• Ce "plaisir à vivre" est ici une invitation à penser autrement les apprentissages. Ça part d'une conviction, qu'apprendre ne se réduit pas à des techniques, du volontarisme, du quantitatif. Mais aussi à un "penser".

    Il y a nécessité, en parallèle avec tous les moments disciplinaires, de : penser la classe, penser l'apprendre et ses empêchements, penser le monde, penser notre condition humaine (Philippe Meirieu soutient cette idée sur son site : http://www.meirieu.com/ECHANGES/echangesdepratiques.htm)

    Le principe : Il s’agit d’inscrire dans l’emploi des temps un moment quotidien consacré à une réflexion sur la classe, sur l’apprentissage et plus largement sur le monde, en lui donnant la même importance que celui voué aux temps disciplinaires.

    Ce temps ritualisé, reprenant pour partie des principes et dispositifs de la pédagogie Freinet, pourrait faciliter un développement global de chacun et donner de la force et de la permanence aux savoirs acquis.

    Je propose pour ce « temps des penseurs » une demi-heure par jour environ, soit huit demi-heures sur une période de deux semaines, comme dans l’exemple ci-dessous.

    http://www.calameo.com/read/00002102596501fadcfa1

    Il va de soi que tous les autres moments de classe doivent être dans le même état d’esprit : un apprentissage en vie et envie.

    A chacun bien sûr de s’en emparer selon un naturel propre à soi-même et à la classe.

    1 – Penser l’apprendre 

    a) Ateliers philo sur « Pourquoi on apprend à dessiner/lire/compter/mesurer/etc.

    b) Moment de tutorat entre élèves pour aider ceux qui n’aiment pas ou n’arrivent pas bien à dessiner/lire/compter/mesurer/etc.

    2 – Penser l’empêchement à apprendre 

    a) Visionnage des scènes de clown du site : http://www.empechementsaapprendre.com/

    et discussion autour de la situation initiale d’empêchement. Atelier philo sur une question des clowns

    b) Recherche de solutions contre les empêchements à apprendre. Visionnage des solutions des clowns

    3 – Penser la classe 

    a) Conseil coopératif. Les propositions des élèves pour améliorer la classe et l’école.

    b) Conseil des relations. Félicitations et critiques. Résolution des conflits.

    4 – Penser le monde 

    a) Les questions des enfants sur le monde (d’ordre scientifique, historique, géographique, etc.). Choix d’une question par la classe.

    b) Nous essayons de répondre à la question.

    5 – Penser la condition humaine 

    Ateliers de réflexion collective (d’ordre philosophique)

    Et voilà le projet détaillé :

     Le Temps des Penseurs

    S'il vous intéresse, vous pouvez me contacter (daniel.gostain@sfr.fr) pour qu'on échange au fur et à mesure.


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  • C'est la quatrième année que je travaille dans une école élémentaire de sept classes, mais seulement de CP et CE1, où je pratique une pédagogie inspirée de la pédagogie Freinet. Depuis l'an dernier, deux collègues me suivent dans cette démarche, chacune à son rythme et selon sa sensibilité (ce qui est le mieux).

    Le plaisir à vivre - que je ferai partager assurément à plusieurs occasions dans ce blog tout au long de l'année - est celui d'un temps de réflexion d'équipe - cinq enseignants à ce jour - non institutionnel à partir de nos pratiques. Non institutionnel, car ce projet de co-réflexion vient de nous, seulement de nous, ne répondant aucunement à une demande de type "projet d'école ou de circonscription".

    Pourquoi j'insiste là-dessus ? Ce n'est pas pour rejeter en bloc ce qui vient de cette fameuse institution (il y a parfois des projets d'école intéressants à mener... mais il y a aussi de formidables "usines à gaz", et aussi, trop souvent, des mélanges de genre entre liberté pédagogique et  exigences de résultats à court terme) mais pour revendiquer une liberté de ton entre nous. Entre pairs ! En effet, cette co-réflexion est d'abord née de notre besoin d'enseignants de terrain de vivre une dynamique d'équipe qui soit vraiment la nôtre, celle issue de nos questionnements, de nos désirs de partage, de nos impasses, de nos réussites... en totale liberté !

