• Cette année, dans mon école maternelle (REP+), nous ouvrons notre classe aux parents dans leur langue maternelle.

    Cette initiative est née d’une demande exprimée l’année dernière, lorsque nous avons fait le bilan de fin d’année de ce qui s’était joué dans la classe. Les parents étaient alors invités à participer à des ateliers quotidiennement :
    - La préparation de la collation dans le but d’accompagner les élèves vers une plus grande autonomie. Les parents étaient d’ailleurs étonnés et surpris de voir que leurs enfants savaient tartiner, couper, éplucher… Ils découvraient que ces gestes quotidiens qu’ils ne leur laissaient pas la possibilité de mettre en pratique à la maison, avaient été expérimentés et exercés en classe.
    - La réalisation de recettes de cuisine qui demandaient la lecture de recettes illustrées, mais aussi une certaine dextérité pour casser les œufs, mélanger, étaler, malaxer… suscitait l’admiration des parents qui en retour partageaient ensuite ces moments en famille.

    Plaisir VECU 215 : Quand les langues maternelles s'invitent à l'école

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ces ateliers permettaient aux parents de prendre conscience de l’autonomie gagnée par leurs enfants, mais aussi de l’attitude différente qu’ils pouvaient avoir au sein de la classe. Beaucoup d’enfants rechignaient à goûter de nouvelles saveurs à la maison, alors qu’en compagnie de leurs pairs, ils goûtaient et appréciaient ces temps ou déguster était l’occasion de parler, décrire, donner un avis. Certains mêmes expliquaient la composition des collations variées et riches en fruits vitaminés. Manger est alors un prétexte à échanger.

    Petit à petit, les parents sont restés plus longtemps, ils ont participé d’abord timidement, en regardant ce que je faisais aux ateliers de graphisme ou de jeux mathématiques… En confiance, certaines mamans m’ont demandé si elles pouvaient coanimer les ateliers, puis elles ont pris en charge un groupe d’enfants. Elles les accompagnaient en veillant à la bonne tenue de l’outil scripteur, répétaient avec les élèves les jeux préliminaires utiles à faire la pince, leur rappelait la posture correcte, les encourageaient, lorsque le geste était maladroit. Elles ont toujours fait preuve de bienveillance. Attentives aux élèves en grande difficulté, elle se prenaient d’affection et les accompagnaient.

    Les rendez-vous du vendredi après-midi et de ses jeux de société avec les parents étaient un incontournable. Certains ont même amené une tante, une amie, afin qu’elles partagent ces moments conviviaux en classe. Les élèves étaient heureux et fiers de montrer les progrès réalisés, lorsque d’un dé, ils jouaient avec deux, parce qu’ils n’avaient plus de difficulté avec l’addition et la comptine numérique par exemple.

    Nous nous sommes retrouvés en fin d’année pour une ultime réunion bilan sur ce qui s’était joué cette année et faire le lien avec l’élémentaire en répondant à leurs interrogations. Les parents, habitués à ne voir que les temps forts discutaient en cercle, de façon à tous nous voir, et ont naturellement disposé les chaises en cercle. Ils ont évoqué ce qu’ils avaient apprécié : accompagner leur enfant dans la classe, voir et comprendre ce qui s’y faisait, parce que pour près de la moitié, ils n’avaient pas été scolarisés en France. Partager des moments en classe leur permettait ainsi d’échanger à la maison plus facilement. Ils ont aussi émis un vœu : celui de participer aux ateliers dans les coins de jeux symboliques. « Parce qu’on sait pas dire, et puis on sait pas comment vous faites ».

    Cette année donc, en plus des ateliers de l’année précédente, j’ai proposé aux parents de venir jouer dans le coin des jeux symboliques. Ils assistent donc aux activités pédagogiques complémentaires avec leur enfant. Les mamans qui ont choisi de participer jouent avec nous. Au restaurant, elles commandent un plat que leurs enfants nous préparent et nous servent. Ensemble nous apprenons à mettre la table, nous discutons, comparons nos cultures. Nos conversations respectueuses rassurent les élèves qui les suivent et/ou y participent. J’encourage les mères à employer leur langue maternelle, en classe, si cela peut rassurer leurs enfants, et à la maison. Je leur fais remarquer que comme moi, elles doivent juste s’appliquer à faire des phrases complètes, structurées, afin d’aider leur enfant à construire sa langue maternelle pour mieux acquérir la structure de la syntaxe française. Déculpabilisées, elles osent traduire, mais veillent maintenant à construire leurs phrases. Leurs enfants sont à l’aise. Ils sont fiers de leur montrer ce qu’ils ont fait ou découvert en classe. Elles osent rentrer dans la classe, accompagner leur enfant et d’autres, même en dehors des temps dédiés aux APC. L’une d’entre elle s’est pris d’affection pour une petite fille qui pleure chaque matin depuis que le ventre de sa mère s’est arrondi. Elle l’accompagne pour afficher sa photo ce qui symbolise son arrivée en classe et sa présence. Elle joue avec elle dans le coin des jeux symboliques avec les poupons, un temps avant de quitter la classe, alors que son propre fils est déjà avec des camarades.

    Afin de répondre à l’attente des familles non francophones, nous avons même mis en place un projet « Un jour, Un conte, Une comptine, une saveur… ». Tous les quinze jours, un parent vient nous raconter une histoire ou nous apprendre une comptine dans sa langue maternelle. Nous cuisinons ensuite ensemble et découvrons une nouvelle saveur.

    Plaisir VECU 215 : Quand les langues maternelles s'invitent à l'école

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ces temps d’échanges permettent d’introduire les différentes cultures dans la classe. Parents et enfants sont inclus avec leur singularité dans le respect de leurs différences. La classe est alors un lieu de vie qui accueille et inclut les habitants de la Cité au sens large. Chacun y trouve sa place et est valorisé. La richesse des échanges nait naturellement de la diversité culturelle.

    Clothilde Jouzeau Kraeutler


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  • Ce mardi matin, je suis appelée dans une classe de CE2 en REP.

    Je décide, entre autre, de leur faire vivre un moment de création collective autour du conte. Je leur demande ce qu'est un conte et rapidement ils donnent les grandes lignes. Alors, je leur dit de se mettre en binômes, de choisir leur(s) personnages, lieu(x), époque et éventuellement un événement. Ensuite, ils doivent écrire le début d'une histoire. Je leur précise que ces débuts seront proposés à la classe et que nous en choisirons un pour faire un écrit collectif.

    Après quelques minutes, les binômes volontaires proposent leurs textes. Tout le monde est attentif et curieux des propositions des camarades. Puis pour les aider à choisir la suite, je m'inspire du débat mouvant que j'avais vécu lors d'une rencontre du mouvement Freinet. Il s'agit de se déplacer vers l'idée qui nous intéresse ou de se mettre à mi-chemin entre deux idées... J'avais un peu d'appréhension au début : peur qu'ils s'agitent et le prennent comme un jeu, qu'ils n'écoutent pas les idées des autres mais plutôt celles des copains, qu'ils se mettent à faire n'importe quoi dans la classe.

    Et bien pas du tout. Je n'ai jamais eu d'enfants aussi attentifs envers leurs camarades et aussi résolus dans leurs déplacements. Nous avons passé un super moment, construit un texte magnifique ensemble que j'écrivais au tableau au fur et à mesure. Pour le reste, ils se sont spontanément auto-gérés. En quittant la classe, j'ai laissé le texte copié sur une affiche au milieu du tableau et je suis partie avec le sourire.

    "Il était une fois, une petite fille qui avait une grand-mère extraordinaire qui s'appelait Mummy. Elle vivait dans une base secrète. Seulement, la petite fille vivait loin de Mummy dans la montagne. Elles ne se voyaient jamais. Un jour, Mummy décida de rendre visite à sa petite fille. Elle prit sa voiture volante. En chemin, elle rencontra un dragon. Comme elle était à court de poussière magique, le dragon la dépanna : d'un coup de queue, il l'envoya à destination. La petite fille fut heureuse de revoir sa Mummy."

    Sabine Loubet


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  • Samedi, j'ai vu à nouveau les effets de la musique sur les élèves : elle aide, elle soigne, elle fait grandir, elle donne de la force, de l'avenir…

    Spectacle émouvant au théâtre du Luxembourg à Meaux (77). Mon ami Antoine Mignon, professeur de musique du lycée Jean Vilar, donnait son spectacle de fin d’année avec ses classes. Attention, pas une option sélective, une option où chacun peut venir même s’il n’a jamais chanté, jamais joué d’une instrument. Une option de l’humain et du contact, de la relation dans la pratique collective, dans la découverte culturelle.

    Trois niveaux de la seconde à la Terminale, 70 adolescentes et adolescents, pas encore tout à fait adultes, sont montés sur scène pour interpréter une comédie musicale de Broadway, l’une des plus célèbres et pourtant inconnue en France, Dolls and Guys, une histoire d’amour entre des voyous et des jeunes filles bien ! De la musique sans complaisance, loin des ritournelles à la mode issues du répertoire désastreux des dessins animés de W. Disney. Une fugue pour commencer, trois voix, et des chants à assumer en soliste, des duos d’amour, se toucher, délicatement, une main tendre sur la joue, dans la retenue de leur âge qui a tant de mal déjà à assumer son propre corps. Soixante-dix élèves sur scène tout le temps, des mouvements au cordeau, du plaisir à tous les niveaux.

    Ce que je n’avais pas prévu, c’était ma propre émotion : celle de voir certaines de mes anciennes élèves de collège sur scène, devant moi. Deux ans, trois ans auparavant, elles étaient encore en troisième, demandant éperdument de grandir, de quitter un établissement devenu trop petit pour elles. Certaines avaient souffert dans des classes épouvantables. Elles m’avaient fait confiance, elles avaient choisi l’option musique en seconde.

    Le discours qu'ont voulu faire les élèves de terminale, à la fin de l’ultime représentation fut magistralement improvisé, avec une assurance folle devant des centaines de personnes debout et applaudissant. Il était simple : « Depuis trois ans, la musique, notre professeur, nous accompagnent dans nos études. Ça nous a fait un bien fou, et ça va s'arrêter car c'était notre dernier concert. Merci, merci pour tout ce que ça nous a apporté, pour le plaisir, la joie et les beaux projets. Vous avez de la chance, vous qui êtes en seconde ou en première, car ça va continuer encore un peu pour vous. » Dans les coulisses, ensuite, les larmes ont coulé, les yeux étaient rouges : « Merci monsieur Léon, c’est aussi grâce à vous qui nous avez donné l’idée ». Ça fait du bien.

    Mais pourquoi donc étais-je si ému ? La nuit suivante me livra la réponse ; il y a plus de quarante ans, j’étais à leur place, envahissant une salle de spectacles, ses coulisses, ses loges, ses rites, j’étais fier, heureux, grand. Le monde m’appartenait et ça a changé ma vie. Et puis ce samedi, spectateur, je me suis rendu compte, stupéfait, combien j’étais fier de mon métier de professeur de musique. Merci Antoine, merci chers élèves.

    Le grand Winnicott disait que ce n'était pas toujours la psychologie ou la psychanalyse qui soignent les élèves. C’est le groupe, celui qui fonctionne sur des bases saines, solides, qui permet à chacun de parler sans crainte, qui respecte le sujet même dans la pratique collective. C’est le groupe collaborant, aidant, qui ne juge pas, qui fait grandir. Il donne à ceux dont la matrice sociale est déficiente, abimée, un modèle auquel ils peuvent se raccrocher. Et la musique, l’art, la culture, celle qui permet le partage et la relation humaine, offrent cela. Loin des productivistes de l'éducation nationale, loin des machines à mettre le cerveau en équations qui ne fonctionnent pas, loin de ces neuro-sciences, qui me font désespérer de l’avenir de l’éducation nationale.

    Jean-Charles Léon
    Professeur de musique


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  • Chacun doit réciter sa poésie à un moment ou un autre. Pour éviter ce moment d'inaction relative fatal à certains (dont moi-même, je l'avoue), les enfants ont le droit de "musicaliser" leur récitation à l'aide d'un instrument de musique et ceux qui écoutent ont le droit d'en terminer l'illustration.

