• Les Temps de réflexion collective

    Les Ateliers de réflexion collective représentent un temps fort de la semaine inscrit dans l'emploi du temps de la classe, donnant l'occasion aux enfants de se confronter tranquillement aux grandes question  de la condition humaine. Jacques Lévine qui a été mon maître à penser pour mener ces ateliers (et pour bien d'autres choses encore) les surnommaient Ateliers de Recherche sur la Condition Humaine (ARCH)

    Ils ont lieu une fois par semaine, les jeudis de 13h30 à 13h55. Prenons place, nous sommes en CP/CE1...

    13h30 : Nous remontons dans la classe et tous, nous nous asseyons en cercle près du tableau, moi inclus, dans une disposition et une proximité propices à la parole et à  l'écoute.

    13h35 : Je propose au groupe un mot ou une question d'ordre philosophique, qui est le plus souvent l'écho de moments vécus de classe ou de lectures en cours. Des exemples : Après la visite de la grand-mère d'E, la question "Pourquoi a-t-on besoin de connaître la vie d'avant ?" ; Après la lecture d'un album sur les animaux, "Les animaux sont-ils méchants  ?" ; Après la lecture d'un conte, "A-t-on le droit de mentir ?". Je rappelle éventuellement les règles de base : Il n'y a pas de bonnes ou mauvaises réponses ; On peut être d'accord ou pas d'accord et on explique pourquoi ; On ne se moque jamais.

    13h40 : L'échange entre les enfants démarre. Un bâton de parole ou un enregistreur (ce qui est le cas dans ma classe) circule de main en main entre les enfants désireux de donner leur réponse, ce bâton donnant alors de droit de parler. Je désigne avec le doigt l'enfant à parler, de façon à ce que le plus grand nombre d'entre eux puissent s'exprimer. Je n'interviens que pour remettre dans le sujet, si besoin, ou pour demander à un enfant de reformuler sa réponse si on ne l'a pas entendue. Parfois aussi, je demande d'expliciter une réponse trop rapide. JAMAIS je ne donne ma réponse d'adulte aux questions.

    13h55 : L'atelier s'achève là. Les enfants regagnent leur place. En cycle 3, j'agis de la même façon, mais je prolonge ce moment par de l'écriture ou de la création individuelle dans un cahier de "philosophie", sur le thème abordé lors de l'atelier.

     

  • Cette année, j'ai lancé avec mes CP/CE1 un moment appelé "Nos questions" : Tous les jeudis, les enfants qui le veulent proposent leur question, à laquelle on peut essayer de répondre par une recherche (et pas une question "philo" qui est débattue à un autre moment de classe, dans un temps appelé "Je réfléchis").

    J'écris six questions au tableau proposées par les enfants ce jour-là (je ne les écris pas en entier, mais avec un ou deux mots-clés) puis nous procédons au vote à main levée de la question de la semaine.
    Ensuite, les enfants recopient la question votée entière dans leur cahier de liaison.

    Le lundi suivant, nous consacrons un temps de classe à la réponse à cette question à partir des recherches des enfants qui ont pu la mener en classe ou chez eux (aidés par leurs parents) et à partir de ma propre recherche documentaire (souvent à l'aide d'Encycoop, Vikidia ou Mes Ptits Docs)

    Voilà l'ensemble des sujets abordés depuis le début de l'année :
    - Comment la Terre a été créée ?
    - Comment arrive l’électricité ?
    - Pourquoi les chiffres s’écrivent ainsi ?
    - Pourquoi les animaux parlent autrement que les hommes ?
    - Comment se fait un arc-en-ciel ?
    - Pourquoi il y a-t-il de la poussière ?
    - Pourquoi les arbres nous aident-ils à respirer ?
    - Qu’est-ce qu’il y a après l’infini ?
    - Pourquoi on donne des noms aux choses ?
    - Pourquoi on ne parle pas tous la même langue ?
    - C’est qui le premier homme ?
    - Comment communiquent les fourmis ?
    - C’est comment le Soleil ?
    - C’est comment un volcan ?
    - Comment les avions en papier volent-ils ?
    - Comment fait-on les parfums ?
    - Pourquoi n’y a-t-il plus de rois ?
    - C’était comment la Terre au temps des dinosaures ?
    - Pourquoi il y a-t-il de la neige en hiver ?
    - Pourquoi les enfants ne votent-ils pas ?
    - Pourquoi certains animaux volent-ils ?
    - Pourquoi grandissons-nous ?
    -
    Pourquoi a-t-on inventé les bonbons ?
    - Comment a commencé le ski ?
    - Pourquoi on vit et puis on meurt ?
    - Comment peut-on prévoir le temps qu’il fait ?
    - Comment fabrique-t-on le métal ?
    - Pourquoi n’avons-nous pas trop envie de manger des légumes ? - Pourquoi et comment fait-on caca ?

