• Une classe de première littéraire, aux conditions parfaites, 24 élèves. Le professeur les a six heures, sur une même salle, donc les meilleures conditions possibles en lycée. Une heure de conseil, où j’étais là pour débriefer ce moment avec l’enseignant et la classe. J’étais donc en observation. Les élèves étaient au courant qu’il y aurait quelqu’un pour faire le débriefing du conseil. Et plus tard, il y aura à chaque fois un élève qui aura ce rôle-là.

    C’était le premier conseil. Il y avait en place les félicitations, moi je trouvais que ça faisait un peu « bébé », et je me suis trompée, car ça mettait en place… ça a changé complètement l’atmosphère de la classe. C’est un individu qui donne sa noblesse à un autre individu. Et puis ensuite, il y a les critiques, les problèmes, et les propositions. J’ai été étonnée qu’il y ait tant de propositions. Quelqu’un a dit : il n’y a qu’en français où on n’a pas une pause entre deux heures de cours. Et ça s’est réglé tout de suite. Comme il y avait un responsable du temps, on a pensé que ça pouvait être elle qui allait rappeler l’heure de la pause et de la fin de la pause. Et la secrétaire a noté cette décision. C’est très rare, dans une année de classe.

    Est-ce que c’est le groupe plutôt positif qui explique ça, est-ce que c’est le fait d’avoir mis les félicitations en premier qui a changé un peu l’ambiance, ou est-ce que c’est les deux ? 

    Après ce moment de conseil, il y avait une heure de travail individualisé, et on sentait les effets de ce conseil sur le calme de la classe. 


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  • Ce « moment-champagne », qui s’est passé il y a sept-huit ans en classe de cycle 3, est ce qui a libéré mes pratiques, notamment sur la place que pouvaient prendre les élèves dans la vie de la classe.

    Un jour, en remontant après le temps de midi, il y a un groupe de filles de la classe qui arrive et qui me dit : « Voilà, on a un projet, et ton travail à toi c’est simplement de nous libérer du temps pour le faire. » Je leur demande quel projet et elles me répondent : « On s’est vus ce midi, tous ensemble de la classe, et on a un projet de théâtre : on a l’histoire, on sait ce que tu peux faire, toi, surtout la musique, on s’est partagé le travail, et voilà la liste des répartitions : un tel pour les costumes, un tel pour les décors, un tel pour relire l’histoire, etc. » Et elles finissent par : « Il nous faut dix jours. »

    Tout le monde était concerné dans la classe. Ils avaient commencé à en discuter pendant les temps d’atelier ou de récréation et les cinq-six filles qui étaient à l’initiative du projet ont fait le tour de tous pour leur proposer des choses à faire et les écouter. Elles avaient estimé le temps à dix jours. Le travail que je devais faire, c’était de leur composer une musique et j’étais aussi censé négocier l’utilisation des salles dans l’école pour le projet. La pièce tournait autour de l’injustice dans le monde. C’est vrai qu’on avait lu pas mal de choses sur ce thème-là auparavant. On correspondait à cette époque avec le Mali et le Burkina.

    Quelques années avant, j’aurais certainement pris le temps de réfléchir, j’aurais sans doute plus mis la main dessus. Mais là, je sentais qu’il fallait que je donne la réponse immédiatement, vu l’ampleur du projet et son avancée. Elles m’avaient donné les grandes lignes du projet en cinq-six feuilles avec la répartition des tâches. C’était un groupe qui avait l’habitude de fonctionner un petit peu comme ça, il faut dire. Mais jusque-là, c’était sur des petits moments de projets.

    On l’a fait, ça a duré un peu plus que dix jours, plutôt deux semaines et demie. On n’a fait que ça pendant cette période, même si à travers le projet, on faisait aussi bien sûr des maths et du français. Et ça a été un moment intense bien sûr pour toute la classe, mais surtout intense pour moi, car ça m’a confirmé que parfois, j’étais trop présent dans la classe. Ce projet a été mené jusqu’au bout, on a fait une quinzaine de représentations, auprès de tout le personnel de l’école, auprès des classes, auprès des parents. Et surtout, ça a modifié les rapports que les gamins pouvaient avoir entre, et surtout, ce que moi, j’étais capable de laisser comme place.

