• 8h30, un certain vendredi de fin juin 2016, rangés les uns derrière les autres, les enfants de CE1 sont prêts à accomplir le premier exercice du matin. Deux étages à monter, près de 25 élèves, ce n’est pas rien…

    Arrivé dans la classe, chacun dispose son cartable à sa place. Une élève s’empare d’un cahier et fait l’appel en se déplaçant auprès des enfants pour cocher d’une croix leur nom alors que d’autres, assis par terre, jouent aux dés, aux cartes ou conçoivent des figures géométriques.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un petit groupe s’est approprié l’espace de la bibliothèque à la recherche de quelques livres. Tranquillement ils s’assoient par terre, les uns à côté des autres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Presque 9h00, D., l'enseignant agite un petit instrument de percussion, « Le temps libre et calme est fini », tous les enfants s’installent à leur place et l’un d’eux se dirige vers le tableau pour lire solennellement le planning de la journée affiché au tableau sous forme d’étiquettes aimantées : « Je fais partager, Travail individuel, Détente, Langue, Maths, Déjeuner, J’écris, Sport, Atelier ». L’organisation de la journée est donnée. Le « Je fais partager » peut commencer.

    B. récupère les étiquettes des enfants qui, dès le lundi, s’étaient proposés pour faire partager une expérience aux camarades de classe mais qui n’avaient pas encore eu l’occasion de la raconter lors des deux autres « Je fais partager » de la semaine. Alors de petits exposés brefs mais vivants s’enchainent. « Samedi dernier, j’ai fait un gala de natation synchronisé, j’avais un chignon qui tenait grâce à un filet. On m’avait mis de la gélatine pour que ça tienne. Après il a fallu enlever la gélatine ».

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    B. - qui prend son rôle très au sérieux- lance avec un calme olympien « Y a-t-il des réactions ou questions ? » Une poignée de mains se lèvent. Il peut alors distribuer savoureusement la parole : « Tu as dû te faire super mal ... », « C’est quoi la gélatine ? ». Des questions auxquelles E. ne sait pas encore répondre « J’sais pas ce que c’est, je ne sais pas comment expliquer, ça s’étale sur les cheveux ». Mais elle s’engage à faire quelques recherches pour apporter la réponse aux questions de ses camarades de classe...

    Ensuite, c’est au tour de K. d’évoquer un épisode qui aurait pu passer comme une lettre à la poste : son dernier rendez-vous chez le dentiste. « Dans la salle d’attente, il y avait des livres. J’avais trois caries. Pour endormir les dents, ils m’ont mis une crème à la menthe, une petite pâte pour que ça prenne la forme des dents. Ils ont dû enlever les bagues après. Je ne devais pas manger tout de suite car la pâte devait sécher ». Alors les questions fusent : « C’est quoi le nom de ton dentiste ? », « Moi aussi j’ai eu une carie et ils ont pris une photo de la bouche ». D. complète : « Moi aussi je suis allé chez le dentiste et on m’a fait la même chose ».

    A. quant à lui évoque un spectacle sur des légendes amérindiennes au musée du Quai Branly. Présentation discrète qui suscite peu de questions. Alors B. toujours très investi dans son rôle de Président de séance se prend au jeu et veut rééquilibrer les prises de parole« J’aimerai bien que les questions viennent aussi de l’autre côté de la classe et pas que de ce côté »…et ça a l’air de marcher…

    La preuve, quand E. raconte une visite à Eurodisney, Pirate des caraïbes, Indiana Jones, plusieurs mains se lèvent des quatre coins de la salle « Combien d’attractions ? », « Moi j’en ai fait plus ». Mais D. saisit l’opportunité d’une attraction à 360° pour interroger la salle « Vous savez ce que c’est qu’une attraction à 360°? » Flanqué au milieu de la salle, droit comme un piquet, il tourne sur lui-même, en prenant soin de s’arrêter à chaque quart de cercle. Puis dessine au tableau deux droites perpendiculaires et les arcs de cercle qui correspondent chacun à 90 degrés, reprenant pour chaque quart, 90 degrés… Certains s’écrient « AHAHAHA mais c’est comme la bouche d’égout ». La classe vient en effet de faire une série de photos d’objets du quartier. Ils avaient ensuite pour mission d’apporter l’une d’entre elles afin que leurs parents écrivent une légende derrière chacune d’elle… B. reprend la parole et dit « Le Je fais partager est terminé ».

