• Le partage de cette semaine est celui d'un simple moment de classe qui a déclenché le rire de tous, le maître inclus.

    Mardi 5 mars : nous sommes dans une séance de mathématiques toute classique de CE1 : découverte de la multiplication comme nouvelle opération mathématique.

    La classe est dans une assez belle écoute - il faut dire que j'ai insisté sur l'importance de ce moment de découverte - bref, tout se déroule bien. J'ai l'impression que la plupart des élèves ont saisi l'intérêt de la multiplication comme opération de substitution aux additions répétées.

    Comme souvent, je ponctue cette séquence par un temps de reformulation par les élèves eux-mêmes : un enfant va jouer le professeur, une façon de vérifier que le savoir a été un peu assimilé.

    Il y a de nombreux volontaires, comme d'habitude. Cette fois-ci, ce sera C., une jeune fille plutôt réservée, mais toujours impliquée, qui le fera. Elle va devant le tableau, et pour apporter de la légèreté ludique à ce moment, je lui propose de mettre mon manteau, ce qu'elle fait sans hésiter.

    Elle fait une prestation impeccable, reformulant parfaitement l'essentiel de la leçon. Voulant alors aller plus loin, je me lève pour écrire au tableau une addition répétée et la faire ainsi réagir. Alors, elle déclare : "Je ne vous ai jamais demandé de vous lever, Monsieur ! "

    Stupeur dans la salle. Je la regarde, et je vais aussitôt me rassoir, jouant le penaud. Un rire commence à monter, auquel je participe naturellement. Je suis véritablement SLC.

    Depuis, je ne cesse d'y repenser avec bonheur, emballé par le fait qu'elle ait osé m'interpeller de la sorte, d'une façon aussi libre et juste. Je m'en souviendrai longtemps !

    Daniel Gostain


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  • Notre « plaisir à vivre » est celui d’une une expérimentation créative dans nos classes que nous avons intitulée les "Explorateurs".

    Il s’agit de faciliter l’accès et l’appropriation des grandes notions scolaires grâce à des regards multiples portés sur celles-ci (nous nous inspirons ici des « intelligences multiples ») :  

    - le regard de l’écrivain

    - le regard de l’artiste

    - le regard du reporter

    - le regard du mathématicien

    - le regard du scientifique

    - le regard du théâtreux

    - le regard du musicien

    - le regard du poète

    - le regard du photographe

    ...

    Nous faisons ainsi le pari que pour beaucoup d’enfants, regarder autrement et de façon diversifiée les notions à aborder à l’école peut leur donner davantage de chances d’accéder à leur compréhension, chacun y trouvant un accès plus proche de son tempérament, de sa personne. Et aussi du plaisir évidemment !

    Nous avons commencé à vivre et faire vivre ce projet autour d’une première thématique : le Nombre. Dix classes ont débuté ou vont le faire prochainement, toutes avec beaucoup d’enthousiasme.

    Voici l’organisation de démarrage : La classe est divisée en équipes de trois élèves. Les équipes sont hétérogènes. Chacune de ces équipes endosse l’un de ces regards (si besoin, nous procédons à un tirage au sort).

    Pour lancer le projet, nous avons choisi de privilégier quatre de ces regards (donc deux équipes pour chacun d’entre eux), de façon à ce que les enfants s’approprient l’idée : le regard de l’écrivain, le regard du reporter, le regard théâtral et le regard de l’artiste.

    Les équipes d’écrivains écrivent une histoire mettant en jeu le Nombre.

    Les équipes de reporters enquêtent dans l’école ou dans le quartier à partir d’un questionnaire sur le Nombre auprès d’adultes ou d’enfants, qu’ils ont interviewés.

    Les équipes de "théâtreux" conçoivent une scène avec des personnages nombres ou parlant du Nombre.

    Les équipes d’artistes réalisent des créations plastiques autour du Nombre.

