• Lundi dernier, nous avons eu la désagréable surprise de trouver Calin, notre cochon d'Inde, mort dans sa cage au cours du week end. 

    L'an passé, nous avions Caramel, rapidement mort après quelques semaines chez nous (il était paralysé des pattes arrière). 

    Mais à chaque fois, quels enseignements ! 

    L'an passé, ils avaient voulu l'inhumer... forcément... Les enfants avaient fabriqué un petit cercueil de bois. Ils avaient lavé et peigné l'animal, lui avaient offert des dessins. Ils avaient également voulu lui rendre un hommage personnel. Caramel était alors placé dans la salle des ateliers, cercueil ouvert, et les enfants, à tour de rôle, allaient lui rendre hommage, individuellement. Puis ils allaient dans la cour en attendant que chacun lui adresse un dernier petit mot. C'était un moment très émouvant. Il y avait des pleurs, des larmes, des cris, comme on peut en voir lors des "vrais" enterrements. A l'école, ils apprenaient la douleur du deuil. 

    Puis nous avions mis en terre notre petit rongeur dans la forêt qui jouxte l'école et dans laquelle nous avons l'habitude de faire nos récréations régulièrement. Les enfants avaient choisi le plus vieux et le plus noueux olivier du bosquet pour enterrer l'animal. Sans doute symbole d'immortalité, de sagesse. Nous avions creusé la tombe et décoré les lieux. Lorsque les première fleurs printanières avaient pointé leurs pétales, les enfants en avaient fait des bouquets qu'ils déposaient sur la tombe. 

    Cette année, les enfants de la classe sont plus jeunes. J'ai moi-même confectionné le cercueil. Il y a eu les hommages individuels. nous avons eu quelques chants et prières. Mais il y avait plus de retenue, de pudeur. Suite aux attentats parisiens, certains ont voulu chanter la Marseillaise. Nous avons discuté autour de ça. Puis d'autres ont voulu mettre une croix; ce qui a également donné lieu a des explications. Pourquoi une croix pour un cochon d'Inde ? Pourquoi faut-il enterrer les morts ? Est-ce que tout les humains font ça ? Depuis quand ? Nous avons parlé de la nourriture parfois placée à côté des défunts pour qu'ils puissent se nourrir pendant le long voyage jusqu'à l'au-delà. D'ailleurs, qu'est-ce que l'au-delà ? Paradis / enfer, est-ce que ça existe ? Y a-t-il un paradis pour les animaux ? Sinon où vont-ils ? Dans le doute, ils ont mis du foin et quelques carottes dans le cercueil. 

    J'essaye de ne pas trop prendre la parole. Mais dans ce moment de philo non institutionnel, les enfants avaient besoin de réponses à leurs questions, de connaissances. Ils écoutaient mes explications avec intérêt. 

    Avoir un animal à l'école, c'est souvent difficile : changer la cage tous les deux jours, penser à lui porter des produits frais, à vérifier le niveau de graines, foin et eau avant le départ en week-end, trouver des parents pour le garder pendant les vacances (c'est pas toujours facile), ... . Mais d'autres moments sont tellement riches que j'hésite presque à en prendre un autre. 


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  • Nous sommes vendredi, ma copine J. du groupe Freinet parisien (l’Ipem) est de visite dans ma classe pour assister au conseil hebdomadaire, et moi… je suis un peu fiévreux, j’ai une otite, et surtout aucune envie de mener ce conseil pendant plus d’une heure. Mais une petite voix me dit également en moi, que finalement, l’expérience peut être intéressante car cet état induit de ma part une attitude calme et posée. Et puis, le conseil est attendu, inscrit à l’emploi du temps. Pas moyen d’y échapper.

     13h50, les devoirs sont notés, les élèves ont bruyamment déplacé les tables et se sont installés en position de conseil. Tout le monde a rejoint le cercle et se fait face.

     J’inscris l’ordre du jour au tableau :

    Ordre du jour

    1 – rappel des décisions prises

    2 – critiques

    3 – félicitations

    4 – propositions

    5 – passage des ceintures

    6 – Autres sujets

     Je déplace le code des sons. Nous sommes dorénavant en code blanc : « On ne se déplace pas, on garde le silence, on demande la parole au Président ».

     Je prononce les paroles rituelles qui démarrent le conseil : « Le conseil est ouvert, je serai le président. On ne se moque pas, on écoute celui qui parle, la parole sera donnée à celui qui aura le moins parlé. ». Puis je lis l’ordre du jour et le conseil démarre.

     Les décisions prises les deux semaines précédentes sont rappelées. Nous essayons ensemble de voir pourquoi certaines n’ont  pas abouti.

