• C. avait 8 ou 9 ans, l’âge d’être au CE2, mais elle ne savait ni lire, ni écrire. Son dessin de bonhomme de début d’année représentait une sorte d’ange : une tête, une vague robe et, au lieu de bras, quelque chose d’assez informe, un peu comme des ailes. Claudine refusait toute activité scolaire et passait la journée à se promener dans la classe et à inspecter les nombreux placards dont elle sortait les objets pour les remettre ensuite à leur place. Un peu débordée par les difficultés de la classe unique, je la laissais faire puisqu’elle ne nous dérangeait pas. Parfois même, elle nous aidait car elle savait mieux que moi où se trouvait le matériel qu’il nous fallait!

    Petit à petit, j’ai remplacé le manuel de lecture du CP par la méthode naturelle de lecture : dessin libre suivi de la dictée à l’adulte. Mais longtemps, C. refusait d'y participer.

    Un jour, vers la fin du premier trimestre, elle a accepté de dessiner : c’était un simple carré colorié. C'est aussi ce que j'ai écrit sous sa dictée: "Un carré avec du vert, du jaune et du bleu ": son premier texte. À partir de ce texte, écrit au tableau et objet d’un modeste travail collectif de lecture avec les plus jeunes élèves, elle a enfin commencé à s’intéresser aux apprentissages scolaires !

    Une fois qu’elle a su lire, elle a d’ailleurs progressé régulièrement dans les apprentissages scolaires.

    À cette époque, je ne savais pas prendre de notes sur les élèves, je ne savais pas prendre du recul par rapport à ce qui se passait dans la classe. Mon souci était de faire tourner cette classe compliquée où les enfants avaient entre 5 et 12 ans. C’était aussi la classe Freinet à laquelle, petit à petit, j'introduisais des éléments de pédagogie institutionnelle. Je pensais que l’évolution remarquable de C. était due aux possibilités d’expression libre que j’apportais par la pédagogie Freinet, et aussi à des activités de l’école maternelle que je venais de quitter et que je proposais, dans cette classe unique, à des enfants qui ne l’avaient pas fréquentée.

    Mais j'ai pensé ensuite qu’un autre élément positif a été le fait que la fillette ait pu errer librement dans la classe pendant plusieurs semaines. Elle s’est ainsi approprié l’espace de la classe avec son corps alors que les années précédentes, elle devait rester immobile dans son banc à l’ancienne. En circulant autour de nous, un peu en marge du groupe tout en entendant ce qui s’y passait (ses camarades et cette nouvelle maîtresse qui apprenaient à se parler, à s’écouter, à s’organiser), elle était comme un petit enfant qui s’occupe, à côté des grands.

    Plus tard encore, ayant entendu le témoignage d'Emmanuelle Yanni sur l’errance d'adolescents, j’ai pensé à une errance à l'intérieur de la classe comme dans un contenant où protégée, contenue, elle a pu évoluer, mûrir (je ne sais pas très bien comment le dire) jusqu'au moment où elle s’est sentie prête à se joindre au groupe et entrer dans les savoirs.

    La classe comme une matrice, qui peut être l'occasion d'une seconde naissance ?

    Marguerite Bialas


    votre commentaire
  • Ce mardi matin, je suis appelée dans une classe de CE2 en REP.

    Je décide, entre autre, de leur faire vivre un moment de création collective autour du conte. Je leur demande ce qu'est un conte et rapidement ils donnent les grandes lignes. Alors, je leur dit de se mettre en binômes, de choisir leur(s) personnages, lieu(x), époque et éventuellement un événement. Ensuite, ils doivent écrire le début d'une histoire. Je leur précise que ces débuts seront proposés à la classe et que nous en choisirons un pour faire un écrit collectif.

    Après quelques minutes, les binômes volontaires proposent leurs textes. Tout le monde est attentif et curieux des propositions des camarades. Puis pour les aider à choisir la suite, je m'inspire du débat mouvant que j'avais vécu lors d'une rencontre du mouvement Freinet. Il s'agit de se déplacer vers l'idée qui nous intéresse ou de se mettre à mi-chemin entre deux idées... J'avais un peu d'appréhension au début : peur qu'ils s'agitent et le prennent comme un jeu, qu'ils n'écoutent pas les idées des autres mais plutôt celles des copains, qu'ils se mettent à faire n'importe quoi dans la classe.