    Avec le déroulé suivant :

    Etape 1 : présentation du projet, constitution des équipes et répartition des missions pour chaque équipe,

    Etape 2 : 1h30 environ de réalisation des missions,

    Etape 3 : 30 minutes de présentations des résultats des missions à l’ensemble de la classe. 

     

    Qui voudrait nous rejoindre et associer sa classe au démarrage de ce projet ?

    Daniel Gostain : daniel.gostain@sfr.fr

     

    Pour vous donner l’idée de ce que cela peut représenter, nous vous faisons partager ce premier témoignage de classe :

    Mardi 24 janvier, 8h45. Le conseil commence. Je prends quelques minutes à la fin pour présenter aux élèves le défi de la matinée, annoncé dans leur emploi du temps (qui est scotché sur leur bureau chaque matin). Je leur demande s'ils ont remarqué quelque chose d'inhabituel… Y. répond qu'il a vu oui, et qu'on allait faire un défi de « regards liquides »!

    Après vérification et relecture, on explique le mot « ludique », puis on parle aussi des regards, et la classe reprend, en attendant impatiemment 10h30, heure prévue pour ce tout nouveau défi.

    10h30- Retour de récréation. Je réunis toute la classe (21 élèves de la MS au CM2) et je présente le projet en détail :

    Par groupe de 3, vous allez travailler sur un thème à travers différents regards (avec des lunettes spéciales) pour voir comme un reporter, comme un artiste, comme un écrivain ou comme un comédien. D'autres classes se sont lancées, on pourra échanger avec eux pour voir ce qu'ils ont fait. Vous avez 1h30 pour votre création, la présentation aura lieu cet après-midi. Et le thème c'est...le nombre !

    Une photo de la classe aurait bien illustré la réaction des élèves…

    -  Quoi ? Le nombre ? 

    - Mais...on doit faire une interview sur le nombre ...? 

    - Ou un texte avec des nombres??

    On a peu de temps, les élèves font rapidement le choix du regard qu'ils souhaitent adopter, et se répartissent par petits groupes dans l'école.

    Regards d'artistes

    Les artistes se lancent tout de suite : un premier groupe s'installe autour d'une table et ils commencent à discuter. Ils échangent sur l'oeuvre qu'ils veulent produire, ils négocient.

    Le deuxième groupe décide de produire directement et commence par un croquis individuel, dans le but de « regrouper » les 3 essais, en essayant de garder des idées de chacun.

    Ça donne ceci :

    Plaisir A VIVRE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Plaisir A VIVRE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Regards d'écrivain

    Les trois écrivains sont en CE1, CP et MS. Ils ont l'habitude de produire des textes, L. va chercher une feuille et un crayon, puis propose que l'histoire se passe dans une école et E. commence à raconter de nombreuses anecdotes... Je rappelle juste qu'il ne faudra pas oublier le thème du nombre , alors L. demande à T. de lui donner des nombres qu'il aime bien, il les note dans la marge. Il y aura donc 3 enfants qui s'appelleront 30, 11 et 10 et une maitresse qui pourrait s'appeler Madame 9…

    Le passage à l'écrit est un peu « laborieux » et surtout en décalage avec les idées qui fusent… T.(MS) a du mal à rester avec le groupe et papillonne. Il ne reviendra pas aider L. et E. Je propose une dictée à l'adulte pour que le texte avance, ils acceptent. Ils se concentrent sur le contenu et me dictent le texte quand je passe et suis disponible.

    Voici le texte présenté l'après-midi :

    Les 3 zigotos

    Il était une fois dans la classe, trois enfants qui s'appelaient 30, 11 et 10. Le matin, ils faisaient un défi « sciences » avec leur maitresse Madame 9.

    Ils devaient faire une maison avec 5 cartons, 8 rouleaux de scotch, 100 cure-dents et 1 000 boules de pâte à modeler orange. La maitresse leur a dit bravo pour leur belle maison. 10 avait fait le plancher, 11 avait fait le toit, et 30 avait fait les murs.

