• A l'âge de trente-trois ans, j'ai bifurqué dans ma vie professionnelle pour devenir enseignant, enseignant en élémentaire. Ce choix, je ne l'ai jamais regretté.

    Très vite, j'ai cherché la façon de faire apprendre qui me "parle", de rencontres en rencontres, de stages en stages, et c'est l'esprit de la pédagogie Freinet qui m'a le plus séduit, qui est de permettre à des enfants, pas seulement élèves, de s'exprimer, de chercher, de partager, de penser de la façon la plus libérée possible.

    Cette pédagogie Freinet, je l'ai explorée dans toutes ses facettes, celles qui la rendent vivante, comme celles qui la questionnent, la bousculent. Et je continue à le faire. En compagnie de partenaires passionnés comme moi, acceptant toujours de se remettre en question(s), prêts à dire leurs fiertés comme leurs doutes (fréquents), ce qui est malheureusement rarement le cas à l'école.

    Ce vivant, j'aime le retrouver dans ma classe, dans ce mouvement qui anime les enfants, un mouvement qui manifeste un élan, une vitalité, une présence. Et qui se voit.

    Mais, il y a un MAIS. Cette liberté est battue en brèche par toutes les injonctions venues de haut (qui se transforment en injonctions que nous nous donnons à nous-mêmes), et qui nous susurrent : "Ces enfants sont d'abord des élèves. Ils ne savent pas ce qui est bon pour eux. Vous devez le leur inculquer. Vous êtes leur maître !"

    Pourtant, je rencontre de nombreux enseignants qui voudraient faire autrement, qui voient leur rôle comme passeurs plus que comme managers. Souvent des jeunes.

    Alors, ce week-end dernier, avec un groupe de "copains" qui mènent le même combat que moi, nous nous sommes mobilisés, et avons créé un espace neuf, précieux, mutualisé, pratique, pour aider tous ceux qui veulent travailler autrement.

    Le voilà : Se lancer en pédagogie Freinet

    Pour que le devoir d'apprendre se métamorphose en plaisir d'apprendre !

    Daniel Gostain


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  • Dans ma classe de CM1, un axe de travail récurent est l'égalité fille-garçon. Nous lisons des albums, des romans, des biographies de femmes célèbres ou oubliées...

    Cette semaine, j’ai lancé un défi : pour les garçons de ma classe, de venir avec du rose dans leurs vêtements, et pour les filles, de venir habillées sans rose.

    Le défi a donc démarré. Quelques garçons et filles ont réussi tout de suite. Le défi a duré toute la semaine pour que ceux qui n’avaient pas réussi puissent ré-essayer.

    Dans le « Quoi de neuf ? » de ce matin, nous en avons parlé et ils se sont félicités mutuellement d’avoir réussi.

    Plaisir VECU 9 : Rose ET bleu à la fois

    J’ai noté des réflexions intéressantes de deux filles :

    1) « C’est extrêmement difficile de ne pas mettre de rose, il y en a dans tous nos vêtements, dans tous nos accessoires. »

    2 ) « Ce matin, c’est ma mère qui a préparé mes affaires. Il y avait du rose partout. Je me suis battue contre elle pour trouver des affaires grises, blanches, etc. »

    Tous les enfants ont acquiescé, comprenant bien ces réflexions.

    Des garçons ont eux aussi dit qu’il était difficile pour eux de trouver du rose car ils n'en ont pas dans leurs placards. Certains ont dû emprunter des vêtements.

    Ce qui fait que c'est un moment fort à mes yeux, c'est que les enfants ont pu expérimenter cette réalité et s'apercevoir concrètement que leurs choix et leurs goûts sont modelés malgré eux, que les petites filles ont appris a aimer le rose car elles n'ont pas vraiment eu le choix, et inversement pour les garçons.

    A la fin du défi, seul un élève a refusé de jouer le jeu (mais il est dans le refus permanent). Tous les autres ont réussi au moins une journée à relever le défi, et la plupart étaient très fiers. Ils n'ont pas caché leur t-shirt rose dans la cour. Ils en ont parlé aux autres classes. Une élève de CE2 a proposé à son maître de lancer ce même défi dans leur classe.

    Par la suite, un de mes garçons a eu un nouveau manteau, bleu ET rose, personne ne lui a fait la moindre remarque. Et ils n'échangent plus le matériel (nos ciseaux et compas de classe sont soit rose soit bleu...) quand je leur fais distribuer.

    Cécile Garnier


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  • Edith témoigne de sa pratique dans une réunion du groupe du Gard en pédagogie Freinet. 

    "C’est au cours d’une des visites dans la classe de sa fille en maternelle que lui est venue l’envie de fonctionner différemment dans ses classes d’anglais. Elle a été séduite par l’autonomie de ces enfants si jeunes, la coopération dans le travail de groupe et l’apparente facilité du fonctionnement de cette « ruche ». Après  sa participation au congrès ICEM-Pédagogie Freinet, elle a décidé de se lancer.

    Ce qui l’a aidée : 

    - la disponibilité de la professeure de sa fille qui l’a reçue et a pu répondre à ses questions.

