• Regards d'enfants sur ce qu'ils vivent dans une classe Freinet :

    "La pédagogie Freinet

    C'est travailler en rigolant.

    C'est une autre manière de travailler.

    C'est travailler sur ce que l'on veut.

    C'est apprendre par l'action.

    C'est préparer des conférences.

    C'est travailler en s'appuyant sur l'actualité.

    C'est travailler en groupe.

    C'est se mettre à côté de son copain.

    C'est avoir des métiers dans la classe.

    C'est demander de l'aide à ses copains."

     

    "En classe, le matin en arrivant, nous prenons le Quotidien. Le Quotidien est un journal de classe résumant la journée précédente. Nous faisons des « Quoi de neuf ? », ce sont des petits exposés de trois minutes. Nous faisons du « plan de travail ». Le plan de travail c'est une feuille où il y a un tableau avec des matières. Il y a des classeurs pour chaque matière. On choisit les matières qu'on veut faire. On change de place en fonction de ce qu'on fait. On trouve ça chouette parce qu'on peut faire ce que l'on veut.

    Mais nous ne faisons pas que ça !

     

    Les conférences :

    On fait un exposé qui dure environ 30 minutes. Quelqu'un propose un sujet, puis les autres élèves peuvent poser des questions sur une affiche.

     

    Plaisirs VECUS 678 : Regards freinétiques

     

     

    Plaisirs VECUS 678 : Regards freinétiques

     

     Les messages clairs :

    Dès qu'il y a un problème entre nous. Nous écrivons les noms de ceux qui sont concernés. Et nous les réglons entre nous au moment de la récréation.

     

    Comment on fait le journal de classe ?

    Chaque mois nous faisons un journal. On a choisi ensemble son nom au tout début de l'année : le Coligny Academy. On commence par demander quelles idées d'articles ont les élèves. Puis quand des élèves ont un sujet qu'ils veulent partager, ils commencent par l’écrire sur un cahier de brouillon ou directement sur l’ordinateur. Ils écrivent le texte et mettent des photos. Il y a plusieurs articles de différents sujets. Il y a aussi des BD ou des hors-séries comme celui de la classe de neige et, en cours, un spécial BD. Souvent on fait le Coligny-Académy quand il y a A. avec nous pour gérer les ordinateurs. Il nous aide quand on a un problème avec les PC. C'est souvent le maître qui fait le petit édito mais il y a aussi des élèves qui le font. Puis le maître fait la mise en page et il l'imprime. R. s'est intéressé beaucoup à la mise en page pour le dernier numéro. Le maître lui a montré comment faire.

     

    Quelques avis supplémentaires d'élèves…

     C. : Moi j'adore le plan de travail, on fait ce qu'on veut comme matière. Je trouve qu'on apprend mieux et puis on fait ça en s'amusant !

    E. : Moi j'ai adoré parce qu'il y a beaucoup de matières et que nous pouvons faire ce que nous voulons ; moi j' aime l 'orthographe et on fait ça en s'amusant.

    P. : Moi j'aime beaucoup la pédagogie Freinet et en plus on apprend aussi bien que la pédagogie ordinaire. Et puis j'adore ce qu'on fait. Mais on ne fait pas beaucoup d'histoire et de géographie.

    M. : Moi j'aime beaucoup comment le maître nous fait apprendre. On travaille tout en s'amusant c 'est trop cool ! En plus quand il nous explique les choses il fait les gestes et il est trop drôle!

    V. : J'aime bien quand on aborde des notions, car on les aborde en jouant. J'aime bien aussi les conférences car ça permet de faire découvrir des nouvelles choses aux autres. Je n'aime pas trop le quotidien, j'avoue ne pas le lire chaque soir et j'aimerais bien que l'on fasse plus d'histoire de géographie et de sciences. Sinon dans l'ensemble, j'aime bien.

    W. : J'aime bien quand le maître nous fait des cours de maths . J'aime bien le Coligny Académy car on fait des textes ou des BD par groupe et je n'aime pas trop le quotidien. J'aimerai bien qu'on fasse du rugby.

    P. : J'adore quand on fait du Coligny Académy.

     

    Classe de Philippe Gilg


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  • Cette semaine, la "Classe plaisir" a décidé d'être Cop'1 avec la Cop'21.

    Pour cela, nous avons imaginé quelques propositions pour que les accès aux apprentissages soient en phase avec notre combat pour l'environnement.

