• J'ai une classe de PS/MS/GS, en milieu rural en Seine Maritime. Lors du 3ème conseil de l'année :

    H. ( 3 ans 9 mois, MS) demande la parole : " Bah  moi ze propose qu'on revoie Nina pasque ze voudrais qu'elle me dise que ze suis beau quand maman me met du zel".

    L ( 5 ans 2, GS) : " Oh je crois que tu es amoureux."

    H : " Oui c 'est ça, ze veux qu'elle me voie beau "

    Moi : " Alors oui Nina était une correspondante de la classe d' Isabelle, et tu lui avais écrit plusieurs fois. Alors comment faire pour revoir Nina ? "

    H : " Ze propose qu'on ait encore des correspondants "

    P ( 5 ans 3 mois) : " Heu y a un problème. Nina était une grande, elle est partie au CP. Elle est plus dans la classe d' Isabelle. "

    H affiche une mine très déçue.

    E ( 5 ans 9) : " T'inquiète pas H. y aura d'autres Nina dans la classe d' Isabelle. "

    Moi : " H propose d'écrire aux élèves d'Isabelle pour qu'ils deviennent nos correspondants. Qui est d'accord ? "

    Tous les doigts se lèvent très vite, enthousiastes, et H. de reprendre la parole : " Ah oui ! ", soulagé de penser que, sans doute, une autre Nina pourra apprécier son gel....   

    Une de perdue, dix de retrouvées....

    Ah quel bonheur, quand on donne la parole, de voir tous ces cheminements de pensée et ce lexique adéquat.

    Cathy Delarue


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  • Souvent dans la salle des maîtres, ou en tout cas d’après mon expérience, chacun « se décharge » de ses moments pénibles. Alors on parle de ces élèves qui ne savent pas ceci ou cela, qui ont la bougeotte, qui ne se taisent jamais, qui ne rangent pas leurs affaires, etc… et la liste est sans fin. Peut-être qu’on a besoin de ça, mais parfois, je trouve ça pesant.

    Une année, dans une école où c’était devenue quelque chose de vraiment lourd pour moi, j’avais imposé un midi où l’on ne pouvait échanger que des regards positifs sur nos élèves ; cela avait plus ou moins bien pris mais cette journée me faisait du bien. Parce qu’à force, on pense comme ça... Ou alors on l’a tous un peu en nous… Un enseignant canadien m’avait dit que c’était quelque chose de très français ; ça m’avait beaucoup interrogé…(et je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir une école canadienne).

    Cette année, le soleil brille dans la salle des maîtres. J’ai la chance d’avoir une collègue de travail qui s’enthousiasme des milliers de moments avec ses élèves, qui voit (vraiment) les lumières brillantes que les enfants portent en eux, qui raconte TOUUUUT ce qu’ils savent faire, comme ils s’engagent dans les activités, comme ils rient, vivent, travaillent, apprennent, coopèrent, prennent soin les uns des autres, etc… et la liste est sans fin ! Un regard bienveillant, sans naïveté, qui fait du bien, et … quelle chance ont ses élèves et notre école ! Et en plus c’est contagieux, ça force à s’interroger sur son propre regard et à voir d’abord et avant tout, toutes ses petites choses positives, belles, drôles, touchantes, … qui se passent dans une classe et qui viennent des élèves.

    Alors (un très grand) merci à elle et je souhaite très fort qu’il existe une telle personne dans chaque salle des maîtres.

    Nicolas


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  • Au Festival du livre de Mouans-Sartoux, j'ai assisté en direct à un très beau "moment-champagne"...

    Le vendredi, c'est la journée des scolaires, enfin il paraît, car franchement de 10h à 15h, on assiste à des moments plus que terribles :

    - "Non, les BD et les mangas c'est pas pour vous

    - Non, c'est pas de ton âge...

    - Non, ne touche pas les livres...

    - On est pressé, viiiiiiiite...

    - Allez, en rang par deux et par ordre alphabétique...

    - Etc."

    Sans compter les défilés quasi militaires.

     

    Heureusement, il y a aussi de belles surprises !

    A un moment, tout un groupe de gamins se précipite sur le stand de l'ICEM :

    - "On a les mêmes, on a les mêmes... (des Btj, des Jmag)

    - Maître, tu as vu ?"

    Et là je vois arriver Eric avec le reste de la classe. Nous discutons un moment, les élèves s'éparpillent sous le chapiteau tranquillement, vont et viennent, s'arrêtent, discutent, regardent, touchent, lisent... Normal, ils sont venus au Festival du livre.

