• Dans ma classe de CE1 dédoublée (13 élèves), nous avons commencé les "Quoi de neuf ?" dès les premiers jours de classe. Certains élèves avaient l’expérience de cette pratique l’an dernier tandis que d’autres l’ont découverte. Les demandes de participation sont tellement nombreuses que j’inscris 2 enfants par jour : un le matin et un l’après-midi.

    Depuis la rentrée, nous avons eu des thèmes très divers. Une élève a raconté ses vacances avec des photos, une autre a amené le livre photo de sa naissance, d’autres ont amené des jeux, des figurines, des livres…

    Cette présentation ne donne pas nécessairement lieu à un travail mais nous avons déjà fait quelques prolongations.

    Avec le thème des vacances, nous avons pu travailler sur la carte de la France mais aussi sur la carte du monde (des élèves sont partis au Maroc, en Roumanie et une élève est même partie au Canada !). Nous avons regardé le trajet pour arriver à destination : les pays traversés, les océans, les continents.

    Une élève nous a présenté sa collection entière de cartes Star Wars, nous avons ensuite essayé de toutes les compter en les groupant par 10 (il y en avait 95).

    Deux élèves ont amené une figurine qu’ils ont eue dans un menu de fast-food, nous avons calculé le prix des menus pour différentes familles.

    Pour l’instant, 2 élèves ne se sont pas encore portés volontaires pour venir présenter quelque chose mais ils participent à l’échange et posent des questions.

    J’ai un élève extrêmement timide qui prend très rarement la parole et parle tout bas, et j’ai été très surprise de le voir lever le doigt dès la deuxième semaine pour s’inscrire au Quoi de neuf. Il s’est mis devant la classe pour montrer sa figurine, a dit quelques mots avec mon aide et a ensuite répondu aux questions des copains. J’étais fière qu’il ose si rapidement parler à toute la classe et ses copains ont fait la même réflexion : « N. est moins timide que l’an dernier, il a même fait un Quoi de neuf devant tout le monde ! »

    Chloé Brillon ce1 école M. Thorez - Wavrechain-sous-Denain (59)


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  • Vendredi 21 septembre. Classe de CE2. Conseil de classe.

    Les élèves se sont approprié le conseil à une vitesse folle. Nous sommes seulement à trois semaines de la rentrée ! Ils ont des petits papiers à mettre quand ils veulent dans trois pochettes différentes : Je critique/ J’ai un problème, Je félicite, je propose.

    Ce vendredi nous avons une proposition. S. propose d’avoir un lapin dans la classe. Je demande la parole, un lapin, c’est un peu gros, on ne peut pas le lâcher dans notre cour toute bitumée, il va être malheureux, un autre enfant demande la parole : on pourrait prendre un hamster, un autre évoque de prendre un poisson… Le débat est lancé, ils argumentent, on finit par voter, ce sera un hamster s’il n’y a pas d’allergie dans la classe, nous écrirons une lettre aux parents pour le savoir, sinon, ce sera un poisson.

    Et puis, sans besoin d’intervention ils élaborent leur plan : il faudra s’en occuper, lui donner à manger, à boire. Maîtresse, tu pourras faire une pince à linge pour s’occuper du hamster ? (la pince à linge étant un service de classe). 

    Ils continuent : Il faut une cage, de la litière, une roue…  On pourrait écrire une lettre aux parents pour demander si quelqu’un en a, et puis, on pourrait aussi faire une annonce dans notre journal de classe ! Maîtresse, tu nous donneras des exercices pour savoir ce que ça mange un hamster ? Un élève réagit, mais il faut de l’argent pour acheter la nourriture, et la litière. Le tour de parole repart de plus belle : on pourrait vendre des gâteaux. Oui, mais où ferions-nous les gâteaux ? A la maison ou à l’école ? Maîtresse, on peut faire les gâteaux à l’école ? Et comment allons-nous faire pendant les vacances ? Maîtresse le prendra, comme ça, on ne se bagarrera pas ! Gloups… Je demande la parole, ça, ça ne va pas être possible, il va vous falloir trouver une autre solution !  Une autre élève C. demande la parole, elle n’a pas l’air si enjouée que les autres. Elle ne veut pas d’animal dans la classe parce qu’à la fin ils meurent, et c’est triste. Une autre question plus philosophique est lancée, deux trois enfants prennent la parole pour expliquer que ce n’est pas grave que c’est aussi la vie, c’est comme ça. On rit à l’évocation du poisson suicidaire de C. ! Mais il est déjà 16h30, il faut partir, les élèves repartent dans un entrain que je ne leur ai jamais vu…

