• 8h30, un certain vendredi de fin juin 2016, rangés les uns derrière les autres, les enfants de CE1 sont prêts à accomplir le premier exercice du matin. Deux étages à monter, près de 25 élèves, ce n’est pas rien…

    Arrivé dans la classe, chacun dispose son cartable à sa place. Une élève s’empare d’un cahier et fait l’appel en se déplaçant auprès des enfants pour cocher d’une croix leur nom alors que d’autres, assis par terre, jouent aux dés, aux cartes ou conçoivent des figures géométriques.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un petit groupe s’est approprié l’espace de la bibliothèque à la recherche de quelques livres. Tranquillement ils s’assoient par terre, les uns à côté des autres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Presque 9h00, D., l'enseignant agite un petit instrument de percussion, « Le temps libre et calme est fini », tous les enfants s’installent à leur place et l’un d’eux se dirige vers le tableau pour lire solennellement le planning de la journée affiché au tableau sous forme d’étiquettes aimantées : « Je fais partager, Travail individuel, Détente, Langue, Maths, Déjeuner, J’écris, Sport, Atelier ». L’organisation de la journée est donnée. Le « Je fais partager » peut commencer.

    B. récupère les étiquettes des enfants qui, dès le lundi, s’étaient proposés pour faire partager une expérience aux camarades de classe mais qui n’avaient pas encore eu l’occasion de la raconter lors des deux autres « Je fais partager » de la semaine. Alors de petits exposés brefs mais vivants s’enchainent. « Samedi dernier, j’ai fait un gala de natation synchronisé, j’avais un chignon qui tenait grâce à un filet. On m’avait mis de la gélatine pour que ça tienne. Après il a fallu enlever la gélatine ».

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    B. - qui prend son rôle très au sérieux- lance avec un calme olympien « Y a-t-il des réactions ou questions ? » Une poignée de mains se lèvent. Il peut alors distribuer savoureusement la parole : « Tu as dû te faire super mal ... », « C’est quoi la gélatine ? ». Des questions auxquelles E. ne sait pas encore répondre « J’sais pas ce que c’est, je ne sais pas comment expliquer, ça s’étale sur les cheveux ». Mais elle s’engage à faire quelques recherches pour apporter la réponse aux questions de ses camarades de classe...

    Ensuite, c’est au tour de K. d’évoquer un épisode qui aurait pu passer comme une lettre à la poste : son dernier rendez-vous chez le dentiste. « Dans la salle d’attente, il y avait des livres. J’avais trois caries. Pour endormir les dents, ils m’ont mis une crème à la menthe, une petite pâte pour que ça prenne la forme des dents. Ils ont dû enlever les bagues après. Je ne devais pas manger tout de suite car la pâte devait sécher ». Alors les questions fusent : « C’est quoi le nom de ton dentiste ? », « Moi aussi j’ai eu une carie et ils ont pris une photo de la bouche ». D. complète : « Moi aussi je suis allé chez le dentiste et on m’a fait la même chose ».

    A. quant à lui évoque un spectacle sur des légendes amérindiennes au musée du Quai Branly. Présentation discrète qui suscite peu de questions. Alors B. toujours très investi dans son rôle de Président de séance se prend au jeu et veut rééquilibrer les prises de parole« J’aimerai bien que les questions viennent aussi de l’autre côté de la classe et pas que de ce côté »…et ça a l’air de marcher…

    La preuve, quand E. raconte une visite à Eurodisney, Pirate des caraïbes, Indiana Jones, plusieurs mains se lèvent des quatre coins de la salle « Combien d’attractions ? », « Moi j’en ai fait plus ». Mais D. saisit l’opportunité d’une attraction à 360° pour interroger la salle « Vous savez ce que c’est qu’une attraction à 360°? » Flanqué au milieu de la salle, droit comme un piquet, il tourne sur lui-même, en prenant soin de s’arrêter à chaque quart de cercle. Puis dessine au tableau deux droites perpendiculaires et les arcs de cercle qui correspondent chacun à 90 degrés, reprenant pour chaque quart, 90 degrés… Certains s’écrient « AHAHAHA mais c’est comme la bouche d’égout ». La classe vient en effet de faire une série de photos d’objets du quartier. Ils avaient ensuite pour mission d’apporter l’une d’entre elles afin que leurs parents écrivent une légende derrière chacune d’elle… B. reprend la parole et dit « Le Je fais partager est terminé ».

