• Un vendredi, un Conseil de classe avec une présidente et une secrétaire aux petits oignons : écoute, silence, respect, et même si un élève "plutôt compliqué" a été exclu par la présidente du jour après un avertissement, ce fut un moment extrêmement prometteur en terme de propositions, de partages, d'idées. En effet, A. présidente et O. secrétaire instaurent dès le début du Conseil un climat particulièrement serein mais rigoureux.
    - Rappel des règles et lois élaborées dès les premiers Conseils : "Je ne parle pas en aparté – J’écoute la personne qui parle – Je respecte et ne juge pas les idées des autres – Je lève le doigt pour prendre la parole. On peut faire des propositions sur la vie et le travail en classe, les projets. On peut féliciter – encourager - on peut parler des problèmes en classe (difficultés scolaires ) ou des difficultés de relation avec les autres."

    Ce vendredi d’octobre, l’ordre du jour porte sur :
    - Comment ça va ?
    - Élaboration des règles dans la classe
    - Les mots du tableau : propositions, difficultés, idées, félicitations…(grâce à des papiers vierges en libre distribution)

    La discussion commence autour des assises flexibles instaurées dans la classe (les élèves n’ont pas de places attitrées ; ils en changent tous les jours, voire plusieurs fois par jour) :

    « On pourrait faire un calendrier pour que chacun puisse choisir un tabouret ou un ballon le matin. » propose L.                                                                                                                                      A. fait remarquer que ce n’est pas vraiment la peine car personne ne se fâche pour avoir une assise lors de l’accueil.                                                                                                                                    « Et puis certains n’aiment pas forcément aller sur le ballon » remarque R.                                En fait, après quelques échanges, les élèves constatent d’eux-mêmes qu’il n’y a pas besoin d’ajouter de règles si on n’en a pas besoin (autorégulation des élèves).

    Ce jour-là, je me souviens m’être dit que des choses étaient en train de bouger. Les élèves n’essayaient pas coûte que coûte de faire passer leurs idées mais parvenaient à s’écouter et se laissaient convaincre par les arguments de certain.e.s élèves. Je remarquais aussi que plus je m’effaçais durant le Conseil (pas facile !) plus les élèves prenaient des responsabilités. C’est d’ailleurs ce jour-là qu’est née la proposition du responsable du plateau de fromage : un élève serait responsable des devoirs et devrait rappeler aux élèves ce qu’ils doivent emporter dans leur cartable. Cette idée du plateau était née un soir où un.e élève s’était amusé.e à dire que la chemise bleue était comme un plateau de fromages. Cette idée était restée...

    A un moment donné, durant le Conseil coopératif, le directeur, (nouvellement nommé sur l’école) est entré dans la salle pour me parler, mais devant l'atmosphère particulièrement solennelle, s'est assis et a écouté, puis discrètement est venu me glisser à l'oreille : "C'est super intéressant, dommage, je ne peux pas rester mais je reviendrai..."
    Une heure après, pendant la récréation, une autre collègue est venue me voir et m'a dit :  "Il parait qu'il faut que je vienne voir ton Conseil !". C'était mon directeur qui avait "cafté" !

    Un autre jour, grève agissant, restent avec moi 11 élèves... et nous voilà partis pour un emploi du temps improvisé :

    - Relaxation sur tapis. Un pur bonheur de les regarder respirer, se détendre, lâcher prise.

    - Nous enchainons avec un petit temps de grammaire avec mise en mouvements : nous revoyons les pronoms de conjugaison et les formes verbales associées au présent, nous nous amusons à taper dans nos mains les différentes terminaisons (je travaill-e, on tape dans les mains une fois, tu travaill -es, on frappe deux fois), puis nous dissocions la parole et le frappé. Ainsi, les élèves s’obligent à ne plus dire les terminaisons à voix haute mais seulement en rythmant les terminaisons. Ce travail provoque enthousiasme et réelle implication. Oui, on a bien ri parce que parfois même Céline, la maitresse, se trompait et tapait du pied !

    - Enfin, nous voici partis en promenade mathématique dans la cour à la recherche des carrés et possibles losanges... Prises de photos, enfant qui courent et hurlent : "Maitresse, un carré, ici ! Là ! Un autre !" Bref, des élèves acteurs, actifs et pleins d'énergie !

