• Plaisir VECU 154 : Cerise sur le Conseil

    Nous sommes vendredi, ma copine J. du groupe Freinet parisien (l’Ipem) est de visite dans ma classe pour assister au conseil hebdomadaire, et moi… je suis un peu fiévreux, j’ai une otite, et surtout aucune envie de mener ce conseil pendant plus d’une heure. Mais une petite voix me dit également en moi, que finalement, l’expérience peut être intéressante car cet état induit de ma part une attitude calme et posée. Et puis, le conseil est attendu, inscrit à l’emploi du temps. Pas moyen d’y échapper.

     13h50, les devoirs sont notés, les élèves ont bruyamment déplacé les tables et se sont installés en position de conseil. Tout le monde a rejoint le cercle et se fait face.

     J’inscris l’ordre du jour au tableau :

    Ordre du jour

    1 – rappel des décisions prises

    2 – critiques

    3 – félicitations

    4 – propositions

    5 – passage des ceintures

    6 – Autres sujets

     Je déplace le code des sons. Nous sommes dorénavant en code blanc : « On ne se déplace pas, on garde le silence, on demande la parole au Président ».

     Je prononce les paroles rituelles qui démarrent le conseil : « Le conseil est ouvert, je serai le président. On ne se moque pas, on écoute celui qui parle, la parole sera donnée à celui qui aura le moins parlé. ». Puis je lis l’ordre du jour et le conseil démarre.

     Les décisions prises les deux semaines précédentes sont rappelées. Nous essayons ensemble de voir pourquoi certaines n’ont  pas abouti.

     C’est maintenant au tour des critiques d’être prises en charge par le conseil. Cette semaine, quatre critiques sont inscrites. Leur nombre a fortement diminué depuis le début de l’année où il fallait alors faire face à une quinzaine de critiques toutes les semaines. Les trois premières critiques sont rapidement lues puis abandonnées car les problèmes ont été réglés entre les élèves.

    Vient la dernière critique, formulée par K. ce jour à l’encontre de A..

    K. nous explique que A. la dérange durant le travail individuel, car voulant savoir ce qu’elle est en train de faire, il se permet, sans le lui demander, de prendre la fiche sur laquelle elle se concentre, ce qui la perturbe et lui fait perdre le fil de son travail.

    Le problème de K. bien compris, le conseil commence à émettre des propositions. Il se centre d’abord sur la réponse à apporter au problème de K . et de A. Oui, nous allons mettre à l’essai une règle qui précise qu’il faut demander avant de prendre la fiche d’un autre, c’est tellement évident.

    Mais soudain le conseil prend de la hauteur. Le problème c’est que K. est à une table, à côté de laquelle tous les enfants doivent passer pour venir me voir au bureau, ce qui crée une certaine agitation, pénalise les enfants de cette table et rend leur concentration plus difficile.

    Pour la première fois de l’année, le conseil prend possession de son outil et de son espace de travail.

    « Il faut déplacer la file d’attente pour ne pas gêner les élèves de la table 1 »

    « On peut remettre en place les passeports qu’on utilisait l’année dernière (merci le double-niveau et les élèves qui restent deux ans avec nous) »

    « Limitons le nombre d’élèves au bureau à trois, comme ça, cela fera moins de bruit ».

    Un débat d’une quinzaine de minutes a lieu. Dans le respect, on s’écoute, on analyse, on marque ses points de désaccord, on argumente. Je suis ravi. Je n’ai qu’à donner la parole.

    Au terme de cette discussion, le conseil vote. Ce n’est pas la proposition pour laquelle je vote qui est adoptée à l’essai pendant 15 jours (j’aurais préféré remettre en place les passeports), mais ce n’est vraiment pas grave. Nous limiterons pendant 15 jours le nombre d’élèves pouvant venir à mon bureau à trois. Et puis dans 15 jours, nous déciderons si cette proposition a répondu à nos attentes. Si besoin, nous en rediscuterons.

    De mon côté, je changerai le sens de la file d’élèves se rendant à mon bureau. Cette proposition m’a fait plaisir, car c’est une idée que j’avais en tête depuis une quinzaine de jours. Elle est venue du conseil, sans que je ne biaise à aucun moment les débats. Je suis ravi.

    Cerise sur le gâteau de cet instant de grâce. Nous lisons les propositions. L’une d’entre elle demande au conseil s’il serait d’accord pour qu’il y ait une journée entière de travail individuel qui soit organisée. Une journée donc à faire du français et des mathématiques. Reprise en main par le conseil de l’organisation du temps de travail. Je demande le vote du conseil…. A l’unanimité les enfants votent pour…. et crient leur joie… Je suis profondément ému. Ce vendredi, le conseil a réellement muri. Outil de régulation des conflits et de la vie de la classe, il est maintenant devenu une institution dans laquelle les enfants pourront organiser leur espace, leur outil de travail. J’attends avec impatience les prochains conseils !


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