• Qui n'a pas dans sa classe des élèves qui ne s'intéressent qu'à une chose, trouvant difficilement un intérêt à ce qui n'est pas footballistique, pokémonial, ou d'autres thématiques, certes dignes d'intérêt, mais d'une manière très souvent exclusive ?

    Ou alors des enfants qui ont en eux une (des) préoccupation(s) envahissante(s), empêchant toute distance et parfois tout apprentissage.

    C'est d'ailleurs pour aider les enseignants sensibles à ces empêchements présents dans toutes nos classes - qu'on le veuille ou non - que j'ai élaboré avec des partenaires clowns et enseignants un site consacré aux "empêchements à apprendre" : Le site des empêchements à apprendre

    Il y a dans ce site, parmi trente empêchements proposés, un que nous avons intitulé : "Moi, y a que ça qui m'intéresse". C'est sur cette thématique que nous avons récemment réfléchi, mes élèves de CE1 et moi-même.

    D'abord, nous avons visionné la scène initiale qui pose la situation : trois clowns préparent un pique-nique, mais Schlémil, un des trois clowns, a une fixation : la quantité 5 qui correspond au nombre de boutons de son gilet. C'est cette quantité-là qui l'obsède. Exclusivement. Ce qui l'empêche d'avancer dans sa préparation du pique-nique.

    Les enfants observent la scène, réagissent, visionnent les émotions des clowns consécutives à cette scène, expriment leur accord ou désaccord avec chacune de ces émotions, et puis, je fais le lien avec leur propre vécu par cette question : "Et vous, avez-vous des pensées, des sujets qui prennent beaucoup de place en vous ?"

    Les réponses sont étonnantes :

    - Moi, je pense beaucoup à l'imaginaire et ça me dérange beaucoup. Surtout depuis que je me suis inventé un ami imaginaire, je pense tout le temps à lui.

    - Moi, c'est un peu pareil, mais je pense de mon côté à des bonnes notes imaginaires.

    - Moi, je ne pense qu'à la moto.

    - Moi, je pense beaucoup à un chien, mais mes parents ne veulent pas en avoir.

    - Avant, quand j'étais petite, je faisais des rêves ou des cauchemars et j'avais tout le temps peur de faire le même rêve ou le même cauchemar.

    - Quand mon cochon d'Inde a été mort, j'y pensais beaucoup, surtout quand je regardais sa cage.

    - Ma chambre est mal rangée, j'aimerais bien la ranger, mais comme je n'y arrive pas bien, je pense toujours à ma chambre.

    - Il y a des gens qui disent qu'il y aura la fin du monde, donc je pense beaucoup à ça.

    - J'ai regardé un film qui m'a fait faire des cauchemars et je me rappelle toujours ce film.

    Je suis convaincu que ces fixations, le plus souvent ignorées de nous enseignants car non manifestes dans le comportement des enfants, ont une influence certaine sur la possibilité d'apprendre chez certains de nos élèves.

    Après ce temps d'expression, nous avons regardé des solutions apportées par les clowns puis j'ai demandé aux élèves ce qu'à leur avis nous pourrions faire pour que ces "obsessions" n'empêchent pas d'apprendre :

    - On pourrait se changer les idées.

    - Sur la fin du monde, on n'a pas à s'inquiéter, car on n'a qu'à penser que la fin du monde, ce sera quand tout le monde sera mort, c'est dans très longtemps.

    - Il faut faire autre chose qui n'a pas de rapport avec la moto, par exemple.

    - Il n' y aura jamais la fin du monde, car quand il y aura des gens qui seront morts, il y aura des gens qui seront vivants.

    - Sur la fin du monde ou sur les personnages imaginaires, il faut penser à la vérité, à ce qui se passe maintenant, pas à ce qui se passe plus tard ou autre part.

    - A celui qui parle tout le temps de la même chose, il faut lui parler d'autre chose.

    - Il faut essayer les choses qu'on n'a jamais essayées, les choses qu'on n'aime pas.

    - Il faut méditer, penser à autre chose. Par exemple, méditer sur un arbre à la place de la moto.

    Ce "temps des penseurs" (Le Temps des penseurs), dans lequel les enfants ont un espace pour réfléchir à leur statut d'élève et à ce qui ne va pas de soi dans ce dit statut, est un vrai moment de jubilation pour les enfants comme pour moi-même : en effet, ces pensées que je vous ai fait partager, elles sont là, elles jouent un rôle dans leur apprentissage, il serait bien dommage de ne pas pouvoir les dire, de ne pas pouvoir les entendre.