    Le temps passe et arrive presque toute la classe, tenant un grand livre entre plusieurs mains...

    - Eric, Eric, on a acheté un livre pour la classe...

    - Mais je ne vous ai pas donné l'argent de la coopérative.

    - Oui, mais là, on a mis chacun un peu de notre argent de poche et c'est pour la classe !".

    Merci à Eric et à sa classe pour ce très beau moment partagé.

    Jean-Charles Huver


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  • En classe unique, un jour par semaine, premier "Accord de groupe" du vendredi (comme un conseil d'élèves) qu'ils ont aussi tous les mercredis : quelques prises de paroles qui valent le coup de se réjouir quand à leur implication dans les apprentissages.

    - Proposition par une élève d'une journée Halloween : je leur demande pourquoi justement un vendredi car ils passent quand même plus de temps avec le maître. Une élève de CP (fraîchement arrivée de maternelle en septembre 2017) me répond avec la plus grande simplicité : tu comprends maîtresse c'est tellement chouette de partager des journées spéciales. Nous avons aussi envie de partager quelque chose de spécial avec toi ! Un autre élève : Qui prépare le mot ? Et allez, même pas besoin de proposer la rédaction du mot partagée, l'idée est venue d'eux même.

    - Pendant le temps d'Arts Visuels, je vois quelques élèves discuter, se partager des feuilles...un CM1 était en train de fabriquer des créations géométriques pour que les CE1 les colorient. Des créations, des photocopies, des coloriages... Je leur ai donc proposé de partager cette idée lors de l'"Accord de Groupe". Cette idée a tout de suite fait l'unanimité dans la classe et quelle aubaine pour moi qui doit travailler la géométrie le vendredi ! Et en plus, il y en a plusieurs qui ont eu l'idée d'en faire des livrets pour les vendre pour la Coop ! Puis petit débat sur : "Est ce que les gens vont nous acheter des livrets de coloriage alors que nous ne sommes pas des professionnels ?"

    Bon maintenant, il faut mettre en place tout ça !

    Quel plaisir !

    Marie Delarue (74)


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  • Sortir de la classe, c'est l'occasion de voir la ville à une heure où, généralement, on ne la voit pas. On croise les voitures de la Poste, les livreurs garés en double file, les retraités qui sortent faire leur courses. 

    Je trouve que le regard des gens change quand on sort de la classe avec sa classe. Les voitures s'arrêtent pour nous laisser passer, les gens disent « bonjour » et les enfants le leur rendent joyeusement. Parfois même, un petit refrain spontané se met à bercer la fin de nuit de ceux qui sont en retard dans le métro pour rejoindre leur bureau.

    Ce jour là, nous allions au Musée d'histoire. Pour y aller, nous devions descendre à la station « Canebière ». Nous attendions là, car l'un des enfants devait nous rejoindre pour cause de séance d'orthophonie. Comme nous étions en avance, je demandais aux enfants de regarder autour d'eux la ville qui les entourait, pour partager leurs trouvailles avec les copains. Et ça n'a pas traîné : l'un d'eux a remarqué la magnifique moulure au dessus de la porte de ce qui est désormais un commissariat, l'ancien Hotel Noailles.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    « C'est qui ? ». Évidemment, pris de court, et n'ayant pas de spécialiste de la mythologie parmi les parents accompagnateurs, je leur répondais ma phrase joker : « On fera une recherche en classe ». Mais là, un petit couple d'octogénaires s'est arrêté. Le monsieur, qui savait visiblement captiver un groupe, nous a présenté Mercure, reconnaissable à son casque ailé.

    « C'est le Dieu du commerce et du voyage, c'est pour ça qu'il est sur la devanture d'un hôtel ».

    « Ah oui, il a des ailes » 

    « Mais c'est pas un hôtel, y'a des flics »

    Et, comme un ninja de la connaissance, en pointant du doigt la voiture jaune du facteur 

    « C'est aussi le messager des dieux, c'est pour cela qu'on utilise ses ailes sur le logo de la poste ».

    Émerveillement des gamins. 

    « Ah oui, les ailes, je les vois »

    « Où ça, où ça ? »

    Ça y est, le copain est arrivé de chez l'orthophoniste. On rassemble tout le monde, et on dit au revoir au gentil couple, visiblement ravi d'avoir partagé un moment fugace de connaissance sur un trottoir Marseillais, qu'aucun musée, aucune classe, aucun maître n'aurait pu nous offrir.

    Hervé Allesant


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