    Et bien pas du tout. Je n'ai jamais eu d'enfants aussi attentifs envers leurs camarades et aussi résolus dans leurs déplacements. Nous avons passé un super moment, construit un texte magnifique ensemble que j'écrivais au tableau au fur et à mesure. Pour le reste, ils se sont spontanément auto-gérés. En quittant la classe, j'ai laissé le texte copié sur une affiche au milieu du tableau et je suis partie avec le sourire.

    "Il était une fois, une petite fille qui avait une grand-mère extraordinaire qui s'appelait Mummy. Elle vivait dans une base secrète. Seulement, la petite fille vivait loin de Mummy dans la montagne. Elles ne se voyaient jamais. Un jour, Mummy décida de rendre visite à sa petite fille. Elle prit sa voiture volante. En chemin, elle rencontra un dragon. Comme elle était à court de poussière magique, le dragon la dépanna : d'un coup de queue, il l'envoya à destination. La petite fille fut heureuse de revoir sa Mummy."

    Sabine Loubet


    votre commentaire
  • Ouvrir un peu plus l'école aux parents, ça faisait longtemps que j'y pensais !

    Cette année, c'est fait, avec mes collègues nous avons banalisé une semaine pour proposer aux parents d'intervenir au cours d'ateliers mis en place dans nos classes. Cela a eu un grand succès avec une belle mobilisation des familles.

    Ma demi-journée a eu lieu ce vendredi 14 décembre avec mes CM1-CM2. Neuf mamans et un papa ont réussi à se libérer pour venir. Ça m'a fait très plaisir pour les enfants qu'autant de parents aient fait ce choix !

    Ayant prévu quatre ateliers tournants (constructions en géométrie, agamographe, jeu de l'omelette en maths et jeu de plateau en français), j'ai réparti les parents en deux temps pour ne pas se marcher dessus dans notre petite classe. J'ai expliqué à chacun son rôle, rassurée aussi car je tournais de toute façon dans tous les ateliers.

    Pour voir quelques photos, il suffit d'aller ici : https://twitter.com/CMChampagneux

    En circulant, j'ai pu observer un peu, prendre de la distance, et comme les ateliers étaient clairement définis, j'ai pu constater des visages souriants, des parents disponibles et bienveillants... et des enfants ravis de faire de leur mieux. J'ai dépanné certains moments plus compliqués pour expliquer à un tel en difficulté, une telle qui ne comprenait pas, mais dans l'ensemble les parents ont été au top !

    Un papa était ravi d'avoir maitrisé à la fin le jeu de l'omelette, une autre soulagée que son appréhension se soit envolée. 

    Certains parents ont quand même avoué à la fin :

    "C'était super mais je ne sais pas comment vous faites seule toute la journée. Ils sont bien dynamiques !"

    Oui, c'est sûr, ils sont dynamiques mais franchement, une demi-journée comme ça, je recommence volontiers !

    Pourquoi j'ai trouvé ce moment génial ?

    - parce que les enfants ont été heureux de partager un temps de travail avec les parents dans leur classe.

    - parce que j'ai vu des parents passer du stade de "stress" au stade de "soulagement", "joie", "ravissement" d'être venus.

    - parce qu'ouvrir sa classe en montrant des vidéos c'est bien, mais le vivre avec eux, c'est mieux.

    Pourquoi ça a bien fonctionné ?

    - parce que nous essayons dans l'école, moi en tant que directrice et mes collègues tout autant, de favoriser la communication avec toutes les familles, ce qui n'est pas aisé dans un RPI éclaté de plusieurs km.

    - parce que je suis convaincue que plus l'école est transparente, plus les parents comprennent.

    - parce que nous avons organisé la semaine en amont : annonce en fin d'année, choix d'ateliers permettant un vrai travail des enfants mais aussi une facile appropriation des parents.

