• Classe de CM1/CM2.

     Je fais des créations mathématiques depuis le début de l’année en demi-groupes. Les élèves sont devant le tableau et doivent dire ce qu’ils voient de mathématique sur la création.

     Il y a dans ma classe une élève que je n’entends jamais. Cette élève ne veut même pas lire, ni participer aux activités. Et là, un jour pendant l'observation d'une création mathématique, elle a dit quelque chose de très juste à deux reprises.

     Quelques jours plus tard, je mis mes élèves en binômes pour une activité de graduation (pour une frise historique) : il fallait dessiner un segment de 25 centimètres qui représentait un siècle et mettre une graduation tous les 10 ans. Cette élève timide était avec une autre, plus dynamique. Et la plus dynamique ne s’occupait pas de la réservée. Et elle m'a même dit : oui, mais elle ne sait rien. Alors je lui répondu : tu te rappelles qu’en création maths elle a eu de bonnes idées ?

     La timide est allée chercher une feuille à elle, et elle a commencé à mener sa recherche, ce qu’elle ne faisait jamais. Je l’ai un peu aidée et elle a trouvé comment graduer (c’était un trait tous les 2,5 centimètres). A la fin, elle m'a demandé si elle pouvait emmener sa graduation à la maison ? Elle en était fière.

    Explications possibles : c’était sans doute un endroit suffisamment peu scolaire, qui ne laisse pas de traces sur un cahier pour être évalué, qui lui a permis de s’exprimer. Elle n’a pas compris qu’elle était dans un moment scolaire, donc elle a réussi à dire quelque chose, et a vaincu sa peur de l’erreur. Pas de traces, et le fait que je lui ai reconnu ça dans une activité après, l’a remise en confiance.

     


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  • Vendredi 14h15, fin de semaine dans ma classe de CP/CE1, les élèves sont fatigués, mais je les sens disponibles. Prêts à un moment d'observation mathématique, je crois.

    Je démarre par un rituel, celui de mettre des lunettes imaginaires - enfin plus ou moins un rituel, car ce n'est que la seconde fois - avec le geste des lunettes autour des oreilles pour mieux entrer dans l'activité, des lunettes pour voir autrement notre environnement.

    Ma consigne : "Vous allez regarder la classe avec un regard mathématique, car il y a tout un tas de choses mathématiques autour de vous. " Je leur propose quelques verbes pour les aider : compter, calculer, mesurer, tracer.

    Et puis, ça démarre. Très vite.

    S. voit une horloge et parle des chiffres qu'il y a dessus.                                                                    

    V. voit une affiche avec un triangle violet et dit qu'il a été tracé à la règle.                                    

    D. parle des jours affichés au tableau, mais ne parvient pas à expliquer en quoi ce serait mathématique. S. l'aide en parlant des 7 jours de la semaine.                                                                                

    A. voit un tableau avec plein de nombres                                                                                                

    I. indique la bande numérique de 1 à 100.                                                                                             

    S. montre la porte et dit tout de suite qu'on pourrait la mesurer. Je lui demande alors ce qu'on pourrait mesurer. Elle y va et on aborde les notions de hauteur et de largeur.                                 

    Une autre S. désigne l'alphabet et ses lettres                                                                                        

    N. montre les journaux de la classe affichés sur un mur et dit qu'ils sont numérotés.                                                                                                                                     

    A. regarde le plafond et découvre qu'il est fait de plaques carrées et rectangulaires.                                                                          

    Une autre A. dit que les feux de couleur sur le tableau (feux de parole) sont des cercles.                                                                                                                                           

    Enfin encore un A. va chercher la boîte de craies où est indiqué le nombre 100.

    Tout cela en dix minutes !

    La semaine prochaine, nous nous lancerons des défis mathématiques à partir de ces observations, comme :                                                                        

     - mesurer les dimensions de la porte                                                                                                         

    - tracer sur une feuille le plafond de la classe en respectant les dimensions.                                   

    - reproduire les feux de couleur                                                                                                                  

    - chercher dans combien de semaines ce sera les prochaines vacances                                                                                                                                                        

    ... et tous les défis qu'ils me proposeront.