    Le travail individuel peut alors commencer. Il est 9H30. Chaque enfant choisit entre plusieurs activités : mathématiques, lecture, écriture, préparation d’un exposé.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Chacun s’installe, au besoin il faut aller chercher des outils dans la classe mais tout se fait tranquillement. Pour ceux qui peinent un peu, il suffit de saisir une étiquette avec son nom et de l’aimanter au tableau. Chacun à son tour pourra ainsi demander de l’aide au maître qui anticipera et saura qui aller voir. Parfois certains s’entraident naturellement.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il est 10h00, l’heure de la récré. Une petite demi-heure de détente vient de passer, les enfants ont gravi une seconde fois les deux étages. Le temps « Connaissance de la langue » va commencer. C’est d’abord en groupe que l’échauffement se fait. Chaque enfant propose un adjectif ou un nom et l’épelle puis chacun essaie ensuite de deviner parmi les mots écrits leurs genre et nombre. Puis D. distribue une fiche d’exercice qui fera l’objet d’un travail individuel. Le programme indiquait au départ « Mathématiques » mais la concentration des uns et des autres était tellement optimale qu’il laisse chacun vaquer à ses occupations. Certains finissent leurs exercices pendant que d’autres se réfugient dans un livre et s’assoient tranquillement par terre dans la bibliothèque. En parfaite autonomie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C’est bientôt la pause déjeuner ! La matinée est vite passée... Dans le calme, même si la fin de l’année approche, ils racontent le bonheur d’être considérés comme des êtres responsables, intelligents, capables de s’organiser ensemble, d’administrer leur temps individuel et collectif. Certains me racontent ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont appris, « J’aime bien le travail individuel », « J’ai appris le singulier et le pluriel, les verbes avoir et être, j’ai appris à lire en CP avec D.», « J’ai appris à faire du travail individuel », « J’aime bien la façon dont on apprend, elle est rigolote », « J’aime bien son organisation, comment il fait les choses, comment il les explique. Ce qu’il fait». Peut-être que ce qui est le plus plaisant, c’est de voir qu’ils sont conscients de cela et qu’ils mesurent que cette manière de travailler leur servira même s’ils ne savent pas bien si tous les enseignants qu’ils auront plus tard travailleront de cette manière… la vie le leur dira…

    Anne Lise Schmitt, visiteuse d'un matin


    votre commentaire
  • Tout au long de cette nouvelle année scolaire, en plus des moments de plaisir vécus ou à vivre, nous vous ferons partager les témoignages de parents de ma classe de CE1, interviewés l'an dernier. Je les ai questionnés sur qu'ils ont perçu et ressenti du fonctionnement, inspiré de la pédagogie Freinet, de la classe de leur enfant. Ces témoignages ont aussi leur place dans l'idée de classe-plaisir.

    Premier entretien : les parents de S.

    - Dans votre classe, j'ai l'impression qu'on essaie d'avoir plus l'apprentissage par le plaisir, guidé plus ou moins par ce qu'on a envie de faire. Il y a toujours un cadre, mais qui laisse plus d'initiatives à l'enfant. On est moins dans un rapport apprenant/professeur, avec un cours plus ou moins magistral. Il y a vraiment de la place pour l'enfant, et puis beaucoup de choses qui reviennent régulièrement et dans lesquelles l'enfant s'installe : le « Je fais partager », par exemple, qui paraît pour un adulte au départ un peu difficile à appréhender, puis on se rend compte que les enfants, en fait, prennent vraiment le pli et se font leur place. Et ce qui m'a le plus impressionné, je crois, c'est les histoires...

    - Les textes libres ?