    Après, ils sont partis à la cantine. Les assiettes étaient toutes en forme de chiffres, c'est pas du tout pratique. En plus, les nombres n'étaient pas très sages, ils disaient des gros mots:

    - « carotte de nez »!

    - « crotte de six »!

    - « quatre de nez »!

    - « espèce de mille »!

    L'après-midi, 30 a fait de la couture, il a cousu un 8 sur un 1. 11 a fait de l'art visuel, il a dessiné 1000 sur une très grande feuille. 10 a compté des nombres à l'ordinateur jusqu'à 36 000.

    C'est la fin de la journée, le 10 présente un « 2 minutes pour séduire », il a apporté le portrait de sa grand-mère, elle a 100 ans !

    Regards de reporters/journalistes

    Les journalistes ont très envie « d'aller interroger des gens » me disent-ils... Ils savent qu'ils vont pouvoir sortir de l'école. Je leur demande ce qu'ils vont poser comme questions...mais après un rapide triple regard croisé suivi d'un long silence, ils se rendent compte qu'ils n'en ont pas la moindre idée. Je leur propose de commencer par en écrire quelques unes. Pas simple... M. dit qu'on pourrait demander jusqu'à combien ils savent compter. Puis, s'ils aiment les nombres, et lesquels. P. veut leur demander leur numéro de téléphone… Le groupe se met d'accord sur 7 questions, elles seront tapées à l'ordinateur puis photocopiées. Zut, il ne reste plus que 30 minutes pour les interviews ! Ils décident d'aller au bar du village pour trouver le plus de personnes possible.

    Interview sur le nombre

    1- Est-ce que vous savez ce que c'est  un nombre?

    2- Est-ce que  vous aimez les nombres? Est-ce que vous les trouvez intéressants? Lesquels? Pourquoi ?

    3 - Pouvez-vous nous dire le nombre de lettres que vous avez dans votre prénom?

    4-Pouvez-vous nous donner votre numéro de téléphone?

    5-Jusqu'à combien vous savez compter ?

    6- Pouvez-vous nous écrire le nombre 98 en lettres ?

    7- Est-ce que vous avez autre chose à nous dire sur les nombres?

    Au moment de la présentation, M. explique que le groupe a eu du mal à trouver des questions, puis elle lit le document qu'ils ont produit et choisit de leur donner quelques réponses...étonnantes :

    - On a interrogé L., elle n'aime pas les nombres, parce qu'elle n'aime pas les maths. Elle dit qu'elle ne sait compter que jusqu'à 46...alors on pense que c'est peut-être parce qu'elle a 46 chèvres ! Et elle avait autre chose à dire à la fin (question 7), elle trouve que les nombres ça fait mal au cerveau ! Et aussi, on a trouvé une personne qui a 15 lettres dans son prénom.

    Regards de comédiens

    Deux groupes de quatre élèves se lancent dans le théâtre. L'un d'entre eux démarre rapidement, les idées fusent, ils échangent, s'attribuent leur rôle, se répartissent le travail pour fabriquer des accessoires. Leur idée : une fête du nombre avec des bandeaux « nombres » autour de la tête, des pancartes « nombres », et un petit personnage (MS !) qui a bien appris son texte et qui va passer son temps à répéter cette même question : Mais c'est quoi un nombre ??

    Le deuxième groupe a eu plus de mal à s'entendre sur le scénario : de nombreux désaccords et peu de propositions. Ils ont finalement passé plus de 45 minutes à débattre jusqu'au moment où M. a commencé à parler de mime. C'est parti, l'idée les avait séduit. Ils vont se mettre à enchainer les positions de manière à faire deviner des chiffres aux autres. Debout, les bras tendus et inclinés...c'est le 1 ! Bon, et pour le 6, on se couche par terre, on se met en boule et on lève les jambes… S. se met à écrire tout ça, propose de noter les dialogues, et évoque ensuite la chute de la scénette. Il se propose d'être le narrateur et de jouer une voix off étrange qui crierait à la fin : "On ne se moque pas des nombres comme ça…! Puisqu'il en est ainsi...vous serez tous stupéfixié jusqu 'à la fin des temps !!!"