     C’est maintenant au tour des critiques d’être prises en charge par le conseil. Cette semaine, quatre critiques sont inscrites. Leur nombre a fortement diminué depuis le début de l’année où il fallait alors faire face à une quinzaine de critiques toutes les semaines. Les trois premières critiques sont rapidement lues puis abandonnées car les problèmes ont été réglés entre les élèves.

    Vient la dernière critique, formulée par K. ce jour à l’encontre de A..

    K. nous explique que A. la dérange durant le travail individuel, car voulant savoir ce qu’elle est en train de faire, il se permet, sans le lui demander, de prendre la fiche sur laquelle elle se concentre, ce qui la perturbe et lui fait perdre le fil de son travail.

    Le problème de K. bien compris, le conseil commence à émettre des propositions. Il se centre d’abord sur la réponse à apporter au problème de K . et de A. Oui, nous allons mettre à l’essai une règle qui précise qu’il faut demander avant de prendre la fiche d’un autre, c’est tellement évident.

    Mais soudain le conseil prend de la hauteur. Le problème c’est que K. est à une table, à côté de laquelle tous les enfants doivent passer pour venir me voir au bureau, ce qui crée une certaine agitation, pénalise les enfants de cette table et rend leur concentration plus difficile.

    Pour la première fois de l’année, le conseil prend possession de son outil et de son espace de travail.

    « Il faut déplacer la file d’attente pour ne pas gêner les élèves de la table 1 »

    « On peut remettre en place les passeports qu’on utilisait l’année dernière (merci le double-niveau et les élèves qui restent deux ans avec nous) »

    « Limitons le nombre d’élèves au bureau à trois, comme ça, cela fera moins de bruit ».

    Un débat d’une quinzaine de minutes a lieu. Dans le respect, on s’écoute, on analyse, on marque ses points de désaccord, on argumente. Je suis ravi. Je n’ai qu’à donner la parole.

    Au terme de cette discussion, le conseil vote. Ce n’est pas la proposition pour laquelle je vote qui est adoptée à l’essai pendant 15 jours (j’aurais préféré remettre en place les passeports), mais ce n’est vraiment pas grave. Nous limiterons pendant 15 jours le nombre d’élèves pouvant venir à mon bureau à trois. Et puis dans 15 jours, nous déciderons si cette proposition a répondu à nos attentes. Si besoin, nous en rediscuterons.

    De mon côté, je changerai le sens de la file d’élèves se rendant à mon bureau. Cette proposition m’a fait plaisir, car c’est une idée que j’avais en tête depuis une quinzaine de jours. Elle est venue du conseil, sans que je ne biaise à aucun moment les débats. Je suis ravi.

    Cerise sur le gâteau de cet instant de grâce. Nous lisons les propositions. L’une d’entre elle demande au conseil s’il serait d’accord pour qu’il y ait une journée entière de travail individuel qui soit organisée. Une journée donc à faire du français et des mathématiques. Reprise en main par le conseil de l’organisation du temps de travail. Je demande le vote du conseil…. A l’unanimité les enfants votent pour…. et crient leur joie… Je suis profondément ému. Ce vendredi, le conseil a réellement muri. Outil de régulation des conflits et de la vie de la classe, il est maintenant devenu une institution dans laquelle les enfants pourront organiser leur espace, leur outil de travail. J’attends avec impatience les prochains conseils !


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  • Ce "plaisir à vivre" est ici une invitation à penser autrement les apprentissages. Ça part d'une conviction, qu'apprendre ne se réduit pas à des techniques, du volontarisme, du quantitatif. Mais aussi à un "penser".

    Il y a nécessité, en parallèle avec tous les moments disciplinaires, de : penser la classe, penser l'apprendre et ses empêchements, penser le monde, penser notre condition humaine (Philippe Meirieu soutient cette idée sur son site : http://www.meirieu.com/ECHANGES/echangesdepratiques.htm)

    Le principe : Il s’agit d’inscrire dans l’emploi des temps un moment quotidien consacré à une réflexion sur la classe, sur l’apprentissage et plus largement sur le monde, en lui donnant la même importance que celui voué aux temps disciplinaires.

    Ce temps ritualisé, reprenant pour partie des principes et dispositifs de la pédagogie Freinet, pourrait faciliter un développement global de chacun et donner de la force et de la permanence aux savoirs acquis.

    Je propose pour ce « temps des penseurs » une demi-heure par jour environ, soit huit demi-heures sur une période de deux semaines, comme dans l’exemple ci-dessous.

    http://www.calameo.com/read/00002102596501fadcfa1

    Il va de soi que tous les autres moments de classe doivent être dans le même état d’esprit : un apprentissage en vie et envie.

    A chacun bien sûr de s’en emparer selon un naturel propre à soi-même et à la classe.