    Nous allons nous réunir tous les lundis de 12h30 à 13h15 - avec libre participation des enseignants de l'école - pour aborder les thématiques qui nous touchent. Lundi dernier, le "Je fais partager", lundi prochain, l'expression écrite et l'amélioration des textes écrits, et on a déjà prévu un lundi de partage sur l'utilisation par une collègue des fichiers de maths Ermel. Et puis, on laissera vivre...

    Ainsi, ce lundi 8, nous avons pu discuter ensemble de                                                                           - comment favoriser la participation d'un maximum d'élèves au "Je fais partager"                        - comment rendre les interventions les plus riches possible, sans dénaturer le partage volontaire et libre des élèves                                                                                                                        - faut-il ou non prolonger ce temps d'expression par un temps de recherche ?

    Ce n'est qu'un début, continuons le plaisir !


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  • Depuis ma rencontre avec Jacques Lévine, psychologue, psychanalyste, créateur d'un courant d'ateliers de philosophie pour les enfants, et fondateur de l'Agsas, qui propose - entre autres - des groupes d'échange entre enseignants, je ne travaille plus de la même façon.

    En particulier, dès qu'on aborde une nouvelle notion, je garde à l'esprit le "pourquoi c'est fait" de cette notion ou, dit plus simplement, pourquoi on l'étudie en classe. C'est fou, d'ailleurs, le nombre de notions qu'on aborde sans passer la case "Pourquoi" !

    Ainsi, avant de commencer à mesurer dans la classe, dans l'école, dans la rue, nous nous sommes posé la question : "Pourquoi parfois a-t-on besoin de mesurer ?" et je les ai laissé parler. Ça semble d'ailleurs une évidence, mais l'évidence et l'école, ça fait plutôt deux.

    Là, pour étudier la composition du calendrier, nous avons réfléchi à son "pourquoi". Et j'ai trouvé l'échange bien intéressant et utile pour donner du sens.

    Ecoutez plutôt :

    1) A quoi sert un calendrier ?

    2) Est-ce que ça sert de garder d'anciens calendriers ?

    Les entendre chercher du sens à ces notions/outils d'adultes, c'est aussi un moment-plaisir !


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  • Le plaisir d'aujourd'hui est en fait le plaisir d'une année, celui d'assister à la métamorphose proprement insensée d'un enfant de ma classe, F.

    F. est en CP dans mon CP/CE1, il m'a été signalé en fin d'année dernière comme un enfant très en retard, voire un peu attardé - comme on le disait autrefois - et j'ai choisi de le prendre dans ma classe, vu qu'on m'avait concocté une classe "aux petits oignons", comme souvent lorsqu'il s'agit d'une classe à double-niveau ("On va te mettre des enfants autonomes, car tu as le malheur (je souligne) d'avoir un double niveau, et tu t'es sacrifié pour le prendre", me dit-on souvent).

    Arrive le début d'année.

    F. est très calme, mais aussi totalement perdu. Perdu dans le début de fonctionnement un peu particulier de ma classe, perdu car ses parents le considèrent comme un peu à part parmi leurs enfants - celui qui a des gros problèmes, alors que son petit frère, lui... -, perdu dans ses rapports aux autres.

    Pendant le temps d'écriture de textes libres, J., une personne qui se prépare au métier de professeur des écoles ou moi-même, nous nous mettons souvent près de F. pour l'aider à faire émerger un début de petite histoire. Mais à la question "Qu'est-ce qu'il fait le crocodile ?", F. répondait : "Qu'est-ce qu'il fait le crocodile ?" Tout cela pendant le premier trimestre. Bon...

    Et puis, les rituels de classe se mettent en place, le "Je fais partager", le temps des projets, l'écriture des textes libres, avec parution dans le journal hebdomadaire de classe. F. s'y inscrit un peu, n'en comprenant pas trop le sens, aidé en cela par une ambiance de classe fondée sur la coopération et l'entraide.

    A., un élève de CE1, a été vraiment moteur pendant cette première partie de l'année pour F. Pour chaque activité, il s'est conduit comme un véritable tuteur, lui préparant ses cahiers, lui expliquant parfois la consigne, l'encourageant. De façon naturelle, et sans que ça perturbe son propre travail. Bien au contraire.Vertu du double-niveau ! yes

    Un des temps de la classe du vendredi, le "Vote de textes" pour le journal, a été très important pour F. Comme je m'attachais à ce que tous les enfants puissent avoir leur texte libre publié à un moment ou un autre, quelle que soit la longueur du texte, F. a pu voir les siens, même sommaires, reconnus. Vous pouvez imaginer sa fierté, surtout que ses premiers écrits ont été vraiment choisis par ses camarades (et non par le maître). Son premier texte élu a même été applaudi (à moins que ce ne soit plutôt F. lui-même qui l'ait été)

    Le voilà dans le journal n°2  :

    Plaisir VECU 288 : La Métamorphose de F.