    Voici nos engagements :

    1) Utilisons le solaire

    Et si, lorsque le climat le permet, nous transférions la classe à ciel ouvert ? Que nos projets, nos découvertes, nos moments de transmission se fassent sans électricité, hors murs, dans la nature !

    2) Répartissons différemment nos émissions de gaz carbonique

    Et si nous laissions davantage l'expression aux élèves et par conséquent réduisions quelque peu notre expression à nous, enseignants ? Favorisons les temps de partage, de présentations, de pensées libres et réfléchies, tous ces temps qui peuvent devenir des moteurs naturels d'apprentissages.

    3) Limitons les gaz à effets de serre

    Et si nous privilégiions le milieu proche de l'école, pour ne pas utiliser inutilement les transports ? Ce serait l'occasion d'une (re)découverte de nos lieux de vie.  Sommes-nous sûrs que les enfants connaissent leur environnement, son histoire ? Une façon de se l'approprier, voire d'en être fiers. De la géographie et de l'histoire incarnées.

    4) Responsabilisons-nous

    Et si nous inventions de nouvelles responsabilités dans la classe : le tamiseur qui éteint la lumière quand elle est superflue ; l'observateur, chargé de témoigner en direct des changements climatiques qui se déroulent par la fenêtre ; le glaneur, qui s'occupera des papiers usagés mais encore utilisables ; les éveilleurs qui alerteront en temps réel sur tout ce qui fait pollution en classe et dans l'école...

    5) Réduisons les énergies fossiles

    Et si nous développions les actions d'entraide et de tutorat entre pairs, pour que, grâce à la coopération, les énergies fossilisées de certains élèves, las des injonctions répétées de l'adulte, se réveillent peut-être et  redeviennent solaires ?

    6) Supprimons les usines à gaz

    Et si l'administration de l'Education nationale favorisait vraiment les initiatives de chaque enseignant et de chaque équipe volontaire, en supprimant les procédures, filtrages hiérarchiques, papiers à remplir ? Rien de tel que la confiance pour permettre d'avancer !

    7) Méfions-nous du tout technologique

    Et si nous évitions de considérer le numérique comme l'unique réponse miracle  aux difficultés d'apprentissage, et choisissions aussi l'humain, à travers notamment la culture et l'art ? Remplissons-nous d'histoires  - de contes et de mythes par exemple pour faire culture commune  - et de créations à mener ensemble, initiées par les élèves ou par l'enseignant. 

    8) Favorisons le renouvellement des énergies

    Et si, par le développement d'institutions comme le conseil d’enfants, les conseils de délégués d’école, et par la mise en place d’ateliers de réflexion collective, les enfants devenaient pleinement partenaires des décisions à prendre. Cet exercice quotidien de la citoyenneté créera certainement le désir de participer plus tard activement à la vie de la cité et donc d’influer sur le cours de l’histoire.

    Daniel Gostain, avec la collaboration de Valérie Da Silva et Nicolas Janod


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  • J’ai cette année une classe de cycle III un peu difficile dans un quartier de Paris lui-même difficile. A côté d’un groupe de CM2 plutôt partant et dynamique, la plupart des élèves de CM1 ne rentrent vraiment pas dans une dynamique d’apprentissage. Ils sont soit dans une passivité que je trouve inquiétante, soit dans une réactivité que je trouve gênante, et rien - sauf quand je leur lis une histoire - ne semble les intéresser.

    Je pourrais choisir l’option de l’autoritarisme, qui « fonctionnera », j’en suis sûr : activités imposées de façon plus ferme, silence imposé sous peine de sanctions, etc.….

    Mais, même si cela « fonctionnait », est-ce que pour autant ces élèves progresseraient et apprendraient pour de vrai. Ils feraient ce qu’on leur dit de faire, car ils n’ont pas le choix. Mais, comme dirait Célestin Freinet, « ne vous obstinez pas dans l'erreur d’une pédagogie du cheval qui n’a pas soif ».

    J’aimerais donc plutôt chercher ce qui pourrait leur donner soif, ce qui pourrait les amener en conquête d’apprentissage.

    Alors, avec Daniel G, nous nous sommes interrogés et nous avons cherché des idées. Le plus librement possible. Et en voilà une qui a émergé : Et si nous mettions en place un temps de « recherche de sens », qui permette de revenir sur ce qui nous amène à nous rendre à l’école pendant tant d’années, afin de remettre la quête du savoir au centre de toute chose. En effet, presque jamais au cours de la scolarité, nous nous interrogeons sur le pourquoi des apprentissages.