    Le travail individuel peut alors commencer. Il est 9H30. Chaque enfant choisit entre plusieurs activités : mathématiques, lecture, écriture, préparation d’un exposé.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Chacun s’installe, au besoin il faut aller chercher des outils dans la classe mais tout se fait tranquillement. Pour ceux qui peinent un peu, il suffit de saisir une étiquette avec son nom et de l’aimanter au tableau. Chacun à son tour pourra ainsi demander de l’aide au maître qui anticipera et saura qui aller voir. Parfois certains s’entraident naturellement.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il est 10h00, l’heure de la récré. Une petite demi-heure de détente vient de passer, les enfants ont gravi une seconde fois les deux étages. Le temps « Connaissance de la langue » va commencer. C’est d’abord en groupe que l’échauffement se fait. Chaque enfant propose un adjectif ou un nom et l’épelle puis chacun essaie ensuite de deviner parmi les mots écrits leurs genre et nombre. Puis D. distribue une fiche d’exercice qui fera l’objet d’un travail individuel. Le programme indiquait au départ « Mathématiques » mais la concentration des uns et des autres était tellement optimale qu’il laisse chacun vaquer à ses occupations. Certains finissent leurs exercices pendant que d’autres se réfugient dans un livre et s’assoient tranquillement par terre dans la bibliothèque. En parfaite autonomie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C’est bientôt la pause déjeuner ! La matinée est vite passée... Dans le calme, même si la fin de l’année approche, ils racontent le bonheur d’être considérés comme des êtres responsables, intelligents, capables de s’organiser ensemble, d’administrer leur temps individuel et collectif. Certains me racontent ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont appris, « J’aime bien le travail individuel », « J’ai appris le singulier et le pluriel, les verbes avoir et être, j’ai appris à lire en CP avec D.», « J’ai appris à faire du travail individuel », « J’aime bien la façon dont on apprend, elle est rigolote », « J’aime bien son organisation, comment il fait les choses, comment il les explique. Ce qu’il fait». Peut-être que ce qui est le plus plaisant, c’est de voir qu’ils sont conscients de cela et qu’ils mesurent que cette manière de travailler leur servira même s’ils ne savent pas bien si tous les enseignants qu’ils auront plus tard travailleront de cette manière… la vie le leur dira…

    Anne Lise Schmitt, visiteuse d'un matin


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  • Ulis collège , 2ème rentrée dans le collège, 8 jeunes sur 12 sont là pour la deuxième année.

    Vendredi 9 septembre, dernière heure de la matinée, nous nous retrouvons tous dans la classe. Avec les inclusions, il est rare qu’on soit tous ensemble.  

    Nous commençons par lire les pagettes sur arbustes (pour en savoir plus : Les pagettes), regarder si nous avons des messages, puis, une fois ce travail terminé, N. propose qu’on fasse conseil de classe. 

    Normalement, il est lundi car c’est l’autre heure de la semaine où nous sommes tous réunis mais comme tout le monde est d'accord, nous faisons "conseil". Il y a déjà quelques propositions. N. fait remarquer que du coup, il aura lieu au même moment que celui de l’année précédente, un vendredi. La mémoire affective est vraiment intéressante... 

    Plusieurs propositions sont traitées. On décide d’aller visiter la médiathèque de Vénissieux et H. se propose de téléphoner afin de voir si cela est possible, et aussi à quels moments. 