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  • Souvent, l'an dernier en double-niveau (CP/CE2), un élève me remplaçait pour animer un moment d'une séance et je pouvais ainsi travailler avec l'autre niveau. C'était régulièrement le plus rapide ou celui qui avait bien avancé sur son plan de travail.

    Mais cette année, un seul niveau (CE2) et beaucoup d'hétérogénéité : un élève m'a proposé, alors que je devais m'attarder à aider un de ses camarades en grosse difficulté, de venir animer la récolte des mots à partir d'une recherche sur un son. Et là, il a su gérer la prise de parole, il a veillé à ce que chacun parle, les élèves étaient très attentifs et attendaient bien leur tour !!!

    Quelques jours plus tard, une activité similaire, et l'élève se propose à nouveau : je dis que c'est une bonne idée, mais il faudrait aussi laisser d'autres élèves vivre cette expérience.

    P se propose mais reste bloquée au tableau (elle est pourtant plutôt à l’aise à l’oral). Alors, je rappelle le principe de cette activité : "Animer, c'est trouver le plus de mots... mais aussi donner la parole au maximum d'élèves." Alors C, élève plutôt timide, se propose et c'est reparti pour une animation qui me laisse l'occasion d'observer les élèves avec un certain recul.

    Bilan : on félicite C, même si une remarque lui est faite : "C'était un peu rapide."

    Cela me donne l'idée de dynamiser un peu cette séance en la faisant régulièrement animer par un élève. Je reste garante de l'écriture au tableau (car c'est assez rapide), mais cela peut être une nouvelle responsabilité : animateur d'un jour ! Je vais le proposer au prochain conseil !

    Depuis, les élèves ont proposé de tourner pour être animateurs sur certaines activités. Ils ont demandé, comme pour le « Je fais partager », qu'ils puissent s'inscrire et que ce ne soit pas toujours les mêmes, alors il faut les inscrire dans le cahier du conseil.

    Donc le matin, j'ajoute maintenant sur l'Emploi du temps, près de l'étiquette « Activité », le nombre animateurs requis. Au moment de la lecture de l'Emploi du temps, les élèves s'inscrivent.

    Ce seront des « animateurs d’ateliers » !

    Valérie Da Silva


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  • Depuis ce début d'année scolaire, une drôle de chose se passe dans la classe, une sorte de circulation "naturelle" qui me ravit.

    J'ai une classe de CE1, plutôt pleine d'allant, qui s'empare de tous les temps que je propose (d'où les guillemets mis à "naturelle", car la part du maître est bien présente), avec des élèves qui ne cessent de proposer, de s'engager, et, souvent de me surprendre. Comme si mon rêve formulé en fin d'année dernière se matérialisait !                                                                      http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-a-vivre-768-perspectives-de-rebondissements-a126269442

    Des exemples :

    - Nous travaillons sur l'album "Le mystère Ferdinand" à base de lectures faites soit par moi-même soit par les élèves, d'échanges sur les motivations des personnages, et sans que je l'aie le moins du monde demandé, cinq élèves ont préparé en catimini une scène de théâtre reprenant l'histoire, qu'ils ont présentée à la classe et qu'ils vont montrer aux autres classes de l'école.

    - Le temps d'Eurêka (Eurêka), pendant lequel des enfants volontaires font partager ce qu'ils ont aimé apprendre, a déjà débouché sur des ateliers d'origami, de maquettes, et sur la préparation de présentations de livres.

    - Après avoir regardé une scène de clowns sur les empêchements à apprendre (Les empêchements), plusieurs élèves se sont mis à créer eux-mêmes des scènes de clowns.

