•  Vendredi 13h30 réunion

    N. (qui a du mal à s'intégrer de façon vraiment pacifique dans le groupe-classe) reproche au reste de la classe de jouer toujours au même jeu en récréation, c'est à dire "trap trap". Il trouve cela "ennuyant". Il se fait alors rabrouer de façon un peu brutale par plusieurs élèves, qui lui disent en gros que s'il n'est pas content, il n'a qu'à pas jouer, ou bien, il n'a qu'à être très sage pour rester dans la zone "verte" qui permet de passer librement ses récréations dans la classe.
    N. essaie de répondre, mais on ne le laisse pas, brouhaha, un nouveau sujet est lancé par l'animateur de réunion, l'élève se sent incompris et censuré, il s'énerve et quelques larmes de colère coulent.
    Je rappelle alors à l'animateur et aux autres enfants qu'on ne peut pas passer à un autre sujet alors que N. n'a pas pu répondre aux remarques un peu virulentes du groupe ... N. s'exprime jusqu'au bout mais aucun décision/compromis n'est trouvé. La classe ne semble pas réceptive (je l'invite néanmoins à formuler des propositions de jeux pour la prochaine réunion.)

    Même journée à 15h10 : récréation.

    Sans qu'on n'ait pratiqué ni même évoqué ce jeu cette année, les enfants se mettent à jouer à l'épervier tous ensemble (sans exception). Ils s'organisent, se répartissent les rôles, le tout sans conflit alors que ce sont des enfants qui se disputent souvent ... Là ça coule, ils enchaînent joyeusement les manches sans pouvoir s'arrêter ! Je les regarde de loin, émue...
    Je n'avais même pas fait le rapprochement, quand N. vient me voir et me dit: "Ça y est, maitresse, on a décidé de jouer à l'épervier pour changer un peu de jeux !"

    Ça m'a beaucoup touchée parce que les réunions sont des moments difficiles et laborieux, mais de tels dénouements me rappellent à quel point elles sont nécessaires pour que chaque enfant puisse se saisir du pouvoir du dialogue et trouver peu à peu sa place dans le groupe......

    Elise J.

     


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  • J’arrive ce matin-là dans les couloirs de l’école et je salue les élèves de la classe de CE1. En tant qu’enseignant du Rased, je connais bien les enfants de cette classe où je co-interviens et j’ai toujours plaisir à leur souhaiter une bonne journée.

    C’est alors que Mathéo m’interpelle : « Maître, tu sais c’est quoi une voyelle ? ». Je suis surpris par cette demande. Surpris et un peu déçu : Mathéo, je le connais depuis la grande section et je l’aide à surmonter les difficultés de l’apprentissage de la lecture, du mieux que je peux. Je trouve que l’on avance bien tous les deux, alors je suis déçu qu’il ait oublié voyelles et consonnes sur lesquelles nous avons déjà beaucoup travaillé. 

    Mathéo insiste : « Alors Maître Philippe…c’est quoi une voyelle ? »

     Je suis prêt à me lancer dans une énième explication lorsque son visage s’illumine :

     « Une voyelle, c’est la femme d’un voyou !!  C’est mon père qui m’a raconté cette blague. Elle est rigolote, hein ? »

    Pour sûr qu’elle est drôle Mathéo ! Et comme ma journée démarre bien !

    Philippe Durand, Ecole des Bords de Meuse, 55140 Vaucouleurs.

     


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  • Ce vendredi, soir de vacances, j'erre dans ma classe pour rassembler les cahiers, les plans de travail et les divers travaux qui me serviront à faire le bilan de cette première période.

    Nouvelle école, nouveau niveau (CM2), il faut dire que ça cogite déjà pas mal durant ce ménage saisonnier... D'autant qu'un temps d'adaptation réciproque s'est déroulé en début d'année scolaire...

    Mais, au milieu de mon bureau, je découvre une enveloppe joliment décorée où est calligraphié "Monsieur Bocquet".

    Intrigué, je laisse de côté mes sacs et cartons pour découvrir ce que renfermait ce beau petit pli.

    La surprise fut plaisante étant donné qu'elle contenait un carton décoré. Il s'agissait d'une lettre signée d'un enfant de la classe. Sur cette missive était écrit  :

    "Monsieur, vous êtes gentil, patient.

    Alors vous méritez de passer de bonnes vacances. 

    Donc je vous souhaite de bonnes vacances."

    Cette délicate attention m'a permis de comprendre que cette première période, malgré tous les défis à relever, n'a pas été vaine et de rentrer à la maison avec le sourire et l'envie de retrouver tous ces bambins en novembre...

    C'est ce genre de "moment champagne" qui me permet de ne pas oublier, lors des questionnements quotidiens, les convictions qui m'amènent à faire ce métier.

    Damien Bocquet

    CM2 - Waziers


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  • Partir avec les élèves en classe transplantée demande parfois un peu de doigté dans les relations avec les parents.

    Enseignante en REP+, je pars chaque année et rarement avec  la totalité des élèves. Je respecte totalement ce choix de certains parents de ne pas laisser partir leur enfant... Après tout, qui suis-je pour déclarer une séparation bénéfique ? La chance que j'ai, c'est de les garder 3 ans.