    Nous pourrions consacrer un temps quotidien de « recherche de sens » qui pourrait se diviser en quatre thématiques : la langue, les mathématiques, le monde, l’humain. Chacune sur une semaine. En s’appuyant bien sûr sur ce qui se passe dans les activités de la classe au moment de cette « recherche de sens ». Et puis, ensuite, nous repartirions sur le premier thème.

    Nous commencerions, chaque lundi pendant 20 minutes, à lancer un remue-méninges autour d’une de ces quatre thématiques et à laisser émerger leurs questions (les premières fois, il faudra sans doute donner des exemples pour leur faire bien saisir l’idée). Et puis tous les autres jours de la semaine, pendant vingt minutes environ, chaque enfant, seul ou à deux, conduirait sa recherche autour d’une des questions qu’il aura choisie. Un peu comme une recherche mathématique (vous en trouverez un exemple ici : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/43609).

    Par exemple :

    - en langue française : « pourquoi met-on des points dans des textes ? », « pourquoi les phrases sont-elles avec des sujets et verbes ? »

    - en mathématiques : « pourquoi n’y a-t-il que dix chiffres alors qu’il y a une infinité de nombres ? », « pourquoi a-t-on inventé la règle ? »

    - sur le monde, « pourquoi il y a-t-il des arcs-en-ciel ? », « pourquoi il y a-t-il de la poussière ? »

    - sur l’humain, « pourquoi il y a-t-il des guerres ? », « pourquoi a-t-on souvent envie d’avoir des enfants ? »….

    L’objectif de ce temps de recherche de sens serait avant tout d’ouvrir la curiosité des enfants sur ce que Jacques Lévine appelait les secrets de la vie, ceux qui nous donnent envie d’apprendre, de creuser à l’intérieur des savoirs. Nous faisons le pari qu’en mettant les enfants dans ce bain de questionnements, peu à peu, ils se remettront en quête.

    En tout cas, moi, Nicolas, je m’engage à tester dans les prochaines semaines cette approche et à vous faire part des premiers enseignements.

    Avec vous ?

    Nicolas J


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  • Cette année de classe est vraiment prometteuse.

    J'aurai une classe de CE1 et avec mes deux collègues de CE1 eux aussi, et nous allons mener des projets communs fort réjouissants, je l'espère.

    Nous avons déjà des bases communes faites du temps d'Accueil, du "Je fais partager", de l'écriture de textes libres et des Projets personnels ( tous consultables sur ce blog).

    Mais pour cette année, nous mettrons les bouchées doubles, ce qui nous ravit et nous fait aussi un peu peur.

    1) Nous lançons le temps du "nourrissage culturel", cher à Serge Boimare. Deux fois par semaine, nous lirons des textes de contes, de mythologie, textes à portée universelle, de façon à bâtir un patrimoine culturel commun à l'ensemble des élèves. Après chaque lecture, nous laisserons les échanges, les réflexions, les inventions se développer.

    Pour en savoir plus : Le nourrissage culturel

    2) Nous allons expérimenter les "pochettes à savoirs". L'idée sera qu'à l'issue de chaque temps de "Je fais partager" (Le Je fais partager), nous puissions en classe imaginer des savoirs à bâtir. Par exemple, si un enfant nous parle d'une dent qui est tombée, que l'on puisse s'emparer de cet "évènement" pour construire une pochette sur les dents : vraies dents, mâchoires, documentation, etc. Nous avons acheté des sacs en tissu, contenants possibles de ces savoirs en devenir, et lorsque ces pochettes seront assez nourries, elles pourront faire des allers-retours entre la classe et la maison.

    Pour en savoir plus : Les pochettes à savoirs

    3) Nous allons travailler tous les trois sur la méthode Ermel en mathématiques. Mais nous garderons le vendredi pour faire des balades mathématiques, pour nous lancer des défis, pour incarner des personnages mathématiques, etc.

    Pour en savoir plus :

    Les personnages mathématiques

    Les défis

    4) Et puis, de mon côté, je vais poursuivre l'aventure du "Temps des penseurs", projet que j'ai présenté au dernier Congrès de pédagogie Freinet à Aix et qui a suscité beaucoup d'intérêt.

    Pour en savoir plus : Le Temps des penseurs

    Quelle année à venir !


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  • A l'occasion d'une rencontre avec l'association Graine d'école (http://www.grainedecole.com/) qui milite pour une école et une éducation qui respectent pleinement l'enfant, j'ai pu collecter des moments d'apprentissage vécus où le plaisir a été le moteur.