    - Le "Je fais partager" (JFP) est très fréquemment le point de départ de situations d'apprentissage naturelles, issues de paroles spontanées d'enfants. Par exemple, à l'occasion du JFP du 14 novembre pour lequel cinq élèves sont intervenus, nous avons constaté en classe que grâce à Raphael (il nous a parlé de sa famille) et à Alice (elle nous a présenté un livre d'Histoire), nous avons questionné le Temps, grâce à Marie (elle nous a parlé de sa visite au Musée du chocolat en Vendée) et à Louise (elle nous a parlé de son école d'avant en Inde), nous avons questionné l'Espace, et grâce à Arsène (il nous a fait partager une expérience sur la fabrication de cristaux de sel), nous avons questionné la Matière. Nous n'avons pas manqué de prolonger ce temps par une étude sur les arbres généalogiques de certains élèves, et des enfants se sont lancés dans de nouvelles expériences scientifiques.

    Il y a là une vraie circulation entre les temps d'expression et de partage, de penser ensemble, de projets et de présentations de ces projets. Mais pour que ce soit rendu possible, il faut impérativement offrir du temps disponible aux envies de chacun, un temps inscrit dans le programme de la journée, et surtout pas réservé à ceux qui ont fini le travail individuel. Il faut donc se détacher du programme à faire, car en s'en détachant et en donnant la priorité à l'émergence d'expressions, de projets, et de partages, le programme, nous n'en faisons au final qu'une bouchée !

    Et c'est tellement agréable à vivre !

    Daniel Gostain


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  • 8h30, un certain vendredi de fin juin 2016, rangés les uns derrière les autres, les enfants de CE1 sont prêts à accomplir le premier exercice du matin. Deux étages à monter, près de 25 élèves, ce n’est pas rien…

    Arrivé dans la classe, chacun dispose son cartable à sa place. Une élève s’empare d’un cahier et fait l’appel en se déplaçant auprès des enfants pour cocher d’une croix leur nom alors que d’autres, assis par terre, jouent aux dés, aux cartes ou conçoivent des figures géométriques.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un petit groupe s’est approprié l’espace de la bibliothèque à la recherche de quelques livres. Tranquillement ils s’assoient par terre, les uns à côté des autres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Presque 9h00, D., l'enseignant agite un petit instrument de percussion, « Le temps libre et calme est fini », tous les enfants s’installent à leur place et l’un d’eux se dirige vers le tableau pour lire solennellement le planning de la journée affiché au tableau sous forme d’étiquettes aimantées : « Je fais partager, Travail individuel, Détente, Langue, Maths, Déjeuner, J’écris, Sport, Atelier ». L’organisation de la journée est donnée. Le « Je fais partager » peut commencer.

    B. récupère les étiquettes des enfants qui, dès le lundi, s’étaient proposés pour faire partager une expérience aux camarades de classe mais qui n’avaient pas encore eu l’occasion de la raconter lors des deux autres « Je fais partager » de la semaine. Alors de petits exposés brefs mais vivants s’enchainent. « Samedi dernier, j’ai fait un gala de natation synchronisé, j’avais un chignon qui tenait grâce à un filet. On m’avait mis de la gélatine pour que ça tienne. Après il a fallu enlever la gélatine ».

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    B. - qui prend son rôle très au sérieux- lance avec un calme olympien « Y a-t-il des réactions ou questions ? » Une poignée de mains se lèvent. Il peut alors distribuer savoureusement la parole : « Tu as dû te faire super mal ... », « C’est quoi la gélatine ? ». Des questions auxquelles E. ne sait pas encore répondre « J’sais pas ce que c’est, je ne sais pas comment expliquer, ça s’étale sur les cheveux ». Mais elle s’engage à faire quelques recherches pour apporter la réponse aux questions de ses camarades de classe...

    Ensuite, c’est au tour de K. d’évoquer un épisode qui aurait pu passer comme une lettre à la poste : son dernier rendez-vous chez le dentiste. « Dans la salle d’attente, il y avait des livres. J’avais trois caries. Pour endormir les dents, ils m’ont mis une crème à la menthe, une petite pâte pour que ça prenne la forme des dents. Ils ont dû enlever les bagues après. Je ne devais pas manger tout de suite car la pâte devait sécher ». Alors les questions fusent : « C’est quoi le nom de ton dentiste ? », « Moi aussi j’ai eu une carie et ils ont pris une photo de la bouche ». D. complète : « Moi aussi je suis allé chez le dentiste et on m’a fait la même chose ».