    - (père) Les textes libres. Parce qu'au départ, ils ne savaient pas encore écrire et vous leur faisiez écrire les petits mots et vous complétiez. Et on arrive deux ans après (CP puis CE1) avec des romans... Et il y a ces présentations de textes à l'ensemble de la classe... Et puis le journal, je trouve ça extraordinaire. C'est simple, je suis très impressionné par le fait que vous arriviez à tenir le rythme hebdomadaire.

    - Ça prend un peu de temps, mais pour moi, ça fait partie des choix que je fais. C'est une priorité, et il y a des choses que peut-être je fais moins que d'autres enseignants.

    - (père) Parce que non seulement ça permet aux parents de suivre une évolution et ça valorise beaucoup l'enfant, qui peut dire « mon texte a été sélectionné », et « mon texte n'a pas été sélectionné par le prof, mais par l'assemblée des enfants ».

    - Une petite question : vous dites, au départ, que ce sont des choses un peu difficiles à appréhender. A votre avis, c'est lié à quoi : est-ce lié au fait que ce n'est pas ce que vous aviez l'habitude de voir, genre français-maths... ou c'est autre chose ?

    - (père) Non, c'est plutôt ça. De voir tous ces différents ateliers ou « temps », ça paraît beaucoup. Mais comme il y a la répétition, ça s'installe dans...

    - (mère) … dans la semaine.

    - (père) Et moi, quand j'étais plus jeune, j'étais responsable d'ACE (action catholique des enfants), dans le parti JOC, ce genre de choses. L'idée c'était de ne pas imposer des choses, de faire parler les enfants et les mettre ensemble, faire des projets communs. Et c'est un petit peu l'idée que je retrouve. Les enfants sentent qu'ils ont la possibilité de s'exprimer, de proposer des choses... S., maintenant, quand elle fait quelque chose de particulier, elle dit « Oh, ça, je peux le présenter au “Je fais partager” ».

    - (mère) Ça, S., elle l'a bien adopté, le « Je fais partager ». Je me souviens, dès qu'elle faisait un dessin : je vais le présenter au « Je fais partager ». Moi, ce qui m'avais aussi impressionnée, c'était la présentation de mai dernier, la « matinée ouverte » un mercredi où on était venus en fin d'année, où les enfants avaient listé ce qu'ils voulaient nous présenter sur la classe et ils avaient préparé ce qu'ils présenteraient. Donc ça, déjà, waouw ! Et après, quand vous aviez fait Ernest et Célestine en théâtre, s'ils sont en binôme ou en trinôme, chacun peut parler, s'il y a des enfants qui ont plus de difficultés pour s'exprimer en public, les autres lui laissent le temps, ne vont pas forcément le reprendre pour aller plus vite ou être plus efficace. J'ai l'impression qu'ils sont acteurs, et en même temps ils laissent la place aux autres. C'est pas « moi je », mais « nous » présentons ou jouons au théâtre... Et au théâtre, effectivement, ils étaient aussi tous investis.

    - A votre avis, qu'est-ce que ce fonctionnement de classe, que vous avez donc connu deux ans, pourrait changer pour S. ? Quels sont les points qui feraient un peu changer sa façon d'être ou d'apprendre, ou même son avenir, même si dans l'avenir, il y a plein de choses qui jouent ?

    - (mère) Je pense peut-être qu'elle aura plus d'audace par rapport à ses initiatives. Parce que je pense que vous êtes plutôt à l'écoute de ce qui vient des enfants, peut-être qu'elle aura moins d'inhibition pour s'exprimer, proposer des choses... Alors que dans un cadre plus classique, on est un peu rapidement rabotés sur ces choses-là. Sur l'expression écrite, elle me dit qu'elle ne veut pas écrire, etc., mais je vois pour F. (le grand frère), il y a rarement eu d'expression écrite dans ses classes et je trouve que c'est chouette aussi, le cahier d'écrivain...

    - (père) Moi, je ne sais pas trop répondre à votre question. Je me pose plutôt la question dans l'autre sens, c'est-à-dire qu'est-ce qui se serait passé si elle avait eu quelque chose de plus classique pendant ces deux années ? Et je pense qu'elle aurait eu beaucoup plus de mal.

    - Et pour quelles raisons ?

