• Imaginez deux élèves face à face, l'un - Et Tic ! - défendant la lecture à haute voix, l'autre - Et Toc ! - préférant la "lecture dans sa tête", chacun exposant ses arguments.

    Envisagez cette confrontation dans le domaine des apprentissages comme dans celui du fonctionnement de la classe. 

    Un moment court intitulé "Et Tic ! Et Toc !", qui peut être proposé par l'enseignant, mais aussi par les élèves, et qui permettrait de questionner les choix pédagogiques de classe.

    Des exemples déjà expérimentés :

    - Un "Et Tic ! Et Toc" entre "apprendre seul" et "apprendre à deux"

    - un autre sur "vivre dans une maison" et "vivre dans un immeuble", comme sur l'image suivante, où N. défend la maison

    Plaisir A VIVRE 805 : Et Tic ! Et Toc !

    - écrire un texte court ou un texte long

    - plan de travail à domicile et plan de travail classique

    Cette idée, que nous vous proposons d'expérimenter, Nastasia Tarento et moi-même, nous est venue à la suite d'un échange sur les débats que nombre d'enseignants proposent souvent en cours d'Histoire : royauté/tiers-état ; girondins/jacobins ; fascisme/démocratie ; Danton/Robespierre,  etc. 

    Poursuivant notre échange, nous nous sommes demandé si ces débats, nous pourrions les transposer sur tout ce qui constitue la vie de classe. En effet, nombre de projets, d'activités, de fonctionnements vécus par les élèves sont initiés par l'enseignant sans être rendus explicites. 

    Le "Et Tic ! Et Toc !" pourrait être un moyen de faire réfléchir au pourquoi des choses, ce qui fait qu'on fera lire d'une façon ou d'une autre, qu'on travaillera seul ou en équipe, qu'on étudiera d'abord les figures géométriques ou qu'on les tracera en premier, qu'on ira au cinéma ou au théâtre. Les idées de débats sont infiniment larges ! 

    Et voici le dispositif que nous avons imaginé et que nous allons suivre, tout en le peaufinant peu à peu : 

    1) Un "Et Tic ! Et Toc !" est proposé au groupe. Deux enfants volontaires s'installent face à face, prêts chacun à défendre une des deux positions. 

    2) La confrontation est lancée, chacun pourra proposer trois arguments. A son issue, les deux protagonistes s'arrêtent en statues. Proposition est faite à d'autres enfants de remplacer l'un ou l'autre pour développer un nouvel argument. Les remplacements sont effectués. 

    3) Une fois le débat achevé, les élèves cherchent en collectif ou en équipe à dire les arguments qui leur ont semblé les plus convaincants pour chacune des causes. Une synthèse écrite sera faite. 

    A noter, qu'un nouvel "Et Tic ! Et Toc !" sur le même thème pourrait être mené ultérieurement, alimenté par une recherche documentaire faite entre temps. 

    Et pour les plus âgés (cycle 3 et secondaire), ça peut aussi passer par de l'écrit, comme en témoigne le texte suivant d'un élève de CM2 sur l'alternative "débuter par une Réunion ou par des Ateliers"

    Plaisir A VIVRE 805 : Et Tic ! Et Toc !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Daniel Gostain et Nastasia Tarento


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  • Un tout petit geste d'enfant, difficile à décrire mais éminemment parlant quand on le voit. Le poing serré ramené vers soi avec un petit "ouais". Un geste de victoire et de joie en somme.

    Il a échappé à une petite fille de CP lorsque j'ai proposé de revenir sur le film "L'étrange Noël de M. Jack" et d'en revisionner une scène clef. Ce film que la classe a vu dans le cadre d'"Ecole et cinéma", elle en avait été privée, parce que ses parents avaient décidé que le contenu en était inapproprié et de nature à effrayer les enfants. Ils ont d'ailleurs contacté tous les autres parents, essayant de faire annuler la séance. Heureusement, les enfants ont eu le droit de voir le film, de se confronter à nos peurs, aux leurs. Tout ce travail leur a énormément plu.

    Nous avons cherché des solutions pour endiguer les peurs des uns, des autres (certains ont proposé des "visionnages rapprochés", la proximité d'un copain) et nous avons vu et revu cet extrait qu'ils me réclamaient sans cesse et qui libérait beaucoup de joie chez eux. Nous y avons réfléchi, l'avons nourri. 

    Ce qui m'a tellement touché dans ce petit geste, c'est de voir cette petite fille (élève très brillante, qui a complètement intégré la norme et ne franchit jamais les limites), c'est de la voir donc éprouver sa liberté, revendiquer le droit à éprouver la peur, à la savourer, à jouer avec et à la partager avec le reste de sa classe. Cela m'a fait penser à cette très belle conférence de Suzanne Lebeau dont je mets la transcription ci-dessous.