    Romance Cornet à Champagneux en Savoie


    votre commentaire
  • " J'aime bien ce moment car on peut parler de ce qu'on aime et de ce qu'on n'aime pas... J'ai appris ce que les autres ressentaient et j'ai pu dire moi aussi ce que je ressentais.... Ça m'a permis de partager tous mes sentiments. J'aurai ainsi plus confiance et je serai moins stressé.... En disant ce que je ressentais, c'est comme si j'avais moins peur. J'aime bien aussi entendre les autres parler, je les ai trouvés intéressants... Avant, je n'aimais pas trop parler devant les gens, et maintenant, ça ne me dérange plus trop... Grâce à ce moment, toutes mes émotions, je les ai vidées. Peut-être que je vais m'en refaire, mais là, j'ai fait le ménage (parole de CP)... Ça m'a donné des idées quand les autres disaient leurs émotions. "

    Mais, c'est quoi ce moment dont ces élèves du CP au CM2 parlent avec tant de plaisir ? Et comment ça se fait que ces mots, "émotions", "ressentis", "sentiments", "partager", ont si peu leur place à l'école et dans les programmes ? 

    C'est à partir de ce constat que dans notre école, depuis le début de l'année, nous nous sommes lancés à quatre classes dans un temps de parole hebdomadaire (de 11h30 à 12h), basé sur le volontariat. Parce que nous considérons que les apprentissages ne sont pas que rationnels, qu'ils dépendent de facteurs multiples, qui tiennent souvent de l'intériorité, donc cachés, occultés, empêcheurs, et la plupart du temps non perçus par les enseignants...

    J'ai pu travailler ces dernières années sur les "empêchements à apprendre" des élèves (travail qui a reçu le Prix du jury au Forum innovant du Café pédagogique. A consulter ici : Empêchements à apprendre), et ce temps de parole est dans le droit fil de cette conviction : trouvons tous les moyens pour permettre aux élèves dont nous avons la responsabilité de se sentir bien à l'école. Libérés pour mieux apprendre...

    Aussi, chaque semaine, une douzaine d'enfants de nos quatre classes, tous âges confondus, se disposent en cercle dans un espace neutre et font du "ce qui" : ce qui me plait, ce qui me fait peur, ce qui me stresse, ce qui m'agace, ce qui m'étonne, etc. En toute spontanéité. Sans que nous, enseignants, cherchions à instrumentaliser leur expression, à la guider vers du scolairement correct. Surtout pas ! 

    Un temps dont certains élèves se sont emparé avec enthousiasme, car disent-ils, ils se détendent, ils se vident, ils se découvrent, et même, ils apprennent. 

    J'espère vous avoir donné envie de l'expérimenter, vous aussi.

    Daniel Gostain, Ecole élémentaire, Paris 13


    votre commentaire
  • Vendredi après-midi. Mes élèves de CP-CE1 sont en projet personnel : bricolage, dessin, rangement,...

    Deux élèves de CP, Léonard et Charlie se lancent dans le projet de lire un album présenté par Léonard au "quoi de neuf" du matin.

    Il sort son porte-vues de français avec les textes écrits et mis au point depuis le début d'année. Nous travaillons en méthode naturelle de lecture-écriture.

    Tous les deux cherchent dans leur porte-vues les mots rencontrés depuis septembre et donc qu'ils peuvent lire. Ils commencent à reconnaître quelques mots mais pas tous. Ils viennent me voir, me demandent de leur lire les mots inconnus. Je leur en donne deux ou trois puis les renvoie vers Nolwenn, élève de CE1 pour qu'elle leur offre les autres mots.

    Ils se lancent alors tous les trois dans la lecture de l'album.

    A la fin, ils présentent à la classe le résultat de leur recherche !!!

    Cela fait chaud au cœur de voir des élèves en recherche, en coopération et en confiance dans leur tâtonnement !!!

    Marina Porée, CP-CE1, Ecole Freinet, Hérouville-Saint-Clair


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires