• Plaisirs VECUS 701 à 709 : Des Graines de plaisir

    A l'occasion d'une rencontre avec l'association Graine d'école (http://www.grainedecole.com/) qui milite pour une école et une éducation qui respectent pleinement l'enfant, j'ai pu collecter des moments d'apprentissage vécus où le plaisir a été le moteur.

    701 . Le moment où s’est mis en place quelque chose qui m’a paru juste avec ma fille cadette, qui était en CP, pour différencier le passé, le présent et le futur. On avait une astuce avec une baguette magique pour trouver le nom du temps dont on parle, ainsi que les petits outils comme le demain, maintenant, hier. Je voudrais dire le plaisir qu’elle a eu à faire ça, sa demande pour qu’on le refasse, le pétillement dans ses yeux quand on le faisait, par rapport à tous les autres moments où elle disait « Je n’aime pas, je n’ai rien compris. » Souvent je traduis ce qu’elle ramène de l’école, et pour le traduire, je mets en scène, ou on manipule. L’idée, c’est qu’on soit dans l’espace, ou que le corps agisse. J’ai fait trois banderoles : passé, présent, futur, avec un dessin. J’ai dû faire un château fort pour le passé, pour le futur j’ai mis des points d’interrogation, et j’ai mis les mots-clés sur les banderoles : maintenant, demain, hier. Je lui disais « le passé », ou « hier », et elle allait à son étiquette. Et une fois que c’était bien pris, je lui disais une phrase, et à elle de me mettre le petit mot correspondant à la phrase. Elle utilsait sa baguette magique pour ça. A chaque fois elle rajoutait un petit mot à la phrase, et elle allait avec sa baguette magique dans l’espace qui allait avec la phrase. Et elle avait constaté que le seul mot qui changeait dans la phrase, c’était le verbe. Et donc elle a commencé à chercher le verbe à chaque fois.

    702. C’est un apprentissage que j’ai fait moi, il y a environ un an. J’avais fait un stage à Paris sur la pédagogie Montessori et les maths. Il y a des petits cubes, 10 petits cubes alignés ça représente une barre qui fait une dizaine, et puis 10 barres, ça fait un carré qui fait une centaine, et après on empile 10 carrés et on arrive au millier. Puis 10.000, 100.000. Et ils sortent un énorme cube de 1 million. J’ai trouvé ça fabuleux. Et puis il prend le petit cube d’unité, il le met à côté du grand cube, et il dit : « La terre est 1 million de fois plus petite que le soleil. » J’étais ébahi, une révélation incroyable. Pourtant je suis ingénieur, j’ai fait des études scientifiques. J’ai une visualisation du million, maintenant. Ça m’a ouvert une porte. Ce qui était jusque-là abstrait, là je le voyais. Ce n’est pas tant le matériel qui m’a surpris, que le fait que je me sois fait surprendre. Je n’ai pas vu le truc arriver, et pouf ! on se retrouve en astronomie.

    703. Un moment dans ma classe avec les grandes sections. J’ai une classe de petits-moyens-grands. Un enfant de grande section est arrivé avec quelque chose de la maison : c’était un poster de chenille. C’était une chenille avec les nombres de 1 à 10, une chenille à compter. Les autres enfants voulaient en avoir une eux aussi, ils la trouvaient trop bien, la chenille. Et du coup, j’ai proposé qu’on en fabrique une. Ils sont partis dans leurs projets. On a commencé par faire la liste. Il faut qu’on découpe des ronds, qu’on fasse un fond, et j’ai demandé : qu’est-ce qu’il faut savoir faire ? Il faut savoir écrire les chiffres. Ils avaient tellement envie de savoir écrire les chiffres pour faire leur chenille, qu’en deux ou trois séances ils se sont entraînés, tous, et ils savaient tous écrire ces chiffres-là. Ils ont tous fait leur chenille. On les a faites jolies, on les a plastifiées. Le tout s’est fait à une vitesse ahurissante. Je pense notamment à un petit garçon en difficulté qui était super motivé. Il y avait une motivation qui n’était pas la même que lorsque nous imposons quelque chose.

    704.  C’est quelque chose que j’aime bien faire dans la classe. J’ai des moyens-grands. Tous les jours je raconte une histoire sans montrer les images, en fin d’après-midi. Il y a toujours des enfants qui demandent : « C’est quand que tu montres les images ? »  Juste avant le regroupement, ils disaient : « C’est aujourd’hui que tu nous montres les images ? » J’adore voir leurs têtes quand je leur montre les images. Ils connaissent bien le texte déjà, et ils sont contents de découvrir les images. Et après, plus tard, ils se jettent sur le livre de la bibliothèque, et ils se re-racontent l’histoire.

    705. Je suis enseignante en toute-petite-section, des enfants qui ont deux ans. Cette année je m’accroche à mettre en place le protocole du « cacher – trouver ». L’idée, c’est d’accompagner les enfants dans la conception de la permanence de l’objet. Depuis la rentrée, on joue à beaucoup de jeux, où on cache, où on retrouve. Et le vendredi, on fait ça dans la salle de danse. Et vu qu’en ce moment je suis un projet sur les doudous, sous le drap il y avait la boîte avec les foulards et j’avais planqué la boîte des doudous. Ça a été un moment très fort quand on a soulevé le drap, il y avait les doudous. Et puis ils commencent à cacher leurs doudous, et à chaque fois ils ont très peur qu’ils aient disparu. Et ils sont contents de le retrouver. Puis ils ont commencé à prendre un grand drap, comme un drap d’hôpital, et ils ont commencé à cacher leurs doudous. Et puis petit à petit, ils se sont mis à se cacher eux aussi sous le drap. Ça, je le prévoyais dans ma progression plus tard. Mais j’ai laissé faire. Et puis je me suis mise à me cacher avec eux sous le drap. Et ça a été très très fort pour eux. Comme un « moment-champagne » où tout à coup la maîtresse joue le jeu avec les enfants. Je n’étais plus extérieure.

    706.   C’était avec mes élèves de CM2. J’aime beaucoup l’expression corporelle et le théâtre. Je travaille un quart de temps avec cette classe, et ma collègue a de grandes difficultés avec elle. Je m’étais dit que j’allais faire du théâtre avec eux. Il y avait des problèmes de chefs, de bandes, il fallait faire éclater ça, parce que raisonner, ça ne suffisait pas. J’ai proposé un projet théâtre, qui a plu d’abord à une petite moitié de classe. Les autres, plutôt souvent des redoublants et des garçons, ne rentraient pas dedans. Ils ont résisté, ils ont lutté. Je cherchais comment les amener à ça. J’essayais d’être le plus neutre possible. Je donnais l’espace, le temps, mais je restais à côté. Mais ça ne marchait pas, pour un tiers. Jusqu’au jour où j’ai eu très envie d’être avec eux, de participer, et là je me suis lâchée. Je leur ai demandé l’autorisation pour le faire. Je leur ai dit qu’on allait faire ensemble. C’était lors d’un jeu corporel et théâtral. Et petit à petit, les élèves ont commencé à jouer le jeu, et notamment le meneur. Quand il y est allé, c’est devenu un moment très fort dans le groupe, et ça a complètement changé la posture des élèves dans leur ensemble, notamment par rapport aux problèmes de respect et de non-respect. Le meneur a perdu sa place, et les élèves qui n’osaient pas ont commencé à prendre des rôles de leaders. Ça se traduisait lors des débats, dans la cour de récréation, en géographie, etc. Et ça a changé l’ambiance de classe. Il y avait moins de conflits, plus d’acceptation, et un peu de distanciation : on pouvait jouer un rôle

    707. Avec des CM2, on lisait un livre qui s’appelle « La rencontre » : la rencontre d’un petit garçon avec un blaireau. Ça se passe dans la nature, aux Etats-Unis. C’était une lecture suivie : eux ils lisaient des parties, et moi je leur en lisais d’autres, en lecture offerte. Le dernier chapitre, j’avais choisi de le faire en lecture offerte. Quand j’ai lu le dernier chapitre, on a eu un moment d’émotion commune, presque tout le monde pleurait. J’avais du mal à finir la lecture de ce chapitre. Je me suis autorisée à vivre cette émotion. Et je pense qu’ils s’en souviennent encore.

    708. C’est avec un élève que j’ai pour la deuxième année. L’an dernier, à chaque fois qu’il faisait quelque chose, il bloquait. Il regardait les autres, il manquait de confiance. Quand il s’engageait et qu’il voyait que ça n’allait pas, il bloquait. J’ai passé beaucoup de temps à lui faire comprendre qu’il devait oser. Je ne voulais surtout pas instaurer des comparaisons. Et l’an dernier, en fin d’année, il faisait quelque chose, et à côté de lui il y avait une petite fille qui s’est trompée. Il lui a dit : « Tu sais, tu t’es trompée, mais ce n’est pas grave, à l’école, ce n’est jamais grave quand on se trompe. » Et puis il m’a regardée, il rayonnait. Je sentais qu’il avait fait du chemin. Il avait intégré quelque chose d’important.


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