    Du coup, c’est devenu chez moi un des axes de travail et de réflexion autour de cette question récurrente : Dans quelle mesure la présence de l’enseignant peut parfois empêcher que des choses se passent, et au contraire, comment elle peut parfois favoriser les choses ? Je me rends compte, en repensant à tout ça, qu’il y a eu souvent des moments où j’ai été un frein, où des propositions qui m’ont été faites n’ont pas été suffisamment entendues par moi, ou ont été détournées.

    Ça a été sans doute un des axes fondateurs de ce que je fais aujourd’hui dans mon métier. Depuis ce moment, dans mon emploi du temps, il y a vraiment des plages larges pour permettre cela, et ceci pour toutes les disciplines.

    En fait, ces gamines, elles se sont dit : La classe, c’est nous. Un peu comme une révolution.


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  • J'aime beaucoup rencontrer les parents de mes élèves individuellement pendant environ 30 minutes chacun.

     

    Pendant la première rencontre en septembre, je demande aux parents de me parler de leur enfant. Je les écoute et parfois je pose quelques questions. Je n'apporte d'informations que sur les sujets que les parents abordent. Quand un parent me dit par exemple que son enfant est très désordonné, je peux répondre qu'en classe, ses affaires sont toujours bien rangés ou bien qu'effectivement j'ai remarqué la même chose et comment j’essaye de le soutenir pour qu'il s'organise mieux.

     

    Dans cette première rencontre je ne parle pas du tout de réussites ou de difficultés scolaires. Le but pour moi est de prendre du temps autour de chaque enfant, et à travers de ce que dit son parent, de le connaître un peu mieux. Cela me donne aussi un petit aperçu sur comment parent et enfant « fonctionnent » ensemble et comment je pourrai m'appuyer sur le parent quand j'aurai des difficultés avec l'enfant. Le parent, lui, est placé dès le début d'année en position de co-éducateur, car je lui permets de m'expliquer son enfant (qu'il connaît bien mieux que moi) au lieu de simplement lui rendre compte de son enfant à l'école. Cela donne un tout autre ton à nos relations pendant toute l'année. Parfois, en fin de ce premier rendez-vous, je demande aussi de l'aide au parent.

     

    Comme dans le cas de R. qui s'était mis déjà une ou deux fois dans des colères très violentes, agressant un autre élève et se montrant incapable malgré mon aide de mettre des mots sur ce que lui arrivait et sur les raisons de sa colère, refusant même l'idée de passer par la parole pour régler son conflit. J'ai expliqué à sa mère ce qui s'était passé, ce que j'avais essayé, et ce que je n'avais pas réussi : faire parler son enfant. Et je lui ai demandé comment elle s'y prenait. Elle me disait qu'à la maison aussi, il se fermait quand il avait un problème, il s'enfermait dans sa chambre, puis se calmait et ressortait, mais ne verbalisait pas. On en est resté là.

     

    Aujourd'hui, j'ai revu cette maman pour la remise des livrets. J'ai parlé des avancées et des difficultés, des efforts et des découragements de son enfant du point de vue scolaire, puisque c'était l'heure du premier bilan. A la fin, elle m'a demandé des nouvelles du comportement de son enfant, de ses colères… et elle m'a raconté qu'elle aussi maintenant ne le laissait plus s'enfermer. Que quand il rentrait fâché, il devait lui raconter ce qui s'était passé, et que ça marchait de mieux en mieux. Qu'elle l'envoyait même une fois par mois chez un psychologue pour lui permettre de sortir ce qu'il tenait enfoui en lui et qu'il commençait à sembler aimer ce rendez-vous mensuel.

     

    Ana Dulac, enseignante sur Paris


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  •  En poste cette année dans une classe de CM dans une nouvelle école en milieu urbain, l'esprit coopératif me semblait très long à se mettre en place.