    Et puis, l'année 2014 arrive, F. s'installe, de façon évidente : il se met à déchiffrer peu à peu les albums, à écrire de façon de plus en plus autonome, il se met même récemment à demander à passer au "Je fais partager" et à nous parler de l'anniversaire de son frère de façon compréhensible, en nous regardant, avec une voix affirmée. Pendant l'écriture de textes libres, à la question "Qu'est-ce qu'il fait le crocodile ?", F. répond : "Le crocodile, il mange des poissons". L'expression et la formulation restent simples, mais quel changement !

    Enfin, conclusion provisoire de cette observation, depuis cette semaine, F. présente chaque matin l'emploi du temps de la journée avec un autre élève de CP et je peux vous dire que sa fierté fait plaisir à voir.

    Une image ? Observez ces deux dessins, en septembre 2013, puis en avril 2014 :

    Plaisir VECU 957 : La MétamorphosePlaisir VECU 957 : La Métamorphose

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Tous, dans l'école, s'accordent à reconnaître la métamorphose, enseignants, maîtresse G, élèves.

    Alors, qu'est-ce qui a provoqué ce "miracle" ? Voilà quelques-unes de mes hypothèses :

    1) Le fonctionnement d'une classe inspirée de la pédagogie Freinet, où il y a la possibilité d'une vraie expression personnelle et donc d'une reconnaissance, favorise le changement. De plus, ses camarades, qui se rendaient compte de la "différence" de F., n'ont cessé de l'encourager.

    2) Le double-niveau, où la compétition et la comparaison des résultats sont moins présentes, permet à des enfants comme F. (et à tous les autres aussi) de ne pas être relégués. De plus, j'ai fait le choix de mélanger dans la classe les enfants de CP et CE1 pour permettre le tutorat (même si je travaille aussi à certains moments avec un groupe ou l'autre).

    3) Les parents de F. ont coopéré, acceptant  - avec réticence, toutefois - la mise en place d'un travail psy.

    4) Je n'ai pas trop différencié le travail de F. Evidemment, mes exigences n'étaient pas les mêmes que pour d'autres ( ce qui ne signifie pas "inférieures"), mais je ne suis pas sûr que donner un autre travail aux enfants en difficulté soit approprié, car c'est une façon de les mettre à part. Je suis plutôt partisan de les inscrire vraiment dans le groupe-classe, tout en étayant davantage.


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  • Depuis longtemps, depuis toujours, il faut faire l'appel quand on est enseignant. C'est une obligation institutionnelle, le nombre des présents, le nombre des absents, tout ceci est inscrit à l'école élémentaire sur un registre rose, document officiel, preuve administrative, judiciaire...

    En observation dans une classe de collège, j'assistais à ce rituel immuable, qui sur 55 minutes de cours peut prendre facilement un quart d'heure. Car ils résistent un peu, répandus sur leur chaise, cachés derrière leur cartable, ils ricanent. Il faut attendre le calme, qu'ils enlèvent leur manteau, qu'ils posent leurs cartables par terre. Attendre le silence, pour entendre son nom et y répondre par ce même mot « présent », depuis si longtemps, depuis toujours. Ils sont grands, ils ont 15 ans, ils sont presque devenus des femmes et des hommes, je les avais connus si petits, mais paradoxalement dans ce rituel d'introduction à la classe, ils m'apparaissent encore plus petits : des bébés attachés à leur chaise, si passifs, si attentistes :

      « - untel, - présent, - ton carnet ; - untel, - présent, - ton carnet ; -untel, - il est absent m'dame ;   -untel, - j'suis là, - ton carnet ; etc, etc … »

    Ici le rituel est coercitif, les élèves doivent donner leur carnet à chaque début de cours et le récupérer à la fin, comme cela la sanction est donnée sans perte de temps en négociation pour obtenir l'objet au cas où, et c'est l'ensemble des élèves qui subit l'attente stérile du "chacun dépose son carnet et du chacun le récupère", à chaque cours, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, pendant toutes ces années. Patience : le désir naît aussi par la contrainte, j'aimerai tant y croire...