    - Parce que j'ai l'impression que S., elle est beaucoup dans le ressenti, dans les relations, elle est très à l'aise dans les présentations, les choses comme ça et je crois que c'est une méthode qui lui convient particulièrement.

    - Et est-ce qu'il y a aussi des réserves ou des interrogations qui pourraient être liées à ce type de fonctionnement ?

    - (mère) Moi, je n'en vois pas.

    - (père) Moi, les réserves, je les avais plutôt au début, parce qu'il y avait peu de devoirs, ça avance un peu « bizarrement », mais je n'en ai plus vraiment. La seule question, c'est : après ?

    - C'est marrant, à chaque fois on me dit ça...

    - Je suis très heureux de ce fonctionnement de classe, qu'il y avait un peu en maternelle, où on continue parce qu'on sent que pour l'enfant, c'est chouette, il prend du plaisir, il apprend beaucoup, il y a toute cette partie « relations », le groupe, faire des projets ensemble. Comment ça va se passer pour la suite ?

    - Cet après, c'est « Est-ce qu'elle va s'adapter ? », « Est-ce que tout ça ça va pas être tellement opposé que ?... » Ce serait quoi, cette inquiétude sur l'après ?

    - (père) Oh, je pense qu'elle va s'adapter, ça j'ai pas de...

    - Si on était comme dans un jeu de rôle. Moi, je suis un parent lambda, qui n'a pas d'enfant dans la classe : « Suzanne elle est dans une classe un peu « bizarre » : c'est quoi, cette classe ? » Comment vous pourriez dire de façon assez simple à quelqu'un ce qu'est cette classe ?

    - (père) Une classe autogérée.

    - Une classe autogérée ?

    - (mère) Déjà, c'est un groupe solidaire, puisque vous travaillez sur ça aussi. Il y a beaucoup d'échanges entre les enfants, avec vous. Il y a aussi des devoirs. Moi, je ne suis pas très devoirs au départ, mais il y a des tas de parents que je sens angoissés dès qu'il n'y a plus de devoirs... Donc là, il y en a, mais c'est juste aussi une façon de présenter, par exemple le verbe, les leçons de grammaire, c'est une façon de personnifier les apprentissages, qui parle effectivement plus aux enfants de cet âge, en tous cas, qui fait moins peur. Et puis c'est un peu aussi un laboratoire, on a l'impression que vous essayez... S. elle nous dit « On fait quelque chose de nouveau », comme « Eurêka »...

    - Oui, il y des choses que je fais et que je mets un peu de côté, parce que ça ne fonctionne finalement pas aussi bien que je le pensais.

    - (mère) Ou la phrase au tableau...

    - La phrase du jour.

    - (mère) Donc c'est quelque chose qui n'est pas figé, qui réagit, qui rebondit, qui est dynamique...

    - (père) Et moi je dirais que c'est pas n'importe quoi, il y a un cadre, mais il est là pour sécuriser les enfants, et à partir de là, il y a plein d'expressions, de projets, d'initiatives. Le journal, moi je trouve ça extra, et la manière dont les devoirs sont donnés aussi.

    - Plusieurs parents m'ont dit ça aussi.

    - (mère) Et que ce soit régulier, aussi. Le lundi soir, c'est le journal...

    - (père) On sait que le week-end, on va travailler à la petite question, du coup, au bout d'un moment, on travaille avec Suzanne sur un P'tit Doc sur la question et après c'est S. qui... Là, pour le fil, c'est elle qui a dit « On va aller voir des vidéos pour voir comment on fabrique le fil » et après, c'est elle qui a fait un petit texte résumé de ce qu'elle avait vu...

    - Oui, elle l'a présenté.

    - (mère) Et puis j'aime aussi la feuille de tous les quinze jours, même si je ne comprends pas toujours bien...

    - Ah, le plan de travail !

    - (mère) Que S. n'a pas forcément envie de me présenter, d'ailleurs, mais c'est un autre outil de suivi pour nous qui sommes à l'extérieur...

    - Plus scolaire.

    - Est-ce que vous, enfant, avez été dans une classe qui aurait pu s'apparenter à la pédagogie Freinet ?

