• Plaisir VECU 402 : Les voyages forment la coopération !

    Après un court séjour de deux jours dans le Val de Loire avec une classe de CM2 de l’école Maurice Thorez de Wavrechain sous Denain (Nord), ce n’est pas un "moment champagne" que je veux partager avec vous, mais plusieurs. Je vous présente, en quelque sorte, une « Caisse de Champagne ». Je vous propose, à travers mon regard, d’ouvrir quelques bouteilles pour des situations qui m’ont, soit ému, soit rempli de fierté.
    Dans ce type de voyage, les enjeux pédagogiques sont certains, je ne les détaillerai pas ici, mais ils sont bien là ! (avant, pendant et après le voyage). Les connaissances emmagasinées et stockées le sont d’une manière durable dans un coin de nos charmantes têtes blondes et serviront à construire, de manière certaine, leur culture. Mais à travers ce voyage, je voulais davantage observer la construction de leur personnalité grâce à ce vécu et cette expédition, qui fut, pour certains, la première.

    En voici le récit : 

    Après quelques angoisses vite dissipées à la montée du bus au petit matin, l’excitation se fit rapidement sentir. Elle a commencé sur l’autoroute. Plus nous approchions de la capitale, plus elle était omniprésente. Jusqu’au moment où mon collègue prend la parole pour annoncer qu’un avion allait se poser sur les pistes de l’aéroport Charles de Gaulle, juste devant nous. Après cet événement qui a émerveillé beaucoup de nos élèves (à juste titre : n’est-ce pas magique si nous reprenons un court instant nos yeux d’enfant), un élève m’informe qu’il venait de voir un avion atterrir pour la première fois. Dans la conversation qui s’ensuit, il me demande si j'avais déjà eu la CHANCE de toucher un avion: ce à quoi je réponds par la positive. Emerveillé, il me demande la sensation ressentie, les différentes « matières », la chaleur ou la fraîcheur des matériaux ... C'est fou ! Ce voyage n’est pas encore commencé qu’il est déjà une réussite ! C’est à ce moment là que j’ai décidé de prendre en note mes ressentis, et surtout les leurs, et de les partager dès mon retour.

    Peu de temps après, nouvelles exclamations : ils viennent de voir la Seine. Nous sommes à deux doigts de l’euphorie… Plus nous avançons et plus je me demande comment ils vont réagir lors de la première visite… Je ne serai pas déçu.

    Les tunnels remportent aussi un grand succès... même si la palme d’or reviendra à celui de Roissy car il supporte les pistes de l’aéroport : cela remet en cause des considérations initiales pour quelques-uns qui ont du mal à me croire. Certains sont même étonnés par... l'aire d'autoroute. (Et oui, cela me paraissait banal mais pour des enfants qui ne pratiquent pas souvent de longs trajets, ça se comprend). Le contournement de Paris, de manière générale, fait énormément débattre. Au final, la majorité des enfants trouve que ce paysage urbain manque de verdure. Une grosse déception tout de même pour le groupe : nous n’avons pas vu la Tour Eiffel…

    "On va rentrer dans le château ou pas?" Ça y est, nous y sommes, nous avons mangé notre pique-nique et nous sommes devant le château de Chambord. Malgré les travaux préalables, les recherches et exposés, sa majestuosité les a scotchés. "Houaou regarde!" Les exclamations fusent. Nous estimons la hauteur des tours, la comparons avec nos maisons… Nous nous questionnons et nous attendons les réponses de la guide qui arrive. Tous s’émerveillent devant les œuvres abritées dans son enceinte et devant son architecture atypique, dont ils ont remarqué le mélange entre le style médiéval et celui de la Renaissance. Malgré tout, ils restent des enfants qui aiment jouer avec l’écho des salles, courir dans les parcs… Nous jouons pas mal de temps dans les escaliers « magiques » du château. Ils joignent habilement l’utile à l’agréable.
    "On peut ouvrir la fenêtre ? Y'a une belle vue de là"…Hélas non ! Mais la fin de la visite sur les terrasses contentera leurs yeux et illuminera leurs regards pour le reste de la journée.

    Une fois dans notre hébergement, nous prenons le repas et demandons à tout ce petit monde de prendre une bonne douche ! Malgré quelques problèmes d’organisation pour certaines chambrées (incapacité à faire fonctionner la douche, WC bouchés ou papier hygiénique non attrapable), tout se passe dans la joie et la bonne humeur. On manque de chargeurs (surtout pour les DS), des élèves se les partagent. La vie en collectivité se construit, en attendant la veillée. Tout le monde l’attend cette fameuse veillée, mais beaucoup ne savent pas ce que c’est… Une seule élève me pose la question, je lui explique que c’est un moment privilégié où nous nous retrouvons pour passer du temps ensemble, avant d’aller dormir.
    Tout le monde participe, adultes comme enfants, à un Time’s up géant. Nous y prenons tous du plaisir, elle durera donc un peu plus longtemps que prévu mais qu’importe, les élèves et les adultes sont heureux d’être ensemble et les quelques larmes du matin sont oubliées… jusqu’au moment du coucher. Le coup de blues du soir permet de resserrer les liens entre les copains de classe: on s’étreint, on se console… et tout revient à la normale jusqu’au petit matin.

    7h25, c’est le réveil. Première chambre, première plainte : « Monsieur, la chambre des garçons a fait du bruit et nous a empêché de dormir. » Malgré nos interventions nocturnes, il semble que certains ont bien profité de leur nuit entre copains. Cette remise en cause des règles de vie en communauté et de l'autorité n’est pas passée auprès de ceux et celles qui voulaient se reposer. Réunion de crise dans le couloir : le groupe règle ses comptes. Ceux qui ont empêché de dormir durant la nuit seront empêchés de dormir dans le bus la journée ! Ce n’est que justice…
    Malgré ce léger détail, ressort la joie du vivre ensemble (si important). Cela a commencé avant le départ, au moment de choisir les chambres, et s’est poursuivi sur place. Par exemple, lors des repas avec la répartition des tâches qui s’est organisée d’elle-même, c’est la collaboration qui s’est développée. De plus, et c’est à nouveau l’occasion de sabrer une nouvelle bouteille, il y eut des moments de partage et d’altruisme lors des passages aux échoppes quand certains n’avaient pas d’argent de poche alors que d’autres en avaient. A ce moment, j’ai entendu « Tu peux choisir un truc, je te le paierai », ou alors « Je vais le prendre pour X, elle n’a pas d’argent »… J’ai retrouvé cette même solidarité en fin de journée, mais j’y reviendrai.

    8h15, les valises sont bouclées, nous passons au petit déjeuner ! Ce qui est habituel pour certains est extraordinaire pour d’autres. Nous arrivons au buffet et nous voici devant deux machines à chocolat chaud (comme celles dans les hôtels…). Ce détail a permis à certains de prendre le meilleur petit déjeuner (au chocolat chaud) du monde ! Toute la journée se passe dans la joie et la bonne humeur. Je prends des photos avec les élèves le désirant pour publier en direct sur le blog de l’école où les parents et les camarades suivent nos découvertes (environ 1000 vues sur 48h, j’étais impressionné et j’imaginais bien les parents actualiser la page toutes les heures). Nous visitons le Clos Lucé puis nous mangeons (rapidement, les élèves ont souhaité profiter des jardins du Clos Lucé davantage que prévu, au détriment de la pause méridienne… comme je les comprends !). La solidarité s’organise à nouveau avec ceux qui n’aiment pas le panier repas imposé par la résidence. On partage, on donne… Je propose un deuxième service avec le surplus mais l’animatrice, présente avec nous, propose de garder cela en cas de petite faim sur le retour (l’arrivée étant prévue à 21h, elle a peur que les ventres gargouillent !). Certains enfants argumentent en ma faveur, ou en faveur de l’animatrice. Au final, un vote est organisé : je suis mis en minorité (quel bonheur qu’ils assument leurs choix !) et nous gardons quelques victuailles en réserve avant notre marche vers le château d’Amboise.

    La visite se passe avec l’intérêt de tous les élèves, malgré la fatigue qui cerne certains yeux : château, jardins… A nouveau des terrasses… et la Loire, imposante. Tout le monde est impressionné par la largeur du fleuve et la beauté du paysage. Malgré la fatigue, le groupe est rivé sur la ligne d’horizon… Des dizaines de photos sont prises. Devant moi j’entends : « Oh, Monsieur, la vue est incroyable ! ». Effectivement, cela nous change des rives de l’Escaut.
    De retour dans le bus, en route vers l’école, mon collègue prend à nouveau le micro pour annoncer que nous passons tout près de la Tour Eiffel… Enfin, nous l’apercevons au milieu des immeubles. Les visages fatigués s’illuminent immédiatement et des cris de joie, voire des hurlements, retentissent. Après cette jubilation, j’entends derrière moi : « Je viens de réaliser un rêve ! ». Dans une moindre mesure, cette scène se répètera quelques minutes plus tard, pour certains garçons, devant le Stade de France.

    Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l’école, les batteries se vident… Je suis quasiment le seul à avoir un petit peu de réserve dans mon téléphone. Je le prête à ceux qui le souhaitent. Mon collègue met à jour le blog car nous serons en retard d’une heure quarante-cinq à cause de bouchons. Ma batterie diminue également. Une élève me prête sa batterie de secours pour charger mon téléphone au détriment du sien et ainsi permettre à nouveau de faire tourner le précieux objet. Le collectif a (encore) primé ! On me prête même un doudou si je souhaite dormir dans le bus !

    20h : Le chauffeur doit effectuer sa coupure réglementaire et les élèves commencent à avoir faim ! Devant le retard accumulé et le chemin restant à parcourir, nous improvisons un repas qui deviendra collaboratif. Tout le monde, adultes (qui passent à la boutique pour augmenter les stocks) comme enfants, partage le peu qui lui reste. Nous accompagnons cela des chips, compotes et gâteaux sauvés du midi. Ainsi, tout est partagé ! Les tâches et les denrées : bonbons (achetés pour l’occasion sur l’aire de repos pour certains), compotes, biscuits, chips... Un vrai régal ! Des élèves passent de table en table proposer de leur propre chef des spéculos, des bonbons, des chips… Pas très équilibré, mais tellement agréable à voir ! Nous choisissons des élèves responsables du nettoyage pendant que les autres rangent leurs affaires. Nous repartons avec quasiment deux heures de retard sur l’itinéraire initial, mais le ventre rempli pour tout le monde !

    Nous nous apprêtons à quitter l’autoroute. Après deux jours de respect mutuel, vient le moment des « Au revoir ». Remerciements des enfants pour le prêt de mon téléphone, d'écouteurs… Les parents aussi nous remercient pour les photos et les informations diffusées tout au long du séjour… Nous repartons, mon collègue et moi-même, heureux du séjour mais contrariés qu’il ne se prolonge pas d’une nuit.

    C’est grâce à des projets de ce type que de telles expériences sont possibles à vivre. Elles se construisent bien en amont, j’en suis certain, mais trouvent leur apogée à ce moment précis de la vie de la classe. Ces sorties sont chronophages pour l’enseignant responsable du projet (ici, c’était mon collègue qui y a passé le plus de temps), mais aussi onéreuses pour les communes qui les financent. Malgré les réductions budgétaires, c’est quelque chose qui, j’en suis convaincu, doit être préservé.
    Pour conclure, je tiens à remercier les enfants pour leur comportement altruiste et le fait qu’ils me confortent dans l’idée que nous sommes sur la bonne voie.

    Damien Bocquet


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