    - le fait que, par un concours de circonstance elle ait pu avoir SA classe sans être obligée de déménager pour chaque cours, car bien sûr cela signifie un matériel disponible pour les élèves, un affichage pérenne important, une disposition des tables par groupes, 2 tableaux, le vidéo projecteur, le matériel qu’elle a créé : fichiers, tableau de fonctionnement, coin correspondance (section Erasmus),  les productions des années précédentes, dictaphones individuels, dictionnaires, classeurs ressources par classe et par compétence langagière, plusieurs armoires, une vitrine musée de  la classe tout cela en libre accès (l’armoire « ressources » est en libre accès / le coin lecture n’est accessible que si l’élève a terminé son travail)

    - le soutien du proviseur

    Nous avons pu noter : Une très grande part laissée à la communication vraie dans les ateliers d’expression, qu’elle soit écrite avec la correspondance européenne ou orale avec la production de sketches. Edith prépare à l’avance les groupes, qui doivent s’installer selon leur couleur identique à celles sur les tables pour un travail d’autonomie sur les cinq compétences à acquérir en Langues Vivantes : expression écrite, expression orale (interaction et production), compréhension écrite, orale.

    Chaque cours débute par un temps d’organisation pendant lequel chacun doit trouver la couleur de son groupe  dans un tableau affiché, le groupe des tables  de la même couleur, le matériel dont il a besoin. Selon la compétence d’apprentissage visée, l’élève va travailler seul ou en groupe. 

    Édith nous montre tous les outils à disposition des élèves pour chaque compétence. Les élèves s’enregistrent et peuvent ainsi mesurer leurs progrès à l’oral avant d’être évalués sur la compétence. L’évaluation est individuelle ou de groupe, lorsque cela s’y prête. Edith nous montre les productions écrites et les déclencheurs à disposition dans des classeurs sorte de plans de travail. Nous avons également pu entendre les sketches suscités, inventés par les élèves de cette année et des productions écrites des années précédentes dans le très riche journal de l’année dans lequel transparaît la motivation des élèves, la personnalisation de leurs apprentissages. 

    Edith nous parle de sa façon d’évaluer. Quel bonheur de voir que oui on peut arriver concrètement à une évaluation positive en lycée ! Les élèves peuvent repasser l’évaluation, si celle-ci n’est pas satisfaisante. Ce sont les progrès qui sont pointés, valorisés par un suivi personnalisé d’Edith qui est à l’écoute et à disposition des élèves. Mais cette conception des apprentissages déroute certains élèves et profs. Difficile en terminale S de sortir de l’habituelle passivité de la plupart des cours. L’organisation ici mise en place oblige une implication dans les apprentissages. Édith encourage, motive, sollicite, mais chacun doit gravir ses échelons. Chez certains il y a une perte de repères et résistance devant cette responsabilisation : ici on n’entend pas : « Ouvrez votre livre page…»  D’où les questions exprimées : – Comment les motiver, tous ces ados ?  – Comment les rendre plus autonomes : elle est découragée lorsqu’il faut  à certains en Seconde quinze minutes pour s’installer et se mettre au travail  en début de cours. – Découragement devant le constat de la difficulté que représente la réalisation d’un puzzle pourtant simple (en 1ère S !) – solitude dans l’équipe du  département de langue vivante : Quand une réunion se déroule dans sa classe, ses collègues ne sont pas présents.  – pression des programmes et examens

    Bien évidemment tout ceci a fait écho dans la pratique de chacun des participants. Une discussion s’engage sur le vécu, le partage des mêmes difficultés en ce moment ou par le passé. Des situations concrètes mises en place pour répondre aux préoccupations sont mises en débat, des trucs et ficelles, bonnes pratiques aussi sont suggérés.

    Ont été pointés :  

    - les conditions préalables pour que le tutorat entre élèves fonctionne car il ne va pas de soi.

    - la part du groupe dans la réussite individuelle, individualisation et coopération 

    - malgré le souhait d’Edith d’avancer plus vite, d’avoir des résultats plus complets comme un bon accent de prononciation pour tous, l’incroyable chemin parcouru attesté par les productions obtenues et la nécessité d’accorder du temps  pour que s’installent les institutions. 

    - l’énorme travail de préparation pour  la conception des outils personnalisés, le fonctionnement, l’évaluation. La mise en réseau, les contacts avec d’autres profs permet de faire circuler les fichiers pour en avoir plus en commun.

    - l’expression artistique, l’accueil et  le développement d’autres compétences que les LV dans cette classe.

    - l’incroyable chemin parcouru depuis ce choix pédagogique. Edith enseigne depuis 16 ans et voilà 4 ans qu’elle a mis en place ce fonctionnement par ateliers dans cette salle qu’elle a baptisée classe SABIN’ (salle d’apprentissages bilingues et numériques).

    La passion d’Edith pour ce métier lui permet d’aller de l’avant  mais c’est surtout la satisfaction de voir des élèves plus heureux  d’apprendre et des remerciements de leur part, des années après, qui lui montrent qu’elle est sur un bon chemin."