    Mara Canobbio


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  • Lors du conseil hebdomadaire de fin de semaine, A. propose à la classe de revenir en configuration des tables face au tableau, "en autobus". S'en suit le débat suivant :

    - J.E. réagit tout de suite en disant la chance que l'on a cette année de pouvoir être justement avec ses copains pour travailler

    - L.M. ajoute qu'en autobus, les plus petits sont devant et les plus grands derrière (afin d'avoir une chance d'apercevoir le dit-tableau) ... et que donc A. ( plutôt parmi les plus grandes) ne pourrait pas être à côté de sa copine S. (très petite). A. fronce les sourcils ...

    - O. fait ensuite remarquer qu'à 28 élèves, si on mettait toutes les tables face au tableau, on ne pourrait plus évacuer facilement vers la sortie de secours ...

    - I. demande alors la parole et déclare qu'avec la pédagogie Freinet (sic !) il est nécessaire de mettre la classe en ilots de travail, afin de faciliter le travail en équipe, de pouvoir demander de l'aide aux élèves de la tablée avant de solliciter le maître, de s'entraider, de coopérer. Pour elle, cela lui paraîtrait une grande régression de revenir en "autobus" comme elle l'a toujours vécu à l'école auparavant. Et d'ajouter que c'est comme pour le plan de travail, au début la pédagogie Freinet c'est un peu difficile et elle-même a eu des difficultés. Mais maintenant, elle s'aperçoit qu'elle travaille bien mieux qu'avant, qu'elle sent qu'elle progresse car elle comprend ce qu'elle choisit de faire parmi les travaux qu'elle organise elle-même.

    (silence dans la classe, moi j'avais le coeur qui s'était un peu emballé en prenant mes notes du Conseil - en plus de la responsable des notes qui n'était autre que A. qui avait lancé la proposition de changement d'organisation de la classe)

    Le président propose alors le passage au vote. Unanimité pour rester tel quel. Et suite du Conseil pour aborder le point suivant ; le tout dans le calme et les directives des responsables du Conseil.

    Un vrai moment de bonheur ! Champagne :)

    Epilogue : A la fin du Conseil, A. m'apporte le cahier des notes du Conseil. J'y jette un oeil. Elle a écrit à côté de sa proposition : "I. a raison" (il faut savoir que A. et I. sont les meilleures "ennemies" ...)

    Philippe Gilg (CM2 à Poitiers)


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  • Dans la classe, cette année nous avons plusieurs "grands" projets, parmi lesquels une journée à Collobrières (petite commune bien connue chez nous pour ses châtaignes).

    Cette semaine, nous commençons à y travailler "sérieusement" : nous nous sommes réparti les tâches : Qui cherche parmi ce qu'on aimerait y faire et y voir ce qui est possible d'y faire et quand ? Qui cherche le trajet et le moyen de transport approprié ?, etc.

    E. et N. sont allées chercher sur Internet s'il y avait un musée. Elles ont trouvé les coordonnées d'une châtaigneraie qui accueille les groupes. Elles les ont notées, puis ont préparé leurs questions. C'est elles qui vont téléphoner : elles s'organisent, E. qui est plus sûre d'elle va parler, et N. qui est plus timide va écrire les réponses sur la feuille qu'elles ont préparée. Elles ont même écrit le texte de ce qu'E. va dire, pour ne pas être prises au dépourvu.

    Le moment de l'appel arrive. Les autres enfants sont en créations mathématiques, on s'installe au fond de la classe, personne n'est dérangé. E. compose le numéro, on voit à son visage que ça sonne longtemps, elle attend patiemment, puis se met à parler : elle lit à toute vitesse son texte et donne le numéro de téléphone de l'école, dit au revoir et raccroche. Je lui demande (tout en étant sûre de la réponse) : "Tu es tombée sur le répondeur?" Elle me répond : "Oh la la, c'était trop impressionnant, mais non c'était le monsieur" (ah mince, ce n'était pas la réponse que j'imaginais!). Pas grave, c'était une grande première pour nous, un grand moment, on va rappeler, je parle d'abord pour présenter E. puis je lui  passe le responsable de la châtaigneraie, nous mettons le haut-parleur et N. note ce qu'il dit ("il parlait vite !"). Elles conviennent de rappeler quand la classe aura choisi le moment de la visite et qu'on aura une réponse pour le car. La sortie prend une autre dimension, la leur, la nôtre, et nous avons hâte de la finaliser !

    Nadège Pessognelli
    CE2-CM, école de Saint Clair, Le Lavandou


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  • Il y a un an, nous vous avons fait partager sur ce blog l'idée d'un nouveau temps de classe intitulé "Temps des penseurs".