    701 . Le moment où s’est mis en place quelque chose qui m’a paru juste avec ma fille cadette, qui était en CP, pour différencier le passé, le présent et le futur. On avait une astuce avec une baguette magique pour trouver le nom du temps dont on parle, ainsi que les petits outils comme le demain, maintenant, hier. Je voudrais dire le plaisir qu’elle a eu à faire ça, sa demande pour qu’on le refasse, le pétillement dans ses yeux quand on le faisait, par rapport à tous les autres moments où elle disait « Je n’aime pas, je n’ai rien compris. » Souvent je traduis ce qu’elle ramène de l’école, et pour le traduire, je mets en scène, ou on manipule. L’idée, c’est qu’on soit dans l’espace, ou que le corps agisse. J’ai fait trois banderoles : passé, présent, futur, avec un dessin. J’ai dû faire un château fort pour le passé, pour le futur j’ai mis des points d’interrogation, et j’ai mis les mots-clés sur les banderoles : maintenant, demain, hier. Je lui disais « le passé », ou « hier », et elle allait à son étiquette. Et une fois que c’était bien pris, je lui disais une phrase, et à elle de me mettre le petit mot correspondant à la phrase. Elle utilsait sa baguette magique pour ça. A chaque fois elle rajoutait un petit mot à la phrase, et elle allait avec sa baguette magique dans l’espace qui allait avec la phrase. Et elle avait constaté que le seul mot qui changeait dans la phrase, c’était le verbe. Et donc elle a commencé à chercher le verbe à chaque fois.

    702. C’est un apprentissage que j’ai fait moi, il y a environ un an. J’avais fait un stage à Paris sur la pédagogie Montessori et les maths. Il y a des petits cubes, 10 petits cubes alignés ça représente une barre qui fait une dizaine, et puis 10 barres, ça fait un carré qui fait une centaine, et après on empile 10 carrés et on arrive au millier. Puis 10.000, 100.000. Et ils sortent un énorme cube de 1 million. J’ai trouvé ça fabuleux. Et puis il prend le petit cube d’unité, il le met à côté du grand cube, et il dit : « La terre est 1 million de fois plus petite que le soleil. » J’étais ébahi, une révélation incroyable. Pourtant je suis ingénieur, j’ai fait des études scientifiques. J’ai une visualisation du million, maintenant. Ça m’a ouvert une porte. Ce qui était jusque-là abstrait, là je le voyais. Ce n’est pas tant le matériel qui m’a surpris, que le fait que je me sois fait surprendre. Je n’ai pas vu le truc arriver, et pouf ! on se retrouve en astronomie.

    703. Un moment dans ma classe avec les grandes sections. J’ai une classe de petits-moyens-grands. Un enfant de grande section est arrivé avec quelque chose de la maison : c’était un poster de chenille. C’était une chenille avec les nombres de 1 à 10, une chenille à compter. Les autres enfants voulaient en avoir une eux aussi, ils la trouvaient trop bien, la chenille. Et du coup, j’ai proposé qu’on en fabrique une. Ils sont partis dans leurs projets. On a commencé par faire la liste. Il faut qu’on découpe des ronds, qu’on fasse un fond, et j’ai demandé : qu’est-ce qu’il faut savoir faire ? Il faut savoir écrire les chiffres. Ils avaient tellement envie de savoir écrire les chiffres pour faire leur chenille, qu’en deux ou trois séances ils se sont entraînés, tous, et ils savaient tous écrire ces chiffres-là. Ils ont tous fait leur chenille. On les a faites jolies, on les a plastifiées. Le tout s’est fait à une vitesse ahurissante. Je pense notamment à un petit garçon en difficulté qui était super motivé. Il y avait une motivation qui n’était pas la même que lorsque nous imposons quelque chose.

    704.  C’est quelque chose que j’aime bien faire dans la classe. J’ai des moyens-grands. Tous les jours je raconte une histoire sans montrer les images, en fin d’après-midi. Il y a toujours des enfants qui demandent : « C’est quand que tu montres les images ? »  Juste avant le regroupement, ils disaient : « C’est aujourd’hui que tu nous montres les images ? » J’adore voir leurs têtes quand je leur montre les images. Ils connaissent bien le texte déjà, et ils sont contents de découvrir les images. Et après, plus tard, ils se jettent sur le livre de la bibliothèque, et ils se re-racontent l’histoire.

