• Un court témoignage sensible vécu récemment dans ma classe (un CE1). La façon dont ça s'est déroulé m'a bien surpris et m'a donné envie de vous l'écrire !

    Un vendredi matin, K., à peine arrivée à l'école, m'a raconté le cambriolage dont sa famille avait été victime la veille. Puis, nous sommes montés en classe et avons démarré le "Temps libre et calme", temps de sas entre la maison et l'école, chacun menant l'activité de son choix. Nous avons poursuivi la matinée avec le "Je fais partager", au cours duquel des enfants volontaires présentent à la classe un récit, un objet, une création qui leur tient à coeur.

    Il se trouve que ce matin-là, K. devait passer au "Je fais partager" (elle s'était inscrite le lundi) et elle est arrivée avec une demi-feuille comportant des espèces de pictogrammes quelque peu mystérieux. Elle les avait composés lors du "Temps libre et calme".

     

     

     

     

     

     

     

    Et voici son commentaire de l'image (suivez bien les pictogrammes !) :

    "En fait, avant la serrure, elle était normale. Et puis après, il y a eu les voleurs avec un marteau, ils ont cassé la serrure, ils ont pu entrer dans la maison et ils ont volé un Ipad et le vieux téléphone de mon père et de ma mère. Après, y a eu un ami du bureau, il a pris un tournevis, et puis il a un peu réparé la serrure. Et puis après, il y a quelqu'un qui a réparé la serrure. Il a enlevé la serrure, il en a mis une nouvelle, et il a donné de nouvelles clés, comme ça on peut re-entrer et sortir."

    ou avec le son :

    Ça confirme encore une fois la nécessité de ces temps où les enfants, "personnes du monde", peuvent exprimer ce qu'ils ont en eux, et ici, pour K., se soulager d'un évènement un peu perturbant.


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  • Dix-huit heures, je distribue des tracts en gare de Juvisy, des flots de voyageurs passent par vagues d’arrivée des RER. Depuis le début du mois, les arrêts de bus ont été déplacés quelques centaines de mètres plus loin. Les voyageurs ne courent plus, ils marchent d’un pas rapide, mais calme. Aujourd’hui, certains s’arrêtent pour parler, questionner le militant distributeur, ce qui n’arrivait presque jamais… quand les moteurs des bus les appelaient à ne pas traîner.

    Tout à coup, j’entends « Madame Chabrun ! », je me retourne, « Vous me reconnaissez ? »  Eh oui, je reconnais M., une ancienne élève, enfin je devine, car le changement vous vous en doutez… Devant moi se tient une magnifique jeune femme de 24 ans. Je lui dis mon étonnement qu’elle me reconnaisse ainsi après tant d’années, car si elle a changé… moi donc ! Elle me dit « une maîtresse comme vous, ça ne s’oublie pas, et avec mes sœurs – anciennes élèves également – nous en parlons encore ». M. et ses sœurs venaient du Cap-Vert, elles habitaient deux toutes petites pièces en face de la boulangerie, des conditions de vie difficiles, des résultats scolaires très moyens… les raisons habituelles pour qu’elles soient affectées dans ma classe. Comme je gardais les enfants au moins deux ans (cours double), mes collègues pensaient qu’elles pourraient y progresser, surtout avec ma « façon d’enseigner ». Ainsi de nombreuses fratries sont passées dans ma classe. Ce qui m’a fait toujours sourire : un moyen de reconnaître les vertus d’une pédagogie pourtant méprisée. D’ailleurs pendant mes années de CP/CE1, j’ai eu tous les enfants de mes collègues dans ma classe… ce qui m’a permis une certaine reconnaissance des parents d’élèves de l’école. 

    M., je l’ai eue quatre ans sur cinq, d’abord en CP/CE1 et quand j’ai changé de niveau pour un CM1/CM2, elle s’est retrouvée de nouveau dans ma classe. Normal donc qu’elle se souvienne !

    Ce qui m’a le plus touchée – surtout en tant que pédagogue –, c’est ce dont elle se souvient : le temps donné au travail personnel avec autant d’aide que nécessaire aussi bien de ma part que de celle de ses camarades, le droit de se tromper et de refaire (y compris les évaluations !) les entretiens du matin où l’on pouvait rapporter quelque chose de la maison, les correspondants et bien sûr les classes transplantées… Elle a eu aussi l’impression d’une reconnaissance de sa famille, sa maman aide-soignante travaillait beaucoup et à des heures peu compatibles avec les horaires scolaires, mais nous arrivions à parler ensemble, même si c’était hors de l’école. Tout l’avantage de vivre dans le même quartier : courses dans le même magasin (je ne voyais certaines mamans que dans les files d’attente à la caisse), transport en commun, etc.

    Avec une voix douce et chaleureuse, elle me raconte : aujourd’hui, c’est une jeune maman qui revient à Juvisy après quelques années à Bordeaux, car elle vient de retrouver du travail (sécurité dans un ministère), mais son rêve c’est de travailler dans un hôpital, auprès des malades, elle ne désespère pas et compte se former pour, mais en attendant, travailler est le plus important.