    C'est un moment très riche, les questions des enfants ne manquent pas, et maintenant que je liste pour vous l'ensemble des questions de cette année (pas finie), je me dis une nouvelle fois qu'il faut vraiment faire valser les idées de progression, programmation, et même de programme qui convient au niveau de classe pour mettre en avant les temps qui font surgir, qui font partager, qui font oser, qui font penser.


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  • Cette année, dans ma classe, c'est l'année du questionnement tous azimuts :

    - la question posée jeudi et traitée lundi avec un essai de réponse (moment appelé "Nos questions")

    - la question plus philosophique du jeudi qui n'attend pas une réponse mais simplement un échange (moment appelé "Je réfléchis")

    Tous les jeudis, les enfants proposent six questions auxquelles ils aimeraient qu'on apporte une réponse (ce que nous faisons le lundi suivant).

    Parmi ces questions, il arrive souvent qu'une de ces questions soit plus philosophique ou psychologique, et j'ai choisi depuis peu d'accueillir ces questions des enfants pour le "Je réfléchis".

    Les voilà :

    1) Pourquoi on n'est pas tous parfaits ?

    2) Pourquoi parfois certains parents divorcent ?

    Je n'ai pas mis l'enregistrement, car il y a trop de paroles très personnelles. Il n'empêche que ce temps d'échange fut d'une grande richesse.

    3) Pourquoi parfois, on fait l'école à la maison ?

    4) Est-ce que les fantômes existent ?


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  • En juin 2014, nous vous avions parlé de ce moment de classe intitulé "Nos questions", au cours duquel nous partions chaque semaine d'une question proposée et élue par la classe pour essayer de trouver ensemble des réponses : http://laclasseplaisir.eklablog.com/nos-questions-a108184610

    Ce temps, qui fait partie du "Temps des penseurs" (Le Temps des penseurs), est devenu un rituel incontournable dans ma classe, et pour cette année de CE1, il entraîne souvent de vrais moments de jubilation. Depuis le début de l'année, les envies spontanées de questions foisonnent. D'ailleurs, le vote de la question hebdomadaire est un crève-coeur, tant les propositions sont riches et incarnées.

    Nous avons pu aborder à ce jour les thématiques suivantes :

    Comment ont disparu les dinosaures ? Pourquoi Noël existe ? Pourquoi les saisons existent-elles ? Comment sont apparus les animaux ? Comment c’est fait un squelette ? Pourquoi les guilis nous font-ils rire ? Comment le cerveau fonctionne-t-il ? Comment trouve-t-on les pierres précieuses ? Pourquoi fait-on des décorations ? Pourquoi a-t-on inventé le sport ? Pourquoi a-t-on inventé les musées ? D’où vient la poussière ? A quoi ressemble le moteur d’une voiture ? Qu’est-ce qu’il y a sous les mares ? Pourquoi a-t-on inventé les prénoms ? Qu’est-ce qu’il y a sous les trottoirs ? Pourquoi il y a-t-il plusieurs langues ? Comment est fabriquée une brique ? Comment fabrique-t-on une maison ? Comment fabrique-t-on le savon ? Pourquoi on ne marche pas pareil sur Terre et sur la Lune ? Comment trouver le nord, le sud, l’est et l’ouest ? Pourquoi a-t-on inventé la musique ?

    Et ce n’est pas fini !

    Ce que je trouve formidable avec cette activité, c’est de voir comment, au fil de l'année, les enfants l’investissent chaque semaine davantage. Alors qu’au début de l’année, j’apportais des documents en plus des leurs, depuis février, le moment de réponses aux questionnements est totalement le leur, avec souvent trois-quatre enfants qui arrivent avec de petits textes, des illustrations (B. est arrivé avec un plan dessiné de sous la terre), des expériences à mener (A. nous a présenté une expérience sur le magnétisme), des objets (B. est venu avec une brique) et même des petits exposés (E. a fait un exposé sur les langues et A. un autre sur le savon). Alors, évidemment, ils sont aidés à la maison pour le faire, mais quelle fierté de pouvoir s’emparer, même brièvement, de questions qui sont souvent considérées comme "pas de leur âge" et quelle émulation pour le groupe.