    A. n'est pas partie ni la première année en CE2, ni la seconde en CM1... Séparation impossible pour la maman qui me disait : "Loin de moi, elle va mourir". Arrivée en CM2, A. voulait vraiment partir, sa maman et son papa  l'ont laissée nous accompagner pendant 10 jours en classe équitation. Les retrouvailles furent à la hauteur émotionnelle de la déchirure consentie. Les larmes coulaient sur les joues de la mère et de la fille. Mais le moment le plus émouvant fut le lendemain lorsque la maman fonça sur moi en me remerciant  par ces mots : "A. vient de naître une deuxième fois grâce à vous. C'est une renaissance, Merci maîtresse ! "

    H., elle, n'est jamais partie pendant ces trois années. Lorsque j'ai eu son petit frère en classe, je pensais qu'il ne partirait pas non plus. À la fin de la réunion de présentation de la classe de neige, son papa s'est approché de moi : "Sabine, je n'ai pas laissé partir H., ce n'est pas juste que son frère parte". Je lui ai alors expliqué qu'être parent c'est le métier le plus difficile au monde et qu'il avait le droit de revenir sur ses décisions, qu'il pouvait dire à sa fille ses regrets et qu'en tant qu'aînée, elle avait "essuyé les plâtres"... Son frère est parti les trois années suivantes et même le petit frère de CP ! H. est partie quant à elle en Angleterre avec sa classe de 4ème.

    Certains parents nous offrent d'autres belles surprises: la maman de M. qui m'a écrit une petite carte pendant le séjour transplanté en me remerciant chaleureusement, ou bien celle de C. qui me dira que jamais sa fille n'aurait connu les joies du ski, faute de subsides à la maison.
    Et que dire de ce texto reçu récemment, plusieurs jours après notre retour: "Bonjour Sabine, je n'ai pas eu l'occasion de vous voir depuis la classe de découverte. Je voulais vous remercier pour ce voyage. A. ne parle que de cette classe équitation et en plus d'être devenue beaucoup moins râleuse, elle est maintenant plus autonome à la maison!"

    Allez ! L'année prochaine, nous repartons ! Enfants, parents et enseignants, ces classes nature sont autant de routes sur lesquelles chacun chemine à son rythme.

    Sabine Gessain


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  • Lorsque j’ai annoncé aux parents d’élèves que nous allions recevoir une délégation de collègues madrilènes qui souhaitaient voir comment nous travaillions en classe, j’ai été surprise et ravie par l’engouement des mamans. En effet une particularité de ma classe c’est que j’invite les parents à intervenir chaque jour. Ils nous accompagnent à la préparation de la collation, dans des ateliers…

    Les mamans ont décidé de se mettre en scène pour l’occasion. Ce jour-là nous étions si nombreuses en classe que nous peinions à trouver une place. J’ai d’ailleurs dû expliquer à nos invités que d’ordinaire elles viennent par deux, quatre au maximum. Elles étaient sept. Sept à montrer comment elles prenaient en charge différents ateliers. Autonomes les mamans et à l’écoute des enfants. Elles étaient heureuses de participer à présenter ce fonctionnement qu’elles affectionnent. Pendant une heure elles ont mené des ateliers tournants : jeux de société et collation avec réalisation d’un gâteau pour l’après-midi.

    Quelle joie aussi lorsqu’elles ont participé aux présentations. Elles se sont jointes à notre cercle et se sont présentées. Comme les enfants, elles ont dit ce qu’elles aimaient. Une maman d’origine espagnole, nouvellement arrivée était même restée pour l’occasion. Elle s’est présentée en espagnol, et même si elle n’a pas osé dire ce qu’elle aimait, son sourire, ce jour où elle a pris la parole pour la première fois, et le regard brillant de son fils étaient une récompense. Petite conséquence plus qu’anecdotique, depuis ce jour son fils prend la parole en français, depuis ce jour il est très demandeur, avide de nouvelles activités et de validation de ce qu’il a fait en autonomie…

    Les mamans aussi se sont prêtées au jeu et depuis, à chaque fois qu’une collègue veut venir, ou lorsque l’inspectrice en charge des maternelles a annoncé sa visite, j’ai pu compter sur leur présence en grand nombre. Beaucoup des mamans qui participent sont peu ou pas allées à l’école lorsqu’elles étaient enfants. Beaucoup sont issues d’une immigration récente (fuite de pays en guerre), d’autres ont un mauvais souvenir de leur scolarité. Pour ces mamans, venir à l’école et intervenir, c’est être valorisée par l’Institution, être reconnue dans leur capacité à éduquer leur enfant, même lorsque les valeurs familiales et celles de l’institution sont différentes.

    Les enfants en sont les premiers bénéficiaires. Eux aussi en retirent de la fierté, ils peuvent sortir du conflit de loyauté qui parfois les gêne dans leurs apprentissages. Ces rencontres sont riches pour tous les adultes. Les parents reconnus ont une meilleure estime d’eux-mêmes. Ils appréhendent l’école et ses codes autrement, avec bienveillance dans un esprit de partage et de co-éducation. J’apprends à mieux les connaître et mon regard sur les enfants n’en est que plus riche…

    Clothilde Jouzeau Kraeutler
    Enseignante en grande section
    Maternelle Edouard Herriot, Perpignan


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