• Partir avec les élèves en classe transplantée demande parfois un peu de doigté dans les relations avec les parents.

    Enseignante en REP+, je pars chaque année et rarement avec  la totalité des élèves. Je respecte totalement ce choix de certains parents de ne pas laisser partir leur enfant... Après tout, qui suis-je pour déclarer une séparation bénéfique ? La chance que j'ai, c'est de les garder 3 ans.

    A. n'est pas partie ni la première année en CE2, ni la seconde en CM1... Séparation impossible pour la maman qui me disait : "Loin de moi, elle va mourir". Arrivée en CM2, A. voulait vraiment partir, sa maman et son papa  l'ont laissée nous accompagner pendant 10 jours en classe équitation. Les retrouvailles furent à la hauteur émotionnelle de la déchirure consentie. Les larmes coulaient sur les joues de la mère et de la fille. Mais le moment le plus émouvant fut le lendemain lorsque la maman fonça sur moi en me remerciant  par ces mots : "A. vient de naître une deuxième fois grâce à vous. C'est une renaissance, Merci maîtresse ! "

    H., elle, n'est jamais partie pendant ces trois années. Lorsque j'ai eu son petit frère en classe, je pensais qu'il ne partirait pas non plus. À la fin de la réunion de présentation de la classe de neige, son papa s'est approché de moi : "Sabine, je n'ai pas laissé partir H., ce n'est pas juste que son frère parte". Je lui ai alors expliqué qu'être parent c'est le métier le plus difficile au monde et qu'il avait le droit de revenir sur ses décisions, qu'il pouvait dire à sa fille ses regrets et qu'en tant qu'aînée, elle avait "essuyé les plâtres"... Son frère est parti les trois années suivantes et même le petit frère de CP ! H. est partie quant à elle en Angleterre avec sa classe de 4ème.

    Certains parents nous offrent d'autres belles surprises: la maman de M. qui m'a écrit une petite carte pendant le séjour transplanté en me remerciant chaleureusement, ou bien celle de C. qui me dira que jamais sa fille n'aurait connu les joies du ski, faute de subsides à la maison.
    Et que dire de ce texto reçu récemment, plusieurs jours après notre retour: "Bonjour Sabine, je n'ai pas eu l'occasion de vous voir depuis la classe de découverte. Je voulais vous remercier pour ce voyage. A. ne parle que de cette classe équitation et en plus d'être devenue beaucoup moins râleuse, elle est maintenant plus autonome à la maison!"

    Allez ! L'année prochaine, nous repartons ! Enfants, parents et enseignants, ces classes nature sont autant de routes sur lesquelles chacun chemine à son rythme.

    Sabine Gessain


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  • Lorsque j’ai annoncé aux parents d’élèves que nous allions recevoir une délégation de collègues madrilènes qui souhaitaient voir comment nous travaillions en classe, j’ai été surprise et ravie par l’engouement des mamans. En effet une particularité de ma classe c’est que j’invite les parents à intervenir chaque jour. Ils nous accompagnent à la préparation de la collation, dans des ateliers…

    Les mamans ont décidé de se mettre en scène pour l’occasion. Ce jour-là nous étions si nombreuses en classe que nous peinions à trouver une place. J’ai d’ailleurs dû expliquer à nos invités que d’ordinaire elles viennent par deux, quatre au maximum. Elles étaient sept. Sept à montrer comment elles prenaient en charge différents ateliers. Autonomes les mamans et à l’écoute des enfants. Elles étaient heureuses de participer à présenter ce fonctionnement qu’elles affectionnent. Pendant une heure elles ont mené des ateliers tournants : jeux de société et collation avec réalisation d’un gâteau pour l’après-midi.