     Pour moi, la rentrée de janvier allait déjà me donner des indications sur l'évolution de la classe. J'ai été un peu déçue quand je voyais des moments de violence ressurgir en fin de journée (on finit à 17h).
     Au milieu d'un conseil super bruyant dans lequel les enfants se mettaient à régir spontanément à chaque nouvelle idée sans respecter les tours de parole, j'ai pris la décision d'arrêter le conseil. Réaction spontanée, très peu réfléchie, un peu inspirée par la colère aussi...
     Gros questionnement sur le tournant qu'allait prendre la classe ?

     Après quelques jours, un enfant me dit : "Maitresse, c'est injuste qu'on arrête le conseil car on est beaucoup à ne pas gêner. Je le vis comme une punition collective".
     Je lui propose alors d'en parler en réunion (on avait quand même gardé un petit temps de parole le matin : informations, propositions).
     J'explique alors que de mon côté, ce n'est pas le but, je n'ai absolument pas cette intention. Je veux juste ne pas passer des moments désagréables dans la classe. Quand on fait des choses ensemble qui ne marchent pas, je décide de les arrêter. Je leur parle des de la différence entre les décrets et les décisions parlementaires. En gros, j'étais passée à l'état d'urgence !

     Un enfant propose alors de faire un contrat de classe que chacun signerait, que ceux qui gênent au bout de trois fois soient en plus exclus du conseil d'après pour réfléchir. Sous ces conditions, je propose alors de recommencer en leur disant que je préparerai une fiche d'observation du conseil pour les enfants qui seraient dans ce cas là.

     Le Conseil a donc repris, il fonctionne. Le premier : deux enfants gêneurs. Dans leur fiche de réflexion, ils écrivent tout ce qu'ils auraient aimé dire. Conseil suivant : aucun gêneur. Interpellée par leur engouement pour le conseil, je décide alors de leur proposer en discussion philo la question : "A quoi sert le Conseil de notre classe ?"

     Et c'est là que je vis mon "moment champagne", voici le compte rendu :

     Sarah Zanettacci


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  • Mardi 10 mai : Journée Debout à l'école Cousteau à Pont-Evêque (38). Le hall ouvert toute la journée comme espace de discussion. Des chaises en cercle, un bâton de parole et un carton de régulation pour les futurs meneurs de débats... Pas de planning de passage, pas de préparation, juste une affiche de présentation pour donner envie aux parents, aux élèves, aux enseignants de venir s'offrir un moment d'échange pour réinventer l'école de demain...

    Et ça a défilé toute la journée, parfois juste deux ou trois personnes, parfois trois classes en même temps... Des enfants et des adultes qui n'ont pas l'habitude qu'on leur demande leur avis, à eux...
    Et là, incroyable : même à soixante-dix, écoute, respect, démocratie... Et une liste d'idées et d'envies  à n'en plus finir (une sélection ci-dessous) !

    C'est quand la prochaine Journée Debout ?

    Elisa Cécillon

     

     Organisation de la journée

    Accueil à 8h30 et 13h30 : revenir à un accueil dans la cour.

    Sortie à 11h30 et 16h30 : les élèves pourraient sortir seuls de leur classe (surveillance des couloirs par des adultes, comme à 8h30 et 13h30).

    L’après-midi, n’avoir école que de 13h à 14h.

    Récréation d’une demi-heure comme en maternelle. Ou d’une heure.

    Rajouter des heures d’école pour travailler plus.

    Avoir plus de vacances.

    Aller tous les jours à l’école.

     Bâtiments scolaires 

    Des classes plus grandes.

    Refaire des fresques comme dans le hall et en salle de sport, mais sur d’autres murs (dedans/dehors).

    Avoir plus de bâtiments et de salles pour être tranquille (une classe par bâtiment).

    Changer les meubles de place de temps en temps.

    Installer un ascenseur pour les enfants et adultes qui en ont besoin (jambe cassée, fauteuil roulant…).

    Enlever le grillage de séparation des deux cours (maternelle et élémentaire).

     Cantine

    Avoir plus de nourriture, parce que des fois, on a encore faim.

    Avoir le droit d’emmener sa pochette à la cantine pour réviser.

    Les élèves pourraient faire les menus.

     Jeux de cour

    Jeux pour les filles comme des têtes à coiffer.

    Autoriser les rollers dans certains espaces, éventuellement en maternelle. S’apprendre le roller entre élèves (mais comment faire si on n’en a pas ?).