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  • Souvent dans la salle des maîtres, ou en tout cas d’après mon expérience, chacun « se décharge » de ses moments pénibles. Alors on parle de ces élèves qui ne savent pas ceci ou cela, qui ont la bougeotte, qui ne se taisent jamais, qui ne rangent pas leurs affaires, etc… et la liste est sans fin. Peut-être qu’on a besoin de ça, mais parfois, je trouve ça pesant.

    Une année, dans une école où c’était devenue quelque chose de vraiment lourd pour moi, j’avais imposé un midi où l’on ne pouvait échanger que des regards positifs sur nos élèves ; cela avait plus ou moins bien pris mais cette journée me faisait du bien. Parce qu’à force, on pense comme ça... Ou alors on l’a tous un peu en nous… Un enseignant canadien m’avait dit que c’était quelque chose de très français ; ça m’avait beaucoup interrogé…(et je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir une école canadienne).

    Cette année, le soleil brille dans la salle des maîtres. J’ai la chance d’avoir une collègue de travail qui s’enthousiasme des milliers de moments avec ses élèves, qui voit (vraiment) les lumières brillantes que les enfants portent en eux, qui raconte TOUUUUT ce qu’ils savent faire, comme ils s’engagent dans les activités, comme ils rient, vivent, travaillent, apprennent, coopèrent, prennent soin les uns des autres, etc… et la liste est sans fin ! Un regard bienveillant, sans naïveté, qui fait du bien, et … quelle chance ont ses élèves et notre école ! Et en plus c’est contagieux, ça force à s’interroger sur son propre regard et à voir d’abord et avant tout, toutes ses petites choses positives, belles, drôles, touchantes, … qui se passent dans une classe et qui viennent des élèves.

    Alors (un très grand) merci à elle et je souhaite très fort qu’il existe une telle personne dans chaque salle des maîtres.

    Nicolas


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  • Le matin au temps d'accueil (8h30 à 9h00), j'écris les activités possibles (sélection de jeux - accès au site "Beneyluschool" - projets personnels ou de classe) depuis le début de l’année.
    Les élèves choisissent ce qu’ils veulent faire librement.

    A la fin du temps d’accueil, les élèves peuvent venir s'inscrire pour présenter ce qu'ils ont fait ou découvert - un élève à deux par jour (9h à 9h05)

    Je varie chaque semaine les propositions d'activités en ajoutant des nouveaux jeux : j'en ai plein la classe (j'achète ceux que l'on découvre au Salon des jeux mathématiques). Je choisis ces activités en fonction des notions abordées mais je laisse toujours un "atelier libre pour leurs projets".

    En ce moment, nous sommes à fond dans les solides en géométrie, alors j'ai sorti les Polydrons.

    Plaisir VECU 308 : Les Défis thématiques

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un jour, un élève a demandé s’il pouvait présenter son polyèdre à la classe. Cela a beaucoup plu et d’autres élèves se sont sentis motivés par l’activité en voulant faire plus grand, plus complexe…. Et chaque jour, des polyèdres de plus en plus élaborés étaient présentés.

    En parallèle, suite à une visite à la Ménagerie, j’avais aussi sorti les défis nature en lien avec un travail sur le monde animal. Ces défis nature sont des jeux de carte sur lesquels des informations sont inscrites (taille, gestation, longévité …). On en a une dizaine en classe et les élèves en apportaient aussi de la maison. On y joue à deux, comme à la bataille (on dit : « la taille », on compare entre les deux cartes, et celui qui a le plus remporte la carte). C’est devenu leur jeu préféré.

    Plaisir VECU 308 : Les Défis thématiques

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Et voici que depuis quinze jours, les élèves se sont appropriés le concept du jeu et ont commencé en projets par trois ou quatre à fabriquer des "défis nature". Le premier inventé a été un défi sur les élèves de la classe ( taille - poids - etc...). Ils ont demandé en Conseil si tous les élèves voulaient participer (car deux élèves avaient été gênés qu'on leur demande ces détails personnels). Ils sont même venus me demander mes mensurations pour que je fasse partie du jeu (et en plus, je serai la carte la plus « forte », chouette, j’ai joué le jeu !)


    Et puis quelques jours après, un autre groupe s'est lancé dans la construction d'un "défi nature" sur les animaux, puis un autre groupe sur un "défi géométrique" (les solides). Et d'autres défis germent (les monuments de Paris…)

    Plaisir VECU 308 : Les Défis thématiques

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Tous ces défis seront présentés lors des "portes ouvertes aux parents". A ce jour, on n'en est qu’aux fiches essai mais un groupe s’est emparé du côté visuel pour découper de belles cartes sur lesquelles tout sera recopié avec soin.

    D’un jeu proposé, deux ou trois élèves se sont emparés de l’idée pour construire un projet qui est devenu au final un projet de l’ensemble de la classe. Parfois on impulse sans le savoir et les enfants s’approprient une idée qui devient une activité coopérative. Mais tout cela ne serait pas possible sans ces temps d’espace de liberté dans l’emploi du temps.

    C'est la fin de l'année et tout semble s'harmoniser ... parfois il faut du temps, mais ça vaut le coup !!!

    Valérie Da Silva (enseignante en CE2- Paris)


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