    D’ailleurs, à ce sujet, je considère que le fait que les thématiques abordées soient hors programme est totalement sans objet. Il s’agit là avant tout de donner un espace à cette curiosité naturelle de l’enfant.

    Et ça marche !

    Daniel Gostain


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  • Avec une collègue, on avait prévu un échange de type décloisonnement sur une matinée afin que je montre aux élèves une scène clownesque sur les "empêchements à apprendre" (Les Empêchements à apprendre) en demi-groupe et qu’elle aille rendre visite à Daniel G dans sa classe. Je connais un peu ses élèves car nous avons fait plusieurs activités entre nos deux classes et on parle beaucoup de nos élèves avec ma collègue.

    On avait la scène : "J’ai peur de rater !"

    J’ai présenté le concept aux élèves et je leur ai raconté que je connaissais bien Daniel qui est aussi enseignant,  et que ce matin leur maitresse est allée voir comment il travaille dans sa classe.

    Alors très intéressés par cette double casquette « enseignant-clown » ou « clown-enseignant », les élèves me posent déjà plein de questions. Je leur présente la vidéo en plusieurs étapes et je leur explique les deux premières :

    -        Etape 1 : La situation. Etape 2 : Les sentiments des clowns

    Visionnage de la vidéo

    Je les laisse s’exprimer sur ce qu’ils ont compris de la situation.

    « Que s’est-il passé ? »

    Et je leur demande « qu’avez-vous pensé des sentiments des clowns ensuite ? »

    Les élèves s’expriment très facilement malgré le fait que c'est la première fois que je prend leur classe en charge. Ils se projettent très facilement au travers des différents clowns et on sent que certains s’attachent déjà plus à l’un ou l’autre de ces trois clowns.

    -        Etape 3 : Je leur pose 4 à 5 questions (celles que les clowns posent)

    Je choisis de limiter le nombre de questions et surtout de réajuster mon choix des questions, suite au premier débat qui vient d’avoir lieu.

    Ce moment approfondit certains thèmes abordés ou permet à certains des élèves d’échanger sur leurs opinions, des discussions s’engagent entre les élèves. …

    -         Etape 4 : Les réponses des clowns

    … C’est à ce moment que je choisis de proposer les réponses des clowns aux élèves.

    « Eh bien vous avez pu échanger sur vos idées et sur ce que vous feriez dans telle situation, alors je vais vous montrer ce que proposent les clowns pour répondre à cette situation ».

    Et on prend à nouveau quelques minutes pour échanger sur les solutions et faire le lien avec celles qui avaient été proposées par les élèves.

    Conclusion de cette matinée :

    Le fait de prendre la classe en demi-groupe a permis d’avoir le temps de donner la parole à tous.

    Le fait que ce ne soit pas ma classe n’a pas eu l’air de gêner les élèves qui se sont exprimés librement.

    J’ai noté une remarque d’un élève : « Parfois on rate, parce qu’on croit que quelque chose est vrai, par exemple  on croit qu’on est allé à Eurodisney le week-end, et en fait on n’y est pas allé ! »

    Cette remarque m’a frappée car quelques jours avant, ma collègue m’avait raconté qu’elle avait rencontré la maman de ce petit garçon qui vient d’arriver dans l’école et qui a quelques problèmes familiaux. L’enseignante avait raconté à la maman que son fils avait fait un « Je fais partager » (Le Je fais partager) en racontant une sortie avec son papa à Eurodisney , et la maman consternée avait dit que cela n’était pas vrai et que le petit ne voyait plus son papa !

    C’est donc un moment qui a pu faire réagir cet élève et lui faire relativiser ce qu’il avait vécu.

    D’autres réactions d’élèves m’ont aussi interpellée, je les ai notées et racontées à l’enseignante. Ce fut un moment très riche.

    Alors si vous aviez des doutes, lancez-vous !

    Valérie Da Silva


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  • Cette année, dans ma classe de CM1/CM2, nous avons des correspondants qui habitent dans la Nièvre, en Bourgogne-Franche-Comté. Au « Quoi de neuf » de rentrée des vacances, une élève, K., nous a dit qu’elle est allée en vacances dans la même région, et qu’elle a eu envie d’aller voir les correspondants. Elle s’est donc demandé quelle distance la séparait d’eux.