    - (mère) Moi, je ne pense pas.

    - (père) Moi, j'ai été dans une école Célestin Freinet, mais je ne me souviens pas que ça ait été comme ça.

    - Où ça?

    - (père) A Abidjan, en Côte-d'Ivoire, mais je ne m'en souviens plus trop, j'étais petit..."

    Pour en savoir plus :

    - Le "Je fais partager" : http://laclasseplaisir.eklablog.com/le-je-fais-partager-a108196376

    - Les textes libres : http://laclasseplaisir.eklablog.com/l-ecriture-de-textes-libres-a108186602

    - La question de la semaine : http://laclasseplaisir.eklablog.com/nos-questions-a108184610

    - La "phrase du jour" : http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-vecu-900-la-phrase-du-jour-a120318846

    - Les temps de classe : http://pedagost.over-blog.com/article-quand-les-temps-de-la-classe-se-parlent-96527061.html

    - Eurêka : http://pedagost.over-blog.com/2016/04/projet-eureka-pour-dire-ce-qu-on-a-aime-apprendre.html

    PS : Sur Eurêka, il vient de paraître un bel article dans le magazine "La Classe" de septembre ! http://www.calameo.com/read/000021025eca41453945e

    Daniel Gostain


    votre commentaire
  • Regards d'enfants sur ce qu'ils vivent dans une classe Freinet :

    "La pédagogie Freinet

    C'est travailler en rigolant.

    C'est une autre manière de travailler.

    C'est travailler sur ce que l'on veut.

    C'est apprendre par l'action.

    C'est préparer des conférences.

    C'est travailler en s'appuyant sur l'actualité.

    C'est travailler en groupe.

    C'est se mettre à côté de son copain.

    C'est avoir des métiers dans la classe.

    C'est demander de l'aide à ses copains."

     

    "En classe, le matin en arrivant, nous prenons le Quotidien. Le Quotidien est un journal de classe résumant la journée précédente. Nous faisons des « Quoi de neuf ? », ce sont des petits exposés de trois minutes. Nous faisons du « plan de travail ». Le plan de travail c'est une feuille où il y a un tableau avec des matières. Il y a des classeurs pour chaque matière. On choisit les matières qu'on veut faire. On change de place en fonction de ce qu'on fait. On trouve ça chouette parce qu'on peut faire ce que l'on veut.

    Mais nous ne faisons pas que ça !

     

    Les conférences :

    On fait un exposé qui dure environ 30 minutes. Quelqu'un propose un sujet, puis les autres élèves peuvent poser des questions sur une affiche.

     

    Plaisirs VECUS 678 : Regards freinétiques

     

     

    Plaisirs VECUS 678 : Regards freinétiques

     

     Les messages clairs :

    Dès qu'il y a un problème entre nous. Nous écrivons les noms de ceux qui sont concernés. Et nous les réglons entre nous au moment de la récréation.

     

    Comment on fait le journal de classe ?

    Chaque mois nous faisons un journal. On a choisi ensemble son nom au tout début de l'année : le Coligny Academy. On commence par demander quelles idées d'articles ont les élèves. Puis quand des élèves ont un sujet qu'ils veulent partager, ils commencent par l’écrire sur un cahier de brouillon ou directement sur l’ordinateur. Ils écrivent le texte et mettent des photos. Il y a plusieurs articles de différents sujets. Il y a aussi des BD ou des hors-séries comme celui de la classe de neige et, en cours, un spécial BD. Souvent on fait le Coligny-Académy quand il y a A. avec nous pour gérer les ordinateurs. Il nous aide quand on a un problème avec les PC. C'est souvent le maître qui fait le petit édito mais il y a aussi des élèves qui le font. Puis le maître fait la mise en page et il l'imprime. R. s'est intéressé beaucoup à la mise en page pour le dernier numéro. Le maître lui a montré comment faire.

     

    Quelques avis supplémentaires d'élèves…

     C. : Moi j'adore le plan de travail, on fait ce qu'on veut comme matière. Je trouve qu'on apprend mieux et puis on fait ça en s'amusant !