    Nous nous embrassons émues toutes les deux, elle rejoint la marche des voyageurs vers les bus et moi je reprends la distribution des tracts, peut-être un peu plus rêveuse.

    Hier soir, c’est un jeune homme qui m’interpelle à l’arrêt de bus. Intimidé, mais fier, il me raconte, ce qu’il fait aujourd’hui. Un ancien élève encore…

    Catherine Chabrun


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  • Voilà quelques chouettes petits moments vécus à mon école durant la période écoulée.

     Jour de la rentrée :
    Nous passons toute la journée de la rentrée dehors, ponctuée de moments de réflexions, d'échanges de savoirs, d'expériences, de jeux...
    Alors que nous échangeons, assis en cercle sur une pelouse, sur la question de savoir pourquoi nous venons à l'école, C. (7 ans) dit "Nous sommes comme des petites chenilles et nous allons nous transformer en beaux papillons."
     
     Conseil du 21 septembre.
    A la question de savoir ce qui se passe bien dans notre classe, E. dit "Ici on peut faire des choses que normalement ce sont seulement les grands qui ont le droit de le faire."
    (E. a le métier de répondre à l'interphone.)

      Au jardin de l'école.
    Les enfants ont sorti les pommes de terre, plantées ce printemps, et dont on voyait à peine encore les traces des plants.
    A leur découverte, ce ne furent que des Ah ! des Oh ! des explosions de joie dignes de la découverte d'un trésor.  
    Le choix de la recette pour les cuisiner, les échanges sur une alimentation saine, la réalisation et la dégustation de la purée de pommes de terre, sont restées dans toutes les mémoires !

    Michèle Comte


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  • Au "Quoi de neuf ?" de jeudi matin se présentent I. et J.A. :

    - Ce matin, nous allons vous parler de harcèlement à l'école (le silence qui salue chaque QDN est un peu plus assourdissant et je sens ma main se crisper un peu sur mon stylo de preneur de notes ; un rapide regard vers la stagiaire, qui est venue visiter ma classe Freinet avant de partir en emploi civique en Géorgie, me confirme qu'elle est, elle aussi, aussi surprise que captivée.)

    I. prend la parole et nous délivre qu'elle a subi du harcèlement pendant six ans dans son ancienne école privée sous prétexte qu'elle n'était pas pratiquante catholique, et qu'elle n'avait donc réussi à ne se faire aucune amie, qu'elle était régulièrement insultée, battue parfois dans les toilettes par ces petites consœurs à soquettes blanches ... Elle se sentait vraiment de plus en plus mal "à l'intérieur" et elle ne savait plus comment faire.

    - Tu n'as pas cherché à en parler à quelqu'un ... à un adulte ... à tes parents ? lance, inquiet, O.

    - Si, j'en ai parlé à ma mère au début. Elle a demandé à voir les parents d'une enfant en particulier. Après, c'était pire !... Je n'ai pas osé en reparler ensuite, même pas à ma maîtresse ou à la directrice ... et ça duré six ans de la PS au CE2 ... j'ai même pensé à en finir ... mais j'ai surtout supplié à mes parents de me changer d'école ! et ouf, ils ont fini par accepter, l'année dernière.

    On sent tous I. heureuse et tellement soulagée. Son sourire en dit long !
    Puis c'est au tour de J.A. de prendre la parole.

    - Et bien moi, comme vous le savez, cela fait un certain temps que je subis du harcèlement à l'école ...

    Je vois une petite fille baisser les yeux, et je ne peux pas m'empêcher de me rappeler que J.A. est souvent inscrite sur l'ardoise des "messages clairs" (pour en savoir plus : Messages clairs), même si cela a fortement diminué ces derniers temps... La stagiaire écarquille un peu plus les yeux, l'agitation de son stylo se suspend quelques instants...

    - Dans cette classe, je me sens beaucoup mieux ... j'ai trouvé le moyen de vous en parler et je remercie Mr G. et la pédagogie qu'il nous propose pour offrir des moments de parole dans la classe, je remercie I. de m'avoir accompagnée et encouragée pour parler de ce sujet qui m'a fait beaucoup de mal à moi aussi.

    - Et ça continue encore cette année ? (la question de M. qui me démangeait les lèvres a été posée...)

    - Oui ça arrive encore parfois ... dans les toilettes, on me bloque la porte ... au gymnase, on me dit dans les vestiaires que mes chaussures ou que mes habits sont moches ... l'autre jour on m'a volé mon pantalon de rechange après le rugby...

