• Ce court texte, début d'expérience, est là pour confirmer une conviction : que l'avenir de l'école ne peut passer que par de l'inventivité, que si nous lâchons (ou au moins mettons au second plan) les progressions, programmations et fiches de préparation bien modélisées pour laisser place à l'inventivité et le lâcher-prise pédagogique, il y aura sursaut.

    Cette conviction ne naît pas d'aujourd'hui, mais je l'ai à nouveau vécue hier.

    Classe de CE1, où j'interviens pendant que ma collègue "prend" mon CP/CE1 pour faire de l'anglais avec eux. Je décide au dernier moment - dans la matinée - que dans le cadre de ce que je fais avec ses CE1 en expression écrite, j'allais expérimenter l'expression écrite en mathématiques.

    Ce n'est pas nouveau, car en 2007, j'avais écrit un livre "Mat et Ma Tic et compagnie" (Bayard jeunesse) où je défendais sous forme d'histoire pour les enfants une approche à multiples entrées des maths : par la création, les défis, la poésie, le jeu, l'écriture.

    Je propose aux élèves de choisir seul ou avec un camarade un personnage mathématique à incarner : le carré et autres figures géométriques, le 10, 100 et autres nombres remarquables, l'addition, la soustraction, et même des outils mathématiques comme la règle et l'équerre. Il s'agira de préparer une présentation théâtralisée et écrite de ce personnage. Ce qu'ils font.

    Et puis, comme il nous reste peu de temps avant que je retrouve ma classe habituelle, je leur propose de faire une première improvisation dans laquelle ils joueront leur personnage fier de se présenter.

    En première volontaire, P. Elle a choisi la droite. Là voilà qui arrive devant la classe, les bras écartés, ayant du mal à se déplacer : "Comme c'est dur ! Je n'arrête pas de grandir, et comme je m'étends tout le temps, je me cogne sans arrêt ! Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Il paraît que jamais ! En plus, ce qui est bizarre, c'est que plus je grandis, plus tous les autres me semblent petits." Je lui demande de trouver une "sortie de droite", ce qu'elle fait sans perdre son émotion et sa démarche.

    Ensuite, M. et A., qui jouent le nombre 10. L'un est le 1, l'autre le 0. Tous deux se mettent à se chamailler car le 1 est prétentieux, prétendant porter le nombre, le second s'énerve contre le 1, mal à l'aise qu'il est d'être un zéro.

    Arrivent E. et L. qui font le +. Elles sont toutes fières d'annoncer qu'elles additionnent tous les nombres existant sur terre et qu'elles sont prêtes à accueillir tous les nombres qui veulent se faire additionner.

    Nous n'avons pas eu le temps de voir tous les personnages, ce sera la prochaine étape que je vois ainsi :

    1) Poursuivre dans l'improvisation sur scène, pour laquelle ils semblent à l'aise et trouvent de vraies fulgurances grâce au corps et à l'incarnation (voir l'article qui en parle : http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-a-vivre-985-les-personnages-savoirs-a107966412)

    2) Préparer une écriture de ce qui est venu lors de l'improvisation pour stabiliser le texte d'intervention (sans pour autant perdre la liberté de l'interprétation, ce qui sera un travail difficile, je l'ai moi-même vécu en tant que clown :  http://www.empechementsaapprendre.com/ ).

    3) Présenter les personnages mathématiques aux autres classes de l'école.

    Plaisir vécu... plaisirs à vivre


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  • Dans un article récent, je relatais un moment de découverte du milieu avec des lunettes mathématiques : http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-vecu-599-avec-mes-lunettes-mathematiques-je-vois-a112633252

    Depuis lors, les défis mathématiques issus de ces regards d'enfants ont été relevés et quand je vois - et vous pourrez le voir sur la vidéo - l'investissement, l'engagement, voire la jubilation de chacun des enfants, il est difficile de considérer ces moments comme simplement sympathiques, ou comme simplement complémentaires de la vraie Mathématique...

    Voyez comme N et C se mettent à compter les craies de la classe et quelle stratégie ils ont adoptée pour que ce soit efficace !

    ... comme S et N ont visité chaque classe de l'école pour savoir leur température intérieure et déterminer ainsi la classe la mieux chauffée.

    ... comment chaque enfant chargé de reproduire les feux de parole de la classe s'y est pris.

    ... comment D, un CP encore un peu maladroit, a essayé de mesurer le tableau.

    Le plaisir est vécu, il l'est par le maître que je suis, mais encore plus par les élèves.

    Il s'inscrit dans un postulat qui est de considérer le milieu comme faisant partie du cadre d'apprentissage, loin des idées de sanctuarisation de l'école.

    Et les savoirs, savoir-faire et savoir-être n'en seront que plus forts, car incarnés.

     


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  • Classe de CM1/CM2.

     Je fais des créations mathématiques depuis le début de l’année en demi-groupes. Les élèves sont devant le tableau et doivent dire ce qu’ils voient de mathématique sur la création.

     Il y a dans ma classe une élève que je n’entends jamais. Cette élève ne veut même pas lire, ni participer aux activités. Et là, un jour pendant l'observation d'une création mathématique, elle a dit quelque chose de très juste à deux reprises.

     Quelques jours plus tard, je mis mes élèves en binômes pour une activité de graduation (pour une frise historique) : il fallait dessiner un segment de 25 centimètres qui représentait un siècle et mettre une graduation tous les 10 ans. Cette élève timide était avec une autre, plus dynamique. Et la plus dynamique ne s’occupait pas de la réservée. Et elle m'a même dit : oui, mais elle ne sait rien. Alors je lui répondu : tu te rappelles qu’en création maths elle a eu de bonnes idées ?