    L'idée m'en était venue, alors que je voulais sacraliser ce moment de découverte par une lecture offerte de ma part et obtenir une écoute pleine et entière. J'avais donc pris mon sanza, joué une petite intro, ponctué la fin de certaines strophes de quelques notes puis terminé à nouveau par une courte mélodie improvisée (facile avec cet instrument) avant de savourer les regards ravis et silencieux.

    Du coup, j'avais dans la foulée proposé à mes élèves de se servir de cet instrument, nouveau et fascinant pour eux, au moment de leur temps de récitation.

    Plaisir VECU 210 : La récitation, autrement

    Ce matin donc, chacun "passe" et récite son petit texte (Les mouettes, de Andrée Chedid et Laurent Corvaisier, texte de la sélection officielle) avec plus ou moins de succès, sans l'instrument (trois seulement) ou bien avec. Chacun est attentif et termine son travail d'illustration.

    Lorsque M. se porte volontaire à son tour, les oreilles se dressent... et savourent. M. commence par une introduction qui donne le ton : il va nous faire plaisir et s'investir à fond. Il récite ensuite lentement la première strophe, invente un petit "musical bridge", poursuit en prononçant les mots comme s'ils étaient des perles, ré-invente une deuxième escapade musicale et termine en apothéose : spontanément, un, puis tous les enfants applaudissent !
    Une parenthèse dans le temps de quelques secondes, savourée collectivement avec un plaisir vif.

    L'illustration : cette année, au moment des Arts Visuels, de temps en temps, nous illustrons collectivement pour le cahier de poésie. Il s'agit alors, sur un petit format, soit de la réaliser d'un coup selon une nouvelle technique que j'apporte, soit de réaliser une partie de l'illustration qui sera ensuite collée sur la page blanche du cahier ET finalisée au moment des deux temps de récitation par les deux demi-groupes.
    Pour cette première séance, les enfants avaient découvert l'aquarelle et réalisé, sur un petit rectangle de papier 260g, un dessin peint ensuite. Puis, le jour de la récitation, ils avaient pour consigne de poursuivre ce dessin aux crayons de couleur en le prolongeant hors du petit rectangle de papier épais.
    Là encore, grande satisfaction : l'aquarelle les surprend, ils adorent et en redemandent. Du coup l'écoute du récitant n'en est que plus "naturelle" et meilleure, chacun étant attentif au poème récité et à son travail d'illustration en cours.

    Plaisir VECU 210 : La récitation, autrement

    Fabuleux !

    Cathy Tricoche


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  • Classe unique en Haute-Savoie, vendredi matin, moment de la "météo du matin intérieure", expérience tentée après des ateliers de communication non violente que j'ai expérimentés puis mis en place dans la classe depuis le début de l'année.

    Une CM2 prend la parole pour expliquer comment elle se sent : "Je me sens déboussolée ce matin car cela fait une semaine que je me suis disputée avec ma copine (autre CM2). Nous ne nous sommes pas réconciliées depuis vendredi dernier (je ne travaille que le vendredi dans cette classe, météo et autre moment de retour sur soi effectués seulement le vendredi).

    Nous accueillons donc cette émotion. Et elle dit : "J'aimerais lire quelque chose." Nous l'écoutons. Elle avait écrit un poème à sa copine qu'elle a lu devant toute la classe. Elle commence à lire et se met à pleurer. Les deux copines se prennent dans les bras. Toute la classe avait les larmes aux yeux et la maîtresse aussi (moi !)

    J'adore S. c'est mon idole,
    Mais parfois on se chamaille.
    C'est souvent, mais je l'adore.
    Si un jour vous croisez cette fille
    C'est que la chance vous sourit.

    Mais faites attention car vous serez
    Attiré par elle, donc vous ferez des bêtises.
    C'est ce que j'ai fait et je crois bien
    Qu'elle ne me pardonnera jamais
    Mais si quelqu'un la croise, dites lui
    Que je l'adore particulièrement.

    Ces émotions ont inauguré une belle journée placée sous le signe de l'empathie et la bienveillance ! Incroyable !

    Marie Delarue


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