    Les voilà libérés de la classe et ils apprennent ! Peut-être des enfants qui parviennent à se mettre en apprentissage parce qu’ils ne sont plus dans le cadre rigide de la classe, qui reste douloureux pour certains, anxiogène pour d’autres ? Cela me conforte dans cette idée que nous devons réinventer la classe en donnant une place toujours plus grande aux enfants.

    Durant cet après-midi un peu spécial, je les regardais et me suis prise à rêver... comme si ce n’était pas la classe que j’accompagnais mais une autre… parmi celles dont j’avais si souvent rêvé devant certains films et reportages sur des classes Freinet. Mais c’était là et il suffisait d’y croire... il suffit d’y croire… de croire en nos élèves...

    Céline Geoffroy


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  • A l'âge de trente-trois ans, j'ai bifurqué dans ma vie professionnelle pour devenir enseignant, enseignant en élémentaire. Ce choix, je ne l'ai jamais regretté.

    Très vite, j'ai cherché la façon de faire apprendre qui me "parle", de rencontres en rencontres, de stages en stages, et c'est l'esprit de la pédagogie Freinet qui m'a le plus séduit, qui est de permettre à des enfants, pas seulement élèves, de s'exprimer, de chercher, de partager, de penser de la façon la plus libérée possible.

    Cette pédagogie Freinet, je l'ai explorée dans toutes ses facettes, celles qui la rendent vivante, comme celles qui la questionnent, la bousculent. Et je continue à le faire. En compagnie de partenaires passionnés comme moi, acceptant toujours de se remettre en question(s), prêts à dire leurs fiertés comme leurs doutes (fréquents), ce qui est malheureusement rarement le cas à l'école.

    Ce vivant, j'aime le retrouver dans ma classe, dans ce mouvement qui anime les enfants, un mouvement qui manifeste un élan, une vitalité, une présence. Et qui se voit.

    Mais, il y a un MAIS. Cette liberté est battue en brèche par toutes les injonctions venues de haut (qui se transforment en injonctions que nous nous donnons à nous-mêmes), et qui nous susurrent : "Ces enfants sont d'abord des élèves. Ils ne savent pas ce qui est bon pour eux. Vous devez le leur inculquer. Vous êtes leur maître !"

    Pourtant, je rencontre de nombreux enseignants qui voudraient faire autrement, qui voient leur rôle comme passeurs plus que comme managers. Souvent des jeunes.

    Alors, ce week-end dernier, avec un groupe de "copains" qui mènent le même combat que moi, nous nous sommes mobilisés, et avons créé un espace neuf, précieux, mutualisé, pratique, pour aider tous ceux qui veulent travailler autrement.

    Le voilà : Se lancer en pédagogie Freinet

    Pour que le devoir d'apprendre se métamorphose en plaisir d'apprendre !

    Daniel Gostain


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  • Dans ma classe de CM1, un axe de travail récurent est l'égalité fille-garçon. Nous lisons des albums, des romans, des biographies de femmes célèbres ou oubliées...

    Cette semaine, j’ai lancé un défi : pour les garçons de ma classe, de venir avec du rose dans leurs vêtements, et pour les filles, de venir habillées sans rose.

    Le défi a donc démarré. Quelques garçons et filles ont réussi tout de suite. Le défi a duré toute la semaine pour que ceux qui n’avaient pas réussi puissent ré-essayer.

    Dans le « Quoi de neuf ? » de ce matin, nous en avons parlé et ils se sont félicités mutuellement d’avoir réussi.

    Plaisir VECU 9 : Rose ET bleu à la fois

    J’ai noté des réflexions intéressantes de deux filles :

    1) « C’est extrêmement difficile de ne pas mettre de rose, il y en a dans tous nos vêtements, dans tous nos accessoires. »

    2 ) « Ce matin, c’est ma mère qui a préparé mes affaires. Il y avait du rose partout. Je me suis battue contre elle pour trouver des affaires grises, blanches, etc. »

    Tous les enfants ont acquiescé, comprenant bien ces réflexions.

    Des garçons ont eux aussi dit qu’il était difficile pour eux de trouver du rose car ils n'en ont pas dans leurs placards. Certains ont dû emprunter des vêtements.