    Quelle joie aussi lorsqu’elles ont participé aux présentations. Elles se sont jointes à notre cercle et se sont présentées. Comme les enfants, elles ont dit ce qu’elles aimaient. Une maman d’origine espagnole, nouvellement arrivée était même restée pour l’occasion. Elle s’est présentée en espagnol, et même si elle n’a pas osé dire ce qu’elle aimait, son sourire, ce jour où elle a pris la parole pour la première fois, et le regard brillant de son fils étaient une récompense. Petite conséquence plus qu’anecdotique, depuis ce jour son fils prend la parole en français, depuis ce jour il est très demandeur, avide de nouvelles activités et de validation de ce qu’il a fait en autonomie…

    Les mamans aussi se sont prêtées au jeu et depuis, à chaque fois qu’une collègue veut venir, ou lorsque l’inspectrice en charge des maternelles a annoncé sa visite, j’ai pu compter sur leur présence en grand nombre. Beaucoup des mamans qui participent sont peu ou pas allées à l’école lorsqu’elles étaient enfants. Beaucoup sont issues d’une immigration récente (fuite de pays en guerre), d’autres ont un mauvais souvenir de leur scolarité. Pour ces mamans, venir à l’école et intervenir, c’est être valorisée par l’Institution, être reconnue dans leur capacité à éduquer leur enfant, même lorsque les valeurs familiales et celles de l’institution sont différentes.

    Les enfants en sont les premiers bénéficiaires. Eux aussi en retirent de la fierté, ils peuvent sortir du conflit de loyauté qui parfois les gêne dans leurs apprentissages. Ces rencontres sont riches pour tous les adultes. Les parents reconnus ont une meilleure estime d’eux-mêmes. Ils appréhendent l’école et ses codes autrement, avec bienveillance dans un esprit de partage et de co-éducation. J’apprends à mieux les connaître et mon regard sur les enfants n’en est que plus riche…

    Clothilde Jouzeau Kraeutler
    Enseignante en grande section
    Maternelle Edouard Herriot, Perpignan


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  • Nous avons tous des "moments champagne", au milieu de cette morosité ambiante, au milieu de déclarations "toni-truantes" de mini-ministre aux déclarations populistes, si loin de la réalité de la vie de classe sur le terrain, si loin de la fatigue quotidienne, de la misère sociale à laquelle on fait face chaque jour avec si peu de moyens ... 

    Cette année ma classe est difficile, très difficile ... comme de plus en plus de mes collègues avec qui j'ai rendez-vous cet après-midi pour notre réunion de Groupe Départemental Freinet. Et là, j'ai envie de parler de cette réunion, avec la joie de nous retrouver, malgré la fatigue, malgré les kilomètres, malgré les obstacles et le peu d'accompagnement et confiance de notre chère hiérarchie ...

    "En ce mercredi après-midi, il fait froid, très froid. Il y a du brouillard et on se méfie des prévisions météo pour le retour... et pourtant nous sommes là devant chez moi à se répartir dans les voitures pour covoiturer vers le nord du département de la Vienne. Certains ont déjà une heure de voiture, ils habitent dans le sud Vienne. Et pourtant nous sommes heureux d'aller visiter la classe de notre jeune collègue qui nous a invité dans sa classe unique de cycle 3 pour notre réunion mensuelle. Bienvenue à Leugny, petit village à une bonne heure de route de campagne au nord est de Poitiers.

    Sandra, jeune collègue fraîchement diplômée, a effectuée sa rentrée dans cette belle et grande classe avec ses 27 élèves de CE2-CM1-CM2. En mai dernier, lors d'une intervention-débat de notre association elle était venue nous voir enthousiaste à l'issue en nous disant : "c'est "ça" que je veux faire, c'est comme "ça" que je veux enseigner !".

    Oh ça n'a pas été facile ! Sandra s'est heurtée aux parents d'élèves gourmands de devoirs et de notes, rassurés qu'ils étaient des batteries d'exercices des vieux manuels stériles de l'ancien prof avec qui "ça" ne bronchait pas. L'Administration l'a visitée, l'a encouragée à suivre les programmes, à produire des fiches de prep', à se débrouiller malgré les deux élèves laissés sans "aide de vie scolaire" cette année ...