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  • Comme nous l'écrivions dans un article précédent (http://laclasseplaisir.eklablog.com/plaisir-a-vivre-521-la-balade-a-questions-a106819402) rien de tel que de changer de regards pour élargir sa réflexion, et donc ses apprentissages.

    Ce matin, avec mes CE1, nous avons "chaussé" nos lunettes mathématiques imaginaires pour les utiliser dans l'observation du quartier de l'école.

    D'abord, un petit échauffement dans le préau : "Que voyez-vous ici qu'on pourrait mathématiser ? Essayez de formuler vos propositions avec un Et si..."                                            

    - Et si on mesurait les cadeaux du sol ?

    - Et si on retraçait les fenêtres sur une feuille ?

    - Et si on calculait la longueur et la largeur du préau

    Plein de "Et si" formulés spontanément, mais aussi avec mon aide pour les pousser vers du Comptage, du Mesurage, du Traçage, du Calculage clown

    Et puis, nous sommes sortis de l'école pour chercher de nouveaux "Et si".

    Les voilà !

    - Et si on mesurait la hauteur de ce réverbère ?

    - Et si on mesurait la taille des gens dans la rue ?

    - Et si on comptait de nombre de L sur ces trois plaques d'égout (toutes identiques, d'où l'idée d'une multiplication à faire, si ça leur vient).

    - Et si on comptait le nombre de fenêtres de ce grand immeuble ?

    - Et si on retraçait sur une feuille ce panneau de stationnement interdit ?

    - Et si on trouvait la longueur de cette impasse, du poteau à la grille ?

    Bref, demain, on a des recherches à mener ! D'abord, constituons les équipes... Je forme des équipes de quatre, ayant chacune ces missions à accomplir dans l'ordre choisi par eux, équipes accompagnées d'un adulte.

    Voilà ! On est demain. C'est lancé dans le quartier :

    1) "Bonjour monsieur/madame. On peut vous mesurer ?" "Oui, allez-y !" "Oh, vous êtes grand !"

    2) "Elle est longue la rue à mesurer ! Bon, on s'y met. 80 règles de 1 mètre, 80 mètres. On verra si on trouve les mêmes résultats que les autres équipes".

    3) "Il y a 15 voitures garées là. Ça nous fait combien de roues ?"

    Les enfants sont dedans. A fond ! Ça change du fichier...


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  • Il fût un temps où je m’interdisais toute intervention pendant le quoi de neuf du matin. Et puis, un matin, j’ai eu une soudaine envie de parler de mon exploit de la veille ! Je venais de terminer mon premier semi-marathon. Alors, quand Y. s’est levé pour écrire au tableau le nom de celles et ceux qui voulaient présenter une nouveauté lors de l’entretien du matin, j’ai tout simplement levé la main. 

     

    « Nicolas ?

    - Semi-marathon de Boulogne… Marathon, avec un h après le t. »

    Le premier enfant intervient puis vient mon tour. Alors je raconte, j'explique, je présente mon dossard à la classe puis la médaille si chèrement gagnée. Et là, c’est l’effervescence. Les questions fusent. Pourquoi, comment, où… et puis le lien se fait, tout seul, sans mon intervention. Mais 21km100, ça fait combien de tours dans la cour, combien de tours autour du lac où nous avons fait le cross, à quelle vitesse as-tu couru, combien de temps, et si tu avais couru dans la cour pendant tout ce temps, combien de tours aurais-tu fait ? Il faut quand même avouer que depuis plusieurs semaines, nous étions plongés dans une séquence de course longue en vue de la préparation du cross d’école qui venait de se tenir quelques jours avant.

     

    J’ai à peine le temps de noter toutes les interrogations, toutes les possibilités de calculs qui s’offrent à nous. Je viens pour la première fois de découvrir par les faits les mathématiques vivantes. Les vraies, pas les situations collées et apportées doctement par le maître, mais simplement des questionnements purs éveillés par la curiosité naturelle des enfants qui m’entourent. En quelques minutes j’obtiens une matière incroyable pour plusieurs situations-problèmes des plus pertinentes.

     

    Ce matin là, la présidente du quoi de neuf a oublié de regarder régulièrement le sablier qui mesure les trois petites minutes consacrées aux questions de la classe. Elle s’est, elle aussi, laissée emporter par le flot de questions des enfants, par la vie qui rentrait dans la classe. Merci S. !


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