    Daniel Gostain


    1 commentaire
  • Imaginez deux élèves face à face, l'un - Et Tic ! - défendant la lecture à haute voix, l'autre - Et Toc ! - préférant la "lecture dans sa tête", chacun exposant ses arguments.

    Envisagez cette confrontation dans le domaine des apprentissages comme dans celui du fonctionnement de la classe. 

    Un moment court intitulé "Et Tic ! Et Toc !", qui peut être proposé par l'enseignant, mais aussi par les élèves, et qui permettrait de questionner les choix pédagogiques de classe.

    Des exemples déjà expérimentés :

    - Un "Et Tic ! Et Toc" entre "apprendre seul" et "apprendre à deux"

    - un autre sur "vivre dans une maison" et "vivre dans un immeuble", comme sur l'image suivante, où N. défend la maison

    Plaisir A VIVRE 805 : Et Tic ! Et Toc !

    - écrire un texte court ou un texte long

    - plan de travail à domicile et plan de travail classique

    Cette idée, que nous vous proposons d'expérimenter, Nastasia Tarento et moi-même, nous est venue à la suite d'un échange sur les débats que nombre d'enseignants proposent souvent en cours d'Histoire : royauté/tiers-état ; girondins/jacobins ; fascisme/démocratie ; Danton/Robespierre,  etc. 

    Poursuivant notre échange, nous nous sommes demandé si ces débats, nous pourrions les transposer sur tout ce qui constitue la vie de classe. En effet, nombre de projets, d'activités, de fonctionnements vécus par les élèves sont initiés par l'enseignant sans être rendus explicites. 

    Le "Et Tic ! Et Toc !" pourrait être un moyen de faire réfléchir au pourquoi des choses, ce qui fait qu'on fera lire d'une façon ou d'une autre, qu'on travaillera seul ou en équipe, qu'on étudiera d'abord les figures géométriques ou qu'on les tracera en premier, qu'on ira au cinéma ou au théâtre. Les idées de débats sont infiniment larges ! 

    Et voici le dispositif que nous avons imaginé et que nous allons suivre, tout en le peaufinant peu à peu : 

    1) Un "Et Tic ! Et Toc !" est proposé au groupe. Deux enfants volontaires s'installent face à face, prêts chacun à défendre une des deux positions. 

    2) La confrontation est lancée, chacun pourra proposer trois arguments. A son issue, les deux protagonistes s'arrêtent en statues. Proposition est faite à d'autres enfants de remplacer l'un ou l'autre pour développer un nouvel argument. Les remplacements sont effectués. 

    3) Une fois le débat achevé, les élèves cherchent en collectif ou en équipe à dire les arguments qui leur ont semblé les plus convaincants pour chacune des causes. Une synthèse écrite sera faite. 

    A noter, qu'un nouvel "Et Tic ! Et Toc !" sur le même thème pourrait être mené ultérieurement, alimenté par une recherche documentaire faite entre temps. 

    Et pour les plus âgés (cycle 3 et secondaire), ça peut aussi passer par de l'écrit, comme en témoigne le texte suivant d'un élève de CM2 sur l'alternative "débuter par une Réunion ou par des Ateliers"

    Plaisir A VIVRE 805 : Et Tic ! Et Toc !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Daniel Gostain et Nastasia Tarento


    votre commentaire
  • Un tout petit geste d'enfant, difficile à décrire mais éminemment parlant quand on le voit. Le poing serré ramené vers soi avec un petit "ouais". Un geste de victoire et de joie en somme.

    Il a échappé à une petite fille de CP lorsque j'ai proposé de revenir sur le film "L'étrange Noël de M. Jack" et d'en revisionner une scène clef. Ce film que la classe a vu dans le cadre d'"Ecole et cinéma", elle en avait été privée, parce que ses parents avaient décidé que le contenu en était inapproprié et de nature à effrayer les enfants. Ils ont d'ailleurs contacté tous les autres parents, essayant de faire annuler la séance. Heureusement, les enfants ont eu le droit de voir le film, de se confronter à nos peurs, aux leurs. Tout ce travail leur a énormément plu.

    Nous avons cherché des solutions pour endiguer les peurs des uns, des autres (certains ont proposé des "visionnages rapprochés", la proximité d'un copain) et nous avons vu et revu cet extrait qu'ils me réclamaient sans cesse et qui libérait beaucoup de joie chez eux. Nous y avons réfléchi, l'avons nourri. 

    Ce qui m'a tellement touché dans ce petit geste, c'est de voir cette petite fille (élève très brillante, qui a complètement intégré la norme et ne franchit jamais les limites), c'est de la voir donc éprouver sa liberté, revendiquer le droit à éprouver la peur, à la savourer, à jouer avec et à la partager avec le reste de sa classe. Cela m'a fait penser à cette très belle conférence de Suzanne Lebeau dont je mets la transcription ci-dessous.