    Pourtant dès trois ans, ils mettent eux-même leur étiquette-présence sur un tableau, ils s'inscrivent dans le temps de la classe, « au quoi de neuf », à la cantine, au goûter …Ils choisissent une activité. Ils deviennent des élèves par le rituel et dans le rituel, car il leur permet d'apprendre quelque chose : reconnaître son prénom et puis l'écrire, dans la bonne colonne, décoder, lire, ne pas oublier. Surtout choisir une activité, anticiper un projet, y réfléchir déjà en posant sa croix dans le tableau à double entrée, ou alors préférer l'amitié et s'inscrire dans la même case que le copain.

    Ensuite je les rassemble sur les bancs autour de moi, après ce temps de projet personnalisé qui dure bien une heure. J'ai mon cahier sur les genoux, je cherche un stylo, je n'ai jamais de stylo, enfin j'en trouve un, je commence :

    «  Hou, hou, les enfants, je vais faire l'appel, je veux le silence, je dois entendre chacun d'entre vous, vous avez eu assez de temps pour discuter depuis ce matin, maintenant je veux le silence complet. » J'appelle les enfants par ordre alphabétique, d'abord les petits, puis les moyens et enfin les grands. Je leur demande de répondre : « je suis là » parce que je souhaite évaluer le langage des petits, leur capacité ou non à employer le « je ». En début d'année, la plupart des petits ne répondent rien, certains prennent une grande inspiration mais n'arrivent à sortir aucun son. Et puis très vite par imitation des plus grands aussi, ils répondent, « Ze suis LÀ », heureux d'avoir pu surmonter cette épreuve. Certains grands me regardent et disent « présents » comme des grands, par habitus des nombreux appels qu'ils ont déjà vécus, à la cantine, au centre de loisirs etc ...

    Et puis un jour, un élève dit « je ne suis pas là », je souris, quelque chose se passait enfin, et j'ose penser que ce n'était pas un hasard, j'en suis sûre, c'était le résultat d'un long chemin parcouru ensemble et séparément. Moi de mon côté, j'avais accepté de leur faire de plus en plus confiance, et de vivre ce moment comme un passage obligé, que je ne passais plus en force, mais que je reconnaissais comme tel, un passage, dont il faut attendre quelque chose et puis un jour ça arrive, forcément, comme une évidence c'est toujours comme ça avec les enfants. Accepter de se laisser emporter à nouveau par la magie de l'enfance, de refaire le voyage à l'envers, pas facile quand on est enseignant même en maternelle.

    Ils rient, ils me regardent tous un peu surpris, ils pensent : «  alors on a le droit de dire qui on est vraiment, comment on est en ce moment ? C'est pas juste pour contrôler, évaluer, on a le droit de parler, en fait silence c'était pour de faux ? »

    Je me tais, une petite fille se lance : « je suis dans Ma tête de Ma maman », j'apprécie le lapsus, j'observe l'élève, elle a tout dit d'elle-même, je n'aurais jamais pu faire mieux même en réunion de synthèse avec le RASED, et puis tout s'enchaîne : « je suis dans le ventre de ma maman », « je suis absente », « je suis dans ma bouche », « je suis dans ma tête », « je suis une tartine grillée qui saute dans l'air », « je suis le président mangé par un requin, mangé par le dinosaure et je suis mort », un petit garçon métis dit « je suis blanche-neige », un autre « je suis pikachu et kokonot » …

    Et moi ... je suis aux anges, je cherche à nouveau mon stylo, je veux noter, mais ça va trop vite, je leur fais répéter, je casse la magie un peu, qu'importe. Alors tous les jours, ou presque de toute cette année ou presque, ils sont :  - le petit déjeuner du matin, - leurs corps, - des personnages de dessins-animés, - de contes, - la vie et la mort bien sûr, - leurs parents, - leurs copains …Ils sont le passé et le futur, ils sont l'ici et l'ailleurs.

    Ils sont des enfants et des élèves tenus ensemble et qui conceptualisent déjà ce que c'est qu'ETRE dans ce nouveau rituel de l'appel du matin.

     Un petit garçon qui présente des troubles de la communication, s'aventure enfin « je suis mon étiquette- prénom » !

     


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