    A. quant à lui évoque un spectacle sur des légendes amérindiennes au musée du Quai Branly. Présentation discrète qui suscite peu de questions. Alors B. toujours très investi dans son rôle de Président de séance se prend au jeu et veut rééquilibrer les prises de parole« J’aimerai bien que les questions viennent aussi de l’autre côté de la classe et pas que de ce côté »…et ça a l’air de marcher…

    La preuve, quand E. raconte une visite à Eurodisney, Pirate des caraïbes, Indiana Jones, plusieurs mains se lèvent des quatre coins de la salle « Combien d’attractions ? », « Moi j’en ai fait plus ». Mais D. saisit l’opportunité d’une attraction à 360° pour interroger la salle « Vous savez ce que c’est qu’une attraction à 360°? » Flanqué au milieu de la salle, droit comme un piquet, il tourne sur lui-même, en prenant soin de s’arrêter à chaque quart de cercle. Puis dessine au tableau deux droites perpendiculaires et les arcs de cercle qui correspondent chacun à 90 degrés, reprenant pour chaque quart, 90 degrés… Certains s’écrient « AHAHAHA mais c’est comme la bouche d’égout ». La classe vient en effet de faire une série de photos d’objets du quartier. Ils avaient ensuite pour mission d’apporter l’une d’entre elles afin que leurs parents écrivent une légende derrière chacune d’elle… B. reprend la parole et dit « Le Je fais partager est terminé ».

    Le travail individuel peut alors commencer. Il est 9H30. Chaque enfant choisit entre plusieurs activités : mathématiques, lecture, écriture, préparation d’un exposé.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Chacun s’installe, au besoin il faut aller chercher des outils dans la classe mais tout se fait tranquillement. Pour ceux qui peinent un peu, il suffit de saisir une étiquette avec son nom et de l’aimanter au tableau. Chacun à son tour pourra ainsi demander de l’aide au maître qui anticipera et saura qui aller voir. Parfois certains s’entraident naturellement.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il est 10h00, l’heure de la récré. Une petite demi-heure de détente vient de passer, les enfants ont gravi une seconde fois les deux étages. Le temps « Connaissance de la langue » va commencer. C’est d’abord en groupe que l’échauffement se fait. Chaque enfant propose un adjectif ou un nom et l’épelle puis chacun essaie ensuite de deviner parmi les mots écrits leurs genre et nombre. Puis D. distribue une fiche d’exercice qui fera l’objet d’un travail individuel. Le programme indiquait au départ « Mathématiques » mais la concentration des uns et des autres était tellement optimale qu’il laisse chacun vaquer à ses occupations. Certains finissent leurs exercices pendant que d’autres se réfugient dans un livre et s’assoient tranquillement par terre dans la bibliothèque. En parfaite autonomie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C’est bientôt la pause déjeuner ! La matinée est vite passée... Dans le calme, même si la fin de l’année approche, ils racontent le bonheur d’être considérés comme des êtres responsables, intelligents, capables de s’organiser ensemble, d’administrer leur temps individuel et collectif. Certains me racontent ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont appris, « J’aime bien le travail individuel », « J’ai appris le singulier et le pluriel, les verbes avoir et être, j’ai appris à lire en CP avec D.», « J’ai appris à faire du travail individuel », « J’aime bien la façon dont on apprend, elle est rigolote », « J’aime bien son organisation, comment il fait les choses, comment il les explique. Ce qu’il fait». Peut-être que ce qui est le plus plaisant, c’est de voir qu’ils sont conscients de cela et qu’ils mesurent que cette manière de travailler leur servira même s’ils ne savent pas bien si tous les enseignants qu’ils auront plus tard travailleront de cette manière… la vie le leur dira…

    Anne Lise Schmitt, visiteuse d'un matin


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