    1 – Penser l’apprendre 

    a) Ateliers philo sur « Pourquoi on apprend à dessiner/lire/compter/mesurer/etc.

    b) Moment de tutorat entre élèves pour aider ceux qui n’aiment pas ou n’arrivent pas bien à dessiner/lire/compter/mesurer/etc.

    2 – Penser l’empêchement à apprendre 

    a) Visionnage des scènes de clown du site : http://www.empechementsaapprendre.com/

    et discussion autour de la situation initiale d’empêchement. Atelier philo sur une question des clowns

    b) Recherche de solutions contre les empêchements à apprendre. Visionnage des solutions des clowns

    3 – Penser la classe 

    a) Conseil coopératif. Les propositions des élèves pour améliorer la classe et l’école.

    b) Conseil des relations. Félicitations et critiques. Résolution des conflits.

    4 – Penser le monde 

    a) Les questions des enfants sur le monde (d’ordre scientifique, historique, géographique, etc.). Choix d’une question par la classe.

    b) Nous essayons de répondre à la question.

    5 – Penser la condition humaine 

    Ateliers de réflexion collective (d’ordre philosophique)

    Et voilà le projet détaillé :

     Le Temps des Penseurs

    S'il vous intéresse, vous pouvez me contacter (daniel.gostain@sfr.fr) pour qu'on échange au fur et à mesure.


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  • C'est la quatrième année que je travaille dans une école élémentaire de sept classes, mais seulement de CP et CE1, où je pratique une pédagogie inspirée de la pédagogie Freinet. Depuis l'an dernier, deux collègues me suivent dans cette démarche, chacune à son rythme et selon sa sensibilité (ce qui est le mieux).

    Le plaisir à vivre - que je ferai partager assurément à plusieurs occasions dans ce blog tout au long de l'année - est celui d'un temps de réflexion d'équipe - cinq enseignants à ce jour - non institutionnel à partir de nos pratiques. Non institutionnel, car ce projet de co-réflexion vient de nous, seulement de nous, ne répondant aucunement à une demande de type "projet d'école ou de circonscription".

    Pourquoi j'insiste là-dessus ? Ce n'est pas pour rejeter en bloc ce qui vient de cette fameuse institution (il y a parfois des projets d'école intéressants à mener... mais il y a aussi de formidables "usines à gaz", et aussi, trop souvent, des mélanges de genre entre liberté pédagogique et  exigences de résultats à court terme) mais pour revendiquer une liberté de ton entre nous. Entre pairs ! En effet, cette co-réflexion est d'abord née de notre besoin d'enseignants de terrain de vivre une dynamique d'équipe qui soit vraiment la nôtre, celle issue de nos questionnements, de nos désirs de partage, de nos impasses, de nos réussites... en totale liberté !

    Nous allons nous réunir tous les lundis de 12h30 à 13h15 - avec libre participation des enseignants de l'école - pour aborder les thématiques qui nous touchent. Lundi dernier, le "Je fais partager", lundi prochain, l'expression écrite et l'amélioration des textes écrits, et on a déjà prévu un lundi de partage sur l'utilisation par une collègue des fichiers de maths Ermel. Et puis, on laissera vivre...

    Ainsi, ce lundi 8, nous avons pu discuter ensemble de                                                                           - comment favoriser la participation d'un maximum d'élèves au "Je fais partager"                        - comment rendre les interventions les plus riches possible, sans dénaturer le partage volontaire et libre des élèves                                                                                                                        - faut-il ou non prolonger ce temps d'expression par un temps de recherche ?

    Ce n'est qu'un début, continuons le plaisir !


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  • Depuis ma rencontre avec Jacques Lévine, psychologue, psychanalyste, créateur d'un courant d'ateliers de philosophie pour les enfants, et fondateur de l'Agsas, qui propose - entre autres - des groupes d'échange entre enseignants, je ne travaille plus de la même façon.

    En particulier, dès qu'on aborde une nouvelle notion, je garde à l'esprit le "pourquoi c'est fait" de cette notion ou, dit plus simplement, pourquoi on l'étudie en classe. C'est fou, d'ailleurs, le nombre de notions qu'on aborde sans passer la case "Pourquoi" !

    Ainsi, avant de commencer à mesurer dans la classe, dans l'école, dans la rue, nous nous sommes posé la question : "Pourquoi parfois a-t-on besoin de mesurer ?" et je les ai laissé parler. Ça semble d'ailleurs une évidence, mais l'évidence et l'école, ça fait plutôt deux.

    Là, pour étudier la composition du calendrier, nous avons réfléchi à son "pourquoi". Et j'ai trouvé l'échange bien intéressant et utile pour donner du sens.

    Ecoutez plutôt :

    1) A quoi sert un calendrier ?

    2) Est-ce que ça sert de garder d'anciens calendriers ?

    Les entendre chercher du sens à ces notions/outils d'adultes, c'est aussi un moment-plaisir !


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