    N. propose de faire un voyage à Marseille, en fin d’année. Il précise bien, en me regardant, que c’est du travail, qu’il va falloir chercher des informations, se demander comment on y va, où on couche, calculer le prix et que là-bas,  on y va pour travailler. Certains pensent déjà à des visites, musées… Et on pourrait aussi visiter les quartiers… D’autres sont un peu réticents et s’inquiètent du budget.  Un autre ne veut pas partir car il a un peu peur. Un jeune propose alors de faire un tour de table afin que chacun puisse s’exprimer. Tout le monde dit ce qu’ils pensent, et certains, qui d’habitude ne parlent pas, prennent la parole. 

    Je propose alors qu’on se laisse une semaine pour réfléchir à ce projet. Tout le monde est ok. 

    Puis, j’informe la classe qu’un groupe de musique nous a contactés afin de travailler une heure trente avec lui. Mais comme je pensais que le Conseil serait lundi, je me suis inscrit et je n’avais pas vraiment préparé mon intervention. Tout le monde semble enthousiaste. Je propose alors de regarder une vidéo du travail effectué par ce groupe. Et là, l’enthousiasme retombe. La vidéo montre le travail d’un groupe de jeunes enfants et les collégiens ne veulent pas faire comme eux. Ils sont grands, eux ! Puis, c’est un peu la honte si on tourne un clip comme eux. Puis, certains posent des questions et je suis bien incapable de répondre. Je demande alors qui veut s’en occuper et les plus anciens me répondent « Ils t’ont écrit à toi, c’est toi qui proposes, c’est à toi de t’en occuper ». Et oui, l’année dernière, une règle tacite s’était mise en place, celui qui propose organise en priorité.  Il peut être accompagné par d’autres mais là, j’ai cassé l’enthousiasme et si je veux que le projet se réalise, j’en deviens responsable…Pour le moment, c’est mon projet ! 

    Moment-plaisir pour plusieurs raisons :  

    - des jeunes qui proposent, qui demandent l’opinion de tout le monde  

    - des jeunes qui s’autorisent à penser à de gros projets, qui se sentent capables 

    - des jeunes qui s’autorisent à ne pas être de ne pas la même opinion que leurs copains  

    - des jeunes qui n’ont pas peur de rappeler les règles aux adultes  

    - des jeunes qui osent rappeler les règles de fonctionnement à l’adulte  

     - des jeunes qui donnent du travail à l’adulte dans le cadre de la coopération 

    Des jeunes qui se construisent en tant que citoyens, acteurs et auteurs de leur parcours ! 

    Nicolas Monchand 


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  • Tout au long de cette nouvelle année scolaire, en plus des moments de plaisir vécus ou à vivre, nous vous ferons partager les témoignages de parents de ma classe de CE1, interviewés l'an dernier. Je les ai questionnés sur qu'ils ont perçu et ressenti du fonctionnement, inspiré de la pédagogie Freinet, de la classe de leur enfant. Ces témoignages ont aussi leur place dans l'idée de classe-plaisir.

    Premier entretien : les parents de S.

    - Dans votre classe, j'ai l'impression qu'on essaie d'avoir plus l'apprentissage par le plaisir, guidé plus ou moins par ce qu'on a envie de faire. Il y a toujours un cadre, mais qui laisse plus d'initiatives à l'enfant. On est moins dans un rapport apprenant/professeur, avec un cours plus ou moins magistral. Il y a vraiment de la place pour l'enfant, et puis beaucoup de choses qui reviennent régulièrement et dans lesquelles l'enfant s'installe : le « Je fais partager », par exemple, qui paraît pour un adulte au départ un peu difficile à appréhender, puis on se rend compte que les enfants, en fait, prennent vraiment le pli et se font leur place. Et ce qui m'a le plus impressionné, je crois, c'est les histoires...

    - Les textes libres ?

