• Dans la classe où je travaille actuellement, un des élèves est comme qui dirait un grand passionné de moyens de locomotions. Google Maps, les voitures, le train, les bus et même les métros alors que nous sommes en province, rien n'a de secret pour lui ! Il aime calculer des itinéraires, savoir ce qui serait le mieux, le plus simple, le moins cher, si nous allons visiter tel ou tel endroit avec la classe ou si lui-même projette avec sa famille de partir en vacances.
    Aucun risque d'être perdus en sa compagnie, nous pouvons lui faire confiance. Chaque jour il aime raconter son trajet pour venir à l'école, les « imbéciles » qu'il a croisés ne respectant pas le code de la route étant plus ou moins dangereux. 

    Mais l'un de ses premiers plaisirs, avouons-le, est naturellement de se moquer des personnes mal garées, surtout quand il reconnaît les voitures des collègues. Aucune malveillance là-dedans, bien au contraire...
    Bref vous l'aurez compris dans les locaux se cache peut être un futur professeur d'auto école voire un policier... Attention à vous !
    En ce qui me concerne, depuis que je suis dans l'établissement, ledit élève a pris le rituel, chaque matin, de venir me voir pour me demander comment je suis venue à l'école. Cela dépend, parfois j'ai ma voiture (où est-elle garée ??) , parfois je me fais accompagner (pas de preuves !) et de plus en plus souvent j'ai la chance de venir à pied, car avec 2 petits kilomètres, ça serait dommage de s'en priver.
    Jusque là, rien d'exceptionnel, mais depuis quelques temps ma voiture dormait chez un garagiste, forcément, l'absence de véhicule n'est pas passée inaperçue, alors le rituel changea :
    Ça y est ? Elle est réparée ? 
    Et non ! Toujours pas ! Il n'a pas le temps.
    Ça y est ? Elle est réparée ?
    Eh non ! Il ne trouve pas le problème !

    Et ça pendant 15 jours, jusqu'à ce qu'un après-midi, ce jeune garçon, sourire aux lèvres, s'approche de moi, quelques feuilles pliées à la main...
    Naturellement, je m'interroge sur ce que c'est.
    Fier de lui, il me demande d'attendre avant de regarder, de lire, c'est secret, c'est un cadeau...
    Premier geste de ce genre venant de lui, vous pouvez donc imaginer à quel point ma curiosité était éveillée...
    J'ai tenu parole et attendu un peu avant de déplier les différents papiers.

    Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'en ouvrant et en lisant les premières lignes je me suis retrouvée nez à nez avec une petite annonce Le Bon Coin pour une superbe voiture d'occasion 7 places toutes options ! De quoi me changer de ma fidèle petite 107 fatiguée !

    Ce geste anodin m'a fait, ainsi que mes collègues, rire de bon cœur, je n'avais jamais rien reçu d'aussi touchant de la part d'un enfant. Toute cette bienveillance envers la pauvre instit qui galère avec ses 4 roues, était vraiment unique. Du haut de sa bonne dizaine d'années, ce jeune garçon avait trouvé une solution à mon problème !

    J'imagine que la prochaine étape sera le crowd-funding pour m'aider à la financer (18 900 euros quand même ) alors dès que la cagnotte est lancée, promis je vous contacte !

    Isabelle Perreau

     


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  • Chacun doit réciter sa poésie à un moment ou un autre. Pour éviter ce moment d'inaction relative fatal à certains (dont moi-même, je l'avoue), les enfants ont le droit de "musicaliser" leur récitation à l'aide d'un instrument de musique et ceux qui écoutent ont le droit d'en terminer l'illustration.

    L'idée m'en était venue, alors que je voulais sacraliser ce moment de découverte par une lecture offerte de ma part et obtenir une écoute pleine et entière. J'avais donc pris mon sanza, joué une petite intro, ponctué la fin de certaines strophes de quelques notes puis terminé à nouveau par une courte mélodie improvisée (facile avec cet instrument) avant de savourer les regards ravis et silencieux.

    Du coup, j'avais dans la foulée proposé à mes élèves de se servir de cet instrument, nouveau et fascinant pour eux, au moment de leur temps de récitation.

    Plaisir VECU 210 : La récitation, autrement

    Ce matin donc, chacun "passe" et récite son petit texte (Les mouettes, de Andrée Chedid et Laurent Corvaisier, texte de la sélection officielle) avec plus ou moins de succès, sans l'instrument (trois seulement) ou bien avec. Chacun est attentif et termine son travail d'illustration.