    Elle a pris une carte de France et elle a commencé à mesurer cette distance. Mais, problème : quelle ne fut pas sa surprise quand elle obtint un résultat en centimètres. Elle s’est dit qu’elle se trompait, et a préféré en parler au « Quoi de neuf » de la classe : elle voyait bien que, de toute évidence, quelque chose lui échappait.

    Le lendemain, au Conseil, nous en avons reparlé, et là, un élève a dit : « K., elle a sa maison en Franche-Comté, et ce serait bien que nous sachions réellement combien de temps elle pourrait mettre pour aller voir les correspondants. Comme ça, aux prochaines vacances, elle pourrait y aller. Parce que nous, ça va être compliqué. »

    Je leur ai apporté plusieurs cartes de France, mais à différentes échelles. Dans la classe, les élèves travaillent en équipes. Chaque équipe a reçu une carte et a fait des mesures : il s’agissait de trouver la distance entre le village de K. et celui des correspondants. Evidemment, la réponse de chaque équipe était différente, mais toujours exprimée en centimètre : « Maitresse, c’est pas normal. Pour aller d’un village à un autre, il faut des kilomètres. Et pourquoi on obtient des distances différentes alors que les deux villages sont à un seul endroit de la France chacun ? » 
    Les élèves commençaient à se poser les vraies questions. Assez rapidement, ils en sont arrivés à se dire que les cartes n’étaient que des réductions de la réalité, et qu’en fonction de la taille de la feuille, on avait plus ou moins d’espace pour faire entrer la France dedans.

    Un élève a remarqué qu’il devait s’agit d’une transformation, comme en grammaire… En grammaire, on travaille effectivement beaucoup sur la méthode de la transformation (passer du présent au passé, du pronom « nous » au pronom « je », etc). Selon lui, la personne auteur de la carte dont il disposait avait dû transformer les kilomètres en centimètres. J’ai simplement noté qu’il s’agissait peut-être d’une possibilité, effectivement.

    Un autre élève a alors remarqué le segment, situé en bas de la carte : « Maîtresse, il y a un trait, et au-dessus, il y a marqué « 100 kilomètres », qu’est-ce que ça veut dire, ça ? ». J’ai alors proposé de mesurer ce trait, immédiatement nommé « segment » par mes soins : nous avons découvert qu’il mesurait 1 centimètre. Un segment d’1 centimètre, avec noté au-dessus la mention « 100 kilomètres »…

    J’ai alors déclaré à la classe que, lorsque je me rendais de Paris en Bretagne, chez ma mère, je parcourais environ 500 kilomètres en voiture. J’ai proposé de mesurer, sur la carte, cette distance Paris-Bretagne en centimètres. Cette enquête allait peut-être nous aider à comprendre la transformation et à trouver une formule de calcul : 5 centimètres entre Paris et Saint-Brieuc sur la carte = 5 kilomètres entre Paris et Saint-Brieuc lorsque la maitresse prend sa voiture.
    Un élève avait vu ce genre de chose dans les fichiers de numération : « Ah ben oui ! Donc 1 cm = 100 km. C’est facile ! ».

    Tout le monde s’est alors mis à utiliser cette formule, pour trouver la distance entre K. et nos correspondants, entre nous et les correspondants, entre le nord et le sud de la France. K. a ainsi appris qu’elle devrait demander à son papa de parcourir 200 kilomètres en voiture pour aller voir les correspondants à partir de son lieu de vacances.

    Dans les jours qui ont suivi, les élèves ont aussi commencé à utiliser cette découverte pour faire des maquettes de classe, et pour présenter notre quartier aux correspondants, nous avons décidé que nous allions faire des plans. Nous sommes allés dans la rue avec des instruments de mesure qu’utilisent les géomètres, nous avons mesuré la rue de notre école, qui fait 150 mètres, et après, nous nous sommes demandé comment nous allions la faire rentrer sur une feuille de format A3. Chaque élève, auteur de son propre plan, se demandait : « Dans 1 centimètre, je vais mettre 10 mètres, 100 mètres, 1 mètre ? ».

    Depuis, dans la classe, chacun utilise tout le temps cette notion d’échelle, et c’est une vraie jubilation.
    Tout cela a été possible à partir de la parole d’un enfant, prise en compte, et investie par le groupe.

    Magali Jacquemin, Ecole F. Labori, Classe de cycle 3, Paris 18ème.


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