• Alboum de jeunesse, moment partagé, moment de mise en joie, en ces temps obscurcis par un retour en arrière des pensées d’émancipation, je suis deux fois plus heureuse de faire partager ce moment de classe-plaisir autour de l’écoute d’un album de jeunesse devenu un classique du genre.

    Un élève de grande section de maternelle apporte ce matin dans la classe « Le petit chaperon de ta couleur » de Vincent Malone. C’est un album-cd à écouter. Je connais bien cet «objet», livre, chansons à plusieurs voix, qui nourrit l’intelligence, car il croise différents niveaux d’interprétations de ce conte traditionnel. En transposant l’histoire au théâtre, dans notre temps présent, en inter-changeant les personnages, le loup est malade, c’est un cochon qui le remplace, l’auteur ouvre des interstices, dans lesquels l’enfant peut y glisser son intelligence et accéder à «la culture commune» par des chemins de traverse. L’auteur qui tourne en dérision chaque élément de l’histoire, des personnages jusqu’au narrateur lui-même, permet à l’enfant de se jouer de sa peur et d’avoir prise sur la trame narrative.

    Mais rien n’est simple, car en utilisant un certain registre de langage, l’auteur met aussi en interaction, comme dans la réalité, le monde des adultes avec celui des enfants, et parce que comme lui, je fais le pari que les enfants sont porteurs d’une intelligence aussi complexe que celle des adultes, nous écoutons cette histoire.

    Les 3ème et 2ème années me disent qu’ils la connaissent déjà, l’élève en question, je l’appellerai Maxime, l’avait rapporté l’année dernière, « avec Agnès, l’autre maîtresse», moi-même j’avais travaillé cet album, il y a deux ans, alors que Maxime était en 1ère année de cycle 1. Je leur demande quand même, s’ils veulent l’écouter de nouveau, connaissant la réponse d’avance et surjouant moi aussi mon rôle de maître du jeu, seuls les «petits» ne la connaissent pas du moins par l’école. Bien sûr, ils se mettent à crier:

    - Ouiiiii

     - Vous êtes sûrs ?

    - Ouiiiii

    Et là je mesure (j’évalue) le plaisir qu’ils ont d’écouter cette histoire, mais plus encore, le plaisir de mesurer à leur tour le fait qu’à chaque fois, ils la comprennent davantage, ils en saisissent un sens qui leur avait échappé jusqu’alors. Comment j’observe cela ? Eh bien parce que leur yeux pétillent et qu’ils rient et qu’ils se tournent vers leur camarade d’à côté pour répéter la blague, et lui faire partager cette découverte.

    Les 1ère année, les «petits» n’ont certes pas tout bien compris, mais ils ont le temps, nous ré-écouterons Vincent Malone l’année prochaine et l’année d’après, par ailleurs ils ont compris quelque chose d’essentiel dans cette expérience de classe : ils peuvent grandir, ils peuvent apprendre, car cela procure du plaisir de mieux comprendre mais aussi d’être complice de ce savoir avec les autres. 


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  • C’était la fin de l’année scolaire 2012-13, et cela faisait trois ans que Marwa travaillait, s’exprimait, apprenait, prenait des responsabilités, grandissait dans la classe 201. Nous avions partagé de grandes joies ensembles, de belles réussites, des projets fabuleux, des découvertes grandioses.

     

    Cette jeune fille que j’avais accueillie en CE2 avait muri, elle s’était épanouie. Elle avait pris de nombreuses responsabilités dans la classe, dont la présidence du Conseil, qu’elle avait su tenir d’une main de maître pendant presque toute une année.

     

    Et Marwa avait surtout écrit durant ces trois années. Des textes enfantins tout d’abord, puis sa plume s’était aguerrie et elle n’avait pas hésité à s’exprimer plus personnellement dans des écrits plus ou moins réussis. Le texte libre lui avait donné une véritable envie d’apprendre, de rechercher, de se questionner, de développer toutes les compétences nécessaires à une expression plus mature en français. Elle qui avait de nombreuses lacunes, des problèmes qui relevait parfois ou sans doute d’une aide plus médicale, elle qui était d’une grande timidité, voire inhibée et qui devait se faire violence pour écrire, elle qui ne s’exprimait pas quotidiennement en français dans son environnement familial avait relevé le défi et compris le pouvoir des mots.

     

    C’est donc avec une grande émotion que le dernier jour de l’année est arrivé. Vers 16h, Marwa est venue me voir, avec dans la main, un rouleau. C’était une grande feuille A3, délicatement roulée. Un tissu délicatement noué la maintenait fermé. Comme à l’accoutumée, un dessin de fleur magnifique illustrait le texte qui se trouvait parfaitement calligraphié sur la feuille. Ce texte qui m’a bouleversé, je vous le livre tout simplement : 

     

    Plaisir 73 : CADEAU DE FIN D’ANNEE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La fleur

     

    La fleur est belle.

    Quand elle vient à la vie.

    Mais elle peut s’épanouir.

    Avec la tristesse et les gouttes d’eau qui tombent sur son visage.

    Elle reste toujours belle si tous les moments de sa vie sont beaux.

    Voilà pourquoi une fleur peut rester belle.


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