• Plaisir VECU 994 : Pas d'accord ou contre toi ?

    Les débats philo m'ont toujours attirée mais j'ai toujours ressenti une grande appréhension sur les sujets à proposer ou à (faire) choisir. Malgré des débats très engagés vécus chaque année, je n'ose pas m'y engager. Il me faut toujours un élément déclencheur très fort qui m' « oblige » à m'y relancer. Et cette année il s'est présenté sous la forme d'une confidence de maman. Son enfant partageait avec quelques camarades un « secret » de famille car il le vivait mal. Quand la maman s'en est aperçu, elle m'en a fait part et m'a affirmé sa confiance en notre gestion du groupe classe pour faire avancer ce sujet…

    J'avais travaillé avec Daniel Gostain sur le sujet des débats philo et j'appréciais sa manière de proposer 4 questions qui construisaient le thème. Il m'en a gentiment proposé sur cette question délicate :

    - Qu'est-ce qu'un ami ?

    - Pourquoi la plupart des gens veulent-ils avoir des amis ?

    - Peut-on vivre sans ami ?

    - Que peut ressentir quelqu'un qui n'a pas d'ami ?

    Dans notre classe de CE1, un enfant est très empêché d'apprendre et de travailler par son vécu familial. Ses réactions sont toujours une conséquence directe de ses émotions, sans aucun filtre. Il en va de même de ses pensées. Elles se « construisent » au fil de son discours, toujours basé sur la relation directe à son environnement très proche.

    Le premier débat philo a permis à tous de tester le fonctionnement de l'écoute, des opinions des uns et des autres et surtout de la possibilité de dire : « je ne suis pas d'accord avec X parce que... ». Le dictaphone tourne au coeur du cercle et chacun parle lorsqu'il l'a en main. On attend donc son tour de parole. Peu de désaccords lors de ce premier tour de chauffe. Ce qui ressort essentiellement est le plaisir de pouvoir dire sa pensée et de voir qu'on n'a pas tous la même.

    Le second débat est déjà plus réfléchi, on a le sujet quelques jours avant, on se projette. Et là, notre camarade empêché parle pour se mettre en avant et en affirmant une position ressentie : « Moi personne ne peut me battre, même Y de mon foyer je l'ai mis à terre et je suis trop fort. » Les autres camarades se positionnent de façon réfléchie en affirmant qu'ils ne sont pas d'accord avec lui, en argumentant de manière très respectueuse. Les désaccords s'enchaînent. Une fois le dictaphone en main, il explose : «  Et maintenant, tout le monde est CONTRE moi !... » Et il n'en démordait pas.

    Le dictaphone en pause, un point est fait sur la distinction pas d'accord versus contre. Il a du mal à entendre, trop centré sur sa contrariété. La parole redémarre. Et nous commençons à entendre des « je suis d'accord avec Z » notamment. Arrivée à notre camarade, il affirme qu'il n'est pas d'accord avec l'un puis d'accord avec l'autre et… il argumente ! Il semble apaisé, ravi de ce jeu de langage et d'écoute !

    Le débat suivant commence bien. Les enfants veulent redonner les règles des échanges : ce qui se dit ici, reste ici, on ne blesse pas les autres, ici on peut dire ce qu'on pense parce qu'on est protégé, etc. Et lui ajoute, affirme : « on peut être pas d'accord et on dit pourquoi ! Ici on n'est pas contre les autres, on les écoute ! »… Je n'en revenais pas ! Bon, cela ne l'a pas empêché de se remettre en colère lors du désaccord suivant… Mais on avance !

    Cette expérience renforce ma conviction que ces débats, ces échanges, ces écoutes sont indispensables à la construction d'une société constructive, plus respectueuse de la pensée d'autrui et surtout émancipatrice. Les enfants montrent une pensée plus construite d'une séance à l'autre. Beaucoup d'adultes en seraient venus aux mains pour moins que cela. Et eux s'écoutent.

    Pensons ensemble !

    Pascale Henquinez


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