• Plaisir VECU 800 : Les empêchements, ça se travaille !

    Je travaille en Belgique, à Ixelles, dans un contexte d’intégration maximisée, c’est-à-dire qu’on est deux enseignants à temps plein dans la classe, en permanence, parce qu’on a six enfants intégrés. Normalement ce sont des enfants qui devraient être dans l’enseignement spécialisé. 

    Je suis en équivalent CM1 et CM2 et je garderai mes élèves l’année prochaine en sixième. C’est une classe très difficile, avec des enfants qui vivent très mal les différences de niveau. Petits, ils ne sentaient pas trop qu’il y avait autant de différences, mais en grandissant, ça leur est devenu difficile de sentir cet écart.

    Aussi, nous avons décidé de travailler sur les "empêchements à apprendre" avec les outils vidéo du site proposés par la compagnie de clowns "Tape l'incruste" : Le site des empêchements. On n’a pas montré beaucoup de vidéos, parce que je voulais qu’ils mènent leur propre cheminement dans la recherche de leurs empêchements à apprendre. On les a simplement évoqués avec eux, avec la question principale : Qu’est-ce qui à votre avis peut empêcher d’apprendre ?

    Et nous avons travaillé là-dessus. J’ai montré quand même en parallèle une ou deux vidéos des clowns : « J'ai besoin de bouger » et « J’ai peur de rater ». Nous n’avons regardé que les situations de base des clowns empêchés. On s’est bien sûr interrogé sur ce qu’ils avaient compris et sur le message qui était passé.

    Là-dessus, ils ont eu envie d’en créer par rapport à leur vécu. Ils se sont mis en petits groupes et ils ont créé par équipes de nouvelles scènes d'empêchements à apprendre, sous une forme plus théâtrale que clownesque. Chaque équipe s'était constituée par empêchement, ils ont bâti une petite scène et se sont filmés. Notre idée de base était de présenter ces vidéos au reste de l’école. Comme empêchements, il y avait le stress, la peur de ne pas pouvoir répondre, le fait de penser à autre chose, l’envie qui n’est pas là. Ils ont eu beaucoup envie de parler de ce qu’il y avait dans leur tête, donc beaucoup de scènes se rapprochaient. Ils ont joué les scènes devant les autres, et tout le monde a fait des commentaires, pour pouvoir améliorer les choses, mais aussi à chercher quelles solutions on pouvait apporter.

    Ce travail a fait changer beaucoup de choses : ça a calmé beaucoup d’enfants, en montrant que ce n’était pas obligatoirement de leur faute, lorsqu’ils arrivent en classe et qu’ils n’arrivent pas à travailler, que c’était juste un empêchement. Et ils ont trouvé des solutions, qu’on a appliquées en classe. Les enfants ont adoré, ils voulaient faire ça tout le temps. Il y a des enfants qui ont été libérés de pouvoir montrer ce qui leur pose problème.

    Nous avons une élève en classe qui est en très grosse difficulté scolaire. Par exemple, il faut écrire ses calculs pour qu’elle puisse les résoudre, parce que tant que ce n’est pas bien écrit, elle ne les fera pas. Elle a joué une scène sur le stress, sous forme de jeu télévisé. J'ai senti que ça a eu un impact pour elle, notamment quand on en a discuté ensemble, parce que les autres commençaient à la comprendre. Ça l’a soulagée très fort. Elle a pu exprimer son mal-être en passant par les clowns.

    Cette année, nous continuerons, en passant aussi par des questions philosophiques.

    Carole Geerinck


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