    705. Je suis enseignante en toute-petite-section, des enfants qui ont deux ans. Cette année je m’accroche à mettre en place le protocole du « cacher – trouver ». L’idée, c’est d’accompagner les enfants dans la conception de la permanence de l’objet. Depuis la rentrée, on joue à beaucoup de jeux, où on cache, où on retrouve. Et le vendredi, on fait ça dans la salle de danse. Et vu qu’en ce moment je suis un projet sur les doudous, sous le drap il y avait la boîte avec les foulards et j’avais planqué la boîte des doudous. Ça a été un moment très fort quand on a soulevé le drap, il y avait les doudous. Et puis ils commencent à cacher leurs doudous, et à chaque fois ils ont très peur qu’ils aient disparu. Et ils sont contents de le retrouver. Puis ils ont commencé à prendre un grand drap, comme un drap d’hôpital, et ils ont commencé à cacher leurs doudous. Et puis petit à petit, ils se sont mis à se cacher eux aussi sous le drap. Ça, je le prévoyais dans ma progression plus tard. Mais j’ai laissé faire. Et puis je me suis mise à me cacher avec eux sous le drap. Et ça a été très très fort pour eux. Comme un « moment-champagne » où tout à coup la maîtresse joue le jeu avec les enfants. Je n’étais plus extérieure.

    706.   C’était avec mes élèves de CM2. J’aime beaucoup l’expression corporelle et le théâtre. Je travaille un quart de temps avec cette classe, et ma collègue a de grandes difficultés avec elle. Je m’étais dit que j’allais faire du théâtre avec eux. Il y avait des problèmes de chefs, de bandes, il fallait faire éclater ça, parce que raisonner, ça ne suffisait pas. J’ai proposé un projet théâtre, qui a plu d’abord à une petite moitié de classe. Les autres, plutôt souvent des redoublants et des garçons, ne rentraient pas dedans. Ils ont résisté, ils ont lutté. Je cherchais comment les amener à ça. J’essayais d’être le plus neutre possible. Je donnais l’espace, le temps, mais je restais à côté. Mais ça ne marchait pas, pour un tiers. Jusqu’au jour où j’ai eu très envie d’être avec eux, de participer, et là je me suis lâchée. Je leur ai demandé l’autorisation pour le faire. Je leur ai dit qu’on allait faire ensemble. C’était lors d’un jeu corporel et théâtral. Et petit à petit, les élèves ont commencé à jouer le jeu, et notamment le meneur. Quand il y est allé, c’est devenu un moment très fort dans le groupe, et ça a complètement changé la posture des élèves dans leur ensemble, notamment par rapport aux problèmes de respect et de non-respect. Le meneur a perdu sa place, et les élèves qui n’osaient pas ont commencé à prendre des rôles de leaders. Ça se traduisait lors des débats, dans la cour de récréation, en géographie, etc. Et ça a changé l’ambiance de classe. Il y avait moins de conflits, plus d’acceptation, et un peu de distanciation : on pouvait jouer un rôle

    707. Avec des CM2, on lisait un livre qui s’appelle « La rencontre » : la rencontre d’un petit garçon avec un blaireau. Ça se passe dans la nature, aux Etats-Unis. C’était une lecture suivie : eux ils lisaient des parties, et moi je leur en lisais d’autres, en lecture offerte. Le dernier chapitre, j’avais choisi de le faire en lecture offerte. Quand j’ai lu le dernier chapitre, on a eu un moment d’émotion commune, presque tout le monde pleurait. J’avais du mal à finir la lecture de ce chapitre. Je me suis autorisée à vivre cette émotion. Et je pense qu’ils s’en souviennent encore.

    708. C’est avec un élève que j’ai pour la deuxième année. L’an dernier, à chaque fois qu’il faisait quelque chose, il bloquait. Il regardait les autres, il manquait de confiance. Quand il s’engageait et qu’il voyait que ça n’allait pas, il bloquait. J’ai passé beaucoup de temps à lui faire comprendre qu’il devait oser. Je ne voulais surtout pas instaurer des comparaisons. Et l’an dernier, en fin d’année, il faisait quelque chose, et à côté de lui il y avait une petite fille qui s’est trompée. Il lui a dit : « Tu sais, tu t’es trompée, mais ce n’est pas grave, à l’école, ce n’est jamais grave quand on se trompe. » Et puis il m’a regardée, il rayonnait. Je sentais qu’il avait fait du chemin. Il avait intégré quelque chose d’important.


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