    Ce qui fait que c'est un moment fort à mes yeux, c'est que les enfants ont pu expérimenter cette réalité et s'apercevoir concrètement que leurs choix et leurs goûts sont modelés malgré eux, que les petites filles ont appris a aimer le rose car elles n'ont pas vraiment eu le choix, et inversement pour les garçons.

    A la fin du défi, seul un élève a refusé de jouer le jeu (mais il est dans le refus permanent). Tous les autres ont réussi au moins une journée à relever le défi, et la plupart étaient très fiers. Ils n'ont pas caché leur t-shirt rose dans la cour. Ils en ont parlé aux autres classes. Une élève de CE2 a proposé à son maître de lancer ce même défi dans leur classe.

    Par la suite, un de mes garçons a eu un nouveau manteau, bleu ET rose, personne ne lui a fait la moindre remarque. Et ils n'échangent plus le matériel (nos ciseaux et compas de classe sont soit rose soit bleu...) quand je leur fais distribuer.

    Cécile Garnier


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  • Edith témoigne de sa pratique dans une réunion du groupe du Gard en pédagogie Freinet. 

    "C’est au cours d’une des visites dans la classe de sa fille en maternelle que lui est venue l’envie de fonctionner différemment dans ses classes d’anglais. Elle a été séduite par l’autonomie de ces enfants si jeunes, la coopération dans le travail de groupe et l’apparente facilité du fonctionnement de cette « ruche ». Après  sa participation au congrès ICEM-Pédagogie Freinet, elle a décidé de se lancer.

    Ce qui l’a aidée : 

    - la disponibilité de la professeure de sa fille qui l’a reçue et a pu répondre à ses questions.

    - le fait que, par un concours de circonstance elle ait pu avoir SA classe sans être obligée de déménager pour chaque cours, car bien sûr cela signifie un matériel disponible pour les élèves, un affichage pérenne important, une disposition des tables par groupes, 2 tableaux, le vidéo projecteur, le matériel qu’elle a créé : fichiers, tableau de fonctionnement, coin correspondance (section Erasmus),  les productions des années précédentes, dictaphones individuels, dictionnaires, classeurs ressources par classe et par compétence langagière, plusieurs armoires, une vitrine musée de  la classe tout cela en libre accès (l’armoire « ressources » est en libre accès / le coin lecture n’est accessible que si l’élève a terminé son travail)

    - le soutien du proviseur

    Nous avons pu noter : Une très grande part laissée à la communication vraie dans les ateliers d’expression, qu’elle soit écrite avec la correspondance européenne ou orale avec la production de sketches. Edith prépare à l’avance les groupes, qui doivent s’installer selon leur couleur identique à celles sur les tables pour un travail d’autonomie sur les cinq compétences à acquérir en Langues Vivantes : expression écrite, expression orale (interaction et production), compréhension écrite, orale.

    Chaque cours débute par un temps d’organisation pendant lequel chacun doit trouver la couleur de son groupe  dans un tableau affiché, le groupe des tables  de la même couleur, le matériel dont il a besoin. Selon la compétence d’apprentissage visée, l’élève va travailler seul ou en groupe. 

    Édith nous montre tous les outils à disposition des élèves pour chaque compétence. Les élèves s’enregistrent et peuvent ainsi mesurer leurs progrès à l’oral avant d’être évalués sur la compétence. L’évaluation est individuelle ou de groupe, lorsque cela s’y prête. Edith nous montre les productions écrites et les déclencheurs à disposition dans des classeurs sorte de plans de travail. Nous avons également pu entendre les sketches suscités, inventés par les élèves de cette année et des productions écrites des années précédentes dans le très riche journal de l’année dans lequel transparaît la motivation des élèves, la personnalisation de leurs apprentissages. 