    Avoir le droit d’utiliser un téléphone portable en récréation.

    Utiliser un ballon de foot en cuir.

    Pouvoir se déguiser.

    Pouvoir jouer aux billes.

    Des pistolets à fléchettes/des arcs avec des cibles.

    Avoir le droit de grimper aux arbres

    Avoir des cartons pour faire des cabanes.

     Conflits

    Il faut plus d’adultes pour surveiller la récréation (deux) pour qu’il y ait moins de bagarres et de gros mots.

    Arrêter les moqueries au foot.

    Que les bagarres disparaissent.

    Arrêter les doigts d’honneur.

    Ne pas faire attention aux gros mots, se boucher les oreilles, les ignorer.

     Goûters

    Pouvoir prendre un goûter l’après-midi parce que si on n’a pas eu très faim à midi, on en a besoin.

    Offrir un goûter le matin (comme le lait en maternelle) parce que certains parents ne peuvent pas en acheter pour leurs enfants (briques de jus, gâteaux…).

     Organisation

    Organiser un ramassage des déchets dans la cour.

    Faire des équipes de filles au foot et au basket.

    Organiser des courses de vélo.

    Faire un tableau d’organisation des jeux dans la cour.

    Descendre en récréation classe par classe pour qu’il y ait moins de monde.

    Organiser des jeux collectifs comme le loup glacé, la course, le loup touche-touche…

    Inviter les collégiens en récréation.

     Aménagement de l’espace

    Une cour plus grande / Réunir les deux cours (élémentaire et maternelle) en enlevant le grillage / Ouvrir le portail entre les deux cours.

    Installer terrain de courses.

    Construire un terrain de tennis et faire des tournois.

    Construire une piscine.

    Installer un microsite pour le foot.

    Installer des rampes pour les trottinettes.

    Installer un bac à sable.

    Installer une cabane. Mettre une bibliothèque dans la cabane.

    Installer des balançoires et de l’herbe.

    Installer un toboggan.

    Construire un terrain de volley-ball

     Dans les classes

    Faire plus de pâte à modeler et de peinture.

    Pouvoir amener son animal de compagnie et le présenter.

    Rester plus longtemps en CP pour bien finir d’apprendre tout ce qu’il y a apprendre.

    Acheter une guitare pour chaque classe, pour les élèves et les enseignants.

    Avoir un animal dans les classes pour pouvoir en être responsable et s’en occuper (comme un chien, un poisson).

    Faire plus de bricolage.

    Pouvoir taper ses devoirs à l’ordinateur.

    Pouvoir faire ses devoirs à l’école pendant les heures d’école, avec des enseignants.

    Mettre en place une boite à idées dans la classe, ou une boite à questions, ou deux boites questions-réponses pour faire des associations rigolotes ou pour se poser des questions entre nous, ou une boîte à problèmes pour pouvoir les régler, ou une boîte à idées pour la journée dans laquelle la maitresse piocherait le matin ce qu’on va faire dans la journée.

    Passer plus de temps sur certaines matières : anglais, géographie, arts visuels…

    Faire plus d’écriture, de peinture…

    Lire et se faire lire plus d’histoires.

     Sens de l’école

    L’école sert à apprendre des choses mais surtout à se former le cerveau. Les bonnes notes, c’est bien, mais il n’y a pas que ça.

    Les enseignants sont des modèles pour les enfants, ils doivent être exemplaires.

    Conserver le respect des élèves envers les adultes.

     Se rassembler

    Réunir parfois toutes les classes pour faire des jeux de société ou de sport.

    Au début de l’année, faire une fresque avec tous les prénoms, et que ceux qui arrivent en cours d’année puissent s’y rajouter (pour le souvenir de l’année).

    Afficher des peintures et dessins d’enfants dans le hall.

    Faire plus d’activités avec les élèves d’ULIS (ancienne CLIS).

     Relations humaines, règles de vie

    Faire plus de réunions pour que tout le monde puisse dire ce qu’il faut changer ou pas avec les parents et les enfants.

    Faire plus d’activités avec les enseignants (jeux, travail, bricolage, sport…).


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