    Je me rappelle en effet de cet incident ... j'avais l'impression que les filles de la classe s'étaient relayées avec elle pour faire des allers-retours pour voir si une autre n'avait pas un vêtement de secours. On en avait même trouvé un à la garderie et A. lui avait rapporté un bas de survêtement, vu qu'elle était retournée manger à la maison. Je n'avais pas vu de moqueries, que des aides de camarades à une autre en difficulté ... j'en avais même parlé aux collègues plus anciens de l'école, qui s'en étaient d'autant plus réjouis que c'était la petite J.A. dont la fratrie subissait les moqueries depuis toujours ... Là, je suis vraiment suspendu et ému de cet échange qui commence dans la classe.

    - Mais on t'avait aidé à en retrouver un de pantalon ?..
    - On t'a même gardé la porte !
    - Je t'avais rapporté un survêtement de chez moi...
    - Oui c'est vrai, et je peux vous dire que ça m'a fait vraiment chaud au cœur ... et que si j'ai trouvé la force de venir vous en parler aujourd'hui, c'est justement grâce à ça.

    Waow ... on peut sentir beaucoup de sentiments dans l'atmosphère de la classe. Les sourires de J.A. et de I. font échos aux autres qui se sentent fiers de participer à avoir changé le sens du "sort"... Je suis un peu KO et je devine et vois des larmes retenues dans le coin de certains yeux, dont ceux de la jeune stagiaire...

    A la récré, elle viendra m'avouer qu'elle a été carrément "scotchée" d'avoir pu entendre des mots comme cela sur des maux comme ceux-là ... et que petite, elle avait elle-même subi du harcèlement à l'école. En lien avec ses études actuelles d'éduc spé ? possible ... en tous cas elle a passé un long moment le midi et le soir en quittant l'école pour me remercier de cette journée, qu'elle m'encourage à poursuivre et à faire savoir de la pédagogie Freinet et des messages clairs, et de la liberté de paroles des entretiens du matin, du regard bienveillant des élèves et du maître dans les activités qu'elle avait pu voir. Je la sens transformée par ce vécu. C'est à mon tour de cacher mes larmes de l'émotion qui monte ... C'est vraiment chouette cette péda ... Me voilà boosté encore un peu plus dans mes certitudes  !

    Philippe G


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  • Je mène un atelier hebdomadaire de cuisine avec deux groupes successifs de 4 à 5 enfants de la classe de CE2 CM1 de l'école élémentaire Montesquieu à Pessac-Saige.

    Plaisir VECU 208 : Français ? Maths ? Cuisine !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je considère ce moment comme très important pour ces trois raisons :

    1 – C'est un vrai travail d'équipe

    Chacun veille à une répartition équitable du travail. Chacun voulant avoir pelé, coupé, écrasé, goûté apprend à attendre : « Chacun son tour ». 
    A la fin de la matinée, il faut que la recette soit réalisée pour partager avec la classe ce qui a été cuisiné et il faut aussi que l'atelier soit rangé.
    Je note chez les enfants le plaisir d'être actifs, aussi bien pour réaliser les recettes que pour nettoyer l'atelier en fin de matinée, et de façon générale, garçons et filles sans distinction.

    2- C'est un lieu d'échanges informels

    La parole se met à circuler, des choses se livrent , des questions se posent.
    «   La citrouille est-elle vivante   ?   »
    Des difficultés relationnelles sont abordées, des richesses se dévoilent. Beaucoup parlent deux langues et certains parlent ou sont en contact avec une ou deux autres langues.

    C'est aussi un lieu d'échanges d'expériences pratiques   :
    –    casser un œuf sans laisser tomber des morceaux de coquille
    –    astuces pour réussir à faire certaines choses
    –    utiliser un éplucheur
    –     …

    3 – C'est la possibilité de laisser une trace personnelle

    Chacun exprime quelque chose de soi à la suite de l'atelier par le dessin et par le texte.

    Un exemple : «  Je me suis sentie libre ou plutôt c'était comme si je m'envolais quand je badigeonnais le jaune d’œuf sur la galette »
    N.

    Et voilà mon « moment champagne » :

    C'est pour H. la deuxième année scolaire. On est en mars. Il est arrivé deux ans auparavant du Mali n'ayant jamais été scolarisé et ne connaissant pas le français.

    Après l'atelier cuisine, chacun fait son compte rendu et H. utilise les fiches cuisine PEMF correspondant à la recette que nous venons de réaliser.
    Il est debout, penché sur ces fiches, il cherche, trouve les dessins correspondants aux ingrédients, aux ustensiles et les mots qui vont avec.

    Il dessine, il écrit...… les ustensiles, leurs noms, les ingrédients et leurs noms

    Alors que les autres enfants me sollicitent souvent, lui, reste imperturbable et seul avec acharnement et grande concentration. Il avance, il sait ce qu'il veut faire et va au bout.

    C'est pour lui un réel moment d'apprentissage dont il s'est emparé et qui dure assez longtemps, dix à quinze minutes. Il s’approprie le savoir.

    Ensuite il me demande d'écrire un texte qu'il me dicte et le recopie dessous.

    Monique Gachet

    PS : Comme quoi, l'acquisition des apprentissages fondamentaux passe par de multiples voies, et c'est tant mieux ! (ajout de Daniel Gostain)


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