     La timide est allée chercher une feuille à elle, et elle a commencé à mener sa recherche, ce qu’elle ne faisait jamais. Je l’ai un peu aidée et elle a trouvé comment graduer (c’était un trait tous les 2,5 centimètres). A la fin, elle m'a demandé si elle pouvait emmener sa graduation à la maison ? Elle en était fière.

    Explications possibles : c’était sans doute un endroit suffisamment peu scolaire, qui ne laisse pas de traces sur un cahier pour être évalué, qui lui a permis de s’exprimer. Elle n’a pas compris qu’elle était dans un moment scolaire, donc elle a réussi à dire quelque chose, et a vaincu sa peur de l’erreur. Pas de traces, et le fait que je lui ai reconnu ça dans une activité après, l’a remise en confiance.

     


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  • Vendredi 14h15, fin de semaine dans ma classe de CP/CE1, les élèves sont fatigués, mais je les sens disponibles. Prêts à un moment d'observation mathématique, je crois.

    Je démarre par un rituel, celui de mettre des lunettes imaginaires - enfin plus ou moins un rituel, car ce n'est que la seconde fois - avec le geste des lunettes autour des oreilles pour mieux entrer dans l'activité, des lunettes pour voir autrement notre environnement.

    Ma consigne : "Vous allez regarder la classe avec un regard mathématique, car il y a tout un tas de choses mathématiques autour de vous. " Je leur propose quelques verbes pour les aider : compter, calculer, mesurer, tracer.

    Et puis, ça démarre. Très vite.

    S. voit une horloge et parle des chiffres qu'il y a dessus.                                                                    

    V. voit une affiche avec un triangle violet et dit qu'il a été tracé à la règle.                                    

    D. parle des jours affichés au tableau, mais ne parvient pas à expliquer en quoi ce serait mathématique. S. l'aide en parlant des 7 jours de la semaine.                                                                                

    A. voit un tableau avec plein de nombres                                                                                                

    I. indique la bande numérique de 1 à 100.                                                                                             

    S. montre la porte et dit tout de suite qu'on pourrait la mesurer. Je lui demande alors ce qu'on pourrait mesurer. Elle y va et on aborde les notions de hauteur et de largeur.                                 

    Une autre S. désigne l'alphabet et ses lettres                                                                                        

    N. montre les journaux de la classe affichés sur un mur et dit qu'ils sont numérotés.                                                                                                                                     

    A. regarde le plafond et découvre qu'il est fait de plaques carrées et rectangulaires.                                                                          

    Une autre A. dit que les feux de couleur sur le tableau (feux de parole) sont des cercles.                                                                                                                                           

    Enfin encore un A. va chercher la boîte de craies où est indiqué le nombre 100.

    Tout cela en dix minutes !

    La semaine prochaine, nous nous lancerons des défis mathématiques à partir de ces observations, comme :                                                                        

     - mesurer les dimensions de la porte                                                                                                         

    - tracer sur une feuille le plafond de la classe en respectant les dimensions.                                   

    - reproduire les feux de couleur                                                                                                                  

    - chercher dans combien de semaines ce sera les prochaines vacances                                                                                                                                                        

    ... et tous les défis qu'ils me proposeront.


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  • Comme nous l'écrivions dans un article précédent (http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-a-vivre-521-la-balade-a-questions-a106819402) rien de tel que de changer de regards pour élargir sa réflexion, et donc ses apprentissages.

    Ce matin, avec mes CE1, nous avons "chaussé" nos lunettes mathématiques imaginaires pour les utiliser dans l'observation du quartier de l'école.

    D'abord, un petit échauffement dans le préau : "Que voyez-vous ici qu'on pourrait mathématiser ? Essayez de formuler vos propositions avec un Et si..."                                            

    - Et si on mesurait les cadeaux du sol ?

    - Et si on retraçait les fenêtres sur une feuille ?

    - Et si on calculait la longueur et la largeur du préau

    Plein de "Et si" formulés spontanément, mais aussi avec mon aide pour les pousser vers du Comptage, du Mesurage, du Traçage, du Calculage clown

    Et puis, nous sommes sortis de l'école pour chercher de nouveaux "Et si".

    Les voilà !

    - Et si on mesurait la hauteur de ce réverbère ?

    - Et si on mesurait la taille des gens dans la rue ?

    - Et si on comptait de nombre de L sur ces trois plaques d'égout (toutes identiques, d'où l'idée d'une multiplication à faire, si ça leur vient).

    - Et si on comptait le nombre de fenêtres de ce grand immeuble ?

    - Et si on retraçait sur une feuille ce panneau de stationnement interdit ?

    - Et si on trouvait la longueur de cette impasse, du poteau à la grille ?

    Bref, demain, on a des recherches à mener ! D'abord, constituons les équipes... Je forme des équipes de quatre, ayant chacune ces missions à accomplir dans l'ordre choisi par eux, équipes accompagnées d'un adulte.

    Voilà ! On est demain. C'est lancé dans le quartier :

    1) "Bonjour monsieur/madame. On peut vous mesurer ?" "Oui, allez-y !" "Oh, vous êtes grand !"

    2) "Elle est longue la rue à mesurer ! Bon, on s'y met. 80 règles de 1 mètre, 80 mètres. On verra si on trouve les mêmes résultats que les autres équipes".

    3) "Il y a 15 voitures garées là. Ça nous fait combien de roues ?"

    Les enfants sont dedans. A fond ! Ça change du fichier...


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