    Pourtant cet après-midi, entre les traits tirés et les bacs de fiches en tout genre, le sourire est là. Les tableaux de conférences et les coins défi-sciences aussi, le coin puzzles de 1000 pièces et la pile des textes libres également. L'organisation de l'espace en témoigne. Ici "ça" vit, ici on tâtonne, on cherche, on se confronte, on travaille en groupe, on coopère. Et ça fait du bien !

    L'atmosphère est studieuse et décontractée, les échanges entre nous sont cordiaux et attentifs. On reçoit les appels à comment faire, on partage nos expériences, on échange nos réussites et nos tâtonnements. Tout le monde en profite, débutant ou plus expérimenté, l'écoute est bienveillante, les conseils nombreux. Les tasses de cafés ou de thé circulent, les bons gâteaux faits-maison aussi. 

    L'après-midi défile, il est l'heure de se séparer. On se revoit bientôt, dans un mois, début janvier. On reparlera de nos essais en recherche mathématiques, on a dressé les grandes lignes de l'organisation de notre stage régional en avril, on s'est répartis les tâches et les mails à envoyer. On se promet d'essayer tel ou tel outil, on a hâte de tester une nouvelle méthode de faire. Dehors la nuit est tombée, dans une heure ou deux on sera rentrés chez nous.

    On a pris un bon coup de boost et ça fait du bien."

    Philippe Gilg 


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  • J'ai une classe unique avec des élèves de la Moyenne Section au CM2,  c'est ma cinquième rentrée dans cette école.

    Chaque été, je tiens à envoyer une carte ou une lettre (par voie postale) à mes élèves, l'effet est garanti ! Ils adorent recevoir un courrier qui leur est adressé personnellement, et du coup, certains m'en envoient aussi. C'est pour moi l'occasion de faire un clin d'oeil sur un évènement de l'année précédente, ou d'introduire un futur projet (il y a souvent les deux d'ailleurs!). Par exemple, je leur ai écrit que j'avais découvert un auteur/illustrateur super (lors d'une réunion) qui s'appelle Christian Voltz, et qu'il faudrait qu'ils fouillent leurs fonds de tiroirs, leur grenier, pour m'apporter tout un tas de "bidules" qui nous servirait cette année.

    Bref, en plus de ces clins d'oeil, pour se préparer à la rentrée, j'ai eu l'idée il y a deux ans de leur donner un rendez-vous (avec leurs parents), la veille de la rentrée.

    Je demande aux élèves d'apporter quelque chose à manger (à partager) et je me charge des boissons pour petits et grands. On se retrouve au parc, à 18h30, la murette sert de buffet, le parc s'anime... jusqu'à 20 h, mais pas plus : le lendemain, il y a école !

    Les enfants apprécient de se retrouver, les nouveaux arrivants peuvent faire connaissance, et les parents peuvent prendre le temps de discuter...

    L'accueil au portail le lendemain à 8h30 n'a plus rien à voir, autant pour les enfants que pour les parents....

    L'occasion d'une rencontre hors école (espace/temps), avant même de commencer,  c'est du temps de gagné : des relations qui se tissent, de la petite anecdote à l'information importante... Je mesure les bénéfices de ces 2 heures de pré-rentrée un peu particulières :

    Des parents m'ont parlé de leurs vacances, d'autres des changements d'horaire pour l'orthophoniste et la psychomotricienne, de la semaine à 4 jours, des travaux dans l'école, du périscolaire, de la lecture en CP, des visites médiatisées pour un enfant placé en famille d'accueil...et puis, un élève de Grande Section m'avait apporté son nouveau cartable (juste pour le montrer), un autre est venu me dire que son papi avait plein de "bidules" pour notre projet mais que certains étaient peut-être trop gros, un me demandait si Lou était une fille ou un garçon (il avait vu le prénom des élèves de la classe dans la lettre, Lou est une nouvelle élève, je lui présente), un grand frère qui entre au collège m'a parlé de son colis de fournitures ...etc...

    Une bonne nuit de sommeil, et on se retrouve...cette fois-ci dans la classe.

