• Plaisir VECU 903 : Des Ecrits qui se Conjuguent

    Je suis dans une classe de CM2, 23 élèves, quartier défavorisé d’Epinal. Je suis nouveau dans l’école, une équipe de cinq collègues bienveillante. Un public assez hétérogène, mais dans l’ensemble en grande difficulté.

    Depuis la rentrée, nous travaillons sur le récit de vie. On a commencé par les premiers textes libres : qui suis-je... je me présente. Je travaille sur le récit de vie, parce que je trouve que c’est une entrée assez intéressante et facile pour débloquer les enfants. J’avais repéré dans un groupe de cinq-six enfants un dégoût de l’école et des maîtres. Le récit de vie allait peut-être permettre de dire des choses d’eux, et les mettre en valeur. Deux-trois enfants m’ont dit : moi je ne raconte pas ma vie à des inconnus. Alors, on a essayé de faire en sorte qu’on puisse se raconter sans trop se dévoiler.

    Première semaine : écriture de textes libres sur soi, avec la liberté de présenter ou non son texte dans le choix de textes.

    En deuxième semaine, on a fait le lien avec la littérature, et j’ai choisi des extraits du Journal d’Anne Frank. J’avais un doute, parce que je m’étais dit : ce n’est pas facile de démarrer comme ça dès le début de l’année, par rapport au thème et à la fin tragique, même si les extraits choisis étaient plutôt plus légers. La mayonnaise a bien pris, et chaque jour on a étudié des extraits de ce Journal d’Anne Frank. On lisait ensemble et on discutait, sur le ressenti, les thèmes évoqués.

    En parallèle, une élève, qui disait qu’elle était très négative par rapport à l’école et par rapport au travail, a elle-même fait une recherche chez elle sur Anne Frank, et son texte trouvé a été un ajout dans les textes que j'apportais, une sorte de nourrissage culturel en plus sur ce thème. Et là, L. ajoute : "C’est bien d’étudier des histoires d’enfants qu’on ne connait pas et qui ont connu la guerre, et de voir que nous, on a cette chance-là de vivre dans un monde en paix et dans un pays tranquille." Et O. de renchérir : "On est un peu des gâtés-pourris."

    Il y a eu un silence dans la classe, on s’est regardé, et une discussion s’est enchaînée sur "pourquoi la guerre ?". Ça a bien dépassé ce que j’attendais. Je suis toujours quand même étonné de la force et de la pertinence que peut avoir la pensée des enfants lorsqu’ils sont mis en confiance, et j’ai vraiment pris conscience qu’il fallait faire le lien entre les textes des élèves et des textes d’auteurs.

    J’ai envie de prolonger ce moment-là par des débats philo. Il faut sentir pour cela la maturité du groupe. Là, je sens que j’ai un groupe mature. 


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