• Quel plaisir en début d’année de préparer les élèves au désormais célèbre cross de l’école. C’est toujours un moment fantastique pour travailler un nombre incalculable de choses avec les enfants.

    Cette année, j’ai un dilemme cruel. J., qui est maintenant en CM2 va sans doute obtenir une nouvelle victoire, tant son allure et sa vitesse sont remarquables, tandis que A., en CM2 lui aussi, devra batailler pour, comme l’année dernière, parcourir les trois tours du lac de Saint Mandé sans marcher. Autant de belles victoires qui me motivent et me réjouissent.

    Cet après midi, nouvelle exercice dans la cour, malgré la chaleur, que je leur impose. Bien sur, il n’est pas encore envisageable de les faire tous courir le même temps. J’adapte donc les « variables didactiques » à mes jeunes coureurs. Six fois deux minutes, entrecoupées d’une minute de marche à pied pour le premier groupe, quatre fois trois minutes pour le second, et enfin deux fois six minutes pour le dernier. Un groupe court, l’autre observe, et le dernier travaille en autonomie sur un atelier.

    Les trois périodes de course s’enchainent. Les enfants se motivent dans la cour, et malgré la chaleur du moment, réussissent à boucler leurs contrats avec honneur. Certains marchent encore un peu, mais de nombreux enfants donnent leur maximum et terminent la séance en sueur et fier d’eux. C’est sûr, ils ont progressé et malgré l’envie de marcher ont réussi, pour la plupart, à se montrer qu’ils pouvaient y arriver. J. est trempé, a du mal à enchainer deux phrases de suite, mais il a le sourire. A. lui aussi est transpirant, il est haletant, il m’interpelle. « Maître, j’ai pas marché ! J’ai couru pendant douze minutes sans marcher ! ». Oui il a du mal à courir, mais par contre connaît parfaitement les tables de multiplication. Son sourire radieux malgré la soif et la fatigue me fait chaud au cœur. Puis, L. se rapproche. « Maître, moi aussi j’ai couru douze minutes. Sans m’arrêter. J’ai mal aux jambes. Pourtant j’ai plus couru que A. ».  Enfin, SA. se rapproche à son tour. Elle a un peu marché sur ses six séries de deux minutes. Mais elle sourit. « Mais, Nicolas, moi aussi j’ai couru douze minutes. ». On se rassemble, on s’assoit par terre dans la cour, à l’ombre, et on commence à réfléchir.

    Les questions fusent. « Mon cœur me fait mal », « Je respire vite », « Pourquoi on transpire ?», « J'ai mal aux jambes »…. Toutes ces questions je les attendais un peu. Je sais, nous sommes manipulateurs. Mon programme de sciences pour le premier trimestre se construit petit à petit.

    Mais rapidement, de nouvelles questions que je n’avais pas prévues s’imposent. « Si, deux fois six font douze, comme le font trois fois quatre et six fois deux, cela veut dire que nous avons tous couru le même temps ? », « Ceux qui ont du mal et ceux qui savent courir ont tous couru douze minutes ? C’est pas possible ? », « Ca veut donc dire que si on court deux fois six minutes ou six fois deux minutes…. On aura couru le même temps ! » « Mais non moi je suis nul, j’arrive pas à courir, c’est pas possible ! ».

    Tout le monde palabre et puis finalement on s’accorde pour dire que six fois deux font douze, tout comme deux fois six. Tiens, on dirait que finalement la commutativité de la multiplication se retrouve dans la cour quand on fait du sport….

    Demain en classe, nous pourrons regarder la table de Pythagore un peu différemment. Nous chercherons sans doute tous les douze présents sur la table. Et puis, nous calculerons la vitesse de chacun, nous estimerons le temps qu’il faudra pour réaliser les trois tours de lac, nous parlerons de km/h, de min/km…. Et nous nous rappellerons ensemble des exploits de tous, la veille, afin de démontrer, naturellement, que la multiplication est commutative. Peut être étudierons nous les propriétés des autres opérations… Et si finalement les mathématiques, c’était la vie ?


    2 commentaires
  • Cela ferait tant d'années que sans cesse, nous aborderions les mêmes notions rabâchées de verbe, de multiplication, de plan, d'histoire, de calendrier, de polygones, d'adjectifs, de passé-composé... et il n'en resterait chez certains élèves, au mieux qu'un vague souvenir, et même pour ceux en réussite, qu'une espèce de lassitude et de non appétence caractérisée. Nous nous demanderions alors comment expliquer cette fuite si rapide des apprentissages. Pourquoi ces savoirs fondamentaux s'obstineraient-ils à ne pas rester en nous, à ne pas s'accrocher, à ne pas y laisser leur empreinte ? Manqueraient-ils de vivant ?

    Alors, nous aurions décidé de faire exister ces savoirs dans la classe, sous forme de personnages, que les élèves incarneraient.

    Nous sommes en début d'année. Une boîte à personnages est positionnée et accessible dans la classe en permanence. Chaque élève, et l'enseignant, peuvent y insérer une notion. Chaque quinzaine, lors d'un temps commun inscrit dans l'emploi du temps, on en choisit une à incarner pour la quinzaine suivante.

    De nombreuses possibilités s'offrent à nous, et pas simplement en se focalisant sur le champ disciplinaire. Ainsi, on pourra par exemple, se mettre dans la peau  :

    - d’un concept (verbe, nombre, fleuve, …),

    - d'un personnage historique,

    - d’un objet historique (armure, lieu, …),

    - d'un lieu sur Terre (pays, continent, paysage, ...)

    - d’une discipline de l’école (géographie, histoire, mathématiques, etc.),

    - de mots utilisés à l’école (ex : devoirs, leçons, notes, sanctions, consignes, travail, élève…),

    - des intervenants de l’école (enseignants, directeur, animateurs, agents de service, gardien),

    - des temps et des lieux de l’école (cantine, accueil, évaluation, matières, récréation, sorties, fête d’école….),

    - des objets de la classe, pour découvrir leur utilité, leur fonction et le respect qu’on leur doit,

    - d’acteurs sociaux (boulanger, archéologue, astronaute, scientifique…),

    - d’un personnage qu’on n’est pas (pour lutter contre les clichés, les enfermements, les discriminations),

    - ...

    Les élèves s'organisent en équipes pour préparer une mise en corps de ce savoir. Ce personnage-savoir, il faut lui découvrir une histoire, une famille, un caractère, des émotions, des désirs, des aventures passées et à venir. Cette préparation peut, par exemple, se mener lors du temps des projets personnels. Différents modes d'expression peuvent être envisagés et sont librement choisis par les groupes. En voici quelques uns :

    -    Jeux de rôle
    -    Théâtre
    -    Écriture
    -    Danse
    -    Duels
    -    Jeux de plateau
    -    Rencontres sportives
    -    Rencontres de personnages

    Deux semaines après la sélection de ce savoir, chaque équipe, présente à la classe son personnage enfin incarné, et qui restera, sans doute, plus présent en chacun de nos élèves.


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