d' une dispute pour savoir si on pouvait poursuivre une construction commencée la veille ou si "les autres" avaient le droit de tout défaire pour en commencer une nouvelle. C'est le conseil (qui a lieu le vendredi midi) qui a tranché par vote : on peut continuer et finir sa construction si ça prend une semaine d'accueil pas plus ! (et personne ne peut la défaire pendant ce temps)


    Ils ont immédiatement adopté le concept. Surtout, ils ont très vite compris que ce moment leur permettaient d'avoir du temps en plus pour utiliser tranquillement les nombreux jeux de la classe que j'autorise rarement à d'autres moments, parce qu' ils peuvent être bruyants et gêner la concentration des plus lents pour les temps libres, "quand le travail est fini", ou même détourner  certains élèves  de leur envie d'effectuer un travail librement choisi mais moins ludique, sur les temps de" Plan de travail".

    Et voilà mon moment-champagne :
    M., un CE2 à la présence bien réelle et parfois envahissante arrive très souvent le premier, tout content de s'installer et de choisir son activité (souvent les "légos" à construire). Il se lève ce matin-là et vient me trouver à mon bureau : "Maîtresse, hier je suis pas venu à l'accueil dans la classe parce que j'avais envie de jouer dans la cour, en fait..." "C'est ton droit, on a dit au conseil qu'on pouvait choisir d'aller dans la cour le matin, si on avait envie de jouer ou de parler à des copains d'autres classes" "Oui je sais, c'est bien qu'on peut choisir...dans la classe quand on n'est pas tous là encore, c'est plus facile d'apprendre à travailler ou à jouer sans faire du bruit , je trouve..." et il retourne à sa place, à son jeu, et se remet à construire en chuchotant pour demander les pièces à son voisin ! Wouaou, quel progrès pour M. ! Pourvu que ça dure...

    Jacqueline Bergeret


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