• Plaisir VECU 15 : Ecrire... librement !

    J'ai une classe de CE1/CM2, je travaille dans l'esprit de la pédagogie Freinet, je défends donc un apprentissage reposant sur l'ouverture à tout ce qui émane naturellement des élèves, leur expression, leurs tâtonnements, leur coopération, leur vitalité, leur curiosité.

    Un des piliers de ma classe, c'est l'expression partagée, au sens le plus large possible (orale, écrite, théâtralisée, créative, en recherche), qui passe par des dispositifs inscrits dans l'emploi du temps, appelés le "Je fais partager", le "J'écris", le "Je présente", le "Nos questions" ou le "Je réfléchis". 

    Depuis, le début de l'année, les élèves écrivent des textes libres, les lisent souvent à la classe, et les retrouvent pour certains dans le journal de classe hebdomadaire. Il était donc naturel, qu'un jour, je leur demande ce qu'ils pensaient de cette écriture de textes libres.

    Voici la réponse de huit d'entre eux ayant accepté d'y réfléchir pendant le temps d'une récréation. Précisons que ce sont plutôt de bons élèves. 

    - J’aime beaucoup écrire librement, car quand on m’impose quelque chose, je n’ai plus d’idées. Mais par contre, quand je n’ai plus d’idées pour le texte libre, je veux bien qu’on me propose quelque chose, comme ça, j’en aurai peut-être une. Le seul inconvénient du texte libre, c’est qu’on ne voit pas le temps passer. C’est un inconvénient, car on se dit : « Ah, c’est déjà la fin ! »

    - Moi, ça dépend de mon humeur. Des fois, je me dis que c’est bien le texte libre, ça me permet de m’exprimer à ma façon, par exemple pour raconter ma vie ou des histoires que j’ai envie de raconter. Mais des fois, je me dis que je n’ai vraiment pas d’idées ou mes textes ne sont pas bien, alors je préfère avoir un thème imposé. En même temps, c’est un peu libre, car je peux élaborer à ma façon sur un sujet, mais ça ne reste pas très libre.

    - J’aime plus les textes libres, car c’est rare que je n’aie pas d’idées. Et sinon, soit je demande au maître, soit je demande aux camarades. J’aime bien « libre », car ça m’aide à m’exprimer, je peux dire ce qui reste au fond de moi et je peux l’écrire.

    - Parfois, quand il n’y a pas « J’écris », je commence à avoir une idée d’un texte, même la nuit, mais comme je l’oublie le lendemain, parfois je n’ai plus d’idées. Et du coup, j’aime bien en avoir une. Quand on me propose un sujet, souvent, ça ne m’intéresse pas trop.

    - Je n’aime pas trop quand on me donne des idées. Mes idées, elles me plaisent, donc j’aime bien écrire des textes libres.

    - Je préfère largement les textes libres, car ça me permet d’écrire ce que je veux, tu te sens vraiment libre, et après, quand il est corrigé, que tu le mets dans le journal de classe, tu peux le montrer à tes parents, ils sont fiers. Ça fait du bien ! Quand on t’impose un choix, franchement, ça m’ennuie.

    - Quand t’écris des textes libres, tout le monde te félicite et c’est toi qui l’as écrit. Ça te rend fier.

    - Si quelqu’un a des parents très sévères qui ne le félicitent jamais, et que dans une classe, il peut écrire des textes libres et il écrit un très beau texte, peut-être que son père sera fier, et alors, il sera très content pour la première fois.

    - Quand ce sont des textes libres, ça vient vraiment de toi, alors que quand tu t’inspires ou quand on te donne une idée, t’es moins fier.

    - Quand c’est libre, si tu n’as pas d’idées, tu peux raconter ta vie.

    - J’aime beaucoup le système du cahier d’écrivain, car avant, les dernières années, on faisait un jogging d’écriture, on nous donnait un thème et on devait écrire, c’était vraiment ennuyeux. Les thèmes ne m’inspiraient pas et on était obligé d’écrire quelque chose. J’ai découvert que le cahier d’écrivain, ça faisait du bien.

    - C’est comme si le cahier d’écrivain était mon journal où tu peux écrire sous forme d’histoire tes angoisses. Tu peux par exemple raconter un de tes cauchemars ou un de tes rêves les plus beaux. Tu peux faire ce que tu veux. On peut raconter des choses très personnelles. Par exemple, je suis en train d’écrire une histoire de mon cauchemar le pire que j’ai fait. Ça fait du bien d’écrire.

    - Ça développe aussi l’imagination, et quand tu écris l’histoire, tu peux en garder le souvenir.

    - L’an dernier, on avait un cahier d’écrivain, c’était tous les jours un thème différent. Le seul moment que j’aimais bien, c’était le lundi car on pouvait raconter son week-end. Là maintenant, c’est comme si j’étais en liberté.

    - Je me souviens d’une fois, l’an dernier, où on devait écrire une histoire avec la plupart des mots commençant par « c », mais c’était juste une phrase, donc on n’écrivait pas beaucoup.

    - Si on n’a pas envie d’écrire une chose personnelle dans le cahier d’écrivain et qu’on a en même temps envie d’écrire notre vie et de le lire aux autres, on peut dire par exemple que c’est l’histoire d’un hérisson ou d’un autre personnage.

     Daniel Gostain

    POUR ALLER PLUS LOIN

    1)le texte libre

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/texte-libre-1

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/pratiques-et-recherches-66-la-cle-du-texte-libre

    2) présenter un travail à la classe

    https://www.icem-pedagogie-freinet.org/les-presentations-1

     UNE QUESTION

    Donner le goût d’écrire est-ce suffisant pour donner les codes de l’écriture ?


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  • Commentaires

    1
    Isabelle
    Mercredi 13 Février à 08:58
    Isabelle

    Merci pour cette belle idée !!! Je vais introduire ce "texte libre" dans mon jogging d'écriture.

    Les commentaires des enfants sont très beaux.

     

      • Samedi 16 Février à 11:34

        Merci Isabelle. Ceci dit, pour moi, l'écriture de textes libres est tout à fait différent d'un jogging d'écriture. C'est d'ailleurs ce que disent les enfants dans l'article. 

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