    Pendant tous ces échanges, je les regardais, je les écoutais… et je jubilais ! Ca y est, les élèves se sont appropriés la classe, ils ont proposé, posé les problèmes, cherché des solutions, débattu, argumenté, philosophé, voté… Ils vont écrire, ils vont lire des documentaires, à leur demande… et tout cela aura tellement plus de sens ! Je touche du doigt ce que j’essaye de mettre en place depuis quelques temps… une vraie classe coopérative, une classe qui s’approprie l’école, qui l’envahit même (bon, d’un tout petit animal !) ! Quel bonheur ! Je sens que je vais l’aimer cette année !

    Jeanne Paturel


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  • L’année dernière, avec ma classe de CE2-CM1-CM2, nous avons mené une correspondance. Ma classe était située dans une école REP+ de la Porte de Clignancourt, tandis que celle de nos correspondants était située en milieu rural, en Charente-Maritime. Avec mon collègue, nous nous étions choisis, dans l’idée notamment de permettre aux élèves d’appréhender, connaitre des milieux de vie très différents. Le résultat fut d’une grande richesse.

    Dès le contrat de correspondance, nous avons organisé une alternance entre envois collectifs et envois individuels. Les envois collectifs ont donné lieu à des échanges d’exposés, d’enquêtes, d’expériences diverses et variées, mais aussi et surtout à une étude comparative de nos milieux respectifs, propice au travail approfondi dans le domaine de la géographie ! Dans ce contrat, chacun des enseignants s’engageait aussi auprès des élèves à faire tout son possible pour organiser une rencontre entre les deux classes. Très vite, c’est la classe de Charente-Maritime qui s’est engagée dans le projet d’organiser une classe de découverte autogérée à Paris.

    Mes petits parisiens étaient baba de découvrir au fil de nos échanges toutes les montagnes déployées par leurs camarades pour mener à bien un tel projet. Tandis que nous nous apprêtions de notre côté à partir en classe de découverte grâce à la Mairie de Paris, nos correspondants multipliaient quant à eux ventes et événements en tous genres pour financer seuls un aller-retour en TGV, un séjour en auberge de jeunesse, les courses pour les repas, les tickets de métro sur place…

    C’est alors que, dans ma classe, grâce aux propositions du conseil, est née l’idée de payer à nos correspondants une journée complète à la Cité des Sciences. Et hop ! Calcul du budget, réalisation de cartes postales à vendre par les élèves, comptage régulier du pécule ainsi accumulé, évaluation de la somme restante à trouver, demande à la coop de l’école : les mathématiques naturelles sont arrivées dans la classe !

    Finalement, durant 3 jours au cœur du mois de mai, les deux classes se sont rencontrées avec plein de partages : une journée à la Cité des Sciences de La Villette, une matinée dans notre école sur des ateliers gérés par les élèves, et puis une autre matinée à la Tour Eiffel, qui était un moment aussi riche pour les Parisiens que pour ceux de Charente-Maritime. Joie teintée de trac des rencontres individuels après près d’une année d’échanges individuels entre chaque binômes de nos deux classes, fierté de faire découvrir le métro, émerveillements partagés au cœur d’un Paris aussi méconnu de mes élèves que mystérieux pour les élèves de mon collègue. Pour nous, enseignants, la satisfaction de faire entrevoir à ces enfants la possibilité d’inventer une communauté malgré tellement de distances…

    Au fil des correspondances individuelles, il a fallu apprendre à écrire bien, à écrire juste, à se dévoiler pour apprendre de l’autre, et enfin à partager. Quelle expérience dans le domaine du « savoir écrire et manier la langue » ! Les élèves de ma classe, issus d’un milieu très populaire, majoritairement immigré, enclavé dans un ghetto social, ont découvert qu’il existait partout des enfants avec qui ils pouvaient échanger et se comprendre, simplement par le pouvoir de l’écriture. Un horizon s’est ouvert dans leur vie. Et je pense que mon collègue pourrait en dire autant pour ses élèves des campagnes de la Charente Maritime !

