• Il serait 8h45, les parents accompagnateurs seraient là, nous serions prêts à chausser nos lunettes imaginaires.

    Nous commençons par essayer ces montures dans l'univers de la classe. Elles ont le pouvoir de nous mettre plein de questions en tête. Les questions relatives à l'environnement de la classe émergent naturellement : "Quelle est la dimension de la classe ?", "Combien y-a-t-il de livres dans la bibliothèque ?", "Est-ce qu'on aurait la place pour mettre une nouvelle armoire dans le fond de la classe ?", "Quelles sont toutes les différentes manières de disposer les tables dans la classe ?", "Si on devait vendre notre classe, quel en serait le prix ?"....

    Nous faisons le tri entre les questions qui pourraient déboucher sur une recherche et celles auxquelles nous ne pouvons pas apporter de réponses (ex.: pourquoi la classe a-t-elle des murs ?), ou alors pour lesquelles nous pouvons répondre sans véritable recherche (ex.: combien y-a-t-il d'élèves dans la classe ?).

    Les lunettes fonctionnent, chacun a trouvé la monture à sa taille, nous sommes chauds et nous allons maintenant les utiliser dans l'environnement du quartier.

    Suivant l'âge des élèves, nous nous équipons, soit d'un enregistreur si les enfants ne sont pas encore autonomes en écriture, soit de petits carnets sur lesquels les enfants écriront leurs questions. La classe est divisée en équipes accompagnées d'un adulte. La balade peut commencer.

    Nous franchissons les grilles de l'école, et pénétrons dans un territoire que nous allons redécouvrir. Les groupes s'éparpillent et tout de suite certains commencent à s'immobiliser pour proposer leurs questions. Tous sont maintenant conscients que les questions que l'on se pose doivent être propices à une recherche ultérieure. Exemple de questions : "Quelle est la largeur des trottoirs ?", "Comment est faite la numérotation des rues ?", "De quand date cet immeuble ?", "Pourquoi y-a-t-il un tuyau ici ?", "Quelle est la taille moyenne des personnes que l'on rencontre ?", "D'où provient ce son qu'on entend ?", etc.

    Une fois ces questions recensées, nous nous retrouvons en classe, nous les mettons en commun, et faisons un dernier tri pour ne garder que celles que la classe juge intéressante pour aller plus loin.  Chaque élève choisit alors la question qui l'intéresse le plus. Des équipes de deux à trois élèves sont constituées afin de mener leurs futures missions ! A suivre...

    POUR ALLER PLUS LOIN

    Comment sortir en classe pour mener une recherche ? https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-sortie

    UNE QUESTION

    Comment trouver les ressources pour répondre à tous les questionnements ?  

     


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  • Démarrage de l'année, démarrage de nouvelles thématiques en découverte du monde.

    En découverte de l'espace, j'essaie d'aborder la compétence "mesurer". J'en parle à une de mes collègues, qui a fait un beau projet là-dessus, qui m'entretient beaucoup du comment : quels outils de mesure utiliser, comment mesurer des grandes longueurs, par exemple celles de la cour ? C'est très intéressant, mais une chose me manque, comme souvent lorsqu'on travaille sur une nouvelle notion : le POURQUOI.

    Pourquoi est-on amené à mesurer dans la vie, la vie d'un adulte comme celle d'un écolier ? Il me parait étonnant de ne pas passer par la case POURQUOI  : pourquoi on multiplie, pourquoi on lit, pourquoi on écrit, pourquoi on explore le passé, pourquoi on vit aussi. Comme si ce pourquoi allait de soi...

    Alors, on s'est mis tous en cercle, par terre, comme lorsque je mène un atelier de philo, et j'ai demandé : "Pourquoi a-t-on besoin de mesurer ?" Les réponses n'ont pas tardé

    A : "Mon père, il a dû mesurer des planches pour construire une cabane. Il a dû le faire avec une règle qui se déplie, et les planches au mauvais format, il les a gardées pour une autre occasion"

    J : "Nous, à la maison, on a mesuré la télé pour savoir quelle autre télé on allait acheter."

    Moi : "Tu as dû mesurer quoi ?" (pas fou, le maître).

    Et on a pu aborder les notions de longueur, largeur et diagonale.

    I : "Mon père, il mesure régulièrement notre taille à mon frère et moi."

    Moi, toujours à l'affût : "Avec quel outil, il vous mesure ?"

    I : "Un ruban qu'on déroule."

    B : "Nous, on a mesuré ma chambre, car on aimerait en avoir une plus grande."

    Et là, on s'est lancé dans la mesure de notre salle de classe - notre chambre à nous - où les longueurs et largeurs sont revenues au galop, accompagnées par la hauteur.

    Il ne restait plus qu'à prolonger ce moment collectif du POURQUOI par un défi-mesure des dimensions des tables individuelles de classe pour vérifier quelle était la dimension la plus longue. 

    Et ce n'est pas fini !

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1/Atelier philo

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-debat-philo

    2/Penser l’apprentissage

    http://pedagost.over-blog.com/2015/02/le-temps-des-penseurs-affine.html

     UNE QUESTION

    Est-ce que toutes les notions doivent passer par un questionnement préalable ?


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  • C’était la fin de l’année scolaire 2012-13, et cela faisait trois ans que Marwa travaillait, s’exprimait, apprenait, prenait des responsabilités, grandissait dans la classe 201. Nous avions partagé de grandes joies ensembles, de belles réussites, des projets fabuleux, des découvertes grandioses.

     

    Cette jeune fille que j’avais accueillie en CE2 avait muri, elle s’était épanouie. Elle avait pris de nombreuses responsabilités dans la classe, dont la présidence du Conseil, qu’elle avait su tenir d’une main de maître pendant presque toute une année.

     

    Et Marwa avait surtout écrit durant ces trois années. Des textes enfantins tout d’abord, puis sa plume s’était aguerrie et elle n’avait pas hésité à s’exprimer plus personnellement dans des écrits plus ou moins réussis. Le texte libre lui avait donné une véritable envie d’apprendre, de rechercher, de se questionner, de développer toutes les compétences nécessaires à une expression plus mature en français. Elle qui avait de nombreuses lacunes, des problèmes qui relevait parfois ou sans doute d’une aide plus médicale, elle qui était d’une grande timidité, voire inhibée et qui devait se faire violence pour écrire, elle qui ne s’exprimait pas quotidiennement en français dans son environnement familial avait relevé le défi et compris le pouvoir des mots.

     

    C’est donc avec une grande émotion que le dernier jour de l’année est arrivé. Vers 16h, Marwa est venue me voir, avec dans la main, un rouleau. C’était une grande feuille A3, délicatement roulée. Un tissu délicatement noué la maintenait fermé. Comme à l’accoutumée, un dessin de fleur magnifique illustrait le texte qui se trouvait parfaitement calligraphié sur la feuille. Ce texte qui m’a bouleversé, je vous le livre tout simplement : 

     

    Plaisir 73 : CADEAU DE FIN D’ANNEE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La fleur

     

    La fleur est belle.

    Quand elle vient à la vie.

    Mais elle peut s’épanouir.

    Avec la tristesse et les gouttes d’eau qui tombent sur son visage.

    Elle reste toujours belle si tous les moments de sa vie sont beaux.

    Voilà pourquoi une fleur peut rester belle.

     

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1/ texte libre

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-texte-libre

    2/ comment accueillir un élève allophone ?

    http://cache.media.eduscol.education.fr/file/College/42/3/Reperes_inclusion_EANA_Differenciation-pedagogique_DGESCO_Eduscol_582423.pdf

    3/ mettre en place les responsabilités ? les métiers

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-metiers-responsabilites

     UNE QUESTION

    Comment accueillir des élèves différents sans avoir reçu de formation pour cela ?


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  • Il fût un temps où je m’interdisais toute intervention pendant le quoi de neuf du matin. Et puis, un matin, j’ai eu une soudaine envie de parler de mon exploit de la veille ! Je venais de terminer mon premier semi-marathon. Alors, quand Y. s’est levé pour écrire au tableau le nom de celles et ceux qui voulaient présenter une nouveauté lors de l’entretien du matin, j’ai tout simplement levé la main. 

     

    « Nicolas ?

    - Semi-marathon de Boulogne… Marathon, avec un h après le t. »

    Le premier enfant intervient puis vient mon tour. Alors je raconte, j'explique, je présente mon dossard à la classe puis la médaille si chèrement gagnée. Et là, c’est l’effervescence. Les questions fusent. Pourquoi, comment, où… et puis le lien se fait, tout seul, sans mon intervention. Mais 21km100, ça fait combien de tours dans la cour, combien de tours autour du lac où nous avons fait le cross, à quelle vitesse as-tu couru, combien de temps, et si tu avais couru dans la cour pendant tout ce temps, combien de tours aurais-tu fait ? Il faut quand même avouer que depuis plusieurs semaines, nous étions plongés dans une séquence de course longue en vue de la préparation du cross d’école qui venait de se tenir quelques jours avant.

     

    J’ai à peine le temps de noter toutes les interrogations, toutes les possibilités de calculs qui s’offrent à nous. Je viens pour la première fois de découvrir par les faits les mathématiques vivantes. Les vraies, pas les situations collées et apportées doctement par le maître, mais simplement des questionnements purs éveillés par la curiosité naturelle des enfants qui m’entourent. En quelques minutes j’obtiens une matière incroyable pour plusieurs situations-problèmes des plus pertinentes.

     

    Ce matin là, la présidente du quoi de neuf a oublié de regarder régulièrement le sablier qui mesure les trois petites minutes consacrées aux questions de la classe. Elle s’est, elle aussi, laissée emporter par le flot de questions des enfants, par la vie qui rentrait dans la classe. Merci S. !

     

    POUR ALLER PLUS LOIN

     

    1/ Quoi de neuf ?

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-quoi-de-neuf

    2/ les maths vivantes

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-calcul-vivant

    3/ la part du maitre

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/recherche/adultes/results/la%20part%20du%20maitre

     UNE QUESTION

    Dans quelle mesure le maître par cette posture peut être manipulateur ?


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  • 8h45, toujours autant de bruit. Je n’arrive pas à lancer la journée. Tout le monde à quelque chose à raconter ce matin. Pas envie de me mettre à élever la voix, il est bien trop tôt pour ça. Je lève les yeux et la photo d’une île paradisiaque m’interpelle… 

     

    Je décide de m’échouer sur cette île qui me tend les bras et que personne n’a jamais encore décidé d’explorer.

     

    Rapidement les enfants comprennent qu’il se passe quelque chose. Le silence revient rapidement. Certains cherchent à capter mon regard. Je ne bouge pas et reste plongée dans mes pensées. Et puis I, qui s’occupe des inscriptions au quoi de neuf du matin se lève, se dirige vers le tableau et lance la phrase rituelle « Qui a quelque chose à dire au "quoi de neuf ? ». 

     

    La journée est lancée, le calme est revenu, le « Quoi de neuf » sera lancée par sa présidente dans un silence apaisant, mais moi je profiterai avec délectation des trois dernières minutes sur mon île avant de regagner ma place ! Ça y est, l’île déserte a enfin été découverte !!!

     

    POUR ALLER PLUS LOIN

     

    Les rituels

    http://www.tousalecole.fr/content/rituels

    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/pages/2015/01/30012015article635581990197013615.aspx

     UNE QUESTION

    Jusqu’à quel point est-il utile de se mettre en retrait ?

     


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