    E. : Moi j'ai adoré parce qu'il y a beaucoup de matières et que nous pouvons faire ce que nous voulons ; moi j' aime l 'orthographe et on fait ça en s'amusant.

    P. : Moi j'aime beaucoup la pédagogie Freinet et en plus on apprend aussi bien que la pédagogie ordinaire. Et puis j'adore ce qu'on fait. Mais on ne fait pas beaucoup d'histoire et de géographie.

    M. : Moi j'aime beaucoup comment le maître nous fait apprendre. On travaille tout en s'amusant c 'est trop cool ! En plus quand il nous explique les choses il fait les gestes et il est trop drôle!

    V. : J'aime bien quand on aborde des notions, car on les aborde en jouant. J'aime bien aussi les conférences car ça permet de faire découvrir des nouvelles choses aux autres. Je n'aime pas trop le quotidien, j'avoue ne pas le lire chaque soir et j'aimerais bien que l'on fasse plus d'histoire de géographie et de sciences. Sinon dans l'ensemble, j'aime bien.

    W. : J'aime bien quand le maître nous fait des cours de maths . J'aime bien le Coligny Académy car on fait des textes ou des BD par groupe et je n'aime pas trop le quotidien. J'aimerai bien qu'on fasse du rugby.

    P. : J'adore quand on fait du Coligny Académy.

     

    Classe de Philippe Gilg


    votre commentaire
  • Cette semaine, la "Classe plaisir" a décidé d'être Cop'1 avec la Cop'21.

    Pour cela, nous avons imaginé quelques propositions pour que les accès aux apprentissages soient en phase avec notre combat pour l'environnement.

    Voici nos engagements :

    1) Utilisons le solaire

    Et si, lorsque le climat le permet, nous transférions la classe à ciel ouvert ? Que nos projets, nos découvertes, nos moments de transmission se fassent sans électricité, hors murs, dans la nature !

    2) Répartissons différemment nos émissions de gaz carbonique

    Et si nous laissions davantage l'expression aux élèves et par conséquent réduisions quelque peu notre expression à nous, enseignants ? Favorisons les temps de partage, de présentations, de pensées libres et réfléchies, tous ces temps qui peuvent devenir des moteurs naturels d'apprentissages.

    3) Limitons les gaz à effets de serre

    Et si nous privilégiions le milieu proche de l'école, pour ne pas utiliser inutilement les transports ? Ce serait l'occasion d'une (re)découverte de nos lieux de vie.  Sommes-nous sûrs que les enfants connaissent leur environnement, son histoire ? Une façon de se l'approprier, voire d'en être fiers. De la géographie et de l'histoire incarnées.

    4) Responsabilisons-nous

    Et si nous inventions de nouvelles responsabilités dans la classe : le tamiseur qui éteint la lumière quand elle est superflue ; l'observateur, chargé de témoigner en direct des changements climatiques qui se déroulent par la fenêtre ; le glaneur, qui s'occupera des papiers usagés mais encore utilisables ; les éveilleurs qui alerteront en temps réel sur tout ce qui fait pollution en classe et dans l'école...

    5) Réduisons les énergies fossiles

    Et si nous développions les actions d'entraide et de tutorat entre pairs, pour que, grâce à la coopération, les énergies fossilisées de certains élèves, las des injonctions répétées de l'adulte, se réveillent peut-être et  redeviennent solaires ?

    6) Supprimons les usines à gaz

    Et si l'administration de l'Education nationale favorisait vraiment les initiatives de chaque enseignant et de chaque équipe volontaire, en supprimant les procédures, filtrages hiérarchiques, papiers à remplir ? Rien de tel que la confiance pour permettre d'avancer !

    7) Méfions-nous du tout technologique

    Et si nous évitions de considérer le numérique comme l'unique réponse miracle  aux difficultés d'apprentissage, et choisissions aussi l'humain, à travers notamment la culture et l'art ? Remplissons-nous d'histoires  - de contes et de mythes par exemple pour faire culture commune  - et de créations à mener ensemble, initiées par les élèves ou par l'enseignant. 

