• Je suis dans une classe de CM2, 23 élèves, quartier défavorisé d’Epinal. Je suis nouveau dans l’école, une équipe de cinq collègues bienveillante. Un public assez hétérogène, mais dans l’ensemble en grande difficulté.

    Depuis la rentrée, nous travaillons sur le récit de vie. On a commencé par les premiers textes libres : qui suis-je... je me présente. Je travaille sur le récit de vie, parce que je trouve que c’est une entrée assez intéressante et facile pour débloquer les enfants. J’avais repéré dans un groupe de cinq-six enfants un dégoût de l’école et des maîtres. Le récit de vie allait peut-être permettre de dire des choses d’eux, et les mettre en valeur. Deux-trois enfants m’ont dit : moi je ne raconte pas ma vie à des inconnus. Alors, on a essayé de faire en sorte qu’on puisse se raconter sans trop se dévoiler.

    Première semaine : écriture de textes libres sur soi, avec la liberté de présenter ou non son texte dans le choix de textes.

    En deuxième semaine, on a fait le lien avec la littérature, et j’ai choisi des extraits du Journal d’Anne Frank. J’avais un doute, parce que je m’étais dit : ce n’est pas facile de démarrer comme ça dès le début de l’année, par rapport au thème et à la fin tragique, même si les extraits choisis étaient plutôt plus légers. La mayonnaise a bien pris, et chaque jour on a étudié des extraits de ce Journal d’Anne Frank. On lisait ensemble et on discutait, sur le ressenti, les thèmes évoqués.

    En parallèle, une élève, qui disait qu’elle était très négative par rapport à l’école et par rapport au travail, a elle-même fait une recherche chez elle sur Anne Frank, et son texte trouvé a été un ajout dans les textes que j'apportais, une sorte de nourrissage culturel en plus sur ce thème. Et là, L. ajoute : "C’est bien d’étudier des histoires d’enfants qu’on ne connait pas et qui ont connu la guerre, et de voir que nous, on a cette chance-là de vivre dans un monde en paix et dans un pays tranquille." Et O. de renchérir : "On est un peu des gâtés-pourris."

    Il y a eu un silence dans la classe, on s’est regardé, et une discussion s’est enchaînée sur "pourquoi la guerre ?". Ça a bien dépassé ce que j’attendais. Je suis toujours quand même étonné de la force et de la pertinence que peut avoir la pensée des enfants lorsqu’ils sont mis en confiance, et j’ai vraiment pris conscience qu’il fallait faire le lien entre les textes des élèves et des textes d’auteurs.

    J’ai envie de prolonger ce moment-là par des débats philo. Il faut sentir pour cela la maturité du groupe. Là, je sens que j’ai un groupe mature. 


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  • Depuis plusieurs années que je choisis de prendre une classe de CP/CE1 (vous pouvez lire à ce sujet l'article suivant : Eloge du double-niveau), il y a plusieurs temps que je mets en place dès la première semaine : le "Je fais partager", le "Je fais un projet" et l'écriture de textes libres (même pour les CP, qui pourtant ne savent pas encore lire ou écrire des histoires : l'écriture de textes libres)

    Cette année, je me suis lancé le défi que chaque enfant de la classe écrive une histoire au cours des deux premiers journées de classe.

    En commençant toujours par un dessin, puis avec la technique de "dictée à l'adulte" pour les CP, ou en semi-autonomie pour les CE1, et le plaisir a été total : tous les enfants ont eu une idée d'histoire avec, pour les aider à se lancer, leur dessin personnel, et la plupart ont inventé des histoires de fiction, pendant que d'autres racontaient des petites scènes de leur vie quotidienne, le tout dans une ambiance apaisée de travail. A l'issue de ces deux temps d'écriture (mardi et mercredi), j'ai pu présenter chaque texte à l'ensemble de la classe.

    Voilà une vidéo et quelques photos pour illustrer ce beau moment.

    Plaisir VECU 207 : Ecrire dès le début d'un CP/CE1Plaisir VECU 207 : Ecrire dès le début d'un CP/CE1

     

     

     

     

     

    Plaisir VECU 207 : Ecrire dès le début d'un CP/CE1Plaisir VECU 207 : Ecrire dès le début d'un CP/CE1

     

     

     

     

     

    Plaisir VECU 207 : Ecrire dès le début d'un CP/CE1Plaisir VECU 207 : Ecrire dès le début d'un CP/CE1

     

     

     

     

     

     

     


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  • Les enfants auraient fait une année intensive en pratique et en technique de lecture, comme il se doit dans les programmes wink2, dans toutes les classes du CP au CM2. Ils auraient à cœur de montrer leur expertise mûrissante à tous les adultes et également entre eux.

    Les beaux jours seraient là, et avec eux une utilisation plus régulière de la cour de récréation envisageable. Les coupes et les trophées livres auraient été commandés.

    Nous sommes lundi. Des équipes de quinze élèves, constituées à parts égales, autant que possible, des enfants des classes de CP, CE1, CE2, CM1 et CM2 sont constituées. Par exemple, l'équipe 1 aura 3 élèves de CP, 3 élèves de CE1, de CE2, de CM1 et de CM2, et ainsi de suite.

    La liste des épreuves est communiquée à chaque classe. En voila quelques exemples :

    - lecture de vitesse : il s'agit de lire le plus rapidement possible de manière compréhensible, et en respectant la ponctuation,  un texte qui est le même pour chaque équipe. Le gagnant est celui qui mettra le moins de temps.

    - lecture d'endurance : il convient de lire le plus longtemps possible et sans s'arrêter un livre. Le gagnant est celui qui aura lu le plus longtemps sans s'arrêter.

    - lancer de lecture : il s'agit de lire à haute voix un texte, de telle manière qu'un adulte puisse l'entendre clairement à certaines distances (l'adulte recule de trois mètres à chaque tentative). Le gagnant est celui qui aura porté sa voix le plus loin.

    - lecture en relais : il s'agit ici d'assurer à dix la lecture d'un texte complet, le même pour tous, composé de dix phrases, sans à-coups.  L'équipe gagnante est la plus rapide.

    - lecture en longueur : il faudra lire, sans à-coups et sans se tromper, la phrase la plus longue possible. Plusieurs phrases, de plus en plus longues, sont à lire par les compétiteurs. Le gagnant est celui qui aura lu la phrase la plus longue.

    - le décath-lecture : il faudra lire un texte, à plusieurs reprises, avec les tons les plus variés possible. L'équipe gagnante est celle qui aura adopté le plus de tons différents possible.

    Du mardi jusqu'au vendredi, pendant une heure chaque jour, les équipes constituées se rassemblent pour se répartir par épreuves et les préparer. Elles disposent toutes des mêmes textes et sont entraînées par des adultes de l'école.

    Enfin, le vendredi après-midi, démarre la compétition tant attendue ! Des arbitres sont positionnés pour noter les points de chaque équipe et vérifier que l'ensemble des membres de chaque équipe (et pas seulement les meilleurs lecteurs ou ceux issus des "grandes" classes) participent aux épreuves.

    A l'issue de la compétition la remise des prix a lieu, sachant que tous les participants seront récompensés par la remise d'un livre.

     


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  • Un jour, dans ma classe, est arrivée une missive adressée à chacun des élèves et à moi-même. Nous l'avons aussitôt lue :

    CE2/CM1 : NOUS VOUS DECLARONS LA GUERRE 

     CE2/CM1, nous sommes les H et nous vous détestons, vous, et tous les élèves des écoles !

     Quoi ? Vous ne connaissez pas les H ? Vous n’avez jamais entendu parler des Homonymes ? Et pourtant, on ne cesse de vous empoisonner la vie.

     Nous sommes partout dans les textes que vous écrivez. Les a et à, les on et ont, les ou et où, c’est nous ! Et qu’est-ce qu’on rigole avec vous car vous n’arrêtez pas de vous tromper. On est plus forts que vous !

     Vous ne nous croyez pas ? Eh bien, on vous propose un défi : Toutes les semaines, on glisse à votre maître, que nous détestons aussi car il vous apprend à nous combattre, un texte avec plein de H et on verra qui l’emportera entre vous et nous. A chaque fois, soit vous marquez 1 point, soit c’est nous.

     Mais nous, les H, on sait déjà qui va gagner. On prépare déjà une grande fête des H et vous nous regarderez manger et boire.

    Ah ah ah !

       Vous avez peur, hein ?

     

    On a tous décidé de relever le défi. Chaque semaine, je les préparais à affronter un nouveau couple de H (a/à ; ou/où ; et/est ; ...) puis la bataille se faisait. On avait pour cela créé un cahier spécial "La bataille des H". Voilà la première :
     

    Bataille 1. Savoir choisir entre a et à

      Tous contre les H

     La roue __ eau __ été réparée

    Elle l'__ chuchoté __ tout le monde

    Comprends-tu ce qu'il y __ __ écrire

    Il l'__ observé __ la télé

    Il n'y __ rien __ faire

    Le renard __ couru __ toute vitesse

    Il __ dû le chercher __ la maison

    Il est parti __ la campagne

    Il __ scié et __ collé

    Mentir ne lui __ servi __ rien ?

    C'est __ St Nazaire qu'il l'__ rencontré

           CE2/CM1 : ___ pts

     H : ___ pts

     

    A chaque fin de bataille, nous comptions les points pour la classe et les points pour les H que nous affichions.

     Je vous passe les détails sur les missives reçues par la suite, notamment celle où les H décidaient de changer les barèmes de points de la bataille car ils trouvaient que je faussais les règles du jeu en préparant les élèves avec des leçons sur les homonymes.

     N'empêche qu'à la fin d'une belle série de combats, la classe a gagné et nous avons fêté la victoire.

     Et quant à savoir si les H, c'était l'invention du maître, motus et bouche cousue...

     Et vous ? Vous voulez défier les H dans votre classe ?


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  • Alboum de jeunesse, moment partagé, moment de mise en joie, en ces temps obscurcis par un retour en arrière des pensées d’émancipation, je suis deux fois plus heureuse de faire partager ce moment de classe-plaisir autour de l’écoute d’un album de jeunesse devenu un classique du genre.

    Un élève de grande section de maternelle apporte ce matin dans la classe « Le petit chaperon de ta couleur » de Vincent Malone. C’est un album-cd à écouter. Je connais bien cet «objet», livre, chansons à plusieurs voix, qui nourrit l’intelligence, car il croise différents niveaux d’interprétations de ce conte traditionnel. En transposant l’histoire au théâtre, dans notre temps présent, en inter-changeant les personnages, le loup est malade, c’est un cochon qui le remplace, l’auteur ouvre des interstices, dans lesquels l’enfant peut y glisser son intelligence et accéder à «la culture commune» par des chemins de traverse. L’auteur qui tourne en dérision chaque élément de l’histoire, des personnages jusqu’au narrateur lui-même, permet à l’enfant de se jouer de sa peur et d’avoir prise sur la trame narrative.

    Mais rien n’est simple, car en utilisant un certain registre de langage, l’auteur met aussi en interaction, comme dans la réalité, le monde des adultes avec celui des enfants, et parce que comme lui, je fais le pari que les enfants sont porteurs d’une intelligence aussi complexe que celle des adultes, nous écoutons cette histoire.

    Les 3ème et 2ème années me disent qu’ils la connaissent déjà, l’élève en question, je l’appellerai Maxime, l’avait rapporté l’année dernière, « avec Agnès, l’autre maîtresse», moi-même j’avais travaillé cet album, il y a deux ans, alors que Maxime était en 1ère année de cycle 1. Je leur demande quand même, s’ils veulent l’écouter de nouveau, connaissant la réponse d’avance et surjouant moi aussi mon rôle de maître du jeu, seuls les «petits» ne la connaissent pas du moins par l’école. Bien sûr, ils se mettent à crier:

    - Ouiiiii

     - Vous êtes sûrs ?

    - Ouiiiii

    Et là je mesure (j’évalue) le plaisir qu’ils ont d’écouter cette histoire, mais plus encore, le plaisir de mesurer à leur tour le fait qu’à chaque fois, ils la comprennent davantage, ils en saisissent un sens qui leur avait échappé jusqu’alors. Comment j’observe cela ? Eh bien parce que leur yeux pétillent et qu’ils rient et qu’ils se tournent vers leur camarade d’à côté pour répéter la blague, et lui faire partager cette découverte.

    Les 1ère année, les «petits» n’ont certes pas tout bien compris, mais ils ont le temps, nous ré-écouterons Vincent Malone l’année prochaine et l’année d’après, par ailleurs ils ont compris quelque chose d’essentiel dans cette expérience de classe : ils peuvent grandir, ils peuvent apprendre, car cela procure du plaisir de mieux comprendre mais aussi d’être complice de ce savoir avec les autres. 


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