    Lorsque M. se porte volontaire à son tour, les oreilles se dressent... et savourent. M. commence par une introduction qui donne le ton : il va nous faire plaisir et s'investir à fond. Il récite ensuite lentement la première strophe, invente un petit "musical bridge", poursuit en prononçant les mots comme s'ils étaient des perles, ré-invente une deuxième escapade musicale et termine en apothéose : spontanément, un, puis tous les enfants applaudissent !
    Une parenthèse dans le temps de quelques secondes, savourée collectivement avec un plaisir vif.

    L'illustration : cette année, au moment des Arts Visuels, de temps en temps, nous illustrons collectivement pour le cahier de poésie. Il s'agit alors, sur un petit format, soit de la réaliser d'un coup selon une nouvelle technique que j'apporte, soit de réaliser une partie de l'illustration qui sera ensuite collée sur la page blanche du cahier ET finalisée au moment des deux temps de récitation par les deux demi-groupes.
    Pour cette première séance, les enfants avaient découvert l'aquarelle et réalisé, sur un petit rectangle de papier 260g, un dessin peint ensuite. Puis, le jour de la récitation, ils avaient pour consigne de poursuivre ce dessin aux crayons de couleur en le prolongeant hors du petit rectangle de papier épais.
    Là encore, grande satisfaction : l'aquarelle les surprend, ils adorent et en redemandent. Du coup l'écoute du récitant n'en est que plus "naturelle" et meilleure, chacun étant attentif au poème récité et à son travail d'illustration en cours.

    Plaisir VECU 210 : La récitation, autrement

    Fabuleux !

    Cathy Tricoche


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  • Lors de la visite du collège, mes quatre élèves de CM2 assistent à un cours de français de 4ème. Au début du cours, les élèves de 4ème organisent un goûter littéraire et nous expliquent le principe :
    - au moins huit élèves (1/3 de la classe) doivent présenter un livre (tous les supports sont acceptés à l’exception des BD),
    - présenter un livre, c’est l’avoir lu, en donner un résumé sans dire la fin, donner un avis argumenté sur ce livre,
    - six élèves doivent se charger du goûter, des boissons, des serviettes,…

    De retour à l’école, mes CM2 me demandent si on peut faire la même chose dans la classe. "Aucun problème, à condition que vous l’organisiez. Je vous donne juste la date : jeudi 5 avril de 15h45 à 16h30."

    La semaine suivante, les CM2 expliquent aux autres élèves de la classe comment fonctionne le goûter littéraire et leur demandent s'ils veulent en faire un. La réponse est unanime, les CM2 notent les volontaires pour présenter un livre, il manque un élève pour que l’événement ait lieu quand un élève plus frileux en lecture se dévoue pour compléter la liste. D’autres s’inscrivent pour les gâteaux, les boissons et les serviettes.
    Pendant la semaine, les élèves échangent entre eux sur leur lecture, s’entraînent à présenter leur livre à la maison. La veille, les CM2 rappellent ce que chacun doit emmener pour le goûter littéraire.

    Le jour J arrive, les CM2 me demandent si elles peuvent rester en récréation pour préparer le goûter. De retour de récré avec le reste de la classe, des tables pour le goûter sont installées, un grand panneau de toutes les couleurs « Goûter littéraire » est affiché au tableau, un siège pour les lecteurs est installé… Les élèves de CM2 prennent en main la gestion de la classe. Elles invitent les élèves à s’assoir en groupe devant le siège et gèrent les passages de présentation. Les élèves, du CE1 au CM2, écoutent "religieusement" les volontaires et posent beaucoup de questions sur leur lecture. Les volontaires font des présentations de qualité et les échanges qui suivent sont d’une grande richesse. Mon élève « qui déteste lire » présente aussi un livre, il l’a préparé toute la semaine, il a même préparé des marque-pages dans son livre pour nous lire ses passages préférés et il posera aux autres volontaires des questions pertinentes. Je n’ai rien d’autre à faire que de prendre des notes des différentes présentations. Des livres sont échangés discrètement entre les élèves à la fin des interventions.

    Enfin les CM2 nous invitent à retourner à nos places et organisent le service du goûter. Là encore, je n’ai rien à faire. Il est 16h30, on donne un rapide coup de ménage, un élève en garderie m’aidera à faire la vaisselle.

    De la naissance du projet à sa réalisation, les élèves ont tout pris en main et se sont tous impliqués les jours précédents pour qu’il ait bien lieu. Par exemple, ceux qui ont d’habitude du mal à ouvrir leur cahier de texte, ont bien noté la date et ce qu’ils devaient faire sans que personne ne leur demande. Et cet après-midi, les élèves se sont transformés en une communauté de lecteurs avec pour seul critère, le plaisir de lire et de partager ses lectures. Une demi-heure de lecture d’une très (très !) grande richesse suivie d’un quart d’heure gourmand très bien géré. Une fin de journée très agréable. Les élèves ont déjà décidé qu’il y en aurait un autre organisé par les CM1 (« C’est vrai quoi, c’est pas toujours aux CM2 de s’amuser ! »). Je finis la classe plein d’énergie et fier de mes chouettes élèves.

    Nicolas Montanguon (école de Lieudieu, classe de CE1 au CM2)


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  • Dans ma classe de CM1, un axe de travail récurent est l'égalité fille-garçon. Nous lisons des albums, des romans, des biographies de femmes célèbres ou oubliées...

    Cette semaine, j’ai lancé un défi : pour les garçons de ma classe, de venir avec du rose dans leurs vêtements, et pour les filles, de venir habillées sans rose.

    Le défi a donc démarré. Quelques garçons et filles ont réussi tout de suite. Le défi a duré toute la semaine pour que ceux qui n’avaient pas réussi puissent ré-essayer.

    Dans le « Quoi de neuf ? » de ce matin, nous en avons parlé et ils se sont félicités mutuellement d’avoir réussi.

    Plaisir VECU 9 : Rose ET bleu à la fois

    J’ai noté des réflexions intéressantes de deux filles :

    1) « C’est extrêmement difficile de ne pas mettre de rose, il y en a dans tous nos vêtements, dans tous nos accessoires. »

    2 ) « Ce matin, c’est ma mère qui a préparé mes affaires. Il y avait du rose partout. Je me suis battue contre elle pour trouver des affaires grises, blanches, etc. »

    Tous les enfants ont acquiescé, comprenant bien ces réflexions.

    Des garçons ont eux aussi dit qu’il était difficile pour eux de trouver du rose car ils n'en ont pas dans leurs placards. Certains ont dû emprunter des vêtements.

    Ce qui fait que c'est un moment fort à mes yeux, c'est que les enfants ont pu expérimenter cette réalité et s'apercevoir concrètement que leurs choix et leurs goûts sont modelés malgré eux, que les petites filles ont appris a aimer le rose car elles n'ont pas vraiment eu le choix, et inversement pour les garçons.

    A la fin du défi, seul un élève a refusé de jouer le jeu (mais il est dans le refus permanent). Tous les autres ont réussi au moins une journée à relever le défi, et la plupart étaient très fiers. Ils n'ont pas caché leur t-shirt rose dans la cour. Ils en ont parlé aux autres classes. Une élève de CE2 a proposé à son maître de lancer ce même défi dans leur classe.

    Par la suite, un de mes garçons a eu un nouveau manteau, bleu ET rose, personne ne lui a fait la moindre remarque. Et ils n'échangent plus le matériel (nos ciseaux et compas de classe sont soit rose soit bleu...) quand je leur fais distribuer.

    Cécile Garnier


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  • Classe unique en Haute-Savoie, vendredi matin, moment de la "météo du matin intérieure", expérience tentée après des ateliers de communication non violente que j'ai expérimentés puis mis en place dans la classe depuis le début de l'année.

    Une CM2 prend la parole pour expliquer comment elle se sent : "Je me sens déboussolée ce matin car cela fait une semaine que je me suis disputée avec ma copine (autre CM2). Nous ne nous sommes pas réconciliées depuis vendredi dernier (je ne travaille que le vendredi dans cette classe, météo et autre moment de retour sur soi effectués seulement le vendredi).

    Nous accueillons donc cette émotion. Et elle dit : "J'aimerais lire quelque chose." Nous l'écoutons. Elle avait écrit un poème à sa copine qu'elle a lu devant toute la classe. Elle commence à lire et se met à pleurer. Les deux copines se prennent dans les bras. Toute la classe avait les larmes aux yeux et la maîtresse aussi (moi !)

    J'adore S. c'est mon idole,
    Mais parfois on se chamaille.
    C'est souvent, mais je l'adore.
    Si un jour vous croisez cette fille
    C'est que la chance vous sourit.

    Mais faites attention car vous serez
    Attiré par elle, donc vous ferez des bêtises.
    C'est ce que j'ai fait et je crois bien
    Qu'elle ne me pardonnera jamais
    Mais si quelqu'un la croise, dites lui
    Que je l'adore particulièrement.

    Ces émotions ont inauguré une belle journée placée sous le signe de l'empathie et la bienveillance ! Incroyable !

    Marie Delarue


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