    Temps des penseurs

    Depuis, nous nous sommes réunis à huit pour penser ce temps, lors de la Fédération de stages organisée par l'Icem-Pédagogie Freinet. Voilà le fruit très synthétisé de nos réflexions, et surtout des pistes d'expérimentation à conduire en classe.

     

    Nous avons réfléchi aux points suivants :

    • PENSER LES SITUATIONS D’APPRENTISSAGE QUE NOUS VIVONS
      Comment les vit-on en classe ? Pourquoi ce ressenti ?
    • PENSER LES CONTENUS D’APPRENTISSAGE : Quels sont les contenus fondamentaux ? Comment faire en sorte que les enfants portent un regard de penseur sur leurs savoirs ? Comment faire en sorte que les savoirs que nous avons à enseigner soient le plus possible pensés dans la classe ?
    • PENSER LES EMPÊCHEMENTS A APPRENDRE
      Quels empêchements observons-nous dans nos classes ?
      Comment travailler sur les empêchements ?
    • PENSER LE GROUPE
      Quelles sont les façons de constituer une culture de groupe dans nos classes ?
      Comment aider l’élève à penser le groupe ?
    • SE PENSER SOI (COMME ETRE HUMAIN)
      C’est comment un enfant penseur ?
      Comment faire en sorte que l’élève ait un penser sur lui-même ?
    • NE PAS PENSER (Pour mieux penser ?)

     

    Puis nous avons imaginé ces dispositifs pédagogiques-là :

    Les dispositifs de la classe Freinet qui, en permettant l’expression, la création libre, le tâtonnement, le partage, l’aménagement coopératif de l’espace et du temps, favorisent un penser permanent sur les apprentissages (au sens large), sur soi et sur le groupe.

    Et pour aider à la prise de conscience de ces actes de penser, nous avons repéré des dispositifs complémentaires :

    Le retour réflexif sur ce qui se passe en classe (vous trouverez des débuts d'exemples en vidéos dans ma classe de CE1 à cette adresse-là : Le retour réflexif)

    • Pour penser les situations d’apprentissage :
      Permettre aux élèves et/ou à l’enseignant d’exprimer son ressenti à l’issue d’un moment de classe et de réfléchir brièvement ensemble au pourquoi / comment (en prenant en compte aussi les empêchements), pour le prolonger, si nécessaire, au Conseil.
      (élève) Qu’est-ce qui s’est passé pour moi ?
      (enseignant) J’ai observé que …
      (à la classe) Qu’en pensez-vo
      us ?
    • Pour penser les contenus d’apprentissage :
      Prendre un moment en fin de journée ou d’activité pour que les élèves identifient ce qu’ils ont appris et pourquoi.
      (élève) Avant, je ne savais pas que …/et : J’ai appris que…
      (élève) Je voudrais savoir pourquoi nous apprenons …
      (enseignant) A votre avis, pourquoi avons-nous travaillé s
      ur …
    • Pour se penser soi-même :
      Offrir la possibilité avec un outil simple et approprié pour chacun des élèves (éventail de pictogrammes, nuancier des sentiments) d’exprimer un sentiment personnel
      Fatigue, lassitude, énervement, impuissance, …
    • Pour penser le groupe :
      Même dispositif que pour les autres modalités, avec une focalisation sur les interactions.

    Des moments plus planifiés où l’on va penser ensemble :

    • les ateliers de philosophie et de psychologie (cf. travaux de Jacques Levine),
    • le conseil,
    • les empêchements clownesques (Les empêchements à apprendre),
    • jeux de rôles,
    • portrait chinois personnel ou du groupe,
    • bilan météo
    • la médiation culturelle (cf. travaux de Serge Boimare)

    NB : Penser se fait bien sûr aussi de façon non volontaire (pendant les activités de loisir et quotidiennes, ou de façon inconsciente, pendant le sommeil).

     

    Des prolongements évoqués

    • Chercher d’autres modalités pour faire penser qui ne soient pas verbales.
      Chacun selon ses penchants permet au groupe de les vivre pour ensuite les analyser.
      • Brain gym ;
      • Padovan ;
      • La méditation
      • Massage
      • Art du spectacle : mime ; marionnettes
    • Envisager un travail plus centré sur l’enseignant : penser sa classe, son travail, ses empêchements, sa personne.

     

    Daniel Gostain

     Début de bibliographie

    Jacques Lévine : « Anthropologie des savoirs scolaires »

    Serge Boimare : « Ces enfants empêchés de penser »

    André Tricot, sur les apprentissages naturels, adaptatifs.

    Olivier Houdé : http://olivier.houde.free.fr/

    Un article de Philippe Meirieu dans le Café pédagogique du 28/10/2015 : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/10/28102015Article635816158052873060.aspx

     

     


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