    8) Favorisons le renouvellement des énergies

    Et si, par le développement d'institutions comme le conseil d’enfants, les conseils de délégués d’école, et par la mise en place d’ateliers de réflexion collective, les enfants devenaient pleinement partenaires des décisions à prendre. Cet exercice quotidien de la citoyenneté créera certainement le désir de participer plus tard activement à la vie de la cité et donc d’influer sur le cours de l’histoire.

    Daniel Gostain, avec la collaboration de Valérie Da Silva et Nicolas Janod


    2 commentaires
  • J’ai cette année une classe de cycle III un peu difficile dans un quartier de Paris lui-même difficile. A côté d’un groupe de CM2 plutôt partant et dynamique, la plupart des élèves de CM1 ne rentrent vraiment pas dans une dynamique d’apprentissage. Ils sont soit dans une passivité que je trouve inquiétante, soit dans une réactivité que je trouve gênante, et rien - sauf quand je leur lis une histoire - ne semble les intéresser.

    Je pourrais choisir l’option de l’autoritarisme, qui « fonctionnera », j’en suis sûr : activités imposées de façon plus ferme, silence imposé sous peine de sanctions, etc.….

    Mais, même si cela « fonctionnait », est-ce que pour autant ces élèves progresseraient et apprendraient pour de vrai. Ils feraient ce qu’on leur dit de faire, car ils n’ont pas le choix. Mais, comme dirait Célestin Freinet, « ne vous obstinez pas dans l'erreur d’une pédagogie du cheval qui n’a pas soif ».

    J’aimerais donc plutôt chercher ce qui pourrait leur donner soif, ce qui pourrait les amener en conquête d’apprentissage.

    Alors, avec Daniel G, nous nous sommes interrogés et nous avons cherché des idées. Le plus librement possible. Et en voilà une qui a émergé : Et si nous mettions en place un temps de « recherche de sens », qui permette de revenir sur ce qui nous amène à nous rendre à l’école pendant tant d’années, afin de remettre la quête du savoir au centre de toute chose. En effet, presque jamais au cours de la scolarité, nous nous interrogeons sur le pourquoi des apprentissages.

    Nous pourrions consacrer un temps quotidien de « recherche de sens » qui pourrait se diviser en quatre thématiques : la langue, les mathématiques, le monde, l’humain. Chacune sur une semaine. En s’appuyant bien sûr sur ce qui se passe dans les activités de la classe au moment de cette « recherche de sens ». Et puis, ensuite, nous repartirions sur le premier thème.

    Nous commencerions, chaque lundi pendant 20 minutes, à lancer un remue-méninges autour d’une de ces quatre thématiques et à laisser émerger leurs questions (les premières fois, il faudra sans doute donner des exemples pour leur faire bien saisir l’idée). Et puis tous les autres jours de la semaine, pendant vingt minutes environ, chaque enfant, seul ou à deux, conduirait sa recherche autour d’une des questions qu’il aura choisie. Un peu comme une recherche mathématique (vous en trouverez un exemple ici : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/43609).

    Par exemple :

    - en langue française : « pourquoi met-on des points dans des textes ? », « pourquoi les phrases sont-elles avec des sujets et verbes ? »

    - en mathématiques : « pourquoi n’y a-t-il que dix chiffres alors qu’il y a une infinité de nombres ? », « pourquoi a-t-on inventé la règle ? »

    - sur le monde, « pourquoi il y a-t-il des arcs-en-ciel ? », « pourquoi il y a-t-il de la poussière ? »

    - sur l’humain, « pourquoi il y a-t-il des guerres ? », « pourquoi a-t-on souvent envie d’avoir des enfants ? »….

    L’objectif de ce temps de recherche de sens serait avant tout d’ouvrir la curiosité des enfants sur ce que Jacques Lévine appelait les secrets de la vie, ceux qui nous donnent envie d’apprendre, de creuser à l’intérieur des savoirs. Nous faisons le pari qu’en mettant les enfants dans ce bain de questionnements, peu à peu, ils se remettront en quête.

    En tout cas, moi, Nicolas, je m’engage à tester dans les prochaines semaines cette approche et à vous faire part des premiers enseignements.

    Avec vous ?

    Nicolas J


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique