• Plaisir VECU 311 : Pas si petits que ça !

    Ce matin-là, plusieurs élèves de ma classe de maternelle étaient venus me demander s’ils pouvaient changer les intitulés des « ateliers plaisir ». Ils voulaient en proposer d’autres.

    En conseil restreint, avec le bon tiers des élèves qui étaient déjà présents, ils ont proposé de piocher dans la boîte dans laquelle étaient stockées les étiquettes qui nous servaient autrefois à écrire l’emploi du temps de la journée. Ces étiquettes n’ont en effet plus d’intérêt, puisque les élèves de ma classe choisissent librement d’aller aux différents ateliers proposés. Seules les activités encadrées par l’ATSEM ou moi-même sont « obligatoires », c’est-à-dire que nous pointons ceux qui y sont passés. Ces activités plus « scolaires », d’apprentissages normés, nous permettent d’évaluer où ils en sont afin d’adapter les ateliers qui leurs sont proposés en autonomie.

    Ce matin-là donc, certains se plaignaient que le coin informatique n’était plus ouvert aussi souvent qu’au cours de la précédente période, d’autres voulaient introduire un atelier puzzles qui avait en tant que tel disparu. Bref, mes élèves avaient des revendications et les exprimaient avec pertinence. Nous avons donc convenu lors du conseil restreint qu’il était temps d’enlever les intitulés affichés et qu’il fallait avoir la possibilité d’en choisir d’autres.
     
    Les élèves qui arrivaient en classe ont continué de sélectionner des « ateliers plaisir ». Ils les affichaient et y juxtaposaient leur nom. Lorsque la colonne du tableau a été remplie, ceux qui n’avaient pas mis leur nom se sont inscrits face aux activités proposées. Tout cela s’est fait naturellement, l’implicite fonctionnait… La matinée a démarré en apparence comme les autres jours. En arrivant en classe, les élèves ont tapé leur prénom sur l’ordinateur pour annoncer leur présence, ils ont choisi un « atelier plaisir », et vaqué en autonomie.

    Lorsque nous nous sommes regroupés, un élève a pris la parole pour expliquer le changement dans les propositions des « ateliers plaisirs » du matin. « On aime faire d’autres choses, alors il faut changer. C’est pour ça qu’on a demandé à la maitresse si on pouvait enlever les « vieux » ateliers plaisir."
    - Si on fait toujours pareil, c’est plus un vrai « atelier plaisir, on aime moins ».

    Tiens, ils associent plaisir et nouveauté, surprise… ? Six ans à peine et déjà ils ont conscience que la routine tue le plaisir…
    - On pourrait tout enlever le soir et changer chaque jour.
    - Ou alors on change quand on veut autre chose et que personne est inscrit
    - Quand y a plus de place pour mettre de nouvelles étiquettes - il montre la colonne des ateliers listés -  on doit s’inscrire. »

    J’ai proposé que nous lisions la liste des ateliers qui avaient été choisis et j’ai alors remarqué que l’étiquette « conseil des enfants » avait été glissée entre deux avec un prénom en face.
    Je me suis retournée vers A. et lui ai demandé d’expliquer : « Ben oui, il faut faire un conseil des enfants. On doit prendre une décision. A. il s’est moqué de la petite S. et elle était triste. Ça lui a fait de la peine. Il a encore fait, comme quand il s’est moqué de J. parce qu’elle était handicapée avec sa jambe et un peu grosse. » Une élève s’est levée, elle est allée chercher le tapis qui représente le monde, celui autour duquel nous nous installons lorsque nous devons prendre une décision importante, et nous avons évoqué ensemble ce qui venait de se passer.

    Quel plaisir de voir que les enfants se sont approprié le conseil, qu’ils ont conscience que certains actes nécessitent des prises de position et ne peuvent rester impunis ou ignorés. Lorsque le conseil a eu terminé de siéger, nous avons replié le tapis, et avons discuté de ce qui venait de se passer. Il a été décidé que l’étiquette « Conseil des enfants » ne pouvait être rangée avec les ateliers plaisirs, et ce, même si on aime à prendre des décisions. On a trouvé un coin visible du tableau sur lequel est placée cette étiquette. Dès qu’un enfant demande sa tenue, il inscrit son nom à côté. Chacun est donc en capacité de demander la tenue d’un conseil des enfants pour prendre des décisions, trancher dans un conflit, exposer un différend…

    Je suis heureuse de constater que mes élèves ont compris qu’il existait des espaces d’échanges et de prise de décisions, qu’ils sont suffisamment en confiance pour oser les utiliser. Ils se savent entendus, ils sont valorisés dans leur pensée et leur capacité à s’organiser. Il me semble que l’initiative d’A. (proposer de tenir un conseil des enfants afin de gérer l’attitude de son camarade) montre bien que le projet présenté en septembre aux parents d’une classe coopérative avec entraide, responsabilités, liberté participe à la transmission des valeurs citoyennes.

    Clothilde Jouzeau, enseignante en grande section de maternelle


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  • Commentaires

    1
    ChrisdeLorraine
    Vendredi 13 Juillet à 08:13

    Bonjour, 

    Je souhaiterais être mise en relation avec Clothilde Jouzeau, si c'est possible, parce que je suis fortement intéresse par cette expérience de classe coopérative. 

    Merci et bonne journée. 

      • Vendredi 13 Juillet à 09:49

        Bonjour. Envoyez-moi ce message par mail à mon adresse email daniel.gostain@netcourrier.com et je le transmettrai à Clothilde. Daniel

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