    L’un des temps les plus forts pour cette correspondance individuelle fut le moment du retour des vacances en janvier. Mes petits élèves aux parents Maliens, Sénégalais, Sri Lankais, Algériens, Tunisiens, Marocains, Haïtiens, Ivoiriens… reçurent des lettres peuplées de « Bonne année », de récits de réveillon de Noël et de cadeaux en tous genres… Leur première réaction fut la perplexité : « Maitresse ! On n’a rien à leur raconter, nous. » Déjà, courant octobre, au moment des présentations, la question des « origines » (pour mes élèves, « racines venues d’un autre pays ») avait été posée… Chez nous, ce fut l’occasion de nous interroger sur les rites et coutumes à travers la classe, à travers le monde. Beaucoup ont cherché à décrire les fêtes pratiquées dans leurs familles respectives autour des enfants et des cadeaux, mais aussi de la nourriture. D’autre y virent l’occasion de recherches approfondies au sujet des pays d’origine de leurs parents. Tout à coup, apprendre à l’autre quelques mots d’une autre langue pratiquée à la maison mais pas à l’école est devenue une fierté. En échange, certains ont reçu des descriptions de fêtes et recettes charentaises.

    Et l’envie de s’écrire pour devenir amis est restée ; Et des envies d’aller parcourir la France / le monde sont nées !

    Magali Jacquemin


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  • A l'âge de trente-trois ans, j'ai bifurqué dans ma vie professionnelle pour devenir enseignant, enseignant en élémentaire. Ce choix, je ne l'ai jamais regretté.

    Très vite, j'ai cherché la façon de faire apprendre qui me "parle", de rencontres en rencontres, de stages en stages, et c'est l'esprit de la pédagogie Freinet qui m'a le plus séduit, qui est de permettre à des enfants, pas seulement élèves, de s'exprimer, de chercher, de partager, de penser de la façon la plus libérée possible.

    Cette pédagogie Freinet, je l'ai explorée dans toutes ses facettes, celles qui la rendent vivante, comme celles qui la questionnent, la bousculent. Et je continue à le faire. En compagnie de partenaires passionnés comme moi, acceptant toujours de se remettre en question(s), prêts à dire leurs fiertés comme leurs doutes (fréquents), ce qui est malheureusement rarement le cas à l'école.

    Ce vivant, j'aime le retrouver dans ma classe, dans ce mouvement qui anime les enfants, un mouvement qui manifeste un élan, une vitalité, une présence. Et qui se voit.

    Mais, il y a un MAIS. Cette liberté est battue en brèche par toutes les injonctions venues de haut (qui se transforment en injonctions que nous nous donnons à nous-mêmes), et qui nous susurrent : "Ces enfants sont d'abord des élèves. Ils ne savent pas ce qui est bon pour eux. Vous devez le leur inculquer. Vous êtes leur maître !"

    Pourtant, je rencontre de nombreux enseignants qui voudraient faire autrement, qui voient leur rôle comme passeurs plus que comme managers. Souvent des jeunes.

    Alors, ce week-end dernier, avec un groupe de "copains" qui mènent le même combat que moi, nous nous sommes mobilisés, et avons créé un espace neuf, précieux, mutualisé, pratique, pour aider tous ceux qui veulent travailler autrement.

    Le voilà : Se lancer en pédagogie Freinet

    Pour que le devoir d'apprendre se métamorphose en plaisir d'apprendre !

    Daniel Gostain


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  • Le travail avec des adultes apprenants est parfois l’occasion aussi de fortes émotions...