    Edith nous parle de sa façon d’évaluer. Quel bonheur de voir que oui on peut arriver concrètement à une évaluation positive en lycée ! Les élèves peuvent repasser l’évaluation, si celle-ci n’est pas satisfaisante. Ce sont les progrès qui sont pointés, valorisés par un suivi personnalisé d’Edith qui est à l’écoute et à disposition des élèves. Mais cette conception des apprentissages déroute certains élèves et profs. Difficile en terminale S de sortir de l’habituelle passivité de la plupart des cours. L’organisation ici mise en place oblige une implication dans les apprentissages. Édith encourage, motive, sollicite, mais chacun doit gravir ses échelons. Chez certains il y a une perte de repères et résistance devant cette responsabilisation : ici on n’entend pas : « Ouvrez votre livre page…»  D’où les questions exprimées : – Comment les motiver, tous ces ados ?  – Comment les rendre plus autonomes : elle est découragée lorsqu’il faut  à certains en Seconde quinze minutes pour s’installer et se mettre au travail  en début de cours. – Découragement devant le constat de la difficulté que représente la réalisation d’un puzzle pourtant simple (en 1ère S !) – solitude dans l’équipe du  département de langue vivante : Quand une réunion se déroule dans sa classe, ses collègues ne sont pas présents.  – pression des programmes et examens

    Bien évidemment tout ceci a fait écho dans la pratique de chacun des participants. Une discussion s’engage sur le vécu, le partage des mêmes difficultés en ce moment ou par le passé. Des situations concrètes mises en place pour répondre aux préoccupations sont mises en débat, des trucs et ficelles, bonnes pratiques aussi sont suggérés.

    Ont été pointés :  

    - les conditions préalables pour que le tutorat entre élèves fonctionne car il ne va pas de soi.

    - la part du groupe dans la réussite individuelle, individualisation et coopération 

    - malgré le souhait d’Edith d’avancer plus vite, d’avoir des résultats plus complets comme un bon accent de prononciation pour tous, l’incroyable chemin parcouru attesté par les productions obtenues et la nécessité d’accorder du temps  pour que s’installent les institutions. 

    - l’énorme travail de préparation pour  la conception des outils personnalisés, le fonctionnement, l’évaluation. La mise en réseau, les contacts avec d’autres profs permet de faire circuler les fichiers pour en avoir plus en commun.

    - l’expression artistique, l’accueil et  le développement d’autres compétences que les LV dans cette classe.

    - l’incroyable chemin parcouru depuis ce choix pédagogique. Edith enseigne depuis 16 ans et voilà 4 ans qu’elle a mis en place ce fonctionnement par ateliers dans cette salle qu’elle a baptisée classe SABIN’ (salle d’apprentissages bilingues et numériques).

    La passion d’Edith pour ce métier lui permet d’aller de l’avant  mais c’est surtout la satisfaction de voir des élèves plus heureux  d’apprendre et des remerciements de leur part, des années après, qui lui montrent qu’elle est sur un bon chemin."


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  • Souvent dans la salle des maîtres, ou en tout cas d’après mon expérience, chacun « se décharge » de ses moments pénibles. Alors on parle de ces élèves qui ne savent pas ceci ou cela, qui ont la bougeotte, qui ne se taisent jamais, qui ne rangent pas leurs affaires, etc… et la liste est sans fin. Peut-être qu’on a besoin de ça, mais parfois, je trouve ça pesant.

    Une année, dans une école où c’était devenue quelque chose de vraiment lourd pour moi, j’avais imposé un midi où l’on ne pouvait échanger que des regards positifs sur nos élèves ; cela avait plus ou moins bien pris mais cette journée me faisait du bien. Parce qu’à force, on pense comme ça... Ou alors on l’a tous un peu en nous… Un enseignant canadien m’avait dit que c’était quelque chose de très français ; ça m’avait beaucoup interrogé…(et je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir une école canadienne).

    Cette année, le soleil brille dans la salle des maîtres. J’ai la chance d’avoir une collègue de travail qui s’enthousiasme des milliers de moments avec ses élèves, qui voit (vraiment) les lumières brillantes que les enfants portent en eux, qui raconte TOUUUUT ce qu’ils savent faire, comme ils s’engagent dans les activités, comme ils rient, vivent, travaillent, apprennent, coopèrent, prennent soin les uns des autres, etc… et la liste est sans fin ! Un regard bienveillant, sans naïveté, qui fait du bien, et … quelle chance ont ses élèves et notre école ! Et en plus c’est contagieux, ça force à s’interroger sur son propre regard et à voir d’abord et avant tout, toutes ses petites choses positives, belles, drôles, touchantes, … qui se passent dans une classe et qui viennent des élèves.

    Alors (un très grand) merci à elle et je souhaite très fort qu’il existe une telle personne dans chaque salle des maîtres.

    Nicolas


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