    Mais les nouveaux ne sont plus vraiment des nouveaux, et j'ai déjà vu les nouvelles baskets qui s'allument de T., la maman de L. sait déjà comment va se passer la cantine,...parce que la rentrée c'est presque déjà du passé !

    Céline Djeranian


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  • Comme je vous l'avais promis dans mon article sur la minute de retour à soi (Méditation en classe) je vais vous parler aujourd’hui de mon espace « Je calme mes émotions ».

    L’idée est de permettre à l’enfant d’avoir un endroit où sont mis à sa disposition différents outils pour l’aider à apaiser sa tempête intérieure. En effet, j’ai remarqué que souvent mes élèves sont en proie à des émotions fortes, que ce soit de la colère, de la tristesse, des fous rires… et que cela les gêne dans leur temps d’apprentissages.

    Cet espace est installé, à l’écart, dans un endroit où l’enfant peut avoir un peu d'intimité. J’y ai mis une plante verte pour le séparer du reste de l'espace. Dans ce coin, j’ai installé une table et une chaise, et au mur sont accrochés des affiches sur comment se calmer, ainsi que des informations sur les émotions…. Les enfants s’y rendent quand ils en ressentent le besoin. Il est pour moi important de leur laisser la liberté de choisir s’ils ont besoin d’y aller ou pas.

    Ce n’est pas un coin punitif, lieu où j’envoie l’enfant pour se calmer !! Je trouve ça très important d’en avoir conscience car sinon l’enfant l’associera à une contrainte et à une punition et non à une aide.

    Voilà comment j’organise mon espace : « Je calme mes émotions ». On y trouve : une peluche à qui l'on peut faire des câlins, que l'on peut caresser pour se calmer, ou même taper pour se défouler, pourquoi pas ; des balles anti-stress que l'enfant peut manipuler, écraser… pour lâcher son énergie ; de la pâte à modeler dans laquelle on peut mettre sa colère, sa tristesse ; un miroir afin que l'enfant puisse s'observer, voir son visage suivant l'émotion dans laquelle il est ; des crayons de couleur avec des feuilles blanches sur lesquelles l'enfant peut gribouiller, exprimer son émotion, faire un dessin ; des mandalas à colorier en partant de l'extérieur vers l'intérieur pour se recentrer ; un livre avec des animaux, des paysages, pour apporter de la découverte, de la beauté ; un livre de blagues pour rigoler et retrouver le sourire ; et un sablier de 10 minutes qui permet de gérer le temps et d'éviter que l'enfant n’y reste toute la matinée.

    Comment les enfants utilisent cet espace dans ma classe ? Quand les enfants sont en proie à une émotion un peu forte, ils ont la liberté d'aller dans l’espace : « Je calme mes émotions ». Ils s'y assoient le temps d’un sablier de 10 minutes et peuvent faire ce qu'ils veulent, dans le respect des règles de cet espace. Quand le sablier de 10mn est terminé, l’enfant range ce qu’il a utilisé et regagne sa place dans la classe. Ce lieu est souvent utilisé au retour de récréation où les enfants sont en proie à de nombreuses émotions. Lorsque plusieurs enfants ont envie d’y aller, c’est par ordre de demande, et chacun attend son tour. Parfois le fait d’attendre, l’émotion est passée et l’enfant n’en sent plus la nécessité. Au retour d’une récréation, J. était très triste, en colère, et pleurait à chaudes larmes. Elle est allée d’elle-même au coin "Je calme mes émotions". Elle en est ressortie 10 mn plus tard, apaisée et tranquille et m’a dit : "Maitresse ça m’a fait du bien d’aller là-bas, j’y ai laissé mon chagrin." Je vous partage ces paroles car pour moi, c’est vraiment ça l’utilité de cet espace : que l’enfant apaise ses émotions afin qu’il soit ensuite disponible pour les apprentissages.

    Je pense qu'il faudrait aussi que moi, enseignante, je m’autorise à y aller de temps en temps, ça me ferait beaucoup de bien !!

    Mylène de Sainte-Marie


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