    Mara Canobbio


    votre commentaire
  • Lors du conseil hebdomadaire de fin de semaine, A. propose à la classe de revenir en configuration des tables face au tableau, "en autobus". S'en suit le débat suivant :

    - J.E. réagit tout de suite en disant la chance que l'on a cette année de pouvoir être justement avec ses copains pour travailler

    - L.M. ajoute qu'en autobus, les plus petits sont devant et les plus grands derrière (afin d'avoir une chance d'apercevoir le dit-tableau) ... et que donc A. ( plutôt parmi les plus grandes) ne pourrait pas être à côté de sa copine S. (très petite). A. fronce les sourcils ...

    - O. fait ensuite remarquer qu'à 28 élèves, si on mettait toutes les tables face au tableau, on ne pourrait plus évacuer facilement vers la sortie de secours ...

    - I. demande alors la parole et déclare qu'avec la pédagogie Freinet (sic !) il est nécessaire de mettre la classe en ilots de travail, afin de faciliter le travail en équipe, de pouvoir demander de l'aide aux élèves de la tablée avant de solliciter le maître, de s'entraider, de coopérer. Pour elle, cela lui paraîtrait une grande régression de revenir en "autobus" comme elle l'a toujours vécu à l'école auparavant. Et d'ajouter que c'est comme pour le plan de travail, au début la pédagogie Freinet c'est un peu difficile et elle-même a eu des difficultés. Mais maintenant, elle s'aperçoit qu'elle travaille bien mieux qu'avant, qu'elle sent qu'elle progresse car elle comprend ce qu'elle choisit de faire parmi les travaux qu'elle organise elle-même.

    (silence dans la classe, moi j'avais le coeur qui s'était un peu emballé en prenant mes notes du Conseil - en plus de la responsable des notes qui n'était autre que A. qui avait lancé la proposition de changement d'organisation de la classe)

    Le président propose alors le passage au vote. Unanimité pour rester tel quel. Et suite du Conseil pour aborder le point suivant ; le tout dans le calme et les directives des responsables du Conseil.

    Un vrai moment de bonheur ! Champagne :)

    Epilogue : A la fin du Conseil, A. m'apporte le cahier des notes du Conseil. J'y jette un oeil. Elle a écrit à côté de sa proposition : "I. a raison" (il faut savoir que A. et I. sont les meilleures "ennemies" ...)

    Philippe Gilg (CM2 à Poitiers)


    votre commentaire
  • Dans la classe, cette année nous avons plusieurs "grands" projets, parmi lesquels une journée à Collobrières (petite commune bien connue chez nous pour ses châtaignes).

    Cette semaine, nous commençons à y travailler "sérieusement" : nous nous sommes réparti les tâches : Qui cherche parmi ce qu'on aimerait y faire et y voir ce qui est possible d'y faire et quand ? Qui cherche le trajet et le moyen de transport approprié ?, etc.

    E. et N. sont allées chercher sur Internet s'il y avait un musée. Elles ont trouvé les coordonnées d'une châtaigneraie qui accueille les groupes. Elles les ont notées, puis ont préparé leurs questions. C'est elles qui vont téléphoner : elles s'organisent, E. qui est plus sûre d'elle va parler, et N. qui est plus timide va écrire les réponses sur la feuille qu'elles ont préparée. Elles ont même écrit le texte de ce qu'E. va dire, pour ne pas être prises au dépourvu.

    Le moment de l'appel arrive. Les autres enfants sont en créations mathématiques, on s'installe au fond de la classe, personne n'est dérangé. E. compose le numéro, on voit à son visage que ça sonne longtemps, elle attend patiemment, puis se met à parler : elle lit à toute vitesse son texte et donne le numéro de téléphone de l'école, dit au revoir et raccroche. Je lui demande (tout en étant sûre de la réponse) : "Tu es tombée sur le répondeur?" Elle me répond : "Oh la la, c'était trop impressionnant, mais non c'était le monsieur" (ah mince, ce n'était pas la réponse que j'imaginais!). Pas grave, c'était une grande première pour nous, un grand moment, on va rappeler, je parle d'abord pour présenter E. puis je lui  passe le responsable de la châtaigneraie, nous mettons le haut-parleur et N. note ce qu'il dit ("il parlait vite !"). Elles conviennent de rappeler quand la classe aura choisi le moment de la visite et qu'on aura une réponse pour le car. La sortie prend une autre dimension, la leur, la nôtre, et nous avons hâte de la finaliser !

    Nadège Pessognelli
    CE2-CM, école de Saint Clair, Le Lavandou


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique