• A l’école de Lieudieu, nous avons vécu une belle matinée.

    La classe du bas (PS-MS-GS-CE1) a fait une sortie du vendredi extraordinaire : sur le chemin de la maison de C.(3ans) et A. (5 ans) où nous étions déjà venus la semaine dernière, nous avons repéré chaque maison par son numéro et par un détail (nous avons entrepris de repérer toutes les maisons du plan de Lieudieu ! Heureusement, il n’y a que 300 habitants ).

    A. connait bien le quartier, il nous explique qui habite dans certaines maisons ; C. sait très bien nous mener jusque devant chez elle. Nous avons senti la mélisse au bord du chemin, touché la rosée, repéré un buisson de ronces où des mûres roses pointent leur nez... et cherché désespérément le mouton croisé vendredi dernier ! Quel plaisir de s’enthousiasmer tous les 5 mètres par une trouvaille de l’un d’entre nous : un caillou, un nom sur une boite aux lettres, un panneau de vide-maison, des restes de cire d’abeille, un puits, un chat... Qu’allons-nous faire de toutes ces notes, dessins et photos ?

    Dans la classe du haut (CE2-CM1-CM2), après le « Quoi de neuf ? », nous finissons de mettre au propre nos écrits pour une école du Bénin : dans une ambiance calme et studieuse, nous racontons notre vie d’écoliers français.

    Ensuite, et c’est là le "moment champagne", chaque élève fait le bilan de son plan de travail n°2 et prépare son plan de travail n°3. Ce n’est pas un exercice facile : à l’aide de tout un tas de tableaux, il faut prévoir ses exercices d’entraînement en français et en mathématiques, ainsi que les évaluations que l’on se sent prêt à passer. Il faut aussi s’inscrire sur différents projets comme préparer son affiche de délégué ou organiser son atelier cuisine. Pour la première fois, presque tous les élèves réussissent à remplir leur plan sans mon aide. R., un élève qui habituellement cherche plutôt à échapper à son travail, remplit parfaitement son plan tout seul et inscrit même des exercices supplémentaires sur son plan car, « la semaine prochaine, c’est bon, je me mets au travail ! ».

    Après la récréation, les deux classes se sont réunies pour le premier Conseil d’enfants de l’année. Et là, c’était magique ! S. (CM2), présidente du Conseil, a mené cette réunion de main de maître du début à la fin. Prise de parole, vote, synthèse des décisions, gestion de la parole (notamment, arrêter les enfants hors-sujet)... Elle a été chaudement félicitée ! Les autres élèves aussi étaient incroyables : ils se sont saisi de tous les sujets proposés avec sérieux et implication, ont opposé des arguments, ont cherché des solutions, ont proposé des organisations... Un exemple de débat citoyen digne de ce nom ! Et productif en plus : il a été décidé que l’argent gagné grâce à la vente des mini-livres serait géré par L. (CE1), T. (GS) et E.(CM1) pour acheter des jeux de cour ; H. (CE1), qui avait réfléchi avec sa maman aux tâches nécessaires au jardin, organisera le travail des jardiniers volontaires ; N.(CM2) fera une affiche pour les règles de la balle assise. La décoration de l’école pour Halloween et Noël proposée par R.(CE2) n’a pas remporté assez de suffrages, et l’utilisation du terrain à côté du jardin nécessitera une demande d’autorisation au propriétaire (sujet reporté au prochain conseil).

    Seul regret des enseignants : on aurait dû filmer !!!!! C’est souvent comme ça que ça se passe d’ailleurs : quand on pense à filmer, rien de spécial ne se passe, et c’est quand on est en train de vivre un moment génial que l’idée nous passe par la tête ! Tant pis ! On tentera au prochain Conseil ! Et puis le plaisir de vivre pleinement l’instant, ça n’a pas de prix !

    Elisa Cecillon et Nicolas Montanguon

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1) Le Conseil

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-conseil

    2) Sortir ! 

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-sortie

    UNE QUESTION

    Comment permettre l'émergence de moments forts dans une classe basée d'abord sur le respect des programmes ? 


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  • OUI, j'en ai assez ! J'en ai marre des projets onéreux et ronflants de certains collègues qui écrivent qu'ils organisent un voyage pour "l'ouverture d'esprit" ou "la découverte d'une autre culture". Les élèves passent des heures en car, visitent en touristes, consomment des visites, participent à des activités (encadrées, alléchantes, attractives... très chères !) et bizarrement, leurs plus beaux souvenirs sont : 1/les nuitées en dortoir 2/les veillées 3/le pique-nique/les repas 4/les "récrés" 5/le shopping... En clair, rien de ce qui était annoncé dans le programme pédagogique !

    J'ai choisi de partir "pour 3 francs 6 sous" à "2 pas de chez nous" avec des petits enfants de 6-7-8 ans que leurs parents hésitaient à lâcher (Bonjour les appréhensions ! Je n'imaginais pas.. la peur du manque/vide chez les parents !) pour que les enfants vivent simplement

    1/ une vie en collectivité sans leur famille

    2/ des activités de pleine nature

    OUI, leurs plus beaux souvenirs sont : 1/les nuitées 2/les récrés 3/les repas 4/les veillées 5/les promenades

    Mais, en partant seulement 3 jours, non loin de St-Etienne, c'était bien le projet de la classe. Et je l'ai défendu auprès de l'Inspecteur. Aucune visite guidée. Aucune animation payante. Aucun intervenant arrivé juste à point (et chèrement) pour occuper la soirée.

    Un projet construit avec/par les élèves. Qu'est-ce qu'ils ont jubilé en organisant les répartitions dans les dortoirs ! En écrivant au cuisinier pour lui demander de préparer (top secret !) le gâteau d'anniversaire de N ! En écrivant eux-même la liste pour le sac de voyage !

    Dans mon école publique de centre-ville, où existe encore une vraie mixité sociale, je suis contente que toutes et tous les élèves aient pu partir.

    OUI, c'est pour mon projet de classe, l'essentiel ! Et culturellement, découvrir la verte campagne (Ouille ! Les orties ça brûle !) ; la vie en collectivité ( Oh NON ! Il/elle ronfle ; pleure ; remue dans le dortoir) et l'autre/le copain-la copine ( "T'as qu'une seule paire de chaussures ? Ta trousse de Toilette, c'est juste un sac plastique ?)

    Et puis, si en plus, on a sensibilisé les uns les autres à l'intérêt du développement durable, en prenant les transports publics, en consommant local, en découvrant le patrimoine régional, tant mieux !

    Dans nos classes, la première lutte contre la xénophobie, la peur de l'autre, c'est juste et simplement de vivre et travailler ensemble , tous/toutes les élèves ! Au quotidien !

    Marie-Eve Thivillier

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1) La classe découverte

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/recherche/adultes/results/classe%20découverte

    2) Les responsabilités dans une classe coopérative

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/recherche/adultes/results/responsabilités

    UNE QUESTION

    Appropriation de son environnement ou dépaysement : que privilégier ? 


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  • Jeudi prochain aura lieu l'élection des délégués de la classe. Pendant le temps du "Quoi de neuf ?" chaque candidat peut prendre la parole et expliquer pourquoi il ferait un bon délégué.

    Plusieurs élèves présentent leurs projets pour l'école et la classe. Par exemple, K. propose de changer les règles de la cour de récréation pour avoir la possibilité de jouer plus au foot. A. propose de mettre un animal de compagnie dans la classe. S. propose d'améliorer la propreté des toilettes des filles...

    A la fin de ces prises de parole, L. qui est aussi candidate à l'élection des délégués lève la main et dit : "Mais moi, si je suis élue, je ne vais pas proposer mes idées mais je proposerai vos projets, que l'on fera ensemble".

    J'ai été surpris, j'en avais presque la larme à l'oeil. Elle a tout compris à la coopération...

    Pierre Messaut

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1)quoi de neuf

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/pratiques-et-recherches-54-la-parole-dans-la-classe-entretien-quoi-de-neuf

    2)pour une démocratie participative

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/56975

    UNE QUESTION

    Comment partager les valeurs de la coopération ?


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  • Vendredi 21 septembre. Classe de CE2. Conseil de classe.

    Les élèves se sont approprié le conseil à une vitesse folle. Nous sommes seulement à trois semaines de la rentrée ! Ils ont des petits papiers à mettre quand ils veulent dans trois pochettes différentes : Je critique/ J’ai un problème, Je félicite, je propose.

    Ce vendredi nous avons une proposition. S. propose d’avoir un lapin dans la classe. Je demande la parole, un lapin, c’est un peu gros, on ne peut pas le lâcher dans notre cour toute bitumée, il va être malheureux, un autre enfant demande la parole : on pourrait prendre un hamster, un autre évoque de prendre un poisson… Le débat est lancé, ils argumentent, on finit par voter, ce sera un hamster s’il n’y a pas d’allergie dans la classe, nous écrirons une lettre aux parents pour le savoir, sinon, ce sera un poisson.

    Et puis, sans besoin d’intervention ils élaborent leur plan : il faudra s’en occuper, lui donner à manger, à boire. Maîtresse, tu pourras faire une pince à linge pour s’occuper du hamster ? (la pince à linge étant un service de classe). 

    Ils continuent : Il faut une cage, de la litière, une roue…  On pourrait écrire une lettre aux parents pour demander si quelqu’un en a, et puis, on pourrait aussi faire une annonce dans notre journal de classe ! Maîtresse, tu nous donneras des exercices pour savoir ce que ça mange un hamster ? Un élève réagit, mais il faut de l’argent pour acheter la nourriture, et la litière. Le tour de parole repart de plus belle : on pourrait vendre des gâteaux. Oui, mais où ferions-nous les gâteaux ? A la maison ou à l’école ? Maîtresse, on peut faire les gâteaux à l’école ? Et comment allons-nous faire pendant les vacances ? Maîtresse le prendra, comme ça, on ne se bagarrera pas ! Gloups… Je demande la parole, ça, ça ne va pas être possible, il va vous falloir trouver une autre solution !  Une autre élève C. demande la parole, elle n’a pas l’air si enjouée que les autres. Elle ne veut pas d’animal dans la classe parce qu’à la fin ils meurent, et c’est triste. Une autre question plus philosophique est lancée, deux trois enfants prennent la parole pour expliquer que ce n’est pas grave que c’est aussi la vie, c’est comme ça. On rit à l’évocation du poisson suicidaire de C. ! Mais il est déjà 16h30, il faut partir, les élèves repartent dans un entrain que je ne leur ai jamais vu…

    Pendant tous ces échanges, je les regardais, je les écoutais… et je jubilais ! Ca y est, les élèves se sont appropriés la classe, ils ont proposé, posé les problèmes, cherché des solutions, débattu, argumenté, philosophé, voté… Ils vont écrire, ils vont lire des documentaires, à leur demande… et tout cela aura tellement plus de sens ! Je touche du doigt ce que j’essaye de mettre en place depuis quelques temps… une vraie classe coopérative, une classe qui s’approprie l’école, qui l’envahit même (bon, d’un tout petit animal !) ! Quel bonheur ! Je sens que je vais l’aimer cette année !

    Jeanne Paturel

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1/ ) Les élevages en classe

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/11498

    2) L’enfant auteur

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/recherche-enfant-auteur

    UNE QUESTION

    Quel guidage du maître en pédagogie Freinet ?


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  • Ce matin-là, plusieurs élèves de ma classe de maternelle étaient venus me demander s’ils pouvaient changer les intitulés des « ateliers plaisir ». Ils voulaient en proposer d’autres.

    En conseil restreint, avec le bon tiers des élèves qui étaient déjà présents, ils ont proposé de piocher dans la boîte dans laquelle étaient stockées les étiquettes qui nous servaient autrefois à écrire l’emploi du temps de la journée. Ces étiquettes n’ont en effet plus d’intérêt, puisque les élèves de ma classe choisissent librement d’aller aux différents ateliers proposés. Seules les activités encadrées par l’ATSEM ou moi-même sont « obligatoires », c’est-à-dire que nous pointons ceux qui y sont passés. Ces activités plus « scolaires », d’apprentissages normés, nous permettent d’évaluer où ils en sont afin d’adapter les ateliers qui leurs sont proposés en autonomie.

    Ce matin-là donc, certains se plaignaient que le coin informatique n’était plus ouvert aussi souvent qu’au cours de la précédente période, d’autres voulaient introduire un atelier puzzles qui avait en tant que tel disparu. Bref, mes élèves avaient des revendications et les exprimaient avec pertinence. Nous avons donc convenu lors du conseil restreint qu’il était temps d’enlever les intitulés affichés et qu’il fallait avoir la possibilité d’en choisir d’autres.
     
    Les élèves qui arrivaient en classe ont continué de sélectionner des « ateliers plaisir ». Ils les affichaient et y juxtaposaient leur nom. Lorsque la colonne du tableau a été remplie, ceux qui n’avaient pas mis leur nom se sont inscrits face aux activités proposées. Tout cela s’est fait naturellement, l’implicite fonctionnait… La matinée a démarré en apparence comme les autres jours. En arrivant en classe, les élèves ont tapé leur prénom sur l’ordinateur pour annoncer leur présence, ils ont choisi un « atelier plaisir », et vaqué en autonomie.

    Lorsque nous nous sommes regroupés, un élève a pris la parole pour expliquer le changement dans les propositions des « ateliers plaisirs » du matin. « On aime faire d’autres choses, alors il faut changer. C’est pour ça qu’on a demandé à la maitresse si on pouvait enlever les « vieux » ateliers plaisir."
    - Si on fait toujours pareil, c’est plus un vrai « atelier plaisir, on aime moins ».

    Tiens, ils associent plaisir et nouveauté, surprise… ? Six ans à peine et déjà ils ont conscience que la routine tue le plaisir…
    - On pourrait tout enlever le soir et changer chaque jour.
    - Ou alors on change quand on veut autre chose et que personne est inscrit
    - Quand y a plus de place pour mettre de nouvelles étiquettes - il montre la colonne des ateliers listés -  on doit s’inscrire. »

    J’ai proposé que nous lisions la liste des ateliers qui avaient été choisis et j’ai alors remarqué que l’étiquette « conseil des enfants » avait été glissée entre deux avec un prénom en face.
    Je me suis retournée vers A. et lui ai demandé d’expliquer : « Ben oui, il faut faire un conseil des enfants. On doit prendre une décision. A. il s’est moqué de la petite S. et elle était triste. Ça lui a fait de la peine. Il a encore fait, comme quand il s’est moqué de J. parce qu’elle était handicapée avec sa jambe et un peu grosse. » Une élève s’est levée, elle est allée chercher le tapis qui représente le monde, celui autour duquel nous nous installons lorsque nous devons prendre une décision importante, et nous avons évoqué ensemble ce qui venait de se passer.

    Quel plaisir de voir que les enfants se sont approprié le conseil, qu’ils ont conscience que certains actes nécessitent des prises de position et ne peuvent rester impunis ou ignorés. Lorsque le conseil a eu terminé de siéger, nous avons replié le tapis, et avons discuté de ce qui venait de se passer. Il a été décidé que l’étiquette « Conseil des enfants » ne pouvait être rangée avec les ateliers plaisirs, et ce, même si on aime à prendre des décisions. On a trouvé un coin visible du tableau sur lequel est placée cette étiquette. Dès qu’un enfant demande sa tenue, il inscrit son nom à côté. Chacun est donc en capacité de demander la tenue d’un conseil des enfants pour prendre des décisions, trancher dans un conflit, exposer un différend…

    Je suis heureuse de constater que mes élèves ont compris qu’il existait des espaces d’échanges et de prise de décisions, qu’ils sont suffisamment en confiance pour oser les utiliser. Ils se savent entendus, ils sont valorisés dans leur pensée et leur capacité à s’organiser. Il me semble que l’initiative d’A. (proposer de tenir un conseil des enfants afin de gérer l’attitude de son camarade) montre bien que le projet présenté en septembre aux parents d’une classe coopérative avec entraide, responsabilités, liberté participe à la transmission des valeurs citoyennes.

    Clothilde Jouzeau, enseignante en grande section de maternelle

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    1) Le Conseil

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-conseil

    2/ Les ateliers en maternelle

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/55576

    UNE QUESTION

    Il y a-t-il un âge minimum pour prendre des décisions ?


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