    - (père) Les textes libres. Parce qu'au départ, ils ne savaient pas encore écrire et vous leur faisiez écrire les petits mots et vous complétiez. Et on arrive deux ans après (CP puis CE1) avec des romans... Et il y a ces présentations de textes à l'ensemble de la classe... Et puis le journal, je trouve ça extraordinaire. C'est simple, je suis très impressionné par le fait que vous arriviez à tenir le rythme hebdomadaire.

    - Ça prend un peu de temps, mais pour moi, ça fait partie des choix que je fais. C'est une priorité, et il y a des choses que peut-être je fais moins que d'autres enseignants.

    - (père) Parce que non seulement ça permet aux parents de suivre une évolution et ça valorise beaucoup l'enfant, qui peut dire « mon texte a été sélectionné », et « mon texte n'a pas été sélectionné par le prof, mais par l'assemblée des enfants ».

    - Une petite question : vous dites, au départ, que ce sont des choses un peu difficiles à appréhender. A votre avis, c'est lié à quoi : est-ce lié au fait que ce n'est pas ce que vous aviez l'habitude de voir, genre français-maths... ou c'est autre chose ?

    - (père) Non, c'est plutôt ça. De voir tous ces différents ateliers ou « temps », ça paraît beaucoup. Mais comme il y a la répétition, ça s'installe dans...

    - (mère) … dans la semaine.

    - (père) Et moi, quand j'étais plus jeune, j'étais responsable d'ACE (action catholique des enfants), dans le parti JOC, ce genre de choses. L'idée c'était de ne pas imposer des choses, de faire parler les enfants et les mettre ensemble, faire des projets communs. Et c'est un petit peu l'idée que je retrouve. Les enfants sentent qu'ils ont la possibilité de s'exprimer, de proposer des choses... S., maintenant, quand elle fait quelque chose de particulier, elle dit « Oh, ça, je peux le présenter au “Je fais partager” ».

    - (mère) Ça, S., elle l'a bien adopté, le « Je fais partager ». Je me souviens, dès qu'elle faisait un dessin : je vais le présenter au « Je fais partager ». Moi, ce qui m'avais aussi impressionnée, c'était la présentation de mai dernier, la « matinée ouverte » un mercredi où on était venus en fin d'année, où les enfants avaient listé ce qu'ils voulaient nous présenter sur la classe et ils avaient préparé ce qu'ils présenteraient. Donc ça, déjà, waouw ! Et après, quand vous aviez fait Ernest et Célestine en théâtre, s'ils sont en binôme ou en trinôme, chacun peut parler, s'il y a des enfants qui ont plus de difficultés pour s'exprimer en public, les autres lui laissent le temps, ne vont pas forcément le reprendre pour aller plus vite ou être plus efficace. J'ai l'impression qu'ils sont acteurs, et en même temps ils laissent la place aux autres. C'est pas « moi je », mais « nous » présentons ou jouons au théâtre... Et au théâtre, effectivement, ils étaient aussi tous investis.

    - A votre avis, qu'est-ce que ce fonctionnement de classe, que vous avez donc connu deux ans, pourrait changer pour S. ? Quels sont les points qui feraient un peu changer sa façon d'être ou d'apprendre, ou même son avenir, même si dans l'avenir, il y a plein de choses qui jouent ?

    - (mère) Je pense peut-être qu'elle aura plus d'audace par rapport à ses initiatives. Parce que je pense que vous êtes plutôt à l'écoute de ce qui vient des enfants, peut-être qu'elle aura moins d'inhibition pour s'exprimer, proposer des choses... Alors que dans un cadre plus classique, on est un peu rapidement rabotés sur ces choses-là. Sur l'expression écrite, elle me dit qu'elle ne veut pas écrire, etc., mais je vois pour F. (le grand frère), il y a rarement eu d'expression écrite dans ses classes et je trouve que c'est chouette aussi, le cahier d'écrivain...

    - (père) Moi, je ne sais pas trop répondre à votre question. Je me pose plutôt la question dans l'autre sens, c'est-à-dire qu'est-ce qui se serait passé si elle avait eu quelque chose de plus classique pendant ces deux années ? Et je pense qu'elle aurait eu beaucoup plus de mal.

    - Et pour quelles raisons ?

    - Parce que j'ai l'impression que S., elle est beaucoup dans le ressenti, dans les relations, elle est très à l'aise dans les présentations, les choses comme ça et je crois que c'est une méthode qui lui convient particulièrement.

    - Et est-ce qu'il y a aussi des réserves ou des interrogations qui pourraient être liées à ce type de fonctionnement ?

    - (mère) Moi, je n'en vois pas.

    - (père) Moi, les réserves, je les avais plutôt au début, parce qu'il y avait peu de devoirs, ça avance un peu « bizarrement », mais je n'en ai plus vraiment. La seule question, c'est : après ?

    - C'est marrant, à chaque fois on me dit ça...

    - Je suis très heureux de ce fonctionnement de classe, qu'il y avait un peu en maternelle, où on continue parce qu'on sent que pour l'enfant, c'est chouette, il prend du plaisir, il apprend beaucoup, il y a toute cette partie « relations », le groupe, faire des projets ensemble. Comment ça va se passer pour la suite ?

    - Cet après, c'est « Est-ce qu'elle va s'adapter ? », « Est-ce que tout ça ça va pas être tellement opposé que ?... » Ce serait quoi, cette inquiétude sur l'après ?

    - (père) Oh, je pense qu'elle va s'adapter, ça j'ai pas de...

    - Si on était comme dans un jeu de rôle. Moi, je suis un parent lambda, qui n'a pas d'enfant dans la classe : « Suzanne elle est dans une classe un peu « bizarre » : c'est quoi, cette classe ? » Comment vous pourriez dire de façon assez simple à quelqu'un ce qu'est cette classe ?

    - (père) Une classe autogérée.

    - Une classe autogérée ?

    - (mère) Déjà, c'est un groupe solidaire, puisque vous travaillez sur ça aussi. Il y a beaucoup d'échanges entre les enfants, avec vous. Il y a aussi des devoirs. Moi, je ne suis pas très devoirs au départ, mais il y a des tas de parents que je sens angoissés dès qu'il n'y a plus de devoirs... Donc là, il y en a, mais c'est juste aussi une façon de présenter, par exemple le verbe, les leçons de grammaire, c'est une façon de personnifier les apprentissages, qui parle effectivement plus aux enfants de cet âge, en tous cas, qui fait moins peur. Et puis c'est un peu aussi un laboratoire, on a l'impression que vous essayez... S. elle nous dit « On fait quelque chose de nouveau », comme « Eurêka »...

    - Oui, il y des choses que je fais et que je mets un peu de côté, parce que ça ne fonctionne finalement pas aussi bien que je le pensais.

    - (mère) Ou la phrase au tableau...

    - La phrase du jour.

    - (mère) Donc c'est quelque chose qui n'est pas figé, qui réagit, qui rebondit, qui est dynamique...

    - (père) Et moi je dirais que c'est pas n'importe quoi, il y a un cadre, mais il est là pour sécuriser les enfants, et à partir de là, il y a plein d'expressions, de projets, d'initiatives. Le journal, moi je trouve ça extra, et la manière dont les devoirs sont donnés aussi.

    - Plusieurs parents m'ont dit ça aussi.

    - (mère) Et que ce soit régulier, aussi. Le lundi soir, c'est le journal...

    - (père) On sait que le week-end, on va travailler à la petite question, du coup, au bout d'un moment, on travaille avec Suzanne sur un P'tit Doc sur la question et après c'est S. qui... Là, pour le fil, c'est elle qui a dit « On va aller voir des vidéos pour voir comment on fabrique le fil » et après, c'est elle qui a fait un petit texte résumé de ce qu'elle avait vu...

    - Oui, elle l'a présenté.

    - (mère) Et puis j'aime aussi la feuille de tous les quinze jours, même si je ne comprends pas toujours bien...

    - Ah, le plan de travail !

    - (mère) Que S. n'a pas forcément envie de me présenter, d'ailleurs, mais c'est un autre outil de suivi pour nous qui sommes à l'extérieur...

    - Plus scolaire.

    - Est-ce que vous, enfant, avez été dans une classe qui aurait pu s'apparenter à la pédagogie Freinet ?

    - (mère) Moi, je ne pense pas.

    - (père) Moi, j'ai été dans une école Célestin Freinet, mais je ne me souviens pas que ça ait été comme ça.

    - Où ça?

    - (père) A Abidjan, en Côte-d'Ivoire, mais je ne m'en souviens plus trop, j'étais petit..."

    Pour en savoir plus :

    - Le "Je fais partager" : http://laclasseplaisir.eklablog.com/le-je-fais-partager-a108196376

    - Les textes libres : http://laclasseplaisir.eklablog.com/l-ecriture-de-textes-libres-a108186602

    - La question de la semaine : http://laclasseplaisir.eklablog.com/nos-questions-a108184610

    - La "phrase du jour" : http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-vecu-900-la-phrase-du-jour-a120318846

    - Les temps de classe : http://pedagost.over-blog.com/article-quand-les-temps-de-la-classe-se-parlent-96527061.html

    - Eurêka : http://pedagost.over-blog.com/2016/04/projet-eureka-pour-dire-ce-qu-on-a-aime-apprendre.html

    PS : Sur Eurêka, il vient de paraître un bel article dans le magazine "La Classe" de septembre ! http://www.calameo.com/read/000021025eca41453945e

    Daniel Gostain


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  • Dans ma classe de CM2, nous avons passé une journée à expérimenter la "balade à lunettes". La consigne était de "chausser des lunettes" avec une intention d’apprendre...
    Par groupe, certains ont mis leurs lunettes mathématiques, artistiques, botanistes, sportives ou encore surréalistes !
    Puis, après un temps de travail et de réflexion, chaque groupe a été amené à présenter aux autres sa production.

    En plus d’une agréable promenade au Jardin des Sens tout proche de l’école, le long du Clain, c’est l’occasion de faire classe en plein air ... et avec le beau temps qui arrive enfin, cela a été un vrai plaisir pour tous, comme en témoignent ces témoignages d'enfants :

    "J'ai mis mes lunettes et après j'ai réfléchi à plusieurs choses concernant le thème que j'avais choisi. Au début j'étais toute seule puis très vite un petit groupe s'est formé. On a commencé plein de choses. On les a inscrites sur une feuille blanche. C'était très intéressant !" F.

    "J'avais mis mes lunettes sportives et par exemple quand j'ai vu des petits murets les uns derrière les autres j'ai vu une piste de sauts de haie. Quand j'ai vu un petit ponton au-dessus d'une mare, moi je voyais un grand plongeoir au-dessus d'une piscine olympique de cinquante mètres !" S.

    "Quand j'ai mis mes lunettes poétiques, j'ai voulu essayer de trouver des objets qui me faisaient penser à quelque chose d'autre. Puis j'ai continué pour trouver l'inspiration. Comme je l'ai trouvé je n'ai pas changé de lunettes parce que j'aimais bien celles poétiques et que je voyais les choses différemment, les choses comme un arbre = une allumette. C'était trop bien." N.

    "Quand j'ai mis mes lunettes mathématiques, j'ai essayé des trucs qui ressemblent à des formes géométriques." M.

    "Lorsque j'avais les lunettes de dessin, je voyais tout en noir et blanc !" I.

    "Quand j'ai mis mes lunettes de dessin, nous avons décidé avec mon groupe de faire un jardin réaliste/surréaliste. Quelqu'un dessinait du réaliste comme une maison par exemple et nous nous passions la feuille pour rajouter du surréaliste comme un crocodile. Nous essayons de mélanger ce que l'on voit avec de l'imaginaire." A.

    "Quand j'ai mis mes lunettes poétiques, j'ai essayé de transformer des buissons, des plantes etc ... en autre chose. C'était marrant parce qu'il fallait développer son imagination pour essayer de voir les choses différentes, et il fallait que ça ressemble à la chose de base a minima." L.

    "J'avais envie de faire de la musique, de créer des notes avec des bambous, de l'herbe ou des feuilles. On créait des instruments avec la nature." N.

    "Quand j'ai mis mes lunettes, je me suis senti libre de maths ... je voyais des carrés, des rectangles, des chiffres ..." M.

    " J'avais l'impression d'être un artiste libre en enfilant mes lunettes de dessinateur. Je me sentais bien. Pour moi, être libre c'est d'aller où je veux, avoir une maison, mais surtout être un artiste, un mangaka." M.

    "Moi j'ai mis mes lunettes sports, et du coup j'ai vu tout différemment. Tous les objets que je voyais avaient un rapport avec le sport. Sur la promenade, il y avait de l'herbe, des arbres, des fleurs, de l'eau etc .. Mais je voyais ça comme une piscine de 50 mètres, des balles de tennis, des disques à lancer, etc ..." M.

    "Quand j'ai mis mes lunettes mathématiques, j'ai vu des formes géométriques. Avant, sans lunettes, je ne voyais aucune forme !" C.

    "Quand j'ai mis mes lunettes poétiques, j'ai tout de suite pensé à un arbre qui ressemblait à une bougie." Y.

    Regard de l'enseignant : L’étude du milieu peut être considérée non seulement comme un moyen d’instruction et d’éducation, mais encore comme une finalité de l’éducation. En effet, maîtriser les milieux dans lesquels on vit grâce à leur connaissance, à leur étude, c’est accroitre son pouvoir sur le réel sensible et sur les réalités économiques, c’est se construire en tant que sujet de connaissance des phénomènes, c’est donc édifier sa propre autonomie par une emprise toujours plus grande sur le monde et ses différents aspects.

    Philippe Gilg


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  • Pour clôturer cette année 2015-2016 en perspectives souriantes, je vous fais partager mon souhait principal de "plaisir à vivre", qui deviendra, je l'espère, "plaisir vécu" l'année prochaine.

    J'aimerais transformer mon emploi des temps, de façon à ce que ma classe devienne davantage encore classe à projets, mais là, je ne pense pas aux projets qui viennent de l'Institution et qui souvent ne laissent que peu de traces, mais des projets issus de la vraie vie de classe, ceux émergeant du "Je fais partager" (Le "Je fais partager") ou du Eureka (Eureka), ceux qui naîtront des lectures que nous mènerons ensemble, ceux qui viendront de tous nos moments de découvertes, qu'elles soient mathématiques, culturelles, scientifiques...

    Il y aurait à la fin de chacun de ces temps une question rituelle qui serait : "Est-ce que vous avez un projet que vous aimeriez engager à partir de ce que nous venons de vivre ?"

    Quelques exemples inspirés de choses déjà vécues en classe :

    - Au "Je fais partager", un enfant nous raconte son week-end chez ses grands-parents avec ses cousins. On trace son arbre généalogique ainsi que celui d'autres enfants volontaires ?

    - Lors d'une lecture d'histoire, on se lance dans des théâtralisations de scènes ou des réalisations de pop-up, comme nous venons de le faire à partir du livre "Les 9 vies d'Aristote"

    - Lorsque nous travaillons sur les soustractions, certains réalisent des cartes à opérations avec au recto l'opération et au verso le résultat.

    Mais toujours des idées venant des élèves. Je serai seulement personne aidante pour l'avancée de ces projets !

    Ensuite, nous les noterons sur un tableau destiné à ça, avec les noms de ceux qui s'engagent à le réaliser, et avec qui. Et chaque jour, le "Temps des projets", un des temps rituels de la classe, sera centré sur l'accomplissement de ces projets-là.

    Daniel Gostain


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