    Justine est arrivée en janvier dans le groupe d'alphabétisation d'adultes, transformé pour la plupart des apprenantes en groupe d'apprentissage français langue étrangère. Nous voici avec elle revenus à notre mission originelle : même si elle récite l'alphabet sans erreur et peut écrire (ou plutôt dessiner) les lettres, Justine, 24 ans, ne sait pas lire du tout. Curieusement, elle repère toujours le « a » et sait le prononcer. Mais pas les autres lettres dont pourtant elle connait le nom. Dans les faits, elle n'est jamais allée à l'école élémentaire. De son passage à la maternelle qu'elle a fréquentée avant de rejoindre un IME, elle m'a montré un jour avec beaucoup de fierté des photos de classe où elle sourit au milieu de ses petits copains de trois/quatre ans. Je les ai tous reconnus – je les avais retrouvés plus tard au cycle 3 –, mais pas elle. Ça m'a fait tout drôle, cette petite fille qui, tout à coup, disparait du groupe. Et le groupe continue, sans elle. Personne, parmi ces enfants, jamais, à l’école élémentaire, n'avait évoqué sa présence.

    Des années plus tard, inscrite au cours d’alphabétisation pour adultes, elle a fait preuve d'une étonnante assiduité aux quatre séances hebdomadaires, ce qui lui demandait à chaque fois un déplacement en train, une longue marche dans la ville et une attente de plus d'une heure dans la gare de départ. Elle est venue été comme hiver, qu'il pleuve ou qu'il vente, qu'elle soit en forme ou un peu grippée.
    Chaque fois, elle s'est pliée avec un plaisir évident à nos demandes, a participé au quoi de neuf ?, a écrit – en dictée au formateur – des textes libres qui parlaient d'elle, a commencé à syllaber, s'est efforcée à faire des devoirs qu'elle s'était donnés elle-même pour le lendemain, a « attrapé » de nombreux mots qu'elle identifiait globalement, pour... tout oublier systématiquement à la séance suivante.
    Seul restait le « a ».
    Ou peu s'en faut.
    Nous voyions bien que quelque chose était possible avec elle, qu'elle n'était dénuée ni de logique ni de désir d'apprendre. Nous étions par ailleurs convaincus qu'il nous faudrait du temps pour que la Méthode naturelle agisse avec elle, en commençant par déconstruire ce qui avait été peut-être à l'origine de ses incapacités et, en s'appuyant sur du sens, celui de la vie, la sienne d'abord, par reforger une meilleure estime de soi.
    Et nous avons tenu le cap. Elle entrait avec le sourire, visiblement contente d'être là.

    Mais en juin, toujours rien.
    Alors j'ai commencé à douter.
    Étions-nous armés pour faire face à une situation de léger handicap mental ? Mes collègues de l'association étaient moins pessimistes, peut-être parce qu'ils n'avaient pas, comme moi, failli la connaitre enfant, n'avaient pas nourri non plus l'espoir plus ou moins conscient de récupérer, des années après, la petite fille disparue de la photo.
    Mieux ancrés dans le présent avec elle, ils s'accrochaient davantage aux résultats de la séance, quand bien même ceux-là s'évaporaient le lendemain. Ils y voyaient un signe encourageant. Après tout, ce qu'elle avait su faire pour le « a », pourquoi ne saurait-elle pas le faire pour le reste ?

    Et puis, le dernier jour est venu et avec lui un petit bilan pendant lequel les apprenants ont été invités à s'exprimer sur leurs impressions de progrès ou non, et sur leurs souhaits pour l'an prochain.
    Justine a dit : « Moi, j'ai beaucoup appris cette année – et là, j'ai tendu l'oreille à l'en décrocher –, j'ai appris à avoir plus confiance en moi. Par exemple, maintenant, quand je sais qu'il y a un boulot possible pour moi, comme à la pouponnière de Molsheim, j'y vais, je pose ma candidature, je me fais aider pour écrire la demande. Je suis contente. »
    Et nous donc !
    Et moi donc : à la place vide, sur les photos de classe des cours moyens, un vague contour commence à se dessiner…

    Martine Boncourt


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